Anna Maria Maiolino


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Anna Maria Maiolino



BIOGRAPHIE

Anna Maria Maiolino est une artiste plasticienne italo-brésilienne née le 20 mai 1942 à Scalea. Elle est aussi peintre, sculpteur, graveur, dessinatrice et réalisatrice vivant à Sao Paulo. Dans les années 1960 et 1970 elle s'implique déjà dans les premiers mouvements de l'art brésilien tel que le Neo-Concretism ou encore le New brazilian Objectivity en 1967 déplaçant alors la nature de l'art brésilien. En 1968 elle déménage à New York pour se concentrer sur le minimalisme et le conceptualisme, elle créée ainsi des œuvres qui influence plutôt désormais l'interaction entre l'objet et le spectateur.
C'est depuis les années 1970 qu'elle entame un travail avec les films super 8. Le super 8 est un format cinématographique amateur qui offre un grain particulier à la vidéo. Elle questionne alors à présent l'interaction entre les objets qualifiés de performatifs de l'art et le public. Elle fut aussi très connue pour ses dessins et sculptures.
Cependant nous allons nous intéresser de plus près à son travail s'inscrivant dans l'art vidéo. C'est après le retour de son exil New-yorkais de trois ans, Anna Maria commença un travail vidéographique qui continuera jusqu'à nos jours. En effet suite à cette expérience elle se remet en question sur son identité de femme et d'artiste. Elle est alors confrontée à l'époque à des existences et utopies entre réel capitaliste et révolutions sociales, le féminisme étant en premier lieu. De plus elle est aussi confrontée à l'handicap de la langue car elle ne parle pas l'anglais. C'est pourquoi son travail s'éloigna de la radicalité conceptuelle du Néoconcretisme. Elle explique que sa vie a été dominée par l'angoisse et le doute souhaitant participer au moment d'effervescence politique, sociale et artistique pour développer un art national autonome. Ainsi elle revendique un aspect plus expérimental de l'art plaçant son corps au cœur de son œuvre.
C'est en 2006 qu'on organisa la première rétrospective d'Anna Maria Maiolino nommée «Beaucoup» au Brésil. Mais c'est au cours de ces dernières années que son travail a obtenu une certaine reconnaissance internationale avec la dOCUMENTA 13 en Allemagne, La Biennale de Sydney ou celle de Sao Paulo. Mais c'est en France à Avignon pendant l'exposition La disparition des Lucioles que j'ai pu découvrir cette artiste.

Sur son site web officiel on peut voir les 14 films qu'elle a pu réaliser jusqu'à aujourd'hui, j'ai donc pris soin de sélectionner et développer les œuvres qui sont pour moi les plus emblématiques de son travail.


OEUVRES VIDEOS


http://annamariamaiolino.com/
-> Toutes les vidéos sont présente sur son site web

In-Out (Antropofagia),
1973, film Super-8 en couleur
durée de 8'14''


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A son retour à Rio, le régime brésilien connait de nombreuses difficultés. Anna Maria très impliquée de façon politique positionna son art dans une contestation politique confrontant ordre social et questions existentielles.
In-Out est son premier film expérimental au format Super-8 qui s'inscrit dans ce contexte de résistance. On perçoit la bouche d'un homme et d'une femme en gros plans successifs bâillonnée avec du scotch, bouchée par un œuf, des lèvres rouges ou noires très maquillées, qui sont utilisées pour identifier des personnages essayant de parler sans articuler. Ces bouches sont paradoxalement réduites au silence avalant de longs fils noirs rouges et blancs sans fin. Tout ces plans saccadés ainsi que les mouvements frénétiques des lèvres provoquent un sentiment de répulsion chez le spectateur. Nous sommes face à une bouche défigurée et qualifiée de dévorante mêlant déversement et absorption qui renvoie à l'image de la censure. Comme le sous-entend le titre on a alors un jeu se basant sur le vide, l'espace entre le 'dedans' et le 'dehors'. Anna Maria Maiolino témoigne alors par ce procédé et ces images chargées de sens la dure réalité de son pays et son amertume envers son fonctionnement.
La bande-son de cette vidéo quant à elle a été réalisée par Laura Clayton de Souza. Il s'agit d'un son psychédélique, un mélange hypnotique de rires étranges, de percussions et de sons gutturaux qui renforce le malaise.



X, film super 8, 3', 1974 (son ajouté en 2000)
Y, film super 8, 2', 1974 (son ajouté en 2000)


