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Thaon / New York que j’ai réalisée en 1987, Traits en 1989, Autoportrait en 1991, Le Bleu du Ciel en 1994, Ozone en 1996 montrent une démarche qui part du sens, de la perception, et cherche ensuite les technologies pour devenir œuvre. Ainsi ces projets ont nécessité de plus en plus, au fil du temps, l’élaboration de machines spécifiques. Ces œuvres sont décrites plus amplement dans le cédérom Art Planétaire, et dans le livre Toucher l’espace, mais une courte description de ces travaux est reprise ici.

Thaon / New York réalisée en 1987, est une transmission par satellite audio et télévision lente entre l’église médiévale de Thaon en Normandie et les Cloisters de New York. Le but de ce projet était de réactiver les Cloîtres américains emportés pierre par pierre à New York, par la transmission via satellite d’un " supplément d’âme " à partir de l’église médiévale de Thaon. Cette installation planétaire voulait confronter deux lieux chargés émotionnellement : le Bronx, et l’église isolée au fond d’un vallon, et ainsi créer une collision de deux univers, celui du nouveau monde et de la ville de New York, celui de l’ancien monde et de la nature.

Pour Orient Express en 1987, j’ai pris l’Orient Express de Paris à Budapest. Toutes les heures précises, j’ai fait une photo polaroïd. À Budapest, les vingt-cinq polaroïds de l’aller sont numérisés sur ordinateur et renvoyés par modem à Paris. Le même " processus " est réalisé de Budapest à Paris et les vingt-cinq polaroïds numérisés du retour sont renvoyés de Paris à Budapest. Cette œuvre est une réflexion sur l’espace, la modification du voyage (voyage immobile et imaginaire) à l’ère des communications instantanées. Orient Express est aussi une réflexion sur le temps, ou comment un instant banal, choisi à l’avance devient un moment important. L’essence de l’image, c’est le temps.

Berlin / Pékin est une installation vidéo qui devait être réalisée en 1988. Dans cette installation, sept téléviseurs montrant des images du Mur de Berlin et des berlinois et sept téléviseurs montrant des images de la Chine et de la Grande Muraille se font face. Au début de l’exposition, cette pièce doit être " activée ". Un texte est lu par téléphone de Pékin par un Chinois. Un texte est lu par téléphone de Berlin par une Allemande. Les deux voix se mêlent dans le lieu de l’exposition. Le but de ce projet est de mettre en place un lien symbolique et imaginaire entre la Muraille de Chine et le Mur de Berlin. Le mur, limite spatiale entre les hommes, est un symbole de l’enfermement et de l’isolement. Confronter dans un même lieu (le lieu de l’exposition) ces deux murs-symboles, distants dans le temps et dans l’espace, c’est mettre en question la validité de toute barrière entre les hommes. C’est aussi mettre en question les propres limites et cloisonnements de notre pensée. En 1988, cette installation est refusée par le Ministère de la Culture, et ne peut être réalisée faute d’argent. En 1989, le mur de Berlin disparaît. En 1994, la revendication de liberté des étudiants chinois est réprimée dans le sang.

Traits est une action réalisée en 1989 avec Sylvia Hansmann. Nous avons suivi en voiture le Méridien de Greenwich de la Manche à la Méditerranée, de Villers-sur-Mer à Castillon de la Plana. À l’aide d’un télécopieur de voiture, nous avons envoyé régulièrement des images et des textes sur notre voyage, à des télécopieurs situés dans huit lieux en Europe (dont Ars Electronica). La ligne droite réalisée dans l’espace géographique se matérialise dans les lieux d’exposition par les bandes des télécopies envoyées et dans l’esprit des spectateurs par des traits imaginaires, projections du Méridien origine. Nous souhaitions ainsi proposer une nouvelle représentation du trait, un des premiers symboles de l’homme ; une représentation mentale intégrant l’espace, le temps, et l’imaginaire de chacun. Pierre Restany parle d’une fractalisation du Méridien .

