L'internationale situationniste anticipe dans son manifeste de 1960 des éléments de la culture techno des années 90. "Quels devront être les principaux caractères de la nouvelle culture, et d'abord en comparaison de l'art ancien ? Contre le spectacle, la culture situationniste réalisée introduit la participation totale. Contre l'art conservé, c'est une organisation du moment vécu, directement " . Les rassemblements technos (raves), ou l'art des réseaux sont des arts de situation, d'évènement, de participation. Les " rave " et de nombreuses œuvres d'art technologique créent des " situations construites ", c'est-à-dire des " moments de la vie, concrètement et délibérément construits par l'organisation collective d'une ambiance unitaire et d'un jeu d'évènements " .


 "Contre l'art parcellaire, elle (la nouvelle culture) sera une pratique globale portant à la fois sur tous les éléments employables. Elle tend naturellement à une production collective et sans doute anonyme (au moins dans la mesure où les œuvres n'étant pas stockées en marchandises, cette culture ne sera pas dominée par le besoin de laisser des traces) " .

Les artistes technologiques mêlent toutes les techniques, l'art technologique est un art multimédia, pas seulement au sens du multimédia (cédérom et réseaux), mais au sens du mélange des techniques et des technologies.

Certaines formes d'art des réseaux appellent à une participation anonyme du spectateur, les musiques technos sont des musiques de la citation et sont dans une certaine mesure un art collectif et planétaire. "Ses expériences se proposent au minimum une révolution du comportement et un urbanisme unitaire  dynamique, susceptible de s'étendre sur la planète entière, et d'être ensuite répandu sur toutes les planètes habitables. Contre l'art unilatéral, la culture situationniste sera un art du dialogue, un art de l'interaction. Les artistes - avec toute la culture visible - en sont venus à être entièrement séparés de la société, comme ils sont séparés entre eux par la concurrence. Mais avant même cette impasse du capitalisme, l'art était essentiellement unilatéral, sans réponse. Il dépassera cette ère close de son primitivisme pour une communication complète ". 

L'art situationniste est un art de communication, d'interaction, il préfigure dans ses intentions l'art technologique. "Tout le monde devenant artiste à un stade supérieur, c'est-à-dire inséparablement producteur-consommateur d'une création culturelle totale, on assistera à la dissolution rapide du critère linéaire de nouveauté. Tout le monde étant, pour ainsi dire, situationniste, on assistera à une inflation multidimensionnelle de tendances, d'expériences, d'" écoles " radicalement différentes, et ceci non plus successivement mais simultanément ".

Son utopie romantique est que chaque individu devienne artiste, que chacun perde les spécialités qui amputent l'homme de la modernité des potentialités multiples de l'être. 

L'industrie souhaite transformer les individus en petits rouages spécialisés d'une gigantesque machine. Nous devons résister en refusant toute spécialisation pour nous et pour les autres. Il nous faut enseigner la globalité. La pédagogie de la spécialisation à outrance, de la compartimentation des savoirs telle qu'elle est enseignée à l'université, doit laisser la place à des espaces pédagogiques ouverts où les compétences et les informations se croisent autour des projets des individus.

Le véritable enseignement est de révéler chacun à lui-même, et de donner des éléments de construction d'un savoir hétérogène et complexe. " Nous inaugurons maintenant ce qui sera, historiquement, le dernier des métiers. Le rôle de situationniste, d'amateur-professionnel, d'anti-spécialiste est encore une spécialisation jusqu'au moment d'abondance économique et mentale où tout le monde deviendra " artiste ", à un sens que les artistes n'ont pas atteint : la construction de leur propre vie. Cependant, le dernier métier de l'histoire est si proche de la société sans division permanente du travail, qu'on lui nie généralement, alors qu'il fait son apparition dans l'I.S. (Internationale Situationniste), la qualité de métier " .

Michel Onfray souligne que les situationnistes voulaient faire passer les individus du rôle de spectateur, au rôle de " viveurs ". " Le désir devient le moteur de l'action et il génère une interactivité, une dynamique animant le réel d'un flux poétique. Sculpteurs d'opportunités donc ou modeleurs des formes prises par les relations entre les individualités " .