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Y


Dans l'année qui suit elle réalise les vidéos X et Y dans le prolongement d'In-out Antropofagia.
Y est porté sur une mise en scène plus radicale il est l'homologue d'une performance et d'une photo. En effet, on a une alternance de point de vue subjectif avec des points noirs, des plans de la bouche de l'artiste, les yeux bandés. Sa bouche s'ouvre et se ferme lentement comme pour crier encore une fois sous la torture. Et une fois de plus la bande-son off superpose l'image et livre une sorte de couinement perçant avec des mots susurrés parmi lesquels on peut distinguer le plus clairement le mot «courage». C'est en cachant ses yeux qu'elle opère une focalisation sur sa bouche et renvoie à l'importance de la parole. Une parole qui semble alors contrôlée puisque le son est peu audible et ralenti.
Pour l'oeuvre X, l'artiste essaye de mordre des ciseaux qu'on ne perçoit qu'à peine avec la frénésie des mouvements, on a des gouttes de sang, qui renvoie une fois de plus à une forme de torture. Ces gouttes de sang coule sans arrêt et sont signe de blessure extrême. L'oeuvre nous montre une alternance entre des moments rapides et plus lents, des gros plans sur son œil qu'elle fait tourner, ou qui fixe l'objectif et les ciseaux qui s'agitent. L'atmosphère renvoyée est pesante et inquiétante amené surtout par cet œil qui nous regarde puis qui semble perdre le contrôle. On a alors, vis-à-vis du contexte politique, une référence aux coups violents de la dictature. Les ciseaux sont susceptibles de faire référence aux outils de Maiolino, outil de ses œuvres de collages qu'elle réalise. Mais les plans étranges et pesants peuvent aussi connoter une tentative de parole qu'on maltraite et qu'on pousse au silence. En effet le ciseaux réfère à l'idée littérale qu'on puisse couper la parole comme si l'artiste pouvait couper sa langue pour évoquer la censure.
Ainsi dans les travaux X et Y, le corps humain lutte réellement pour parvenir à s'exprimer comme pour représenter une métaphore pour vivre sous la censure et la répression politique comme le sous entend l'engagement politique de l'artiste. Elle utilise ce médium et ces expressions pour parler d'un régime politique contre lequel elle se bat. De plus, considérées ensemble, ces deux œuvres peuvent devenir des signifiants d'identité comme les chromosomes X et Y.

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x

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x




One moment please
1999/2004


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One moment please

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One moment please


L'oeuvre One moment please nous propose un gros plan d'un visage clairement marqué par le temps qui passe, qui chante et se balance avec la nonchalance apportée par l'âge. Une fois de plus l'artiste se concentre sur des plans resserrés pour interpeller d'autant plus le spectateur.
A la manière d'une pause, One moment please annonce déjà son caractère éphémère dans son titre. On perçoit alors dans ce film l'artiste elle-même se capturant dans un moment ou elle chantonne au rythme d'une chanson italienne. La caméra est fixe et le visage ondule rapidement, proche de l'objectif, montrant les détails de la peau. En effet, on y perçoit son grain de peau, des petits boutons les poils de ses sourcils, ses lèvres, son nez, un coin de paupière. Ainsi la musique Serenatella una cumpagna de Roberto Murolo se mêle à l'apparition de surfaces proéminentes aux apparences curieuses du visage de Maiolino vu de très près. L'artiste revendique, en quelque sorte, son identité italienne et évoque des souvenirs quand elle pose des paroles dont elles se souvient en même temps que Murolo et les autres deviennent des La La La. C'est pendant le refrain que sa bouche occupe la surface de l'écran. On a alors une certaine confrontation entre la musique entrainante et joyeuse et le visage de l'artiste de près et marqué des traces de son histoire personnelle révélées dans toute sa fatigue. On peut considérer cette œuvre en tant qu'autoportrait qui cartographie sa propre peau. Ce travail ne suit donc pas les demandes sociales et conventionnelles de la perfection corporelle. La charge émotive et subjective montrée au public avec ce film est grande et possède aussi des connotations politiques.



Quaquaraquaqua
2009


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Quaquaraquaqua

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Quaquaraquaqua





Look that
1982 / 2012


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Look that



Mais l'artiste Anna Maria Maiolino ne réalise pas seulement des films en super 8, c'est une plasticienne qui sait aussi sculpter, graver et dessiner. A présent, voici quelques œuvres emblématiques du reste de son travail.


PERFORMANCE, SCULPTURE, PEINTURE, PHOTOGRAPHIE


Here and there
dOCUMENTA 13, 2012


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dOCUMENTA 13

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dOCUMENTA 13


La dOCUMENTA est une des manifestations les plus originales de la scène contemporaine. Elle se déroule tout les cinq ans à Kassel en Allemagne. Cet événement présent depuis 1955 est aussi appelé le «musée des 100 jours» puisqu'il dure en effet cent jours.
L'installation Here & There est un monde imaginaire où plus de 2000 kilos d'argile envahissent la maison qui fut habitée par les frères Grimm. Elle se situe dans le parc de Karlsaue à Kassel en Allemagne. Le paysage dans Kassel est ordonné, vert et calme, qualifié presque de monotone dans sa beauté. Or, Anna Maria Maiolino vient du Brésil et confronte alors son image d'une faune et flore perçante des forêts exubérantes, Here & There oppose ainsi le paysage. De plus, elle évoque un aspect politique sous-jacent sans pour autant chercher à convaincre le visiteur, mais simplement des métaphores qui laissent au public une liberté d'interprétation. Lorsqu'on traduit l'oeuvre par 'ici' et 'la' on évoque la notion d'espace, d'intérieur et d'extérieur. En effet, l'oeuvre s'étend sur les trois niveaux de la maison et en recouvre les surfaces par ses sculptures d'argiles de toutes formes et couleurs. La base de cette installation est de symboliser les restes domestiques inhérents. Ainsi le rez-de-chaussé est l'endroit où l'opération commence, le sous-sol réfère au corps absent et le grenier est l'endroit où l'on trouve les souvenirs. Here & There se base ainsi sur l'origine et le principe du travail par l'homme en tant que signe matériel, tout est éphémère et recyclable. En effet, si on y verse de l'eau on peut ramollir le projet d'argile et le redémarrer.



