Catherine Sullivan


« J'ai toujours trouvé cela plus dangereux, et donc plus excitant, de travailler avec l'artifice d'un acteur plutôt que d'essayer de le réprimer. » Catherine Sullivan.

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BIOGRAPHIE
Née en 1968 à Los Angeles. Elle a étudié à la California Institute of Arts et à l'Art Center College of Design. C'est une ancienne actrice. Elle enseigne actuellement à l'Université de Chicago. Catherine Sullivan s'est d'abord intéressée à l'histoire du théâtre et de la performance avant d'explorer le domaine des arts plastiques. Héritière des recherches de la scène artistique de Los Angeles sur les structures formelles de la culture populaire, elle opère aujourd'hui la rencontre entre le travail de l'acteur, de ses codes et les instruments critiques et formels de l'art contemporain. Dans ses installations complexes, elle superpose les niveaux de références culturelles.
L’œuvre de l'artiste n'est pas une réflexion sur le théâtre mais elle l'utilise, avec le cinéma, la performance et la danse pour composer un hybride unique, dont le discours trouve sa pertinence dans le champ des arts plastiques. Bien qu'elle soit de temps à autre metteuse en scène, l'essentiel de son œuvre est composé de vidéos réalisées à partir de plusieurs films qu'elle projette dans des installations. Sullivan associe des stratégies réductionnistes influencées du minimalisme à des accumulations de signes. Ses réalisations sont souvent très élaborées, d'un point de vue de la maîtrise des mouvements de caméra, de la composition de l'image, du montage et de la direction d'acteurs.

SON TRAVAIL
Les films et les performances de Sullivan révèlent la mesure dans laquelle les gestes du quotidien et les états émotionnels sont scriptés et réalisés, sondant la frontière entre le comportement inné et acquis.
Ses premières videos Tis Pity She Is a Fluxus Whore (2002) et Ice Floes of Franz Joseph Island (2003) furent suivis par la réalisation de The chittendens (2005).


Analyse de The Chittendens :


Ce film est articulé en six chapitres pour une durée totale de 104 minutes, six minifilms tournés en 16 millimètres, transférés sur supports vidéos qui s'organisent en tableaux. Le premier juxtapose deux films en couleur, Poverty Island Lighthouse et The Resuscitation of Uplifting. Réalisés sur une île désertée de la côte du Wisconsin, avec une musique suave qui leur donnent un charme hypnotique empreint d'ironie, ils jouent avec un ensemble d'archétypes du 19ème siècle. Les chapitres suivants réalisés dans un immeuble de bureau du milieu des années 60 à Chicago, mettent en scène toutes les combinaisons possibles entre 16 acteurs et 14 attitudes données. A l'origine du projet, une chorégraphie, D-Pattern, développée avec Sean Griffin qui a composé la bande son.

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L'artiste considère ce film comme « un film noir hystérique ». Une caméra se déplace au hasard dans l'espace en passant par la salle d'attente, le cellier, la salle de bain, la salle de conférence, et le bureau exécutif. Le spectateur assiste à la création d'un récit qui change selon l'état de la pièce et selon comment les personnages jouent ou exécutent, leurs jeux individuels. Sullivan a voulu créer l'effet d'une caméra en vol, comme si elle passait à travers chaque pièce juste assez longtemps pour avoir un aperçu des aspects les plus hystériques de chaque interaction. La caméra semble entrer dans chaque pièce presque par hasard, puis la quitte quand l'activité devient trop intense.

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Dans les deux chapitres suivants, filmés en noir et blanc, employés de bureau et marins, costumés et éclairés à la manière des films des années 1950, se rencontrent dans des situations stéréotypées et absurdes. L'avant dernier chapitre mélange le noir et le blanc et la couleur dans un ensemble de fondus enchaînés. Le dernier film se déroule dans un petit bureau à l'abandon qui semble contemporain, et ou les acteurs , transformés en marionnettes sont soumis à une chorégraphie extrêmement standardisée.
Le dispositif mis en place dans The Chittendens illustre l'intérêt que porte l'artiste à l'Anthropologie.
En effet elle s'inspire de la personnalité des acteurs, leurs attitudes sont réduites ou exagérées, chacune étant associées à un motif musical exécuté à des rythmes différents et obligeant l'acteur à lui résister ou à le dépasser. Il s'agit pour chacun d'entre eux de se libérer, de faire ce que Catherine Sullivan appelle «  la possession de soi. ».



« My imagination can bring together a lot of very painful things and a consideration of different kinds of consequences. I’ve thought a lot, as an artist, about what it means to operate with any information I want, and with the privilege of using that information in any way I want. If I were to make a different choice, then I would be a journalist. But I’m an artist; I’m interested in these things in an artistic sense. The end result is art. » Catherine Sullivan.