Eduardo Kac


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A la fin des années 80 et au début des années 90, à la suite d'artistes comme Fred Forest et Stéphan Barron, Kac est un pionnier de l'art des télécommunications pré-Internet et dans le domaine de la téléprésence.

Avec une fascination pour le progrès technologique, Eduardo Kac propose un "art transgénique" pro OGM à base d'organismes génétiquement modifiés à des fins artistiques. Il a défrayé la chronique avec le projet d'un lapin fluorescent vert (GFP Bunny (2000), ensuite nommé Alba) développé par un scientifique et simplement détourné ou revendiqué de façon abusive par l'artiste (un peu comme Marcel Duchamp avec les Ready Made).
Il s'interroge, dans ses installations Genesis (1999), Le Huitième Jour (2001), et Move 36 (2002/2004), sur les croyances modernes. Dans Genesis, Kac incite les participants à provoquer des mutations génétiques en temps réel, proposant un perfide et déstabilisant jeu par internet.

Œuvre

De la performance traditionnelle, passant par l’expérimentation performative intégrant de la poésie, il se tourne vers l’[holographie], préférant la sensation 3D des mots. En 1983, il crée le terme d’ ''« holopoésie »'' pour décrire ses textes flottants tridimensionnels marquant ainsi le début d’une relation intense entre pratique artistique et technologie. On citera Holo/Olho (Holo/Eye) de [1983] et Chaos de [1986].

Dès lors, il se penche sur l’art des télécommunications (utilisation d’appareil de communication : [télécopieur], [téléphone], [Radiophonie|radio], [télévision]) et produit sa première œuvre de téléprésence en intégrant la robotique commandé à distance en [1986]. Ce qui compte désormais chez Kac est l’expérience de communication. L’expérience, par opposition à l’objet, est instable, ouverte et éphémère mais néanmoins très liée au corps. Kac privilégie donc la communication au détriment de la matérialité créant ainsi ses propres formes d’art, redéfinissant les notions de spectateur et d’objet artistique.

En 1989 Kac commence à travailler sur une série d’œuvres de téléprésence intitulée Ornitorrinco (1989-1998). Avec un concepteur de matériel informatique, Ed Bennett, Kac crée un robot qui réagit aux signaux acheminés par divers appareils de télécommunication. Le public, disséminé dans différents lieux géographiques, est invité à transmettre des ordres au robot. En 1994, Kac relie son projet à l’Internet. En 1996, il poursuit son exploration de la télérobotique avec Rara Avis, une installation de téléprésence en réseau présentée au Nexus Contemporary Art Center d’Atlanta, (en Géorgie) et avec Teleporting an Unknown State (du 4 août au 9 août 1996), une installation télématique interactive reliant le Contemporary Art Center de la Nouvelle-Orléans (Louisiane) au réseau internet.

Après avoir exploité les possibilités de la télématique et de la téléprésence, Kac se tourne vers les domaines de la génétique et des biotechnologies. Le 11 novembre 1997, en direct à la télévision brésilienne (Canal 21), il présente Time Capsule. En présence d’un médecin et d’un auditoire, Kac implante dans sa jambe gauche un microcircuit afin d’inscrire son corps et son identité dans une base de données d’identification d’animaux qui sert à positionner les animaux perdus. Après l’implantation, le microcircuit a été lu optiquement dans Internet à partir de Chicago. Quelques minutes plus tard, Kac était inscrit et reconnu comme propriétaire et comme animal. Ce travail est à lier aux premières performances de Rio. Cette fusion satirique de la peau et de la technologie est l’une des premières explorations de l’artiste en art biotechnologique. Ses œuvres ultérieures traduisent cette volonté de lier viscéralement le corps aux biotechnologies.

Kac collabore de nouveau avec Bennett pour réaliser A-positive.

Son oeuvre a été l'objet de nombreuses expositions aux Etats-Unis, en Europe , en Amérique du Sud, et en Asie. Des oeuvres de Kac ont été acquises par les collections permanentes de nombreux musées, entre autres les Musées d'Art Moderne de New York et de Rio de Janeiro, ZKM Museum, Zentrum für Kunst und Medientechnologie, Karlsruhe, Allemagne, et Museo extremeño e iberoamericano de arte contemporáneo, Badajoz, Espagne. On retrouve ses oeuvres dans plusieurs collections d'entreprises privées. Il est membre du comité rédactionnel de la revue Leonardo, une publication du MIT. Les écrits de Kac sur l'art électronique ainsi que des articles consacrés à son oeuvre ont paru dans de nombreux ouvrages, magazines et journaux un peu partout dans le monde. Eduardo Kac a reçu plusieurs bourses et prix pour son oeuvre.

