Danse et Arts sonores


Exposé sur la collaboration de John Cage et Merce Cunningham - Roaratorio
Fait par Mégan SAGLIETTE-GIUDICELLI et Lisa ALLAIS.


Introduction :
Dans le cadre du cours, nous nous sommes intéressées au rapport entre l'art sonore et la danse, plus précisément au travail de John Cage et à sa collaboration avec Merce Cunningham.
Afin de mieux comprendre leur travail nous vous présenterons une pièce dans laquelle art sonore et danse ont été fusionnés.


Présentation John Cage :

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John CAGE est né le 5 septembre 1912 à Los Angeles (USA) et mort le 12 août 1992 à New York (USA). Il est un compositeur, poète et plasticien américain.
Élève à Schönberg, il s'est illustré comme compositeur de musique contemporaine expérimentale et comme philosophe.
Il est aussi reconnu comme l'inspirateur du mouvement Flexus, du groupe espagnol ZAJ et des expérimentations musicales radicales qui accompagnent les chorégraphies de la Merce Cunningham Dance Company, où il a d'ailleurs occupé la fonction de directeur musical puis de conseiller musical jusqu'à sa mort (1992).

John Cage a composé de nombreuses pièces pour piano dont les Sonates et interludes, où le pianiste doit insérer de manière précise entre certaines cordes du piano des objets divers, tel des boulons ou des gommes, qui transforment l'instrument.
L'étrangeté de ses compositions laisse transparaître l'influence du compositeur Erik Satie, auteur de son temps incompris de compositions très originales telles les ésotériques Gnossiennes ou les très sobres et célèbres Gymnopédies. Cherchant à épurer sa musique, il a eu la particularité d'écrire ses œuvres sans ponctuation musicales, laissant ainsi au pianiste comme seules indications des descriptions d'atmosphère au lieu des traditionnelles nuances.

John Cage prétendait que l'une des composantes les plus intéressantes en art était en fait ce facteur d'imprévisibilité où des éléments extérieurs s'intégraient à l'oeuvre de manière accidentelle. Il considérait la plupart des musiques de ses contemporains « trop bonnes car elles n'acceptent pas le chaos ».
À parti de cette époques, il compose des musiques uniquement fondées sur la principe d'indétermination en utilisant différentes méthodes de tirages aléatoire dont le Yi Jing.
Chez Gage, le mot « aléatoire » doit s'entendre comme « chance ». Son travail s'appuie sur la recherche et l'expérimentation.
Il a été lauréat du Prix de Kyoto en 1989.

John Cage et Merce Cunningham se sont rencontrés à la Cornish School ; ensemble ils ont créés le premier happening en 1952. Cunningham danse alors que Cage parle, que David Tudor joue du piano et que Robert Rauschenberg projette des diapositives de ses tableaux.

Présentation Merce Cunningham :

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Merce Cunningham (né en 1919 et mort en 2009) est danseur et chorégraphe américain ayant eu une grande influence sur la danse. C'est avant tout son œuvre qui contribue au renouvellement de la pensée de la danse car il réalise une transition dite conceptuelle entre la danse moderne et la danse contemporaine.
Ainsi nous pouvons considéré le travail de Cunningham comme un mode de pensée. En effet il fait partie du courant artistique de l'art moderne qui a notamment touché les arts plastiques, la musique et bien évidemment la danse.
Élève à la Cornish School de Seattle puis élève de la célèbre danseuse et chorégraphe de la « modern dance », Martha Graham, il s'émancipe grâce à sa rencontre avec John Cage, qui deviendra son compagnon et son compagnon de travail.
La « modern dance » de Graham prend pour concept le retour aux énergies anciennes, naturelles et mythiques, c'est pourquoi elle prône une danse riche de sentiments et de valeurs morales que ses danseurs vont chercher au fond d'eux mêmes afin de pouvoir exprimer et interpréter de façon véritable leur émotions.
Cunningham évolue différemment et ressent un besoin de s'affranchir de ces codes de la modern dance ; encouragé par John Cage, il va commencer à composer ses propres pièces et quitte la compagnie de Martha Graham ; par la suite il composera ses premiers solos et fondera sa propre compagnie en 1953.

