Einstein on the beach




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Einstein on the Beach est un opéra écrit et mis en musique, en 1976, par Philip Glass, mis en scène par Robert Wilson. Cette œuvre dure près de cinq heure. Et c'est cette durée énorme, "presque comique" qui rend le spectacle si original en 1976.Les spectateurs sont en effet autorisés à circuler pendant le spectacle.
On parle de la performance scènique mais aussi de celle du public. Comme si scène et salle respiraient ensemble.
On peut nommer Claude Baignères en juillet 1976, «Cinq heures qui donnent l'impression de durer dix minutes (…). Le spectateur est arraché au rythme de notre monde, se sent projeté dans un univers qui échappe aux lois de la physique naturelle (…). Une soirée qui tisonne miraculeusement la sensibilité humaine.»
Cette pièce d'origine Américaine aurait alors révolutionné le spectacle européen. Wilson serait le précurseur des spectacles en trois dimensions.Il investit en effet la théorie la relativité. Les décors paraissent impressionnants et grandioses: un wagon de train, un ascenseur...
Ensuite c'est une des première fois où, sur scène apparait une actrice noire qui n'incarne pas une actrice noire, ou les corps ne sont pas ceux de danseurs: des hommes gros par exemple.
Mais les danseurs sont de véritables performateurs qui agissent avec une grande précision. Tous leurs gestes sont réfléchis et concis.
Einstein on the Beach se jouera à l’Opéra-Orchestre National de Montpellier en mars 2012.



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Recherche dirigée par Barbara Métais sur la Mémoires du spectateur









  • La musique "envoutante et répétitive" de Philippe Glass
Philippe Glass fait partit du mouvement de musique contemporaine" minimaliste", on parle en France de musique répétitive.La répétition est en effet une technique de composition.Ces motifs évoluent très lentement et sont accompagnées de pulsations régulières. Cette musique minimaliste est typiquement américaine.La télé et le cinéma ont utilisé abondamment les musiques de Philippe Glass contribuant ainsi à la diffusion au grand public.
"One two tree four five six seven eight." "One two tree four" "One two tree four five six seven eight."

  • Analyse de spectacle par une élève de l1:
J' assisté à l'une des première mondiale au Corum de Montpellier dimanche 18 mars 2012.
En 1976, cette œuvre a brisé les règles de l'opéra traditionnel.
L'ensemble de la pièce est présentée alors comme une révolution dans le monde du spectacle,
Mais en quoi cette pièce est aujourd'hui hors du temps et de l'espace ?


Lorsque nous entrons dans les gradins, la salle est déjà éclairée,comme si les comédiens/chanteurs n'attendaient pas réellement l'entrée du public.
A cours se trouvent deux comédiennes/danseuses habillées avec, ce que j’appellerais « uniforme »: pantalon bleu marine, chemise blanche et bretelles grises,elles sont chaussées de converses noires. Ces costumes plutôt quotidiens et contemporains sont portés par la plupart des comédiens durant toute la pièce. Je remarque qu'ils portent tous une montre car l'une d'elle me reflète dans l’œil et m'aveugle un instant. Elles sont dans un carré de lumière ou se déroulera les « knee plays », sorte d'entractes ou les spectateurs peuvent sortir.
D'autres comédiens évoluent dans la fausse des musiciens. On découvrira par la suite qu'ils sont eux même les chanteurs et pour certains les musiciens .Ils entrent très lentement, grâce à des gestes précis puis se figent. Il y a toute sorte de corps : des gros, des noirs, des petits, des blancs. Même si nous sommes au 21ème siècle voir autant de diversité sur scène est pour moi nouveau.
  • Les comédiens dans les gradins et ceux sur scène paraissent comme suspendus dans le temps. Ils ne semblent pas évoluer selon le temps quotidien : tout leur mouvements sont réfléchis et d'une lenteur surprenante. Puis soudain, ils se figent.

