L'art contemporain et la télévision



L'art contemporain et la télévision – Telle est la Télé
Benjamin Thorel (2006).
Éditions Cercle d'Art.
Collection « Imaginaire : Mode d'emploi. Prendre le monde tel qu'il est et voir ce que les artistes en font ».
129 pages.

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L'art contemporain et la télévision (couverture)

  • Critique d'art français indépendant, Benjamin Thorel nous offre avec son ouvrage L'art contemporain et la télévision – sous-titré « Telle est la Télé », en rapport avec la chanson de Serge Gainsbourg écrite spécialement pour le générique d'un programme T.V. intitulé « L'enchaînement » – une réflexion sur la relation de l'art contemporain avec le médium télévisuel. En plusieurs parties et illustré avec de nombreux exemples, ce livre nous présente les aspects positifs de l'alliance entre télévision et art, mais aussi et surtout les désavantages que celle-ci peut entraîner. Si l'on regarde cet écrit dans sa globalité, on distingue principalement deux grandes parties, du moins deux « camps » dans lesquels se rangent différents artistes de notre époque : « l'intention critique et l'envie de participer » (p. 19).

  • Bon nombre d'artistes qui nous sont contemporains cherchent à se servir de la télévision pour faire connaître leur travail. En effet, ce « nouveau média » qui rentre incontestablement dans le quotidien des sociétés est un excellent moyen de se faire découvrir et ainsi d'étendre sa diffusion auprès du public. Les clips vidéos et/ou musicaux par exemple, prennent au fil des ans de plus en plus de place sur le petit écran, les artistes sont ainsi invités à se faire connaître à travers eux. Comme le dit Benjamin Thorel à propos de Bardin et de sa vidéo Le Silence, celui-ci « reconnaît par la même occasion la dette de l'art contemporain envers un média capable, malgré tous ses défauts, d'une audace féconde » (p. 41). Certains de nos contemporains quant à eux, s'emparent de la télévision en tant qu'objet propre pour encore une fois, mieux l'exploiter ; c'est le cas de Nam June Paik, considéré comme un des pionniers de l'art vidéo.

  • Toujours est-il que pour d'autres, la télévision représente « les excès et les rêves du monde contemporain » (p. 19). Au lieu de s'y opposer totalement, ces artistes-ci jouent le jeu et se servent du médium télévisuel pour faire passer leurs idées en le détournant. Jan Dibbets par exemple, ne cherche pas à interrompre les programmes télévisés. Au contraire, il s'amuse avec et les clôture « avec un humour sarcastique » (p. 47). Pour ne prendre qu'un dernier exemple, Susan Mogul quant à elle, détourne le petit écran avec son œuvre Dressing Up (1973) pour dénoncer la profusion de stéréotypes que l'on peut trouver dans une émission de télé-achat.

  • Néanmoins, bon nombre d'artistes ne voit pas ceci d'un œil aussi bienveillant. Beaucoup définissent la télévision comme étant un objet de « contre-culture » (p. 35), comme quelque chose de trop formaté et qui ne laisse pas assez de place pour le côté création. Ces derniers ne veulent donc absolument pas participer à l'expansion de ce médium ci. « Prisonnier » ; c'est ainsi que quelques uns considèrent le téléspectateur. En effet, celui-ci ne serait pas consommateur des programmes télévisés ; ce serait à l'inverse la télévision qui profiterai pleinement de lui. Cette idée est tout à fait légitime, lorsque l'on voit aujourd'hui, le nombre incalculable de publicités qui sont composées et diffusées dans l'unique but d'appeler toujours plus à la consommation...

  • Avec son ouvrage, Benjamin Thorel nous invite à porter un regard critique sur la télévision à travers l'art et à voir comment au fil du temps, les différents artistes qui ont un lien avec celle-ci se sont appropriés ou non l'objet pour en faire un usage plus personnel. « Pour tous ces artistes, le point de vue limité sur le monde que veut nous imposer la télévision n'a pas à être accepté avec fatalisme : rien ne nous empêche de faire un usage différent des images et des techniques offertes par le système médiatique pour contrer ses effets. » (p. 88).