De le musique concrète à la musique même.

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De la musique concrète à la musique même est un ouvrage publié en en 1977. Dans la préface écrite par Henri Dutilleux nous apprenons que Pierre Schaeffer est un homme de science, un « bricoleur » soucieux de trouver un nouveau langage afin d’édifier de nouvelles bases. En musique, il n’a jamais revendiqué que le titre de : chercheur. C’est un homme qui a le goût du jeu, le jeu comme moyen de recherche associé à la nouveauté. Ce goût du jeu lui a permis de découvrir les mystères d’un univers sonores inexploré et bien souvent porteur de richesses insoupçonnées. Pierre Schaeffer a un esprit aventureux et il ne cessait de prendre des risques pour explorer le sonore d’une façon encore peu connu en ce temps.
Il est né à Nancy le 14 août 1910 et mort aux Milles le 19 août 1995. La carrière professionnelle de l’auteur débute en 1936 dans un service de radiodiffusion où il fut un jeune ingénieur. En 1940 il anime Radio Jeunesse puis fonde Jeune France « mouvement de coopération entre musique, théâtre et arts plastiques. » qui va sombrer à la fin de 1941 après des attaques de l’Action Française. C’est en 1950 que Pierre Schaeffer prononce le terme de « musique concrète » dans un numéro de Polyphonie consacré, sous la direction de Serge Moreux, aux musiques mécanisées. L’article de Pierre Schaeffer « Introduction à la musique » se présente comme le journal de bord d’une invention que son auteur juge barbare mais qu’il revendique toutefois comme une façon différente de faire de la musique. Le terme de « musique concrète » présent pour la première fois, ne réfère ni une esthétique particulière ni l’utilisation de bruits. Cette invention va à rebours de « la musique habituelle » allant du concret à l’abstrait. En 1958 il créé le GRM qui est le Groupe de recherches musicales, un centre de rechercher musicale dans le domaine du son et des musiques électroacoustiques. Le GRM rejoindra deux ans plus tard le Service de la recherche de la Radio-télévision française. Ajoutons que c’est en 1975 à l’issue de l’éclatement de l’ORTF que le GRM est intégré à l’INA. En 1974 il a mené une lutte acharnée pour obtenir des députés, la création d’un Institut National de l’Audiovisuel (I.N.A). En 1975 il prendra sa retraite et en 1977 il décidera de se consacrer à sa vocation d’écrivain, essayiste et romancier bien que son roman autobiographique publié chez Flammarion porte encore un titre musicale Prélude, choral et fugue.


Pierre Schaeffer est un fils de musicien, son père est violoniste et sa mère est chanteuse. Bien que peu proche de son père, il dira : « Ce n’est pas sa voix, c’est son violon qui m’a gravé comme un disque. ». Il a participé au concert de son père écoutant ainsi Beethoven et Wagner toutefois cela n’avait pas une grande importance pour lui et provoqué des ricanements ou un ennui profond. Il dira des années plus tard que cela était dû à une unique raison : « C’est que j’entendais alors la musique. Désormais j’aperçois les musiciens. ». C’est alors que la situation du concret prend toute son importance pour Pierre Schaeffer, le concret comme selon lui « structure sociale ». Cependant, il se qualifie comme simple « petit ingénieur et amateur » face à son père qui lui était « un vrai artiste et professionnel », posant ainsi son statut comme inférieur. Avide de création, il réalisera un rapprochement entre le pétrole et la musique : « La musique comme le pétrole se présente comme une réserve fossile. ». Il écrira également un journal de bord durant l’année 1948 dans lequel il se préoccupera d’art radiophonique et de décor sonore, ayant pour projet : une symphonie de bruit.

Ainsi, ce livre est constitué d'extraits de journaux de bord, d'articles, de lettres, de livres de Pierre Schaeffer. Nous suivons progressivement l'évolution et l'élaboration de la musique concrète, et la mise en place de ses caractéristiques. La musique concrète se distingue de la musique abstraite. Cette dernière désigne la musique habituelle, d'abord conçu par l'esprit. La musique est appelée « concrète » car elle est crée à partir d'éléments préexistants, empruntés à n'importe quel matériau sonore, bruit ou musique. Ensuite, ils sont composés expérimentalement par une construction directe, aboutissant à réaliser une volonté de composition sans le secours de notation écrite, qui guide traditionnellement la composition musicale. Certainement que la différence essentielle réside dans le temps. La classique évolue dans une durée simple, tandis que la musique concrète fait se mouvoir dans la durée des objets ayant eux-mêmes une durée interne. Pierre Shaeffer voit dans la première « la douceur du temps perdu, sa mortelle douceur ». Contrairement à l'autre, qui est « offensante et offensive », elle « tenterait d'arracher des parcelle de temps retrouvé, pour en faire l'objet de la contemplation douloureuse, prometteuse, qui sait, d'éternité ». Elle est donc une musique expérimentale, qui remet en cause la notion d'instrument : le son n'est plus caractérisé par son élément causal, mais par l'effet pur. La notion de note de musique, liée intimement au caractère causal de l'instrument, ne suffit plus à rendre compte de l'objet sonore. Les relations classiques entre auteurs et instrumentistes, sont également profondément modifiées. Le contact avec le publique est lui aussi différent, le concert n'est plus un spectacle. Les conditions d'écoute changent.

Pierre Sheaffer répond directement à la question « qu'est-ce que la musique concrète ? »

Il l'a définit comme un certain domaine d'expérimentation musicale défini par certain un nombre de postulats et limité par les règles d'une méthode. Les postulats sont la primauté de l'oreille, la musique concrète révèle des possibilités potentielles, dont l'oreille n'avait pas prit conscience auparavant. Le retour aux sources acoustiques vivantes, qui sont prioritaires. Enfin, la recherche d'un langage. Pour parvenir à l'élaboration de la musique concrète, il faut parvenir à apprendre un nouveau solfège, créer des objets sonores, manipuler des appareils qui ne sont pas des instruments de musique. Il faut réaliser des études et en faire une discipline stricte, à laquelle on doit accorder du temps. Dans cette musique, le moins visible est le plus important: les sons ne sont plus donnés selon la tradition. On refuse à généraliser la notion d'instrument à l'appareillage électronique ou électroacoustique. Les symboles de solfège sont dépassés, on se reconnaît à l'avance incapable de formuler des schémas d'organisation de tels sons.La curiosité initiale de Shaeffer visait initialement les bruits et leur pouvoir évocateur dans l'expression radiophonique. Après avoir découpé des sons, enregistrés sur une bande magnétique en fragment, il écouta et alors s'ensuivit de grandes découvertes. Il prit conscience de la forme dynamique des sons, du timbre et des instruments, dont l'absence d'un détail anatomique d'une note suffit à faire passer le piano à la flûte. Les valeurs musicales, qui sont habituellement notés en hauteur, durée, intensité, sont en réalité aussi complexes que les caractères instrumentaux. La musique concrète est intimement liée au bruit, Shaeffer a découvert, dans le son musical, la part de bruit qu'il contenait, et qu'on persistait à ignorer. L'objet sonore pénètre donc dans la structure musicale, il est fait pour servir à faire de la musique. La découverte de l'objet est en même temps une exploration des facultés de l'oreille, et de ses remarquables possibilités d'apprentissages, de ses étonnants pouvoirs mais aussi de ses exigences.

Le livre nous présente la musique concrète comme une musique expérimentale, l'élaboration d'une recherche musicale, intimement liée à l'expérience humaine.

GUEROLA Nancy, SINTES Sara et SANTIAS Lucie