Dumb Type & Ryoji Ikeda



Une atmosphère d’opaque incertitude sans précédent nous entoure. Endormi ou
éveillé, si vous essayez de l’oublier et de paralyser votre esprit, elle ne vous quitte pas, comme une seconde peau d’anxiété et de peur. Feignez l’indifférence, vous ne tiendrez pas longtemps, vous ne mettrez pas une croix dessus, comme s’il s’agissait des problèmes d’un autre ou d’événements séparés de vous par l’écran de la télévision.
Plus de gens que nous ne pouvons l’imaginer sont confrontés à un sentiment de
crise, luttant pour trouver un nom à cet état. Certains le qualifient d’ “inexplicable impuissance”, d’autres de “déclin de l’intelligence”. Si bien choisie que soit l’expression, les mots nous manquent.
Dans ces circonstances, qu’est-ce qui pourrait être plus dérisoire que d’innocentes “activités artistiques” ? Nous devons sans cesse nous demander pourquoi nous essayons encore de nous exprimer par le moyen des arts du spectacle, pourquoi nous poursuivons notre création.
C'est alors que nous nous souvenons des paroles de Pina Bausch à propos d’un Turc dont la vieille mère lui disait toujours : ‘Ne pleure pas, chante !’ ”
Nous avons délibérément choisi de ne pas avoir recours au langage ni autrement commenter les circonstances qui nous environnent actuellement. Nous cherchons à retrouver une communication réelle sans utiliser les mots. Est-ce possible ? Une fois de plus, nous devons remettre en question l’essence même du spectacle.
dumb type, avril 2002

Introduction
Dumb (en anglais imbécile) Type est un collectif artistique multidisciplinaire fondé en 1984 à Kyōto au Japon par des étudiants de l'Université municipale des Arts de Kyoto. Il regroupe des comédiens, graphistes, vidéastes, architectes, danseurs, ingénieurs du son, musiciens, programmeur informatique, et expose ses œuvres en tous lieux. Investissant l'espace par des installations complexes, pour critiquer avec un humour noir la transformation de notre quotidien par la technologie, remettre en cause la toute puissance des médias, ou questionner sur les frontières entre la vie et la mort.

La démarche et la composition même de la compagnie sont tout à fait uniques au monde. Les frontières entre le spectacle vivant, l'installation vidéo et les arts graphiques ne cherchent qu'à s'estomper. L’utilisation du terme anglais dumb n’est pas ici choisi pour dénoter le niveaul intellectuel des œuvre faite par la compagnie mais pour décrire leur désire de crée sans mots, c’est à dire de garder les choses le plus simple possible.

Dumb Type à une orientation plus globale que local, le contemporain plutôt que le traditionnel. Les membres du collectif expliquent que les mouvements artistiques Japonais n’ont eu qu’une légère influence sur leurs travaux. Furuhashi explique que le corps du groupe, Furuhashi, Toru Koyamade, Yukihiro Hozumi, Shiro Takatani, Takayuki Fujimoto et Hiromasa Tomari on commencé à travailler ensemble en 1992 quand ils étaient encore étudiants à l’Université des Arts de Kyoto. « Nous étions des artistes frustes, et nous voulions créer quelque chose de nouveau avec notre talent. Quand l’un d’entre nous avait une idée, on la présentait sur un bout de papier. Si le groupe était intéressé, on la réalisait. Au début les idées étaient très larges et peu à peu, c’est devenu quelque chose de très spécifique. Dans ce sens, le groupe était très démocratique. Dumb Type est un groupe collaboratif, nous ne voulions pas de rois.

Teiji Furuhashi

Né le 13 Juillet 1960 à Kyoto, Teiji Furuhashi fonde la compagnie Dumb Type à l'Université des Arts de Kyoto en 1984, où il étudie l'Art Vidéo. Artiste multimédia, Teiji Furuhashi créé et utilise librement arts visuels, musique et performance sous toutes leurs formes. Ses créations sont représentées par Dumb Type ou dans des expositions individuelles telles que Lovers.
Teiji Furuhashi disparaît le 29 Octobre 1995, à Kyoto suite au virus du VIH.