Kac utilise des supports variés pour créer des formes hybrides à partir des opérateurs conventionnels des systèmes de communication existants. Il fait intervenir les participants dans des situations comprenant des éléments comme la lumière, le langage, des lieux éloignés les uns des autres, la télérobotique, la vidéo conférence, les éléments biologiques, la video, l'échange et la transformation de l'information au travers des réseaux. Il se base fréquemment sur les interventions des participants et l'inachèvement indéfini des situations. Son oeuvre est un encouragement aux interactions dialogiques et est une mise en confrontation de problèmes complexes comme l'identité, la communication, la médiation, et la responsabilité.

Depuis la fin des années 1980, Eduardo Kac travaille sur les systèmes de télécommunication en tant que forme d'art, particulièrement avec des médias accessibles tels que minitel, télécopieurs et télévision lente. Depuis 1989, en collaboration avec l'ingénieur Ed Bennett, il développe un « art de la téléprésence », fondé sur des explorations de la télérobotique. Le mot téléprésence se réfère à l'expérience sensorielle de sa propre présence dans un espace lointain. Kac développe également des installations télématiques qui fusionnent les espaces virtuels et physiques dans une relation d'interdépendance. À la poursuite de nouvelles possibilités esthétiques, il revendique deux stratégies, qui sont l'hybridation des technologies et l'exploration des aspects cachés du nouveau paysage médiatique. De cette façon, il « utilise les médias de télécommunication pour faire imploser leur logique unidirectionnelle et créer, dans le domaine du réel, un nouveau genre d'expérience donnant priorité aux propositions démocratiques et aux dialogues » .

En 1994, Eduardo Kac crée en collaboration avec Ikuo Nakamura l'œuvre Essai concernant la compréhension humaine. Dans cette œuvre, un oiseau en cage, dialogue avec une plante qui se trouve à mille kilomètres en utilisant une ligne téléphonique du réseau commuté. Placé au milieu du Centre d'art contemporain à Lexington, dans le Kentucky, le canari jaune se trouvait dans une cage cylindrique blanche à la fois grande et confortable, au sommet de laquelle étaient installés des cartes électroniques, un haut-parleur et un microphone. Un disque transparent de plexiglas séparait le canari de l'équipement relié au réseau téléphonique. À New York, au Hall des sciences, une électrode était placée sur une feuille de la plante pour enregistrer ses réactions au chant de l'oiseau. La fluctuation du voltage de la plante était surveillée par un logiciel Macintosh appelé Interactive Brain-Wave Analyzer (Analyseur interactif d'ondes cérébrales). Les informations recueillies étaient introduites dans un autre Macintosh opérant un programme appelé Max, contrôlant un clavier Midi. Les sons électroniques étaient préenregistrés, mais l'ordre et la durée déterminés en temps réel par les réactions de la plante au chant de l'oiseau.

Quand cette œuvre fut présentée au public, l'oiseau et la plante réagissaient mutuellement plusieurs heures chaque jour. Les humains aussi réagissaient réciproquement avec l'oiseau et la plante. En se tenant près de la plante et de l'oiseau, ils modifiaient immédiatement leur comportement. Quand les humains étaient tout proches, l'interaction était davantage accrue par les changements constants de comportement de l'oiseau et de la plante. Ils réagissaient l'un en chantant encore plus ou en gardant le silence, l'autre en activant d'autres sons.
Eduardo Kac voit cette œuvre comme « une évocation de la solitude humaine : un animal captif s'adresse à une plante par téléphone, le canari chante espérant une compagne ; à la place, au bout du fil, un membre d'une autre espèce, loin de lui. S'agit-il vraiment de communication ? Il est clair qu'une augmentation quantitative des moyens de communication ne se traduit pas en un changement qualitatif des communications entre personnes » .

En 1995, Eduardo Kac crée Rara Avis, installation de téléprésence reliant par réseau une volière à Internet ; elle fut présentée à Atlanta dans le cadre du Festival olympique d'arts. Réalisée au Centre d'art contemporain Nexus d'Atlanta, dans le courant de l'été 96, Rara Avis était placée sous la direction technique d'Ed Bennett. Portant un casque stéréoscopique la spectatrice percevait la volière et pouvait s'observer du point de vue de l'ara-robot.

