Dumb Type

Teiji Furuhashi, 1960 Kyoto (Japon) - 1995

Ryoji Ikeda (Compositeur, installations) cédérom, CD audio

En 1984, le musicien performer et vidéaste Teiji Furuhashi fonde le groupe Dumb Type. Depuis, ce collectif d’architectes, de graphistes, de chorégraphes, d’acteurs, d’artistes, de vidéastes, de sculpteurs et d’informaticiens s’est distingué au plan international par des spectacles multimédia sophistiqués, proches du théâtre expérimental, et le plus souvent accueillis dans des structures spécialisées dans ce type de création.

Bien que les représentations scéniques "live" constituent la part essentielle des activités de Dumb Type, la qualité sculpturale et la richesse visueile des environnements qui servent de cadres aux performances situent l’œuvre du groupe à l’interface des arts du spectacle et des arts plastiques.

Les premières œuvres de Dumb Type proposent une vision sarcastique du Japon contemporain déchiré entre passé et futur, entre une tradition rafffinée lente et cérémonielle, et la culture bruyante noyée d’électronique des mégalopoles du Japon américanisé d’après-guerre.

Dans ces œuvres, les danseurs/acteursévoluent parmi des modules métalliques–socles illuminés par intermittence et supportant des objets d’usage courant et des moniteurs (Pleasure Life, 1987-1988), ou structures mobiles où sont fixées des grappes de projecteurs de diapositives (pH, 1990-1991) – I’action consistant en une succession de "moments" évoquant des comportements sociaux codifiés, autant de tableaux fragmentaires que les dispositifs visuels et sonores complétent ou enrichissent.

Dans la série de performances-installations intitulée S/N, la technologie de pointe qu’utilise Dumb Type sert moins la vision critique de la société japonaise développée jusqu’alors qu’une exploration des nouveaux types d’interaction entre l’homme et l’environnement techno-médiatique. Une caméra hxée sur un détecteur de mouvement balaye les images télévisées diffusées par 25 moniteurs alignés, et restitue des images secondaires altérées ( S/N n°l, 1992). Dans S/N n°2 créé la même année, 2 projecteurs mobiles circulent à des vitesses différentes sur le plafond d’un long couloir, et projettent respectivement des images fixes et un film vidéo. L’existence de deux séries d’informations visuelles formellement dissemblables, simultanées mais non synchrones, a pour effet de penturber la perception spatio- temporelle du spectateur.

Dans la pièce Lovers, créee par Teiji Furuhashi en 1994, I’exploitation des plus récents progrès de la technologie interactive dispense de recourir à des acteurs. L’observateur/acteur intervient sur les imagesde textes et de corps nus qui courent, se chevauchent ou se télescopent sur les murs de l’espace. En agissant sur des capteurs, il pilote l’apparition, la disparition et le rythme des images enregistrées que distribue, depuis le centre de la pièce, un empilement de vidéo-projecteurs gérés par informatique.

Installation interactive Lovers, 1995

Dumb Type par Jocelyn MONNIER

 

Texte paru dans LE MONDE INTERACTIF :

dumb Type, troupe onirique " Genre idiot ". Voilà comment se définissent, non sans humour, les artistes japonais de dumb Type. Fondé en 1984 par des étudiants du Kyoto City Art College, ce collectif japonais est l'un des plus connus de la scène internationale. Dès le début, les artistes qui composent cette troupe multimédia ont joué la carte des nouvelles technologies dans leurs performances. Le succès de cette structure atypique composée d'une quinzaine d'intervenants est géré par un producteur français, Epidemic.

Avec dumb Type, nous sommes loin d'un discours stéréotypé : les nouvelles technologies sont, avant tout, pour ces artistes des champs d'expérimentation très bien adaptés à des créations multidisciplinaires. Les sujets abordés par le collectif sont variés, et si les créations étaient jusqu'à présent centrées sur des aspects sociaux ou identitaires, dumb Type semble s'orienter désormais vers des concepts abstraits comme la mémoire, un thème abordé lors de leur dernière création, Memorandum.

La dimension clinique et apparemment parfaite des performances du collectif est parfois source de malentendus pour le public. Une dimension qui fait dire avec malice au chorégraphe de la troupe, Takao Kawaguchi : " S'il est vrai que nous devons organiser nos créations avec précision, nous laissons aussi des espaces de liberté pour les performers. "

Au-delà du savoir-faire technologique et artistique, ce collectif fait également preuve d'une étonnante capacité d'adaptation : seul un tiers des membres actuels sont issus de la formation d'origine. La mort, en 1995, du fondateur emblématique, Teiji Furuhashi, n'a pas annihilé la farouche détermination des membres de dumb Type et leur faculté à se remettre en question dans un processus démocratique. Et la troupe continue a être programmée sur les plus prestigieuses scènes occidentales et japonaises.

Le collectif vient de présenter, en avril dernier, l'installation-performance Cascade à la Haus der Kulturen der Welt de Berlin. Dans cette création, le spectateur marche dans un couloir de trois mètres de large bordé de deux écrans géants, où des silhouettes de danseurs s'inscrivent sur les murs de l'installation. Le corps du spectateur se trouve ainsi intégré dans une performance onirique qui est une méditation mélancolique sur les relations entre le corps et le temps.

Une nouvelle création est déjà prévue au Théatre national de Toulouse en avril 2002, en coproduction avec le Centre de développement chorégraphique local. Tous ces projets complexes, ainsi que la poursuite de la tournée de Memorandum dans une nouvelle version, n'empêchent pas chaque membre de poursuivre ses propres créations artistiques.

Le musicien électronique Ryoji Ikeda continue ses représentations, qui l'ont conduit en février dernier au Centre Pompidou, le chorégraphe Takao Kawaguchi vient de clore avec succès un solo de danse aux Pays-Bas, et le directeur artistique, Shiro Takatani, a préparé une installation dénommée Iris pour la Biennale de Valence, inaugurée le 11 juin. Ces expériences individuelles permettent à chaque artiste de se ressourcer sur des projets extérieurs et, paramètre non négligeable, de compléter ses revenus. Pas si dumb Type, donc.

Eric Przyswa (Le Monde Interactif) Edition du mercredi 13 juin 2001