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Do Ho Suh


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Portrait de l'artiste

Eléments biographiques


Do Ho Suh nait à Séoul en 1962, dans un environnement propice à la création artistique (père peintre, mère chargée de la préservation du patrimoine sud-coréen, frère architecte). Il se forme d’abord à l’université nationale de Séoul (Beaux-Arts, spécialité peinture) puis à la Rhode Island School of Design et enfin à l’école de sculpture de Yale.


Thèmes récurrents

Son œuvre comporte plusieurs thèmes et questionnements récurrents : l’articulation entre les notions d’individu et de groupe, les notions d’espaces et de sentiment d’appartenance (que ce soit à une identité, un groupe, un lieu). Il a également beaucoup travaillé autour du concept de « chez soi ».

Individu et groupe

Do Ho Suh pense beaucoup la notion de groupe. C’est un questionnement qui lui vient lorsqu’il étudie aux Etats-Unis, et se questionne sur son identité qui devient une identité multifacette : coréen, artiste, expatrié, résidant des Etats-Unis, etc. Il s’interroge plus largement sur le sentiment d’appartenance à un groupe, et l’interdépendance (entre individu et groupe) qui en découle. C’est dans ce contexte qu’il crée Floor en 1997 (voir ci-dessous)

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Floor, 1997

On peut y voir au choix, ou même simultanément, l’opression, l’aliénation excercée par une une poignée de « géants » (l’échelle de l’installation rend les spectateurs immenses par rapport aux figurines) sur la multitude, ou la relation de dépendance qui lie le géant à la multitude : sans ce support, sans ce groupe, l’individu ne peut exister. C’est plutôt ce côté-là qui intéresse l’artiste. En effet, la singularité émerge de la multitude, sans hiérarchie nécessaire : tout individu a besoin des autres pour substister, s’éduquer, se construire, comme le soulignent les théoriciens du contrat social, qui, bien que n’ayant pas la même conception de tous les aspects de ce contrat, tombent d’accord pour y voir un calcul rationnel de l’homme, qui entre en relation avec les autres pour obtenir de meilleurs chances de survie grâce à une organisation du quotidien. Cette organisation nous ramène aux notions d’appartenances (géographiques, culturelles, intellectuelles), qui peuvent parfois entrer en résonance ou au contraire en opposition, et qui sont centrales dans l’œuvre de Do Ho Suh.


On retrouve des idées similaires dans l’installation Karma (2003, voir ci-dessous), présentant des pieds géants -prenant toute la hauteur sous plafond de la galerie- marcher sur des silhouettes bien plus petites. Au premier abord, on imagine une relation d’opression, une critique de l’autoritarisme, mais en regardant de plus près, on voit que les silhouettes ne cherchent pas à s’échapper, au contraire, elles courents pour se préparer au prochain pas. Cela lié au titre de l’installation, karma pousse plus à voir ce qui paraissait être une relation inégale comme un rapport d’interdépendance, tous les personnages avançant ensemble dans une direction donnée.

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Karma, 2003


C’est l’idée inverse -mais complémentaire- qui est présentée dans l’installation Cause and Effect (2007) [voir ci-contre], où une petite silhouette humanoïde soutient toutes les autres. Le discours est double : on perd l’individualité dans la multitude, puisque de loin, on ne distingue pas chaque figurine, voire on ne comprend pas qu’ils s’agit de figurines, mais à nouveau, l’individualité permet à la multitude, et donc à d’autres individualités d’exister.
Do Ho Suh déclare en interview : « tout est relié, on n’est rien d’autre que la somme de conséquences d’actes antérieurs. En coréen, le mot in-yeon signifie aussi bien « lien » que « destin » » . Apparaît donc très clairement ce lien qui nous unit à notre passé, mais également à autrui.

