Andres Serano

andres serrano

Biographie

Artiste Américain, né en 1950 à New-York où il vit et travaille. Il a été élevé comme catholique, ce qui aura une répercutions sur son travail. Etudiant des Beaux-Arts de Brooklyn, à l'école du Musée Berkley, il se dirige tout d'abord vers la peinture et la sculpture avant de finalement devenir photographe.

Depuis 1984, il fait des œuvres photographiques couleurs de grands formats. On y décèle cependant une recherche picturale forte. Il est fortement influencé par l'histoire de la peinture, de la Renaissance à nos jours. Il a lui-même une collection d'oeuvres du 14e au 17e siècle faites pour ou par l’Église.

« Je vois mon travail comme un art de tableau, je prends des choses réelles, et je les mets dans un monde irréels, artificiel, en studio » Andres SERRANO, Entretient en 2011.


Il réalise des photographies de qualité picturale et en retire l'aspect documentaire, on y retrouve la forte présence du cadre, une composition classique et sobre, et une lumière chaude aux couleurs denses. Cette composition le met dans la lignée de peintre tel que Caravage. Il s'intéresse aux paradoxes, ce qui est autorisé ou non. Il fait des portraits et des natures mortes aux connotations sociale et politiques. Ses modèles sont issus majoritairement de la religion et des minorités sociales ce qui crée - à son insu - la polémiques. Il travaille en série depuis qu'il est exposé dans des galeries.

Il cherche à « monumentaliser le réel » plus que provoquer ou créer la polémique. Il esthétise le réel jusqu'à trouver la beauté dans la mort ou dans le sexe. Son art est entre la photographie et la peinture. Il se sent réticent à se dire photographe. C'est un artiste « sans discrimination ». Il réaffirme les valeurs de la (re) présentation de ses sujets.

Ses travaux


fluides corporelles

Fluides corporelles

1989. Série abstraite
Andres SERRANO restitue ici les couleurs du corps à travers ses éléments fluides et ses sécrétions : sang, sperme, urine… Ces liquides organiques rappellent inévitablement les voies de transmission du SIDA et deviennent le symbole iconique de la maladie.
Avec ce travail il rappelle la peinture abstraite. Certaines photographies renvoient à la peinture géométrique, à « l'action painting » voire au monochrome. Il soustrait à la photographie son travail sur le sujet, sur le fond, sur la perspective. Il aplatit le sujet et ôte tout rapport spatiale de la photographie, traitant la surface de la photographie non conventionnellement.

andres serrano
La polémique du Piss Christ

Piss Christ : photographie d'un bocal d'urine où flotte un crucifix de plâtre. On voit une vue aquatique. Une profondeur de champs est réduite. On voit un liquide jaunâtre, et le titre nous indique que c'est de l'urine. L'oeuvre fait scandale, autant en 1987 qu'en 2011 lorsqu'elle est à nouveau exposée. Ce scandale donne l'image d'une Amérique puritaine qui refoule le corps et le frappe de culpabilité.
« L'oeuvre continue à avoir du pouvoir. Ce n'est pas un pouvoir que j'avais anticipé, mais je suis content que l'oeuvre ait toujours autant de force » Andres SERRANO, Entretient en 2011

Le titre de l'oeuvre a simplement pour but d'être descriptif et non pas polémique ou blasphématoire selon l'artiste. C'est la description littérale de ce qu'il a fait. A l'époque il est encore un artiste new-yorkais inconnu. Il devient alors provocateur sans même le vouloir. Le titre fait ici partie intégrante de l'oeuvre.
« Marcel Duchamp a dit que le public complète l'oeuvre, pour moi le titre complète l'oeuvre » Andres SERRANO, entretient de 2011

Il se considère comme un artiste photographe conceptuel. Pour lui les mots, les titres, les idées sont tous aussi important que la photographie. C'est l'ensemble qui fait l'oeuvre.
Il s'inspire largement d'artiste antérieur, comme Caravage ou Bosch, ou Mondrian et Malevich. C'est un artiste qui fait des va-et-viens constant entre le passé et le présent de l'histoire de l'art.
Malgré la polémique, il n'hésite pas à réalise des travaux postérieur au sein de l'église, jusqu'à demander l'autorisation d'aller photographier l'intérieur même du Vatican. Il n'a aucun mal à continuer à travailler avec l’Église.

heaven

Heaven and Hell

1984, le peintre Léon Golub, déguisé en prêtre. Par cette image, Andres SERRANO fait un rappel des travaux de Léon GOLUB sur les prisonniers politiques. Dans l'image il combine la fascination du peintre pour les prisonniers et les gens qui les torturent, avec son propre travail sur les images religieuses.
« La créativité est un acte de l'imagination »
Il n'y a pas de frontière entre le travail de mise en scène, et le travail de la réalité.