Territories of immanence
Miami art central, 2006


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Territories of immanence


C'est dans le cadre d'une rétrospective qu'Anna Maria Maiolino créa cette installation pour le Miami Art Central aux Etats-Unis en 2006. Cette réalisation est composée de plusieurs centaines de kilos d'argile qui ont été manuellement roulés et façonnés. Chaque pièces de même structure sont empilées désignant selon Maiolino les tâches quotidiennes pour l'individu et la société, le but étant par l'accumulation de créer une œuvre imposante. Mais l'éternel recommencement des tâches quotidiennes se manifeste ici par le fait qu'au cours de l'exposition l'argile va sécher et commencer à s'écrouler petit à petit pour enfin devenir poussière. L'artiste cherche à travailler avec la confrontation d'une œuvre matérielle impermanente. Elle se réfère ainsi au cycle de renouvellement dans lequel l'argile peut être ensuite reformé et réutilisé, par ce procédé elle commente en un sens la futilité de l'acte de création et l'expérience de l'art en tant que processus créatif.



Rice and Beans,
1979 / 2007


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Rice and Beans


Mise en place pour la première fois en 1979 Rice and Beans se place au centre d'une pièce et se compose d'une très grande table à manger et de chaises noires. Cette dernière est dressée de 20 couverts mais ce qu'il se trouve dans les assiette est organique. En effet, l'artiste place au début de l'exposition des graines qui poussent et donnent vie à l'oeuvre. Cette œuvre apparaît donc pour la première fois dans un contexte où le brésil souffrait de dépression économique sous un régime militaire. Elle confronte alors le besoin essentiel de l'humanité qui est la nourriture avec la pénurie liée au contexte. Ce travail montre un pays censé être inépuisable concernant certaines ressources, faisant la promesse d'abondance. L'installation est donc positionnée en tant que site de renouvellement. Bien qu'aujourd'hui malgré un changement de régime vers un gouvernement démocratique, les questions de pauvreté et de famine persistent. Ainsi, Rice and Beans conserve désormais le même acte d'accusation dans lequel les assiettes vides exposées autour font acte de rappel et montre que ces questionnements sont toujours présent. Et ceci malgré la tentative de remplissage des assiettes quelque peu éphémère. On constate alors que de 1979 à 2007 ces questionnements n'ont pas évolués de façon très positive et sont toujours d'actualité.



Between Lives, Entrevidas
1981 / 2010


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Between lives

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Between lives


Comme l'indique son nom cette œuvre signifie «entre les vies» et traite principalement de la tension de l'énergie pour vivre entre l'individu et l'espace. Cette œuvre est composée de 70 douzaines d'oeufs, en bois et peints en blanc, étendus sur le sol d'exposition avec une certaine semi-régularité afin que les spectateurs puissent déambuler. L'auvent en tissu qui couvre l'installation forme en quelque sorte un abri qui émet une lumière douce, feutrée qui rend l'ambiance accueillante, paisible. Au centre de la pièce on constate une sorte de pupitre sur lequel est placé une assiette blanche au centre de laquelle est disposé un œuf fécondé. Ainsi, se frayer un chemin pour traverser l'installation est source d'une tension et d'une certaine anxiété qui s'accumule avec chaque pas comme si l'on était dans un champ de mines. L'oeuvre sous-entend de se conduire avec prudence en référence à la fragilité d'un œuf et peut confronter le spectateur à sa capacité de traiter une situation délicate. L'expression «marcher sur des oeufs» prend son sens dans le fait qu'il faut se comporter prudemment. Cette installation poétique mêle l'imaginaire et le symbolique, le choix entre la vie et la mort, la vie se réaffirmant alors par la symbolique de l'oeuf. «Le passé est un œuf cassé, l'avenir est un œuf couvé.».
Dans la performance Entrevidas (1981), on peut voir une femme marcher pieds nus sur des pavés recouvert d'oeufs, un poème portant le même nom parle de «la menace de la mort dans le faux-pas qui l'écrase».



Photopoemaction
1973 / 2011



La série Photopoemaction a été introduite en 1973 et représente une production transversale et parallèle développée par des images provenant des poèmes écrits d'Anna Maria Maiolino. Ces photographies peuvent être complémentaires ou parfois extraites des films Super 8, de vidéos ou performances comme le cas avec In-Out Antropofagia ou Entrevidas par exemple :

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Photopoemaction, In-Out, Entrevidas


Quelques autres œuvres représentatives de ses réalisations photographiques :

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By the thread



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What is left over



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Untitled from a life line series


http://annamariamaiolino.com/
→ Lien vers son site internet intuitif présentant son travail, ses œuvres de façon claire et efficace.