Autoportrait est un robot téléphonique construit en 1991 en collaboration avec l’ingénieur en domotique Jérôme Gilbert. Dans le lieu d’exposition, une flèche robotisée indique la direction où je me trouve. Ce robot obéissant aux fréquences vocales du téléphone indique huit directions différentes (Nord, Nord-Est, Est, Sud-Est, Sud, Sud-Ouest, Ouest, Nord-Ouest). Je me déplace autour du lieu d’exposition et indique au robot à partir de cabines téléphoniques les différentes directions. Je fais croire ensuite à un " tour d’Europe ", en restant deux semaines chez moi.

Les plantes de mon jardin est une œuvre réalisée au printemps 1991 entre la Normandie et Prague. J’envoie chaque jour par télécopie d’Hérouville Saint-Clair (France), à Prague des images sur les plantes de mon minuscule jardin. La taille réelle du jardin n’est pas connue par les destinataires. Les plantes de mon jardin joue ainsi sur la manipulation et sur l’aveuglement. Les télécopies envoyées font penser que le jardin est immense. Dans cette œuvre, l’aspect de l’acte quotidien, relié à l’ensemble de la Terre est important. Cette œuvre crée un lien entre la terre microscopique du jardin et la Terre. Microcosme du jardin qui s’éveille de l’hiver, et macrocosme de Prague qui goûte sa liberté retrouvée après la chute du communisme.

À Perte dentendre est une œuvre de 1991 sur la perception intime de l’espace et du lien à l’autre. Je quitte la Porte de Brandebourg à laquelle je suis relié par talkie-walkie et je me dirige successivement dans les huit directions cardinales. À chaque perte de contact, je prends une photo polaroïd. Le rayon du cercle, cordon ombilical immatériel, varie en fonction des conditions de transmission. Ce projet est une expression de l’espace intérieur, construit à partir de l’expérience de la perte. Il a été réalisé à la Porte de Brandebourg, symbole de la frontière immatérielle entre l’Est et l’Ouest.

Lespace dun jour est une performance-installation vidéo réalisée en 1994. Elle exprime notre perception contemporaine de l’espace, ou plutôt nos perceptions différentes en fonction de nos machines de déplacement. Elle confronte plusieurs espaces que l’on parcourt en un jour. J’explore l’espace pendant trois jours de l’aube au crépuscule. Le premier jour, je reste immobile : la caméra est placée sur un axe qui fait une rotation de 360° en un jour, et filme le paysage environnant.

Le deuxième jour, en marche : je parcours à pied un vaste cercle dans la campagne. Le troisième jour, en voiture : je roule une journée entière en décrivant une vaste boucle en Normandie. Je pars ainsi chaque matin du même point, pour revenir chaque soir au même point décrivant trois cercles de plus en plus grands. À ces trois jours, correspondent trois mouvements, trois vitesses, trois espaces. Pendant ces trois jours-mouvements, je recueille les images vidéo : dix heures chaque jour qui sont diffusées simultanément sur trois petits moniteurs dans la même installation vidéo. Autour de cette installation, peut être diffusé le son provenant d’une transmission en temps réel, de l’écoute téléphonique de mon téléphone, rendant ainsi tangible le déplacement immobile de l’espace des télécommunications. Lespace dun jour est une réflexion sur la perception de l’espace, sur les différents espaces que l’homme expérimente chaque jour. Plus qu’une " installation vidéo ", Lespace dun jour est un processus que le spectateur est invité à expérimenter, une invitation à vivre des formes modernes de méditation : la méditation immobile, la méditation de la marche, la méditation de la voiture… Cette installation veut nous redonner une perception de l’espace et du mouvement. Si la vidéo joue dans cette installation le rôle secondaire de mémoire, d’un possible, elle nous renvoie surtout à l’importance du temps présent, à la présence au monde et à soi-même.

Le bleu du ciel est une installation interactive de 1994. Deux ordinateurs situés à Tourcoing et Toulon et reliés par minitel, calculent en temps réel la moyenne des couleurs des ciels du nord et du sud. Le même projet est réalisé en 1995 entre Paris et Munich (Prix Unesco). Les ciels de deux lieux distants dans l’espace interagissent entre eux et les spectateurs de l’œuvre. Il ne s’agit pas d’une interactivité entre l’homme et la machine, mais d’une interactivité plus vaste, entre l’homme et la nature qui est donnée à voir et transcendée par Le Bleu du Ciel. Derrière un petit monochrome, se joue un double processus interactif : intérieur avec notre psychologie, extérieur avec la planète.

