Douglas Huebler



Douglas Huebler est né le 27 octobre 1924. Il passe sa jeunesse dans l'État du Michigan. Il fait d'abord partie du minimalisme en participant à l'exposition Primary Structures au Musée juif de New York en 1966. Huebler expose là une oeuvre recouverte de formica gris et rose, Bradford Series #10-65. Il abandonne la peinture et la sculpture en 1968 et produit des oeuvres dans différentes formes en particulier la photographie documentaire. Il s'attache au temps, au lieu et à leur rapport. Dans 42e Parallèle (1968), par exemple, l'oeuvre est constituée par des envois cachetés par la poste de lieux situés sur le 42e parallèle aux États-Unis. La dimension conceptuelle consiste à considérer le concept comme plus important que l'oeuvre et son exécution. En 1969, par exemple, il prend une série de dix photographies à Central Park, où chaque cliché correspond à un moment où Huebler a entendu le cri d'un oiseau. Dans les années 1980, Huebler revient vers la peinture figurative. Une rétrospective a eu lieu au FRAC Limousin en 1992 ainsi qu'au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles en 1996-1997. Huebler a enseigné au California Institute of Arts. Il est mort à Truro, Massachusetts, le 12 juillet 1997.

Douglas Huebler pose dans ses oeuvres les problèmes du temps et de l'espace. Il essaie d'en approcher l'essence, la matérialité, la réalité. Cette recherche d'un " au-delà de l'expérience sensible " montre la difficulté des artistes conceptuels à exprimer leurs recherches d'une perception de l'espace et du temps et de sa formulation, en mots, sa communication de façon tangible.

« Le monde est plein d'objets plus ou moins intéressants ; je n'ai pas envie d'en ajouter davantage. Je préfère simplement constater l’existence des choses en termes de temps et/ou de lieux. Plus spécifiquement, je m’intéresse à des choses dont l’interrelation se situe au-delà de la perception immédiate. En ce sens, mon travail dépend d’un système de documentation. Cette documentation peut prendre la forme de photographies, de cartes, de dessins ou de descriptions. » (1969)

Douglas Huebler utilise une méthode, des processus, et un mode de communication quasiment scientifiques.

Dans 42e parallèle, Douglas Huebler envoie des récépissés postaux de 14 points situés sur le 42e parallèle de l'Ouest (Atlantique), à l'Est (Pacifique) des Etats-unis au premier point (Ouest). « Dans le projet Traits que je réaliserai en 1989, sans avoir connaissance de 42e parallèle, c'est le Méridien de Greenwich que j'utilise comme référence au temps et à l'espace. Je pris connaissance de 42e parallèle en janvier 1990, lors de ma visite de l'exposition du Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris. »

  • Avec sa série des Site Sculptures, Douglas Huebler expérimente dans cette voie la notion de sculpture en tant que lieu. Celle-ci se construit à partir d’une intervention dans l’espace, qui est documentée par des cartes géographiques, des photographies et des indications précises.

  • En 1968, D. Huebler abandonne peinture et sculpture et organise son travail selon trois axiomes : le temps (« Duration Piece »), le lieu (« Location Piece ») et les deux à la fois (« Variable Piece »). Ses oeuvres sont alors constituées de cartes, de diagrammes, de notations et de collages photographiques, accompagnés par des textes empreints d’un ton scientifique sans tutefois être dénués de poésie et d’humour.

Pour expliquer ses motivations, Douglas Huebler écrit en 1968 : « Pour moi, tout cela est une ironie, le fait que l’expérience que nous avons de la nature est sous-tendue par de multiples conventions. » Ironie, car pour percevoir la « nature », nous avons recours à tout un langage de signes qui nous permettent seulement de croire que les choses représentées correspondent à une réalité physique. Mais la nature, figée dans sa représentation, n’est déjà plus elle-même. Tout ce que nous pouvons prétendre connaître de la nature, à travers sa représentation, n’est en fait rien de plus que le réseau de conventions qui la gouvernent.

Ainsi, dans « Variable Piece # 44 (Global) », l’artiste se livre à un jeu rassemblant les différents acteurs du monde artistique. Il y côtoie en effet le collectionneur, le galeriste et parfois le conservateur de musée. L’acquéreur de l’oeuvre recevait une feuille imprimée et numérotée, ainsi que le nom des acheteurs des exemplaires précédents et suivants. Les trois personnes ainsi réunies devaient s’échanger – chaque année et sur une période de dix ans – leurs photographies d’identité et coller ces dernières dans leurs cases respectives.

Comme le révèle cette pièce, dont la complétude a en fait peu d’importance, la participation du spectateur est décisive. Chaque exemplaire expose autant de relations – sociales, économiques, artistiques – qu’il y a d’acteurs différents. Car, pour l’artiste, il s’agit, non d’ajouter une oeuvre au monde, mais bien d’interroger la paternité, la propriété et l’originalité de toute oeuvre d’art.

DURATION PIECE #77 BRUSSELS, 1973
Affilié au mouvement conceptuel, Douglas Huebler (1924-1997) privilégie le médium photographique. De la restriction de son oeuvre à l'enregistrement des phénomènes selon les critères spatio-temporels, il déclare : « Le monde est plein d'objets plus ou moins intéressants ; je n'ai pas envie d'en ajouter davantage. » Douglas Huebler conçoit une oeuvre simultanément textuelle et visuelle juxtaposant l’énoncé de réalisations formelles et le résultat. Le principe d’équation entre le texte et l’image est souvent instable tant il est difficile de reconstituer les principes de cause à effet. Au-delà d’une apparente objectivité, l'artiste fragilise la logique pour privilégier l’expérience du temps et du lieu.