L'installation était constamment reliée à Internet. À travers Internet, les participants lointains observaient la volière du point de vue de l'ara télérobotique, ils utilisaient leurs microphones pour déclencher le dispositif vocal de l'ara télérobotique, entendu dans la galerie. Le corps de l'ara télérobotique était investi en temps réel par les participants qui se trouvaient sur place et les participants Internet du monde entier. Les sons de la volière, mélange de voix humaines et de chants d'oiseaux, se propageaient jusqu'aux participants lointains à travers Internet.

« L'œuvre peut être perçue comme une critique de la notion problématique d'exotisme, concept qui révèle plus de choses sur la relativité des contextes et la conscience limitée de l'observateur que sur le statut culturel de l'objet d'observation. Cette image du différent, de l'autre, incarnée par l'ara télérobotique, était dramatisée par le fait que le participant adoptait momentanément le point de vue de l'oiseau rare. Cette œuvre créait un système auto-régulateur de dépendance réciproque, dans lequel les participants locaux, les animaux, un télérobot, et les participants lointains, réagissaient réciproquement sans direction, ni contrôle ni intervention extérieure. Comme l'œuvre mélangeait entités physiques et non-physiques, elle fusionnait les phénomènes perceptuels immédiats avec une conscience accrue de ce qui nous affecte, mais qui est absent du champ visuel et éloigné. Les participants locaux et en ligne ont éprouvé l'espace de façon complexe et différente. L'écologie locale de la volière était affectée par l'écologie d'Internet et vice-versa » . L'intérêt artistique de cette pièce est cependant assez limité, dans la mesure où elle ne produit pas beaucoup de sens. Certes, Eduardo Kac, invite à une expérience d'action à distance collective. L'art peut-il se résumer à une technologique couplée à une expérimentation de nouvelles perceptions ? Le spectacteur devient en quelque sorte le cobaye d'une technologie avant qu'elle ne trouve sa forme définitive.
Eduardo Kac s'intéresse à l'interconnexion entre le monde physique et virtuel ; entre les internautes et l'installation dans un lieu d'exposition. Son intérêt pour la création de systèmes interdépendants auto-régulateurs, simultanément dans les espaces virtuels et physiques, ont conduit Eduardo Kac à créer l'œuvre suivante, produite juste après les Jeux olympiques. L'œuvre était intitulée Téléportation d'un état inconnu (Teleporting an Unknown State), et fut exposée dans le cadre du Siggraph Art Show de 96, au Centre d'art contemporain de la Nouvelle-Orléans. Cette œuvre reliait le Centre d'art contemporain, à la Nouvelle-Orléans, à Internet. Dans la galerie, le spectateur voyait une installation : de la lumière, projetée à partir d'un cercle se trouvant au plafond, rompait l'obscurité ambiante et atteignait un piédestal, où spectateurs et participants découvraient une seule graine. Dans des sites lointains répartis autour du monde, des individus anonymes pointèrent leurs caméras digitales vers le ciel et transmirent la lumière du soleil à la galerie. Les photons saisis par les caméras étaient réémis dans la galerie à travers le plafond. Un projecteur vidéo dissimulé, servant de sortie pour la liaison Internet, projetait sur le carré de terre l'interface dématérialisée d'un Macintosh avec un fond sombre, de façon à ce que la plante n'utilise pour pousser que la lumière lui parvenant en direct par vidéo digitale. Les images vidéos transmises de pays lointains étaient dépourvues de contenu représentationnel, et utilisées comme conducteurs de véritables vagues de lumière. Le processus de la naissance, de la croissance, et de la mort possible de la plante était diffusé en direct au monde entier via Internet tout au long de l'exposition. Tous les participants pouvaient observer le processus. Après l'exposition, la plante qui avait atteint la taille de soixante centimètres fut replantée près d'un arbre à l'extérieur du Centre d'art.

Cette œuvre met en évidence les aspects de collaboration collective d'individus anonymes, et développe ainsi une véritable écologie collective du réseau. Dans Teleporting an Unknown State, la lumière était transmise par plusieurs personnes vers un organisme vivant.