De cette manière Cunningham va faire basculer l'histoire du spectacle avec son mode de travail et de création. Il découvre notamment les courants de peinture surréaliste et s'intéresse à Pollock avec le dripping et le travail de la gestuelle.
Le concept danse de Merce Cunningham a pour principe de remplacer le mot son par mouvement afin d'élaborer une pensée novatrice de la danse, il désire enseigner une vision de la danse contemplative et anti-égocentrique ; pour lui la danse n'est pas une émotion mais un mouvement. Il va donc remettre en cause l'espace scénique ; c'est pourquoi il va s’intéresser au thème du hasard, au rapport binaire entre la danse et la musique, il veut que le point commun de ces deux disciplines soit de même durée et de même climat. Le travail de Cunningham est alors une collaboration fusionnelle entre musique et danse ; les deux doivent être présents en même temps, en ayant la même durée, le même thème mais en étant indépendants l'un de l'autre, sans qu'il y ait de rapport évident entre danse et musique.
Le chorégraphe a notamment collaboré avec des artistes plasticiens comme Robert Rauschenberg et Jasper Johns, d'autres compositeurs comme Earle Brown, David Tudor ou encore Morton Feldman. Ce cercle d'artistes novateurs vont donc collaborer et faire coexister la danse, la musique et l'art plastique à travers les pièces de Merce Cunningham.
Sa danse donne à voir le mouvement et l'organisation de celui ci dans l'espace et dans le temps ; cette organisation permet donc au spectateur d'être actif vis à vis de l'espace scénique et de laisser place à son interprétation personnelle, une opposition à sa formation initiale de la modern dance.

De cette manière il approfondit le mouvement transforme les codes de l'espace scénique, chaque danseur est un centre et possède sa propre identité, il supprime le statut hiérarchique des danseurs.
Ainsi la danse de Merce Cunningham s'approprie la disponibilité intellectuelle et la réflexion face au rapport corps/mouvement et musique/danse.

La collaboration CAGE & CUNNINGHAM - Roaratorio (1983 – reprise 2010) :
Chorégraphie : Merce Cunningham / Musique : John Cage.

Lien vers la vidéo de Roaratorio :


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Créé initialement par John Cage pour la radio  WestDeutscherRundfunk de Cologne en 1979, à partir de « Finnegans Wake » de l'écrivain irlandais James Joyce.
Roaratorio est un chaos poétique insensé mais non pas pour autant insensible, c'est en fait un projet totalement fou, qui se voulait non fini et finit par tendre à l'infini.
Conçu pour donner ç entendre le paysage mental de l'oeuvre de Joyce, la composition est d'une complexité extraordinaire et détermine une forme de paysage sonore composite qui semble réfléchir à l'environnement et de répercute dans l'esapce.

Roaratorio est une pièce atypique dans l'œuvre de Merce Cunningham en ceci que la musique est préexistante.
« Merce s'est lancé dans des recherches, se souvient David Vaughan, sur les danses folkloriques irlandaises, les gigues, les réels, les quadrilles… Il a écrit Roaratorio à partir de ce genre de matériau chorégraphique aussi bien qu'avec ses procédés habituels de composition aléatoire. Ensuite, il l'a chorégraphié comme d'habitude : en silence. Quand la musique est arrivée, à la fin, les danseurs étaient totalement décontenancés, car celle-ci était rythmique contrairement à celle dont se servait Merce la plupart du temps. » (David Vaughan)
La scénographie de Mark Lancaster prévoit quelques tabourets où s'accrochent vêtements et accessoires pour des changements à vue. La chorégraphie semble soudain donner corps à la littérature de James Joyce, comme une incarnation de la langue au-delà du langage. Fort peu donnée, on retrouvera des fragments de cette œuvre dans nombre d'Events.
« Les danseurs, remarque David Vaughan, en savaient donc des parties. Mais la reconstruire en entier pour Montpellier Danse,n'a pas été une mince affaire ! » (Agnès Izrine)

La musique devient quant à elle une complice autonome, qui participe, avec la danse, au découpage de l'espace et du temps.
La rencontre avec le compositeur John Cage sera déterminante dans l'engagement de Cunningham sur les voies de l'avant-garde. En effet, pour le compositeur, la musique est bruit et les problèmes de composition sont résolus grâce à des processus aléatoires, en particulier à l'aide du I-Ching (livre chinois répertoriant des combinaisons de diagrammes pour déterminer l'avenir).