Les installations

Le premier travail majeur du collectif, The Order of the Square en 1985 c’est déplacé tout au long de l’année sur différent site spécifique. Ils ont construit 20 petits bâtiments de la taille d’un téléphone, chaque logement permettait d’observer par le trou de la serrure une performance spécifique. La première présentation était dans une galerie mais des présentations postérieurs ont été ensuite tenues dans la rue, dans un grand magasin, dans un jardin de temple (Il y avait un moine fou que nous connaissions qui nous laissa faire, à noté Furuhashi) et d’autres sites. Les participants ont été choisi pour voir la performance, recevant une clé qui ouvrait un des bâtiments. Une fois par mois, ils recevaient un message pour venir voir une nouvelle performance.


En 1988, Dumb type présente à New York la production Pleasure Life, vue par la suite en Europe. Dans ce spectacle, le collectif envisage avec ironie un futur proche dans lequel Japon traditionnel et moderne se rencontrent. L'installation scénique de Pleasure Life reconstitue une ville en miniature composée de socles sur lesquels sont disposés les objets usuels (écrans T.V., verre d'eau...)

En 1990-1991, Dumb Type entreprend une tournée avec pH en Amérique et en Europe. Ce spectacle analyse les aspects répressifs et impersonnels de la vie en métropole. Il met en lumière la façon dont, en véritables "dumb types" (imbéciles), nous idolâtrons les gadgets électroniques et le statut qu'ils nous confèrent.

Dumb Type crée le spectacle S/N et l'installation Lovers en 1994. S/N, abréviation pour Signal/Noise, présente un univers traqué par la technologie, tout en faisant preuve d'une attitude très critique à son égard. Dans le monde actuel, il est parfois plus aisé de circuler dans le maelström d'informations nées de nouvelles techniques, que de se frayer un chemin dans la banale réalité quotidienne.<br>Les acteurs de Dumb Type jouent S/N devant et au-dessus d’un mur. Images, mots, interviews sont projetés sur le mur, tandis que sur scène les acteurs racontent nonchalamment, entre des séquences d'humour grinçant leur propre histoire vécue (le sida). Cette installation est dédié à Teiji Furuhashi qui est mort du Sida.</br>

Lovers (images mourantes ou images d'amour) est une installation, créée par Teiji Furuhashi, dans laquelle le spectateur entre dans une pièce close. Dans l'obscurité, courent le long des quatre murs, hommes et femmes nus qui s'embrassent, tombent et disparaissent, dans une grande sérénité. la philosophie, la médecine, la culture ou les émotions, sur une scène immaculée, inondée de lumière avec des techniques de pointe combinant corps, images, vidéo, sons, lumières. [OR] est une réflexion teintée d'humour "gris" sur la (les) frontière(s) qui limite(nt) la vie et la mort. Une installation, également appelée [OR], a été commandée en avril 1997 par l'Inter Communication Centre (ICC) de Tokyo pour son ouverture, et fait maintenant partie de sa collection permanente.

En mars 1998, Dumb Type réalise la création visuelle d’une “nouvelle symphonique” de Gérard Hourbette incluse dans le premier cycle de Dangereuses Visions : un projet d’Art Zoyd et de l’Orchestre National de Lille, mêlant orchestre philharmonique et nouvelles technologies du son et de l’image.

Shiro Takatani créé en mai 1998 Frost frames, une installation pour le Spiral Hall de Tokyo et assure la direction artistique du premier opéra de Ryuichi Sakamoto, Life, créé en septembre 1999 à Tokyo.

Présenté pour la première fois en octobre 1999, le spectacle Memorandum est en tournée mondiale jusqu'en 2004 (Asie, Amérique du Nord, Europe, Israël, Malaisie, Océanie).


Le dernier spectacle de Dumb Type Voyage est créé à Toulouse (France) en avril 2002. Tournée 2002/2006 : Asie, Etats-Unis, Europe, Pays Baltes, Océanie, Scandinavie ... Créée pour l’ICC de Tokyo, la toute dernière installation de
Dumb Type, Voyages, est inaugurée le 23 août 2002.