« La collaboration d'individus anonymes, des photons, émis à partir de villes et pays lointains, furent téléportés jusqu'à la galerie et utilisés pour donner vie à une plante petite et fragile. Les participants partageaient la responsabilité de prendre soin de cette plante du début à la fin de l'exposition ». Eduardo Kac met en évidence ce que pourrait être le réseau. Par une utopie active, il crée une métaphore des individus unis collectivement pour préserver la vie autour de cette planète. « L'œuvre mettait en évidence l'utilisation potentielle du net pour distribuer des ressources naturelles vers les endroits qui en ont le plus besoin, et donnait au réseau un sens de responsabilité sociale collective et de système au service du maintien de la vie ». Il souligne que cette œuvre est un renversement de la communication telle qu'elle se pratique dans les médias traditionnels et aussi sur Internet quand celui-ci est utilisé pour émettre de l'information et non pour collaborer à une œuvre collective, ou échanger des informations. Cette œuvre était fondée sur un renversement de la topologie habituelle de transmission, où l'information est transmise par un individu vers de nombreuses personnes » .
  • image kac_albagreen.jpeg (30.4kB)
(Ci-dessous extrait du livre TECHNOROMANTISME)

Beaucoup plus problématique d’un point de vue éthique est le travail d’Eduardo Kac sur les manipulations génétiques. GFP K-9 est un avant-projet du nom d’un chien transgénique fluorescent qu’il voulait fabriquer. Le chien est devenu un lapin pour des raisons techniques sans doute : d’où le terme de GFP Bunny, que j’appellerais plutôt Bug Bunny.

Kac prétend avoir convaincu des scientifiques de l’INRA d’insérer le gène fluorescent vert GFP de la méduse du Pacifique Aequoria Victoria, dans le génome d’un lapin blanc. Le Lapin devient ainsi fluorescent quand il est éclairé avec de la « lumière noire », ce qui est magique pour aller en discothèque. Kac a fait sur ce sujet de nombreuses conférences en particulier dans un colloque à la Sorbonne, ou à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris. Le journal Wired (1) montre dans un article de fond, la véritable imposture qui a été organisée autour de ce lapin de laboratoire. Le lapin transgénique, soi-disant conçu par Kac était en fait réalisé par Louis-Marie Houdebine, chercheur de l’INRA, bien avant les contacts de Louis Bec, organisateur de l’exposition de Kac qui devait montrer ce lapin.

(1) DICKEY Christopher, Wired, avril 2001, San Francisco, p.88 à 99
ci-dessous des précisions par mail de Monsieur Houdebine concernant l'imposture de Kac à la fois sur le Lapin Transgénique et sur son dernier travail «Histoire naturelle de l'énigme»

Cher Monsieur

Merci pour l'information. J'avais entendu parler de ce nouveau projet de E Kac mais je n'avais pas les détails.

1) Ce projet n'a strictement aucun intérêt du point de vue scientifique car il ne démontre rien. L'expérience qu'il décrit est d'une extrême banalité et en aucun cas une prouesse. Le texte de E Kac contient des erreurs et de franches sottises. Il est annoncé que le gène de E Kac est fusionné au gène GUS qui est un marqueur coloré classique chez les plantes trangéniques. Ceci n'apparait pas du tout dans la construction de gène décrite. Il est également noté que le gène de E Kac a été extrait de son sang car il est rouge et le pétunia aussi. Les globules rouges ne contiennent plus de gènes! Le gène a donc été extrait des globules blancs du sang et il est de toute façon présent dans toutes les cellules de l'organisme. Les anticorps sont des protéines incolores en solution! Le gène utilisé n'est qu'un fragment de gène qui ne contient pas de message génétique mais seulement un fragment. La protéine si elle exprimée par transgène dans le pétunia n'a très probablement aucune action sur la plante. Il s'agit donc d'une mystification de plus de la part de ce «bioartiste».

2) Je n'ai aucune idée sur les auteurs de cette manip. Tout cela est tellement insignifiant que ce point n'a qu'une importance très limitée. N'importe quel laboratoire spécialisé dans ces domaines pourrait faire ce travail. Il est tout à fait possible que les auteurs soient une entreprise privée. Il existe en effet des entreprises dans le monde qui construisent des gènes à façon, ce qui évite dans certains cas au laboratoires de recherche de faire eux-mêmes ces tâches fastidieuses et chronophages.