Fasciné par cette démarche, Cunningham va alors élaborer une pensée totalement novatrice pour la danse, considérée dès lors comme du mouvement à l'état pur. Il rejette ainsi la convention selon laquelle un ballet doit raconter quelque chose. Intrigues, implications psychanalytiques ou symboliques sont abandonnées pour exposer au seul regard le seul mouvement.
Les spectateurs se retrouvent donc confrontés à une danse non narrative, sans lien apparent avec la musique. De multiples événements, simultanés et différents, leur sont présentés sur le plateau du Théâtre de la Ville, sans communauté rythmique ni formelle, et sans que rien n'indique une hiérarchie entre eux.
Le spectateur doit ainsi apprendre à choisir ce qu’il regarde, ou à regarder plusieurs choses en même temps, sans que, en l'absence d'un fil conducteur, musical ou dramatique, il puisse identifier une logique ou une cohérence.
Cette complexité dérange, encore aujourd’hui : nombre de spectateurs quittent la salle avant la fin de la représentation, déroutés par l’univers de Cunningham.

La danse et la musique n’ont jamais été totalement séparées l’une de l’autre dans le travail chorégraphique de Cunningham. Elles sont alliées autrement dans un pacte d’inter-indépendance propre au chorégraphe.
Pour cette création musicale, John Cage s’est inspiré de Finnegans Wake, œuvre phare de James Joyce, sur laquelle il compose une partition originale. De longues phrasées du texte de Joyce se mêlent à des enregistrements imprégnés de balades gaéliques, d’instruments traditionnels enracinés en terre d’Irlande.
Le pays de rocs et de bruyères surgit soudainement sur scène, cornemuses et tambours résonnent, s’unissant dans la célébration de la danse et du mouvement.

Avant même que la salle ne soit plongée dans le noir, les spectateurs du Théâtre de la Ville assistent aux échauffements des danseurs. Les coulisses sont ouvertes, la danse se met à nu et dévoile les origines de sa création.
Dès lors, le spectateur est invité à s’immiscer au cœur du processus de création : non seulement il assiste à la représentation d’une chorégraphie, mais par un travail de mise en abyme, il participe aussi à la mise en mouvement de l’œuvre qui se déploie sous ses yeux. Telle une sorte de happening ou de work in progress, Roaratorio invite le public à s’immerger totalement dans la danse ainsi que dans le travail chorégraphique du corps et du mouvement.

Les danseurs deviennent eux-mêmes spectateurs de leurs danses, assis sur des tabourets colorés posés directement sur scène. Des couples se forment alors, leurs danses sont offertes au public, au sens littéral du terme.
Différents rythmes se créent et se mêlent dans un jeu d’entrecroisement, comme si chaque danseur possédait son espace propre, et devenait maître de sa chorégraphie.
À nouveau, les notions de mouvement et d’espace sont au cœur du travail de Cunningham. Relevés, pas glissés, coupés : propulsés dans le mouvement, les danseurs dessinent des lignes qui se disloquent aussitôt. Des réminiscences de fêtes populaires y côtoient de folles embardées, irriguant d’un flux quasi dionysiaque un chaos poétique savamment orchestré. 6
Finnegans Wake, confiait Merce Cunningham au journaliste-écrivain Pierre Lartigue, « traduit le flux du temps et les changements qu’il opère ».
Les danseurs de Merce Cunningham ont de l’allure et acquièrent une certaine individualité. Ils ne se déplacent pas, ils se déploient. Ils ne dansent pas, ils volent. Ils sont fiers. Leurs ports de têtes altiers les soulèvent vers un au-delà quasi sacré et mystique, ils s’élèvent perpétuellement vers plus de perfection, alliant à la rigueur de la technique, l’ouverture du mouvement.

Nous avons donc à faire à une danse pure et intense, non troublée par les décors. La musique mélange et superpose des airs irlandais, des cris, des bruits de toutes sortes ; la chorégraphie s'inspire en conséquence, dans un renouvellement constant et haletant, des danses traditionnelles comme des pas de danse classique et de l'exploration des possibilités du corps et de l'espace, ce qui caractérise la danse contemporaine. La musique s'apparente à une sorte de jungle sonore épaisse et dont les bruits nous assaillent sans discontinuer.

Conclusion :

En conclusion, nous pouvons observer un rapport fort et quelques peu complexe entre musique et danse, tous deux rassemblés mais indépendants, qui parfois se complètent. Chacun possédant sa propre identité, avançant indépendamment mais ensemble.