Ce projet figure le processus interactif entre le ciel et nos états d’âme : la couleur du ciel joue sur notre tempérament, notre vision du monde. Notre vision du monde joue sur notre sensation de la couleur du temps. Extravertis au Sud, introvertis au Nord…Joyeux au printemps, mélancoliques quand le ciel bas et lourd…La couleur du ciel est une fiction interactive. Donner à voir cette fiction est le but de ce projet. La beauté de ce projet réside dans ce ciel fictif, un ciel infini et ubiquiste qui existe quelque part entre le nord et le sud, quelque part dans notre imaginaire : un ciel infini, l’infini du réseau téléphonique. Ces monochromes vivants et imaginaires, cosmiques et en harmonie avec les ciels véritables distants de mille kilomètres, poursuivent le projet d’Yves Klein et de ses monochromes. Ils nous relient au ciel fini et infini à la fois : celui de la planète bleue. Ce dispositif nous ouvre à une dimension supérieure de nos perceptions.

Le jour et la nuit reprend en 1995, l’idée de faire la moyenne de deux ciels. Mais dans ce dispositif, ce sont deux vraies images du ciel qui sont interpolées entre deux pays séparés par douze heures de décalage horaire. Un ordinateur au Brésil et un ordinateur en Australie reliés par Internet font la moyenne des images des ciels des deux pays. Le décalage horaire de douze heures entre ces deux points du globe, fait que la moyenne est pratiquement toujours celle du ciel de jour et du ciel de nuit. Cette moyenne est un monochrome bleu moyen. Les variations nuageuses de ces ciels introduisent des nuances de gris, de bleu ciel, de bleu nuit. Nous participons dans ce projet à quelque 20 000 kilomètres de distance au lever et au coucher du soleil sur l’Australie. Cette installation redimensionne notre conscience à l’échelle de la Terre.

Ozone est une installation planétaire sonore, montrée au Festival International d’Adélaïde en 1996. Les mesures de l’ozone produit par la circulation automobile à Lille et les mesures des ultraviolets traversant la couche d’ozone en Australie sont transformées en sons diffusés dans un jardin d’Adélaïde et dans les rues de Roubaix. Cette installation est la métaphore d’une " pompe à ozone " entre l’ozone produit par la pollution automobile, et l’ozone stratosphérique naturel, entre l’Europe et l’Australie, entre l’homme et la nature. Les sons ne sont pas une musique créée par une personne, mais générée par les activités humaines et leurs interactions avec la planète. Les sons sont générés à distance par des facteurs impalpables, résultant d’une interaction complexe entre l’homme et le monde. Ozone exprime de façon artistique et poétique, le problème écologique majeur pour les australiens du trou dans la couche d’ozone. Un paradoxe est apparent pour le problème de l’ozone : produit en trop grande quantité par les voitures dans les villes, il est par contre en déficit au niveau de la stratosphère et provoque en Australie une augmentation inquiétante des cancers de la peau. Le trou dans la couche d’ozone devient un phénomène de société tangible en Australie, les enfants australiens apprennent à l’école à se protéger du soleil. Ce problème de l’ozone semble mineur aux Européens : loin des yeux, loin du cœur. Ce projet peut aussi exprimer la divergence entre la perception des pays du Nord de la planète, et la perception des pays du Sud, leurs anciennes colonies .

Ozone veut mettre en évidence l’interdépendance planétaire : il nous apparaît de plus en plus que nos destins et nos gestes sont liés avec ceux de tous les humains, même situés aux antipodes. Une solidarité, une conscience planétaire s’élabore peu à peu. La beauté, la poésie de la distance est essentielle, elle nous permet de redimensionner nos consciences. Ozone exprime ce mélange d’inquiétude et d’émerveillement devant l’interdépendance des phénomènes terrestres. Ozone exprime aussi l’immatérialité et la complexité des phénomènes auxquels l’homme contemporain est confronté. L’ozone, les UV sont des paramètres de phénomènes complexes où la physiologie humaine interagit avec le climat, où la survie planétaire interagit avec le développement économique. Pourtant ces facteurs sont impalpables, et finalement sont des " objets immatériels " liés à l’information (ou la désinformation). Cette installation autonome, sans intervention directe d’un interacteur, fait intervenir ce que, devant la complexité des phénomènes, l’homme a nommé hasard ; il actualise une interrogation permanente dans la création artistique, scientifique et philosophique. Les télécommunications sont une partie importante du projet parce qu’elles permettent d’exprimer l’interdépendance géographique, la poétique de l’ubiquité, la sensualité de la distance. Beauté de la présence à distance : ma conscience est partagée entre ici et ailleurs, entre moi et l’autre. Je participe du lointain. Sensualité de la distance : la perte de vue, réorganise notre perception, exacerbe notre sensualité auditive. Cette perte de vue est source d’imaginaire.