3) Je suis ouvert aux autres domaines que le mien strict et c'est pourquoi j'ai de temps à autres des discussions avec des bioartistes qui ne m'ont jusqu'à maintenant pas convaincu de l'intérêt de leur démarche ni de leurs recherches. J'ai fini par admettre que les lapins fluo récupérés (pas physiquement) par E Kac pouvaient servir à tout un chacun pour mieux percevoir ce qu'est un gène et ce qu'est le transfert de gène. Pas de quoi fouetter un chat!
J'ai appris récemment de source sure que E Kac avait sciemment menti lorsqu'il a écrit sur son site que nous avions obtenu les lapins fluo à sa demande et que nous avions accepté de lui en donner un. Selon ces personnes qui connaissent très bien E Kac, cette stratégie malhonnête et cynique lui a permis de créer un faux scandale pour faire parler de lui. Ceci lui a valu de devenir d'un coup le plus célèbre bioartiste du monde et de bénéficier d'un poste de professeur d'art à l'université dé Chicago !

Vous trouverez en attaché un document que j'ai envoyé et que j'envoie encore à ceux qui m'interroge sur «l'histoire» des lapins fluo. J'ai également joint la copie d'un texte qui a été rédigé à la faveur du dixième anniversaire des éditions Le Pommier, chaque auteur devant en une ou deux pages résumer la manière dont il a perçu sa contribution à la vulgarisation de la science.

Cordialement
LM Houdebine
Ci-dessous le texte envoyé par Mr Houdebine à tous ceux qui demandent des précisions. Ce texte montre que Kac a seulement fait une photo de ce lapin transgénique créé par le laboratoire de Mr Houdebine et a monté toute l'affaire qui est une véritable imposture !

  • GFP Bunny. Trying to get the story straight

Thank you for your interest to green rabbits which are at the centre of an unexpected story. I received an important mail from people who wanted to include this event in their thesis or in book chapters. The fluo-rabbits have become a complex symbol of poetic animals, of bad use of science, of funny pet etc. We really did not imagine that when we generated our three founder green rabbits in 1998.

We heard about E Kac in 2000 and he came a few months later to see the green rabbits. He brought special spectacles making it possible to see the colour of the animals. We saw them green for the first time. It was rather disappointing as only the eyes appeared really green. I confirm that when E Kac came, we examined the available green rabbits. They were essentially the offspring of the founders. We did not reproduce any rabbit for E Kac before or after his coming. Since the founders were born, we reproduce them systematically in such away as to keep the lines but also to provide researchers with the experimental animals they need.

The so-called Alba (I never gave any name to my experimental animals) died in july 2002 for no particular reason. GFP is known to be toxic at high concentration. It is probably not the case for the green rabbits since we have a normal rate of death.

In conclusion, it is clear that E Kac did not ask us to generate any rabbit. He just wanted to use one of them he named Alba. He showed on his site rabbits much greener than they really are. I think this attitude was rather bad for science and art. Similar discussion occurred when the  GloFish were born. For me, these animals are at best a gadget but not a matter for art. You will find enclosed a document that I have written on Glofish. It happens that I participate to a European bioethic course ( BioTethics projects). We have written a book summarizing the course and it includes case studies.  GloFish is one of them.

The GFP rabbits were prepared, as we always said, years ago, before E Kac came to visit us. My colleague JP Renard asked me to generate these rabbits because he needed cells with markers to clone rabbits. We chose to construct a gene capable of expressing the GFP gene in all cell types. This was expected to create a very versatile tool (Boulanger et al Transgenic Research 2002, 11, page 88).

Essentially all the cells of the rabbits are green under UV light. The newborn rabbits appear uniformly green as long as they have no hairs. In adults, only the part of the body devoid of hairs look green and of course, eyes are green instead of red (under UV light).

We generated 3 transgenic lines independently and we kept one which expressed GFP at the highest level. We developed this line and we have permanently about ten of them ready for some experiments and for reproduction. The so-called Alba was just one of our animals. It was about two years old when it died (for unknown reason as rabbits often do). It was thus probably one of the rabbits of the third generation. This could be checked but is not important.

We did not try to see if the rabbits were green before E Kac came. Indeed, we need for that special glasses with the production of UV light and filters. We did not want to buy this material. In fact, we were happy to see that the rabbit cells were green under the microscope. This was sufficient for us. Seeing green rabbits was of very low interest. We did not need to see them green and we did not consider that would be funny and by no means surprising as soon as the rabbit cells were green under the microscope. All the animal species which can be transgenic have green lines because they are very useful markers.

