L'art vidéo et mise en scène de soi


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« Si la vidéo a été envisagée , dans un premier temps dans son histoire : sous les traits d'un miroir moderne, permettant de démultiplier l'image de soi dans l'infini du réseau médiatique comme un écho du présent et de la présence de soi au monde, elle n'a jamais vraiment abandonnée cette disposition particulière liée à la simultanéité de la prise de vues et de la restitution de l'image – autrement dit le direct - qu'elle partage avec le miroir ».


La vidéo doit être l'objet de la projection, elle doit mettre en avant le monde, ce qui le compose, ses espaces et surtout l'artiste qui utilise ce moyen d'expression. Tout passe par l'expression de soi mais il faut évidemment réussir la mise en œuvre de l'art subtile : passer de l'image de son corps à l'image de soi, et la vidéo est un moyen d'y parvenir. C'est exactement ce que l'auteur a voulu expliciter dans cet essai.
La vidéo est un moyen d'expression essentiel depuis l'apparition de caméra, elle permet aux artistes de se livrer dans un cadre privé et de faire passer des émotions, mais également l'expression de soi. Beaucoup d'artistes, et notamment des artistes féminines ont exprimé leur voix, leur cause grâce à la vidéo. La recherche peut également être intérieur : une quête de soi, une réflexion sur le monde. Le but est de donner lieu à une projection vers l’extériorité où la dimension narcissique est minorée par l'importance accordée à faire son emprunte sur le monde. Un aspect développé en majeur partie avec l'autoportrait, celui ayant bien évolué depuis les peintures, la vidéo ramène cet autoportrait dans son intimité la plus profonde.
D'après Mathilde Roman, la vidéo, encore plus que la photographie, reste un outil particulièrement idéal pour expérimenter le monde, ses espaces et ses temps, et que le corps de l'artiste reste également le moyen le plus évident, le plus proche, le plus disponible, le plus négociable pour mettre en œuvre cette expérimentation.

L'auteur exprime l'idée que : l'image que l'on aperçoit ferait référence au soi enfant qui se reconnaît dans le miroir (selon Lacan) et qui prend conscience de son soi.
C'est à travers l’autoportrait qu'elle définie cette prise de conscience qu'elle soit faite au moyen de la vidéo comme au moyen de la photographie, mais il faut faire attention à ne pas perturber l'équilibre de notre conscience par la subjectivité de l'acte par l'art. La vidéo permet la rétrospection sur sa propre image, il peut ainsi mettre en scène son imaginaire et l'utiliser pour mettre son image subjective au profit de son art. Un exercice fastidieux, auquel s'est donné M.Fortuné : en confrontant son image d’adulte mais aussi d’enfant au reste du monde.
Le soi conscient est le soi que l'on imagine face à un miroir, telle est la réflexion de M. Roman, elle veut mettre en exergue le questionnement que va susciter l'image de soi, et non l'image de soi pour soi : elle nomme cela le jeu du visible et de l'invisible. Afin de savoir ce qu'il reste de ce soi une fois que les strates sont tombées.

L'opération du regard dans le miroir est la reconnaissance et la définition. Elle amène le sujet à adopter une image comme étant la sienne, à réfléchir à ses contours, à questionner les limites du soi par rapport à ce qui lui est extérieur. L'effet autoportrait, ou miroir comme le dit M.Roman dans les interprétations artistiques, permet de saisir l'incidence qu'il engendre sur la conscience.
En effet, le rapport que l'artiste a à son image peut découler sur une attitude réflexive sur soi-même, ou alors bien au contraire être une source de rejet ou d'interrogation. L'image que l'on a de soi joue un rôle essentiel dans notre psychique, elle fait l'objet de multitudes d'études. Le soi est lieu de projection vers l’extériorité où la dimension narcissique est plus subjective quant à l'importance accordée à l'inscription de l'individu dans le monde. Il faut se confronter à ces images, les assumer afin de pouvoir ensuite les mettre sur la scène sociale.