andres serrano

The Church

1991, il réalise des vues d'églises de France, d'Italie et d'Espagne. Il portraiture également des membres de l’Église.
Ce n'est pas une série parfaitement documentaire, mais Andres SERRANO photographie ici ce qu'il observe dans les églises, chez les prêtres, au sein du Clergé. Il fait alors de l’Église son studio en y installant son dispositif d'éclairage, sa démarche étant plus esthétique que spirituelle. Il rend ainsi hommage à l’Église à la Christianisme. Il choisit minutieusement les cadrages de ses portraits. Ainsi il préfère capturer la main de l'Evêque de Chartres plutôt que son visage.
Il a un rapport ambiguë avec la religion. Les artistes qui l'ont beaucoup inspiré, tel Bunuel ou Fellini, sont imprégnés de catholicisme, même s'ils le renient.

andres serrano

Klansman ou The Klan

Porter un masque fait de ces portraits des portraits étonnants, car pour lui le portrait doit révéler, montrer la personnalité du modèle, alors que le masque cache plus qu'il ne révèle.
Quand il photographie le Ku Klux Klan, en tant qu'Hisparnique, il a prit ce travail comme un challenge. Il constate très vite que ses modèles sont plus gênés que lui de travailler pour cette œuvre.
Ici il fait des portraits des membre encagoulées du Ku Klux Klan. Il donne un cadrage rappelant le clair-obscure du Caravage. Un travail de studio à la fois inquiétant et intime.
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Morgue

1992. Andres SERRANO photographie des fragment de cadavres, légendés par la cause du décès. Il fait le lien entra la mort et les traces corporelles qui montrent la mort. Ces images deviennent insoutenables, de part la composition qui montre toujours des corps sans visage, et le grand format des photographies qui font perdre les repères visuels au spectateur. Il montre des images que les gens n'ont pas envie de voir et les oblige à y chercher la beauté.
Par le travail du drapé et le jeu de lumière, on retrouve les inspirations classiques de l'artiste. Depuis Géricault au XIXe siècle, la mort n'est plus héroïque mais angoissante. Elle est représentée comme un amas de membres, raides et verdâtres, aux fragments arrachés, et aux chairs en putréfaction. Les cadavres, de plus, ne sont plus liés au prétexte de l'études anatomiques (XVIIIe) , ou du document.

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Nomads

Andres SERRANO photographie ici les sans abris sur les trottoirs de New-York, dont il a fait partie durant ses années d'errance, lorsqu'il avait la vingtaine. Il rend visible ces personnes que l'on ne regarde pas car on ne veut pas penser à eux. Il veut donner un nom à ces personnages : c'est ainsi qu'il titre ses œuvres.
Au lieu de faire ces clichés dans des milieux sordides, il choisit de les photographier dans le métro la nuit, où il installe son studio. Il travaille rapidement car il n'avait pas les autorisations de la ville.
« Pour les nomades, on m'a dit : « Vous leur avait donné tant de dignité ». En fait je ne leur ai rien donné de plus de ce qu'ils avait déjà. »

C'est un hommage à Edward Curtis qui a fait des portraits d'indiens d'Amérique.

andres serrano

Objects of desires

Ce titre est une référence au titre de Bunuel « Cet obscure objet du désir ».
Cette série a été réalisée à la Nouvelle Orléans. Il la présente comme des natures mortes d'armes à feu. Inspiré par les motivations des collectionneurs qui les considèrent comme des œuvres d'art, des objets précieux.
Il les photographie en détail comme des objets de désir.
Il ne défend aucune cause, il fait coexister les genres, en mêlant esthétique et politique, jusqu'à esthétiser la politique.

andres serrano

History of sex

1996. Commande Hollandaise, d'inventorier les différentes pratiques sexuelles.
Il photographie les pratiques sexuelles déviantes, comme une femme masturbant un étalon, ou un homme buvant l'urine d'une femme. Il les esthétise cependant à outrance, jusqu'à « désérotiser » ces sujets.
« Je ne vois pas la différence entre l'art et la pornographie, sauf que l'art est plus cher ! »


andres serrano

America

2004. Il réalise 120 clichés avec le même cadrage et des couleurs saturées, d'américain typiques. Ils sont présentés comme des icônes, avec une source lumineuse derrière les modèles. Il magnifie ses modèles, les présentant comme des symboles.
Il fait ces clichés suite au 11 Septembre 2011, où les Etats-Unis ont été attaqués, vus alors comme l'ennemi. Avec cette série il photographie l'ennemi en choisissant des personnes qui représentent l'Amérique selon lui.

andres serrano

Interpretation of dreams

2000. Il fait références aux écrits de Freud. Ici chaque image est l'interprétation d'un fantasme, un travail de l'imagination. Ici les images n'ont pas de réelles lien entre elles, à part leur excentricité. Il crée encore un jeu avec le titre, prouvant de son sens de l'humour.
« Même si je suis sérieux dans mon travail, je ne me prends pas au sérieux. Les gens importants pour moi aujourd'hui sont ceux qui vous font rire. »


Ses autres travaux : Holy Work, Shit, Anarchy

« J'aime que mon travail soit clair et compris par ceux qui connaissent l'art et par ceux qui ne le connaissent pas du tout. C'est pour cela que mon travail est ouvert aux interprétations, ce qui implique qu'il puisse être aussi mal interprété parfois. »


Ressources

- La Photographie de nos jours. Beaux-Arts Magazine,
- Le corps photographié. Flammarion.
- Entretient avec Andres SERRANO. Revue la Règle du jeu.