JP Renard used green cells to clone rabbits for the first time (Chesne et al 2002 Nature Biotechnol 20:366-369) The fact that the newborn rabbits were green was an elegant demonstration that were clones.

The GFP rabbits are extensively used by different groups in our institute for scientific purposes. These animals contributed to create a new apparatus ( CellViZio) to observe cells in animals (Al Gubory and Houdebine Eur J Cell Biol 2006, 85: 837-845). The individual cells appear clear on a TV screen. This technical study is in press. Green cells transplanted into early embryos can be followed throughout development. We started to observe the cells of green embryos developing in non-green rabbit females. This makes it possible to see fate of placenta cells in uterus particularly at the time of implantation. We sent 15 green rabbits to an academic laboratory in Sweden. This group uses the rabbit as a model for retina grafting. They are very happy to use the green rabbits since they can follow the fate of the grafted material without using any invasive technique. We are in discussion with other groups which would like to use the green rabbits to study grafting of different tissues.

The animals are thus quite useful, as we expected. They are a classical tool for biologists and they were generated just for this purpose. I can imagine that such animals are intriguing or funny but I can hardly conceive that art has anything to see with them.

Best regards.
LM Houdebine
Le « travail » artistique de Kac serait alors la sempiternelle répétition du travail de Duchamp (Fontaine de R. Mutt), ce qui ne distingue en rien l’art technologique de l’art contemporain, dans cette forme d’académisme du ready-made : récupérer un « objet industriel » et le revendiquer comme art. Kac s’empresse alors de dire que la « propagande » pour le développement des OGM et pour leur « humanisation » constitue l’œuvre elle-même. Il prétend, en effet, faire un geste humanitaire en réclamant la « libération » du lapin des griffes des chercheurs pour l’accueillir dans sa famille… C’est une récupération pathétique d’une situation mal engagée. Mais ce que n’a pas compris Kac, c’est que les Européens, mais aussi de nombreuses personnes sur terre ne veulent pas des OGM.
L’émergence des organismes génétiquement modifiés pose des problèmes éthiques et écologiques fondamentaux.
Un groupe de scientifiques français se sont mobilisés pour un contrôle des applications du génie génétique 196. Les OGM provoquent déjà des allergies et l’on ne connaît pas les conséquences de leur dissémination dans l’environnement. Les plantes génétiquement modifiées ont été créées par les industries chimiques pour répondre à des stratégies économiques. Un de leurs buts est de pouvoir vendre des plantes résistantes aux produits chimiques, pour vendre plus de produits chimiques, après avoir constaté que ceux-ci devenaient inefficaces. Ces OGM seront donc à la source d’une double pollution, chimique et écologique. Résistantes aux produits chimiques, elles peuvent envahir tout l’écosystème 197 sans pouvoir être détruites. Ces OGM peuvent sans doute se croiser avec les vraies plantes pour donner des plantes hybrides dont les propriétés sont inconnues. Les entreprises qui produisent des OGM veulent inclure un gène « Terminator » qui empêcherait la reproduction de certaines plantes transgéniques et ainsi obligeraient les paysans à acheter chaque année leurs semences. Ce nom de « Terminator » est en soi un programme, puisqu’il se réfère à une idéologie de destruction, et à l’idée de l’homme-technologique invincible. Que se passe-t-il, si le gène « Terminator », passe dans les plantes traditionnelles empêchant leur reproduction ?

Les recherches génétiques soulèvent aussi le problème du brevetage du vivant. Ces multinationales de l’agrochimie, souhaitent breveter les principes actifs des plantes présentes sur toute la Terre et en particulier dans les pays du Sud. Elles pourraient ainsi interdire aux peuples du Sud, l’utilisation des plantes naturelles pour leurs vertus thérapeutiques ou pour leur alimentation. En rendant impossible le brevetage des génomes des êtres vivants, on rendrait l’exploitation de ces recherches sans intérêt économique.

D’autres plantes génétiquement modifiées libèrent des produits toxiques pour les insectes, permettant ainsi selon les firmes d’utiliser moins de produits chimiques. Contrairement à ce qu’affirmaient les firmes qui produisent ces OGM, il est avéré que ces plantes ne sont pas seulement toxiques pour les insectes « nuisibles » qu’elles visaient, mais aussi toxiques pour les autres insectes. Il est probable que ces plantes sont à un degré ou un autre, toxiques pour l’homme. Il faudrait sans doute de nombreuses années pour connaître l’effet sur les humains d’une alimentation incluant ces OGM.