L'image de soi n'est pas singulière, elle est mouvante, ressemblante et perturbante à la fois. Le miroir a un renvoi immédiat. On se confronte aux jugements. On note deux faces : la personne et l'individu. Complémentaires mais singulières.
M. Roman ne fige pas l'image à la seule représentation de soi mais aussi à travers le langage. Le langage permet de se représenter et de construire ses jugements : on détermine ce que l'on voit et on lui donne un sens. L'image de soi est remplie d'enjeux sociaux, le soi est confronté à l'altérité, qu'elle soit vécue, remémorée, ou pensée. L'image de soi est construite par la parole. La cohésion du langage assure la cohésion de la pensée.
Tout comme Gary Hill, qui place également le corps au centre d'une exploration assez radicale de l'identité, l'auteur avance la théorie que le corps a un rôle singulier. Elle décrit le corps comme différents statuts à travers le regard sur nos façons de les habiter, de les exprimer, de les inclure dans nos images. La perception du corps est intime mais cependant partielle ce qui implique obligatoirement une construction symbolique. L'art contemporain se soucie de cette interrogation et la déploie sous différentes formes afin de rendre visible l'inconscience de notre rapport au corps par rapport à ses images. Le geste artistique permet de créer une multitude d'images corporels en soutien psychique qu'il soit conscient ou non.
G.Hill met au centre de ses créations le corps, dans son installation intitulée « Crux » il s'interroge sur l'autonomie du corps dans ces différentes parties qui en deviennent des sources de l'image pour l'individu. A travers cette installation, il donne une visibilité autonome de son corps , et la vision du globale du soi, du corps nécessaire pour prendre conscience de soi. Le corps devient autonome et permet de prendre conscience de son image.

M.Roman explicite également la conscience de soi à travers le regard d'autrui. La société qui entoure l'individu l'oblige à se créer une image de lui-même par rapport aux autres. L'homme a besoin de l'autre pour se sentir exister, et son regard, par obligation, le ramène à se reconnaître soi-même. Évidemment la coexistence n'est pas que pacifique et peut engendrer : conflit intérieur pour soi. Mais c'est à travers ce regard que l'on se construit. L'image devient une interface, un intermédiaire entre soi et les autres dans une dimension sociale.

L. Bourget a notamment réalisé plusieurs projets qui interrogent la rencontre avec l'autre, et plus particulièrement avec une altérité toute particulière, celle de la vieillesse. Dans ses vidéos, elle recherche la remise en question de celui qui regarde, pour provoquer ce qui va le renvoyer à lui-même : tant dans la ressemblance que dans l'opposition.
Bill Viola, figure majeure de l'art vidéo, cible son approche du soi à travers le reflet : qui tient une place essentielle. Selon lui l'image du corps se reflète et se déforme : nous sommes nos propres victimes. Il fait connotation au suicide par exemple, avec de simples reflets et des détournements de formes.
Selon M. Roman, le soi, la personne, l'individu est en quête permanente du « nous », l'ensemble d'autrui va permettre de nous refléter, donc nous comprendre et surtout nous reconnaître. Ce regard va placer « soi » dans le monde.

Bien évidemment l'art vidéo est en lien direct avec son temps, son époque, et les influences se font sentir dans le travail des artistes. Il n'est plus question que de nous pour s'y refléter en tant que soi-même mais de défendre ses idéologies.
La société évolue, elle devient une société de consommation, faut-il alors que l'art suive son mouvement et devienne l'art consommatrice au détriment de l'art artistique. Chaque époque à son « combat » à mener : il devient plus social, plus politique. Les œuvres sont devenues plus percutantes, ou alors remplies d'ironie, d'autodérision. Et même si la société semble devenir plus individualiste que jamais, l'art essaie de toucher le collectif.

«  J'ai décidé d'agir dans la sphère du symbolique. L'objectif n'est pas de changer le monde, mais de changer le discours au sujet du monde » Ursula Biemann.

Pour cette artiste engagée, le symbolisme est presque immuable à l'art, les zones de conflits, de confusion, de drames s'associent aux représentations, même si elle admet la fragilité de cet équilibre et se méfie du pouvoir dévastateur que peut avoir l'ordre du symbolique.
A travers cet essai on comprend que l'art n'est pas juste une beauté propre à soi-même, elle se construit. On passant par notre propre jugement, puis par le jugement d'autrui, le sens critique se développe et exploite les qualités comme les défauts de chacun. L'art est un moyen de nous révéler. Et à travers l'art vidéo il y a comme une réponse instinctive et directe. On ne peut pas échapper aux choses car c'est vivant. Cela passe par l'image, le corps, autrui. L'ensemble de nos représentations auxquelles nous serions confrontées.
L'art contemporain suit un mouvement, le mouvement du monde, ce qu'il s'y passe, ce qui le touche. Nous en sommes tous des acteurs. Mais si les artistes n'étaient pas là pour nous confronter à nous même peut être que le monde que nous connaissons actuellement n'existerait pas. L'art est un révélateur, à nous de choisir si l'on veut se révéler au monde et si l'on veut rester ignorant.