Cyril CHARTIER-POYET


Né en 1973 il étudie à l'Ecole des Beaux-Arts de Montpellier dont il sort diplômé en 2000. (DNSEP).

EXPOSITIONS


2001:
Biennale des jeunes créateurs - Sarajevo
Biennale des jeunes créateurs - Carré St Anne. Montpellier

2000:
Polyfacture et représentation. Le Préau Montpellier.
Cinq Artistes. Oulins

1998:
Collection Hiver. Galerie des Terreaux. Lyon


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SON TRAVAIL


AU NOM DU PAIR / Peintures

Jeune artiste, diplômé des Beaux-Arts en 2000, Cyril Chartier-Poyet nous propose là sa première exposition personnelle. Certes, un désir de représenter rejoint une subjective poétique, mais, si les sujets imagés sont références à l'enfance, sa peinture est loin de toute naïveté ou innocence.

L' enfance est celle d'un regard. Un regard qui revient inexorablement aux vacances des images. Un regard emporté dans l’œil du cyclone, dans ces lieux que l'on ignore et que l'on connaît et enfin figurés. Ces vides intraduisibles, évaporés, sont aussi denses que des trous noirs, déclencheurs de mémoire, riches de picturalité, enivrants de secret. Et flotter dans ce tourbillon pour l'artiste puis marcher sur un fil pour le peintre.

On pourrait ne pas se sentir perdu devant ce travail. On y trouve des images familières, ou qui ont l’air de l’être, des codes picturaux usuels. Pourtant, cette reconnaissance s’arrête là. Notre culture visuelle nous reste sur les bras, et au contraire d’une énigme, l’accumulation de ces indices n’entraîne aucune solution et ne fait pas advenir le sens. En fait, ici, rien n’est vraiment stable. Ce qui motive l’élaboration d’une peinture, l’espace fabriqué, la relation aux images empruntées, tout cela est constamment changeant.
“ Je ne saurai pas dire ce que je n’ai pas envie de faire ”, mais il ne s’agit pas d’une histoire de variation stylistique, seulement se re-poser chaque fois la question d’une curiosité pour une image ordinaire, choisie au plus près.

Le silence des anneaux, cette référence à l’actualité du cinéma fait sourire, et quoi ? Devant ces anneaux, arrivés là, après de multiples détours qui fondent le travail de Cyril, on peut rester perplexe. Si cette fois, la peinture se tait, le titre insiste sur le silence de ce qu’il nomme. Ne serait-ce pas là, le type de paradoxe auquel on se heurte si souvent,en regardant le travail de Cyril ?


“ Hors, c”est précisément vers ce qui ne se laisse pas nommer, vers ce qui échappe à toute qualification asséchante et pétrifiante de la langue que ce sont tournés tous les efforts des modernes.”

Nathalie Sarraute parle bien sûr de littérature, et non de peinture, mais le type de rapport que la peinture de Cyril entretient avec le sens pourrait bien le faire participer de ce qu’elle décrit comme “ l’effort des modernes ”. Ainsi, pas de révélation, mais le constat de l’impossibilité d’un sens unique, et le sabordage du tableau comme lieu d’une quelconque vérité.

Alors, “ Au nom du pair ” ? Difficile de ne pas entendre le début de la prière. Entraîné par les ressorts même de sa pratique vers une sorte d’errance picturale, l’artiste en appellerait au pair comme méthode : outil sans doute nécessaire face à cette pratique débordante, à ce travail en expansion.

Des images ordinaires, communes, qu'il copie puis assemble. Des images qui lui font signe: une couleur, une forme, une composition; toutes issues de l'imagerie populaire, que l'on voit sans regarder, sans fond, arrêtées.
Le regard du peintre les ranime, en les déconstruisant il trouble leur lisibilité immédiate, en les assemblant, il déclenche une mémoire.

Au nom du pair...

Les peintures “Vache” de Magritte l'ont intrigué, Robert Filliou est un artiste qu'il évoque.
L' AIGLE, souvent représenté, est le symbole du père et de toutes les figures de la paternité, l'incarnation, le substitut ou le messager de Dieu ; c'est le symbole de l'autorité, du pouvoir. L' Aigle se sentant vieillir avait la faculté de retrouver sa jeunesse en volant près du soleil, puis en se plongeant dans une FONTAINE.
Symbole aussi de contemplation, recherche de l'absolu, de l'infini: L'aigle sur la MONTAGNE, image très présente dans la peinture de paysage du Romantisme Allemand, bientôt contemporaine du Kitsch, qui déjà là, prospérera dans les moments suspendus.
Le Musée d'Art Moderne Département des Aigles de Marcel Broodthaers est ouvert.

Pair, commettre un impair...
Et pourtant, tout s'assemble.
Les deux chats: potiches ou sphinx?

Pouvons nous franchir le seuil? Notre imaginaire est il trop fragile, notre mémoire trop polluée ou notre prétention trop lourde?
Cyril n'a que faire des symboles, il ne cite pas, mais regarde et manipule avec une tendre ironie. Il n'est pas dupe, et pourrait bien refaire l'histoire, d'un œil.