« Avec au moins une espèce s’éteignant chaque jour, je suggère que les artistes puissent contribuer à accroître la biodiversité en inventant de nouvelles formes de vies » dit Eduardo Kac dans la présentation du GFP Bunny. Ce discours est totalement irresponsable. C’est une manipulation conceptuelle digne des pires régimes eugénistes.

Cette thèse réductionniste et mécaniste réduit la complexité du vivant au code génétique.
Le vivant est-il réductible à notre maigre compréhension de l’ADN ? La science peut-elle seule interpréter le monde ? La biodiversité est le fruit d’une évolution qui s’est faite sur des millions d’années. Elle résulte d’un jeu d’interaction d’une complexité infinie. Ce type de discours justifie, légitime l’éradication massive des espèces qui est en cours depuis ce demi-siècle, et dont notre connaissance n’est qu’à ses débuts 198. En fait, nous supprimons un nombre considérable d’espèces sans vraiment connaître ni leur rôle dans les écosystèmes, ni d’un point de vue très anthropocentriste, à quoi ces espèces pourraient bien nous servir. Dans cet état d’ignorance sur le vivant dans lequel nous sommes, imaginer remplacer des espèces, en créer des nouvelles pour nos besoins et nos fantasmes, est une démonstration d’arrogance et d’imbécillité.

Dans le cas du lapin transgénique de Kac qui malheureusement a été réalisé avec l’aide de chercheurs irresponsables, il est impossible d’entrevoir quelle conséquence écologique pourrait avoir la libération d’un tel monstre dans l’environnement.

Mais dans le cas de l’art, l’existence de ce projet a déjà une conséquence éthique et conceptuelle. Dans la présentation de cette œuvre, Kac fait aussi l’éloge des OGM. Selon lui, le développement de plantes produisant des anticorps, à la suite de l’implantation dans leurs génomes de gènes humains produisant des anticorps, est la promesse de produire des protéines peu chères et abondantes. Il est pourtant évident que la dissémination dans l’environnement de telles plantes, leur croisement possible avec des plantes qui ont mis des millénaires à trouver leur équilibre dans l’écosystème, et avec nous, peut avoir des conséquences impossibles à envisager : création de résistances aux antibiotiques, développement de maladies nouvelles et incontrôlables, … L’équilibre du vivant est un équilibre fragile. Les généticiens le concèdent pourtant, les maigres résultats auxquels ils arrivent sont plus le fait d’une stratégie aveugle, et ils sont plus au stade des questions que des réponses. Vouloir disséminer massivement dans l’environnement des OGM est une expérimentation grandeur nature dont les risques ne sont pas maîtrisés. Il faudrait avant toute chose mobiliser nos efforts de recherches sur l’analyse écologique des écosystèmes, et sur l’analyse des risques, plutôt que de vouloir faire table rase de la nature en voulant en construire une meilleure. Je ne vois d’ailleurs pas la logique d’une telle démarche : détruire la nature pour reconstituer une version artificielle aléatoire et monstrueuse.

Kac prétend assumer sa responsabilité d’artiste face à la problématique des OGM, en proposant d’accueillir dans sa famille le chien ou le lapin fluorescent. Pour se donner une bonne conscience, Kac rajoute un discours socialisant, du type « chien-chien à sa mémère », s’insérant dans une pensée kitsch et petit-bourgeois 199. C’est un peu court comme prise de responsabilité ! Il évacue l’essentiel : en faisant de l’art transgénique un objet de l’art et en créant du rêve (si tant est que l’on rêve d’un chien fluorescent), il rend aux yeux du public, les manipulations génétiques comme une technique sans danger, sans conséquence, idéale.
Eduardo Kac joue donc l’artiste démiurge, l’apprenti sorcier conceptuel et écologique. Pour faire du nouveau en art, pour devenir célèbre en occupant le premier un « créneau », celui de l’art transgénique, l’artiste peut-il faire n’importe quoi ? L’artiste a une responsabilité, pas seulement celle d’investir les technologies, mais de dire comment les investir. L’art peut-il légitimer des pratiques inhumaines et servir de cheval de Troie aux intérêts économiques ? Alors que la communauté scientifique avance à pas feutrés, et prend parfois des positions de refus courageuses face aux intérêts financiers des multinationales, les artistes peuvent-ils servir d’alternative aux stratégies de ces apprentis sorciers sans foi ni loi ? Les artistes à qui tout est permis doivent garder la liberté de créer, mais ils ont par cette liberté même une responsabilité accrue.

