Cinéma Expérimental


Introduction


Le cinéma expérimental est au croisement entre l’art plastique et le cinéma traditionnel, cependant il est à différencier de l’art vidéo. Il est issu de la technique cinématographique traditionnelle alors que l’art vidéo vient de la télévision et se développe avec l’apparition des premiers caméscopes.
C’est une pratique artistique relevant de ses propres règles définies, cependant sa définition reste assez compliqué, elle promeut ses propres codes expressifs, son esthétique et ses modes de diffusion. La notion d’expérimentation est définie selon différent terme « cinéma pur, cinéma absolu, d’art et cinéma underground ».

Le cinéma expérimental appartient à un contre-courant des normes cinématographiques habituelles, on le voit autant sur la durée de certains films (film de 25h) ou sur la narration (8h de plan fixe sur l’Empire State Building). C’est un cinéma qui a été conçu hors de l’industrie du cinéma, ce que nous disait Rose Lowder dans son entretien. Du moins il a surtout été développé aux marges du cinéma traditionnel sans se soucier des préoccupations industrielles, économiques, commerciales, scénaristiques et narratives. On favorise alors les laboratoires indépendants.
Même si l’on voit encore aujourd’hui des artistes qui sont des fervents défenseurs de l’argentique, le numérique à beaucoup aider à simplifier les films.
Les cinéastes expérimentaux travaillent par la surimpression ou montage rapide pour s’adresser directement à l’œil plutôt qu’à la pensée, le but est d’obtenir une pratique expressive.

Ils sont souvent considérés comme des artistes conservateurs et réactionnaires qui portent une importance particulière aux outils qu’ils utilisent, le rapport à la technique est déterminant. Faire un film expérimental c’est à la fois un acte du corps mais aussi du cœur dans l’optique de transmettre des émotions, de toucher le spectateur. Les artistes gardent donc un rapport sensible et artisanal au film. Cependant, deux écoles au sein de ces artistes s’opposent, l’une pour avoir une reconnaissance institutionnelle (pratique autonome) et l’autre pour être considéré comme un art contemporain.

« On peut qualifier d'expérimental tout film dont la technique utilisée, en vue d'une expression renouvelée de l'image et du son, rompt avec les traditions établies pour chercher dans le domaine strictement visuel et auditif des accords pathétiques et inédits. » Germaine Dulac, 1932.

Les origines


Naissance dans les années 20 de ce mouvement en Europe (France, Allemagne, Italie), par des artistes, dadaïstes, surréalistes qui s’emparent du média cinéma pour le détourner en un cinéma de recherche. On ne retrouve pas que des cinéastes mais aussi des peintres, plasticiens, poètes, photographes qui militent pour un cinéma pur.

Le fondement du cinéma expérimental repose sur une démarche pluridisciplinaires affranchi du diktat narratif hérité du roman et du théâtre.
C’est un mouvement d’avant-garde historique avec une position esthétique nouvelle, par le biais d’expériences formelles contre le cinéma industriel. Les historiens lui définissent 3 grands courants :
- L’impressionnisme français emmené par Germaine Dulac et Louis Delluc.
- L’avant-garde documents, avec les symphonies urbaines de Walter Ruttman.
- L’avant-garde de recherche.

Les artistes qui ont marqués l’époque de ce cinéma expérimental sont Germaine Dulac, Marcel Duchamp, Man Ray, Hans Richter et Jean Epstein. Ce dernier, est une vraie figure de proue de l’avant-garde avec ces expérimentations sur le cadrage, mouvements de la caméra, jeux d’ombres et lumières, l’anamorphose. Il explore toutes les possibilités visuelles du film (Cœur fidèle, 1923).

Hans Richter, est lui, un peintre allemand, qui expérimente en peignant sur des rouleaux et en les filmant. Il mène une réflexion sur la décomposition des formes et des mouvements, la corrélation entre le rythme, les couleurs et les formes. (Rythme 21, 1921).
Les expérimentations prennent fin avec la montée du Nazisme. Hans Richter fuit alors aux Etats-Unis et collabore avec d’autres artistes comme Marcel Duchamp, Man Ray, Fernand Léger.

Le développement du cinéma expérimental


- Avant la seconde guerre mondiale, le cinéma est dominé par le surréalisme, les films sont organisés autour d’associations improbables en empruntant le langage des rêves. Parallèlement, un autre courant se développe, davantage tourné vers le formalisme et l'abstraction.
A la fin des années 1920, le son va donner une impulsion décisive à la tendance formaliste qui s'appuiera davantage sur une esthétique synesthésique, le mélange de stimulations visuelles et sonores. Aux États-Unis et au Canada ce courant sera le plus important au cours des trois décennies suivantes, grâce notamment à des cinéastes comme Norman McLaren ou Len Lye.
- A partir du milieu des années 1940, les idées des avant-gardes européennes sont introduites par de jeunes cinéastes américains qui tentent de se libérer des courants. Leurs différentes qualités techniques leur permettent de développer des tendances très diversifiées comme le néo-surréalisme, le found footage, les collages. Par exemple Joseph Cornell travaillait beaucoup avec des papiers découpés, la plupart de ses œuvres sont des assemblages créés à partir d’objets trouvés, il applique au cinéma ses techniques de collage.
En 1962 à New-York est créé un réseau de distribution alternatif pour répondre à la grande production de films. Sous l’impulsion de Jonas Mekas, La Film Maker's Cooperative devient une structure très importante, ainsi que le nouveau conservatoire des films. Cette date est très importante dans l’histoire du cinéma expérimental, elle marque un tournant, l’autonomisation du cinéma.
- Dans les années 1960, en France la plupart des films expérimentaux sont produits dans des laboratoires. Comme par exemple celui qui est dirigé par Pierre Schaeffer (le laboratoire du Service de la recherche) qui est considéré comme le père de la musique concrète et de la musique électroacoustique. Il ne s’est pas cantonné au domaine musical mais il a aussi fait de nombreuses recherches sur les images.
Dans les pays d'Europe centrale et en U.R.S.S. l'organisation du cinéma expérimental se fait autour de grands studios d’État et des écoles. Dans les années 60, le cinéma expérimental connaît également une période de grande inventivité et de propagation.

