Yves Klein s'inscrit dans le mouvement du Nouveau Réalisme rassemblé par Pierre Restany, mouvement qui s'inscrit dans "L'autre face de l'art".

Yves Klein Conférence à la Sorbonne(.mov) (http://www.waxidermy.com/audio/klein.MP3)

 

Yves Klein - Globe terrestre bleu - 1957 Klein monochrome bleu

Extrait du site du Centre Pompidou :

"Exposés en 1955 sous le titre Yves, Peintures, les premiers Monochromes sont multicolores. C’est pour les rendre plus à même de réaliser la fonction qu’Yves Klein assigne à la peinture, rendre l’espace sensible, qu’il les réduit en 1957 à la seule couleur bleue, le bleu étant la couleur du ciel. Toutefois, cette domination du bleu s’accompagne, plus secrètement, de la réalisation régulière des Monopinks qu’il n’a pas cessée depuis 1955, au rythme d’un ou deux par an, comme pour maintenir d’autres voies ouvertes. Dans le sens d’une sensibilisation de l’espace, Klein réalise aussi des reliefs, des sculptures en éponge, s’attache à travailler directement sur le vide lors de l’exposition de 1958 chez Iris Clert - intitulée La spécialisation de la sensibilité à l’état matière première en sensibilité picturale stabilisée -, et s’achemine vers la performance.

En 1959, il pose l’équivalence des trois couleurs bleue, or et rose, comme en témoigne une conférence qu’il donne à la Sorbonne : « Le bleu, l’or et le rose sont de même nature. Le troc au niveau de ces trois états est honnête ». Son travail réintroduit une pluralité de couleurs. La même année, il fabrique en effet des reçus à remettre aux acquéreurs des zones de sensibilité artistique qu’il échange contre des petits lingots d’or. Les premières maquettes comportent une couverture bleue, un quadrillage doré et sont écrites en rose, ces reçus étant de plus destinés à être brûlés".

Ci-dessous extraits du livre de Stéphan BARRON : "Toucher l'espace, poétique de l'art planétaire" (Ed. L'Harmattan).

" Le ciel bleu est ma première oeuvre d'art " déclare Yves Klein. Il élargit ainsi le concept du ready-made pour en faire un acte de présence au monde, à la planète tout entière. Pour Yves Klein, le monde est le ready-made essentiel.

Cette perception mystique de l'univers est celle qui peu à peu devient pour nous familière, par l'influence de la culture bouddhiste qui est apparue en Occident. Rappelons qu'Yves Klein était un maître de judo, discipline qu'il avait étudiée au Japon. L'art et la vie de Klein sont imprégnés de mysticisme. Cette perception du monde comme un ready-made est un thème écologique devenu tangible par les découvertes scientifiques et par la perception de la planète dans sa globalité, due aux conquêtes spatiales : conquête de la lune, satellites de télécommunication et de télédiffusion. " Vue de l'espace, la Terre est bleue " dit Yves Klein en citant Youri Gagarine avec émotion. L'intuition d'Yves Klein d'un infini bleu est finalement celui d'un infini relatif, celui de la planète bleue.


Yves Klein veut enregistrer les traces du vent, de la pluie et du mouvement. Il fixe sur le toit de sa voiture une toile vierge qui fixera les traces de son voyage entre Nice et Paris. " Les empreintes atmosphériques que j'enregistrais il y a quelques mois ont été précédées d'empreintes végétales. Après tout, mon but est d'extraire et d'obtenir la trace de l'immédiat dans les objets naturels, quelle qu'en soit l'incidence, que les circonstances en soient humaines, animales, végétales ou atmosphériques " . Yves Klein inclut ainsi l'homme dans la perception de la nature, qui devient actrice, interactrice de la création artistique.


Le monde, la nature est alors le ready-made primordial, essentiel. L'art n'est qu'un prétexte de communion avec la nature, les formes de l'art n'étant qu'un renouvellement, un déplacement nécessaire du point de vue, pour régénérer une expérience toujours essentielle. Un art total, global. Yves Klein pousse la dématérialisation de ses oeuvres jusqu'à en faire des oeuvres planétaires. L'expérience du vide est la première expérience de l'universalité. Conscience cosmique, conscience englobant le monde, conscience englobant l'univers. Quelques heures avant sa mort Yves Klein déclare : " Dorénavant le monde entier sera mon atelier... À partir de maintenant je ne ferais plus que des oeuvres immatérielles "  . Le ciel, première oeuvre d'Yves Klein était une oeuvre planétaire, immatérielle. Fermant ainsi magnifiquement le cercle de sa vie et de son oeuvre, il pose les bases de nouvelles directions de recherche que poursuivront les artistes planétaires.

La révolution bleue d'Yves Klein s'insère dans le Technoromantisme qui marque la transition vers le troisième millénaire.

" L'architecture de l'air qui débouche sur l'idée d'une société nouvelle (la révolution bleue) rétablit une relation harmonieuse entre l'homme et son environnement, celle même qui régissait le Paradis " .

" La vision cosmique d'Yves Klein allie l'humanisme à la technologie et s'épanouit dans un vaste programme de retour à la Nature dans un Eden technique ", dit Pierre Restany , soulignant l'association chez Yves Klein de la spiritualité, de la nature et des technologies naissantes. Yves Klein utilise les techniques de son époque, celle du pigment bleu IKB, celle du feu, au service de ses intuitions perceptives. C'est la perception de l'artiste qui soumet la technologie et lui donne un sens. La démarche de Klein part de l'être et non de la technique, en cela elle est technoromantique.

 

 

Klein "Anthropométrie de l'époque bleue" - 1960