Louis Bec, souligne aussi cette responsabilité de l’artiste, et son rôle spécifique par rapport à celui du scientifique (bien que le scientifique ait aussi le même devoir éthique que l’artiste). « Il faudrait arriver à préciser la nature et le statut du chercheur ou de l’artiste. S’agissant de modélisations techniques du vivant, nous devons réfléchir aux différents rôles que ces modélisations peuvent être appelées à jouer un jour et à quels types de reconfigurations esthétiques, épistémologiques, économiques et sociologiques, elles peuvent entraîner nos sociétés. Ce sont là autant de problèmes que l’on ne saurait ignorer. C’est dans ce sens que la vie artificielle peut être une extraordinaire aventure pour l’espèce humaine ou un effroyable cauchemar » 200.

Mais de nombreux responsables culturels des arts technologiques offrent une tribune à Eduardo Kac et Stelarc, sans se démarquer de leurs discours idéologiquement très équivoques sur les nouvelles technologies. Pourquoi, s’ils veulent soulever ces questions fondamentales, célèbrent-ils des artistes qui prennent des positions eugénistes ?

Les artistes, mis en avant par les responsables culturels et donc politiques, et les scientifiques, issus de la recherche officielle (INRA) ou privée, poursuivent les mêmes buts : l’exploitation de l’homme, la marchandisation du vivant, la compétition, le toujours plus, la satisfaction de l’ego. « Après les sports de l’extrême où le champion risque la mort pour tenter une performance inutile, le savant, adepte des sciences de l’extrême, prend le risque suprême de dénaturer le vivant, après avoir bouleversé son milieu de vie ».

On n’en arriverait pas là, si dans notre société, une autre éducation du corps, basé non sur la domination, la négation du corps, mais sur l’écoute, l’harmonie était enfin proposée. Les paradigmes alternatifs sont prêts, ils ont émergé lentement dans ce siècle, la faillite du modernisme est avérée, prenons individuellement et collectivement nos destinées en main.

Eduardo Kac poursuit le même dessein que Stelarc, celui de modifier l’homme lui-même. « Dans le futur, nous aurons dans nous du matériel génétique étranger, comme nous avons aujourd’hui des implants électroniques et mécaniques… Être humain signifiera que le génome humain n’est pas une limitation mais un point de départ » .
L’utilisation de technologies exige de l’artiste un positionnement éthique sans ambiguïté, et que cette éthique ne soit pas un discours plaqué sur l’œuvre, mais que l’œuvre exprime sans ambiguïté ce positionnement éthique.


Liens externes

* http://fr.wikipedia.org/wiki/Eduardo_Kac
* http://www.ekac.org/index.html
* http://www.fondation-langlois.org/html/f/page.php?NumPage=279
* Exposition http://www.ekac.org/kac.rurart.photos.expo.html
* Genesis 2 http://www.fondation-langlois.org/html/f/page.php?NumPage=278


Bibliographie

* Kac, Eduardo : ''Telepresence & Bio Art : networking humans, rabbits , and robots'', Michigan : University of Michigan Press, 2005, ISBN 0-472-06810-5
* Kac, Eduardo: ''The Eighth day : the transgenic'', Arizona : Institut fot Studies in the Arts, 2003, ISBN 0-9724291-0-7
* ''Emergent futures : Art, interactivity and new media''. Ángela Molina , Kepa Landa (éditeurs), Valencia, 2000, ISBN 84-7822-326-6
* ''Catalogue exposition collective: El final del eclipse : El arte de América Latina en la transición al siglo XXI'', éditeur Fundación Telefónica D.L. Madrid 2001, ISBN 978-978-22870-0-9
* ''Catalogue exposition Eduardo Kac'' Institut Valencià d'Art Modern,Valencia, 27 septembre - 11 novembre 2007, éditeur IVAM, Valencia 2007, ISBN 978-84-482-4740-9


'''''voir aussi:'''''
* http://www.ekac.org/booksandcats.html
* Art transgénique http://www.ekac.org/transartbiblio.html