Perte et quête d’identité

Dans les différentes installations que nous avons étudiées, Do Ho Suh s’intéressait au continuum individu/groupe, se demandant à quel moment on cessait d’être un individu pour se fondre dans un groupe et inversement, se demandant même si cette rupture existait ou non. Dans son œuvre Some/one (2001) [voir ci-dessous], Do Ho Suh s’intéresse au sentiment de perte d’identité, amenant un sentiment de perte de son individualité. Cette sculpture s’explique par un contexte, un vécu particulier.
Chaque petite « écaille », détail de la structure est en réalité un médaillon militaire, sur lequel l’armée grave l’identité du soldat, afin qu’il puisse être identifié en cas de décès. En Corée du Sud, le service militaire est long et obligatoire, et Do Ho Suh l’a vécu comme une expérience très dure. Il y a passé deux ans, et dit avoir eu le sentiment de s’être fait briser psychologiquement, de s’être vu réduit à un élément du groupe militaire, nié dans son individualité. On peut voir dans le métal réfléchissant qui habille l’intérieur de la sculpture cette (recon)quête de soi : lorsqu’on se tient en face, on découvre son propre reflet.
Avec cette sculpture, Do Ho Suh joue également avec son appartenance à deux cultures : coréenne et états-unienne. En effet, le « moule » qu’il a utilisé est une veste d’équipement militaire état-unien, le résultat est pourant plus proche des armures d’empereurs asiatique des siècles derniers que de l’équipement d’un G.I.
Cette notion de culture multiples, qui peuvent parfois entrer en conflit, à l’intérieur d’un groupe ou même d’un individu est présente dans certains travaux de Do Ho Suh. C’est le cas dans sa série « Fallen Star », dont nous présentons deux installations ici.
La première est une installation qui a été présentée en galerie à Londres, « Fallen Star 1/5 », représentation métaphorique du choc culturel, avec une maison traditionnelle coréenne encastrée sans un immeuble états-unien, comme si elle était tombée du ciel.

La seconde est une installation également intitulée « Fallen Star », créée sur le campus de l’université UC San Diego, en Californie et qui a vocation à rester sur place. Il s’agit d’une maison, cette fois plutôt traditionnelle occidentale, déposée en équilibre instable sur le rebord d’un bâtiment [cf ci-dessous].
La maison est visitable, et meublée comme une maison traditionnelle. Seulement le plancher est incliné à 5%. L’artiste explique que bien que cela représente une inclinaison faible, cela suffit à déstabiliser le visiteur, qui a la sensation de ne pas tenir en équilibre. L’idée est de penser la différence « home » et « house », en s’interrogeant sur ce qui fait d’une maison (« house ») un foyer (« home ») : qu’est-ce qui rend cette maison à la fois familière et étrangère ? Cette œuvre prend tout son sens quand on sait que nombre d’étudiants états-uniens quittent le foyer familial pour aller étudier, souvent à des milliers de kilomètres de leur ville natale. Cela ramène à l’expérience qu’a eu l’artiste en quittant la Corée pour étudier aux Etats-Unis.

Un discours sur l’espace


Do Ho Suh, à travers son intérêt pour la notion de « chez soi » (« home » plutôt que « house ») interroge les notions d’espace. En effet, en recréant des copies à l’échelle 1 de lieux où il a vécu (avec un pourcentage d’exactitude estimé à 80% selon ses propres dires ), il transgresse les représentations de l’espace, se permettant d’installer une reproduction de sa maison d’enfance de Séoul dans un musée aux Etats-Unis, ou encore de raccorder des éléments de ses divers « chez soi » les uns aux autres, mettant ainsi bout à bout des reproduction de lieux coréens, états-uniens et allemand dans une galerie à Londres (installation Passage/s, voir ci-dessous). C’est l’occasion pour lui de réaliser son « très ancien désir de brouiller les limites des distances géographiques »
Do Ho Suh s’’intéresse également aux entre-deux, aux frontières. Entre l’individualité et le groupe, comme nous l’avons évoqué plus tôt, mais également dans l’espace. C’est l’objet de l’installation Passage/s (ci-dessus). Il dit à ce propos « Je vois la vie comme un couloir, sans départ ou destination fixe. […] Nous avons tendance à nous concentrer sur la destination, en oubliant les espaces intermédiaires . Mais sans ces espaces ordinaires auxquels personne ne prête réellement attention, sans ces zones grises, on ne peut simplement pas aller d’un point A à un point B »
Dans ses expositions plus récentes, il isole des parties ou objets de ses reproductions et les présente seuls. On peut plus aisément y apprécier le détail du travail (cf ci-dessous)


Do Ho Suh dit, à propos de ses œuvres sur ses maisons passées : « Ces travaux sont des représentations minimales, créées pour évoquer des souvenirs, des ambiances et d’autres aspects non palpables de mes anciennes maisons (« homes »). A travers ces travaux, les maisons (« homes ») ont été relocalisées, de leur ancien contexte jusqu’à l’espace offert par le musée. Ce nouveau contexte leur donne de nouveaux sens. »
Il va même jusqu’à aplatir des structures en 3D à l’aide de grandes feuilles de gélatine, afin d’en faire des œuvres « recyclées » en 2D, occupant bien moins de place (cf ci-contre)