Eurotunnel est un projet de 1992, qui n’a pas pu encore se réaliser pour l’instant. Ce projet est conçu avec Sylvia Hansmann. Nous y suivons le tracé du tunnel en bateau. Nous jetons au fur et à mesure à la mer des bouées munies de balises satellites. On peut donc suivre le parcours des bouées dans la Manche ou la Mer du Nord. La " ligne du Tunnel " est dispersée par la mer. Ce projet vient du constat d’une confrontation de deux éléments autour du tunnel : le Tunnel, conçu et construit avec les plus hautes technologies. Pensé jusqu’au moindre détail, il symbolise la maîtrise de l’homme sur la nature. Le Tunnel semble être un projet gigantesque et très complexe, mais est petit à l’échelle de la mer, et simple par rapport à la complexité de la nature. La mer, élément infini et en mouvement, dont on ne pourra jamais connaître toute la richesse et tous les détails. Ces deux éléments s’ignorent : le tunnel permet de traverser la Manche sans voir ni sentir l’eau ; sur la mer, le tunnel n’est pas visible. Avec le Tunnel, les mouvements des hommes deviennent apparemment indépendants des mouvements de la nature. Ce projet souhaite rendre tangible la confrontation de ces deux éléments, d’où notre idée d’une " dispersion du tracé du tunnel " par la mer. Le rapport du tunnel et de l’eau est à mettre en parallèle avec celui de l’homme et de la nature. Le tunnel symbolise le déterminé, la volonté et la mer, le chaos source de vie.

Le projet Contact date de 1996, mais n’est pas encore réalisé. Contact est une installation planétaire dans laquelle deux plaques de cuivre, l’une située au Canada chez les Inuits et l’autre en France, échangent leurs températures via un réseau télématique. En posant leurs mains sur ces plaques de cuivre, les participants perçoivent la température du pays éloigné et la présence éventuelle d’une autre personne dans l’autre pays. Le but du projet est de créer une communication par le toucher à distance et de stimuler l’imaginaire aussi bien des Inuits que des Européens par la sensation tactile de la différence de température entre les deux pays. Métaphore de la caresse, de la solidarité, sensation de la peau du monde. Sensation de la présence à distance, du passage de l’autre, de son existence malgré l’absence visuelle. Sensations mêlées de l’espace, du temps et de l’humain.

Ces œuvres d’art utilisant des technologies de télécommunication souhaitent exprimer la poétique d’un Art Planétaire. Émotion de la distance, perception d’un monde global où le moindre de nos actes interagit avec un ensemble plus vaste. Thaon / New York, Le bleu du ciel, Ozone, Le jour et la nuit, nous invitent à une perception mentale de cette interdépendance et à étendre notre perception sur l’ensemble de la noosphère et de l’écosphère. À perte dentendre, Autoportrait expriment avec des moyens technologiques rudimentaires la perception intime de la distance. Traits, Orient Express redessinent nos façons d’appréhender l’espace et le temps. Eurotunnel, invite à une réflexion sur notre rapport démiurgique à la nature, et sur le rapport entre l’organique et le technologique. Contact nous invite à percevoir la Terre avec nos mains et nous invite à tendre nos mains vers l’autre… L’élaboration de ces œuvres part toujours d’une perception de l’environnement . La technologie est dans ces œuvres un moyen adapté à l’élaboration d’un projet et non une fin, d’où le désir d’élaborer des machines spécifiques à chaque projet. La technologie est ainsi utilisée dans mes travaux pour élaborer une vision écologique et romantique du monde.