Aujourd'hui


Depuis vingt ans, le passage de l’image argentique à l’image numérique a profondément marqué les cinéastes. Les artistes sont les premiers à s’emparer du numérique, ils commencent, dès les années 1960, par utiliser les outils et les images de la télévision.
L’artiste sud coréen Nam June Paik, exilé aux États-Unis en 1961 et l'allemand Wolf Vostell représentent la première génération de vidéo-artistes. Leurs travaux ne sont pas tout de suite comparés à ceux du cinéma expérimental, mais ils inaugurent une nouvelle série audiovisuelle. L’introduction progressive du numérique entre 1972 et 1982 se fait tout d’abord dans l'industrie du cinéma puis elle se développe dans le monde de la télévision et encore plus tard dans celui du cinéma.
La technologie numérique a changé beaucoup de choses pour le cinéma expérimental, l’image n’avait plus la même valeur plastique, toutes ces images mises en circulation ont poussées les cinéastes à récupérer, à recycler toutes ces images produites. La quantité étant inépuisable et plus ou moins anonyme, une autre question s’est posée sur le rapport entre le créateur et son œuvre.


De l’argentique au numérique

Aujourd’hui les cinéastes doivent choisir entre l’argentique et le numérique. Cependant de nombreux restent fidèles au 16mm et développent leurs films dans des laboratoires photochimiques, l'attachement à cette tradition reste importante pour certains.
Par exemple Nicolas Rey, un cinéaste qui faisait à la base de la photo et qui a pour particularité d’utiliser des pellicules dites périmées, en Super 8 et 16 mm. Il conçoit ses films en bricolant des caméras, il aime ce bricolage, ces mises au point. Dans tous les cas, les choix de procédures techniques sont conscients et se justifient dans les œuvres elles-mêmes par leur cohésion plastique. Le passage au numérique ne serait pas en accord avec son travail et son cinéma.

L’évolution de la projection

Le mélange des deux techniques permet de sauvegarder une copie d’un film réalisé sur pellicule, Le films en Super 8 sont des œuvres unique et l’apparition de numérique a permis de garder des copies numériques qui ne s’abimeront pas. Il suffit d’effectuer un télécinéma, c’est-à-dire de filmer en numérique la projection du film contre un mur ou écran de cinéma. Les images tournées peuvent ensuite être montées.
Cette pratique s'est largement développée dans les années 1990, elle permet aux cinéastes de pas aller développer leurs films dans des laboratoires, mais surtout d’avoir une copie, car il s’agissait d’une vraie contrainte, le tirage de copie sur pellicules coutait cher. La pérennité des films était ainsi assurée. Ce mélange des techniques à a contribué à la mutation des conditions de projection, les salles encore équipées de projecteurs classiques étant de plus en plus rares. Les projecteurs 16 mm ont disparu et il ne reste plus que des réseaux alternatifs et des festivals de cinéma expérimental. Il en existe beaucoup à travers le monde, en Espagne, aux Etats Unis et en France on trouve le Festival des cinémas différents et expérimentaux de Paris dont la 18ème édition se tiendra du 4 au 16 octobre 2016.

L’extension des possibilités

Le numérique contribue à créer une quantité d’images inépuisables qui pousse les cinéastes expérimentaux à travailler sur le recyclage et la récupération. Le found footage est une pratique très employée qui est très ancienne, elle consiste à réutiliser des images «trouvées» pour composer avec elles de nouveaux films. Certains cinéastes comme Olivier Fouchard récupèrent aussi les sons pour les inclure dans de nouveaux films.
Dans le cinéma argentique, le découpage de la pellicule nécessite un très long travail de préparation, photogramme par photogramme, pour être ensuite refilmé, les artistes les réutilisent tel que ou repeignent dessus. Ils découpent la pellicule, puis filment en image par image (stop motion) ou ils utilisent le numérique et là les possibilités d'assemblage sont immenses grâce à des logiciels de montage toujours plus performants qui permettent d’ajouter une multitude d’effets. Le cinéaste Yves-Marie Mahé s’inscrit dans un courant de found footage et de détournement appliqué à la technique numérique.

Son influence


Le cinéma expérimental a une influence majoritairement sur les médias, dans les émissions de télévision et les journaux télévisés. Il aussi un but militant comme par exemple Chris Marker, Carole Roussopoulos et Delphine Sevrig. De plus il a permis le développement de performances live, d’installation vidéo et de video scratching. Il se rapproche du cinéma grand public et des essais documentaires.
Le cinéma expérimental est une réflexion philosophique, politique et poétique menée au sein d’un nouveau cinéma dit réel, on laisse de plus en plus de place aux expérimentations formelles.

Conclusion


Le cinéma expérimental est une discipline difficile à définir car elle a beaucoup évolué et s’est adaptée aux moyens disponibles. Les nouvelles technologies offrent aujourd’hui des possibilités multiples, notamment le numérique. Ce que l’on peut dire c’est que le cinéma expérimental est issu de la technique cinématographique alors que l’art vidéo est issu de la télévision malgré une naissance en parallèle. Les techniques et les cinéastes ont su s’adapter et évoluer avec la société et le temps.