17 février, en effet Cyril nous bouscule. D'un geste sûr, en un éclair, il me renvoie mon texte tel un boomerang.
La scène travestie, voilée, plante un nouveau décor. La peinture s'étale en flaque rouge, accroche des cristaux bleus, recouvre, et pousse l'image dans les cintres. Un balayage à sa façon, sans reniement ni compromis, qui ouvre un espace où les formes se placent, façonnant et façonnées par une pensée en alerte, prête à saisir ce qui en jaillit. /...
Martine Morel

A l'instar de Bioulès il a aussi participé à l'exposition organisée par la galerie Vasistas intitulée: « Il Est une fois ».
Enfin Cyril Chartier-Poyet exposait du 18 mars au 30 avril 2010, à la galerie Vasistas, de nouveaux travaux regroupés sous le titre:
« Happy Hand »:

Cyril Chartier-Poyet
s’est éloigné provisoirement de la toile et montre quantité de papiers découpés où se rejouent les problématiques picturales classiques.

" Penser avec ses mains "
semble être pour moi une nécessité et un état d'être, pas forcément artistique d'ailleurs et ces choses " en " ou " de " papier sont arrivées pour irriguer l'attente, sans rien attendre ni en attendre.

La nécessité du beau et la fluidité du dispositif de création s’imposent à Chartier-Poyet. Le papier choisi est récupéré puis recyclé. S'en suit un pliage aléatoire, la préparation des motifs se fait par réserve dans le papier ; il est tout d'abord déchiré puis déplié et découpé au ciseau pour finir et déterminer la composition. Au départ il n'y avait qu'un découpage de formes et de motifs sur des petits formats ; l'idée du pliage est venue ensuite et a permis d'envisager de plus grands formats.

" Déchirer " a accentué le sentiment de liberté par rapport au façonnage et au motif, je crois que l'idée ou l'intention était d'être au plus près de la main.

Après ses tableaux, d'une autre manière passant pour humble voire fragile, et sans peinture, une certaine expression du sensible et du beau n’en apparaît que plus forte, évidente et donc troublante.


Le parcours pictural de Cyril Chartier-Poyet semble une quête des origines. Parti d’une peinture figurative assez euphorique, il a vite mis sa technique entre parenthèses pour s’adonner à une tâche plus ingrate : proposer au regardeur une vision davantage spontanée, j’ai envie de dire primaire. Il va avec cette exposition encore plus loin, retrouvant des gestes digitaux de déchirement tout en revenant aux prémisses de l’héritage matissien : découper dans la surface colorée. Sauf que Cyril Chartier-Poyet enlève de la couleur et donc de la matière, et surtout qu’il recourt à des papiers récupérés, dont la texture usée l’interpelle de tous ses sens. Il les découvre du point de vue de ses diverses tonalités, de différentes formes et qui parfois imposent leur plastique, leur souplesse, bref leur relief. Il leur donne alors un pli comme on donne un sens aux choses en les sauvant du rejet consommatif avant de les recycler dans le circuit de l’art. La matière arrachée puis dépliée produit d’élégants dessins répétitifs et souvent symétriques qui occupent toute la surface avec un souci de varier les motifs. Un outil tranchant prolonge parfois le geste digital. Comme on le voit le vide joue son rôle à plein, laissant se profiler d’élégantes broderies, légères et fragiles, au graphisme complexe et allusif, que l’on ne peut s’empêcher, et c‘est dans cet esprit que j’évoquais la quête d’une primitivité du geste, de rapprocher de l’univers de l’enfance et ses jeux manuels (d’où le titre Happy Hand). Car il y est question de ludique, jusque dans le fait de jouer avec les possibilités d’épuiser nos capacités scopiques. Avec en plus le plaisir de la découverte, une fois le papier retourné, passé l’épreuve subie du déchirement. Les papiers, déjà utilisés, sont tantôt livrés à leur seule pesanteur, à l’instar d’une toile libre, et ils dessinent leur architecture ouvragée directement sur le mur, tantôt encadrés sous verre, transfigurant alors leur élégance naturelle, la hissant au niveau du plus noble art : celui du vitrail en particulier, ou de la ferronnerie ouvragée des maîtres d’œuvres. Mais aussi celui du plus simple, comme la broderie, peut-être même une certaine bande dessinée, mais géométrique, abstraite et dont le dessin s’avèrerait cerné comme dans certains figuratifs dits libres. Mais sans la peinture ou plus exactement la Peinture ici s’inscrit en creux, de l'évidemment de la matière colorée. La couleur, voire l’image qui transparaît entre les multiples découpes, joue son rôle à plein, favorisant les vibrations sensorielles de même que le verso, dont le reflet vient colorer le support mural. Les formats ne sont pas très grands, il s’agit de préserver une certaine intimité liée à la primauté manuelle en tant que la main induit le geste, lequel marque de son emprise la réalité concrète figurée ici par le papier tout trouvé. J’ai évoqué Matisse mais je puis tout aussi bien citer Duchamp : ces découpages digitaux, n’ont-ils en définitive pas à voir avec le ready-made, si l’on veut bien donner à cette expression son sens immédiat de : vite fait ? Mais j’aurais tendance à y ajouter : bien fait, dans les règles d’un art qui s’interroge sur ses tenants et aboutissants. Matisse et Duchamp : comment concilier les irréconciliables. Vous en aviez rêvé ? Chartier-Poyet l’a fait. Cyril Chartier-Poyet sera de surcroît l’un des artistes de l’exposition estivale dans le cadre de Casanova Forever, avec entre autres un autre peintre tout aussi inventif : David Wolle. Mais ceci est une autre histoire.
BTN in L’art-vues, avril - mai 2010

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