Une simple chaise en bois, vide, est éclairée. Elle est placée sur une sorte d'estrade, à cours, plus basse que la scène mais au dessus des musiciens. Comme si elle allait faire le lien entre les arts. D'ailleurs c'est le personnage d'Einstein qui a par la suite ce rôle. C'est comme si la musique n'allait pas seulement accompagner les performeurs mais plutôt dialoguer avec eux et tout se qui se passe sur scène.
La musique se fait entendre et se lient aux conversations de la salle. La lumière se met à éclairer les acteurs, la salle reste allumée et les gens se taisent. On sent apparaître dans ce lieu immense une certaine concentration . Les musiciens font comme si ils avaient leur instrument et se mettent à jouer, ceci apporte une dérision et détend l'atmosphère. En effet la salle semblent remplie d 'étudiants, intellectuels, de gens « qui savent ». Les conversations sont pleine d'attente, d’enthousiasme, d'excitation et de questionnement « Est ce que ce sera aussi novateur qu'en 76 ? »
« One two three four, one two three four five six seven eight »

La lumière s'est éteinte sans que nous le remarquions. Aucune indication  « d'avant spectacle »n' a été faite ( pas de portable...) Selon moi c'est pour ne pas entrer littéralement dans « le show ». Nous sommes donc immergé dans la représentation sans vraiment le savoir et sans que l'on rompt avec notre vie. Il n'y a pas d'avant et après spectacle, c'est plutôt une sorte de continuité.
Utilisation d'un rétroprojecteur, au départ,photo d'un enfant.

Et soudain, on sent que cette première "Knee Play" se termine, la salle est engloutie d'une fumée et une femme entre en diagonale. Et comme si elle marchait sur un nuage, elle fait des pas avant, arrière .Une grue apparaît, un homme s'y trouve perché et tient une lumière. Les gestes sont d'une précision incroyable.Je comprend que cette comédienne qui évolue d'avant arrière pendant un temps était en 1976, Lucinda Child. Cette comédienne qui a repris le rôle a quelque chose de robotique, les seules choses qui semble la rendre vivante ce sont ses cheveux, sa queue de cheval brune, qui ondule à chaque mouvement de tête. Les gestes de la danseuses à la queue de cheval varient par moment sur le rythme de la musique.

Einstein, ou celui qui semble être Einstein entre à cours, suivit de deux hommes, portant toujours" l'uniforme", ils forment une sorte de triangle.
Je suis placée à la dernière loge, au plus haut de l'édifice, complètement face à la scène. Ce placement aurait pu être négatif pour certain spectacle. Mais ici, ma place m'apporte un vertige et une sensation de vide qui contribue à la découverte ce cet opéra.

Il faudrait parler de temporalité mais cela me semble difficile tant les secondes semblent se ressembler sont pourtant complètement différentes,car nouvelles. Je note cependant que toutes les transitions se font avec la musique, c'est à dire dans une logique temporelle et auditive.
A plusieurs reprise un train à vapeur tente d'entrer sur scène mais ne semble pas y arriver, si il faut l'expliquer,j'y verrais les tentatives de la vie.
Le fond de la scène est utilisé comme un horizon grâce à la lumière dégradée. En effet l'ensemble de l’œuvre donne cette impression : tout est plus grand que l'espace de ce théâtre. C'est sûrement ici qu'intervient Einstein et sa loi de la relativité.

A l'avant scène,à jardin, se trouve un coquillage depuis le début de la pièce, il paraît symboliser « the beach » du titre. A plusieurs reprises il est récupéré par une des chanteuse qui l écoute. Ainsi grâce à ce geste la mer est transposée sur scène. Nous imaginons le brut des vague seulement par la présence de ce coquillage. Chaque objet a un sens et une raison d'être sur scène.

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Beaucoup de jeu d'ombre, par exemple pendant la déambulation de celle qui a repris le rôle de Lucinda Child : une douche la suit, puis par moment deux, créant ainsi deux ombres de son corps. Je trouve ceci très surprenant, je n'arrive pas à la lâcher des yeux, je suis par moment réellement envoûtée.

Et nous voilà transporté dans un tribunal. Contrairement à la plupart des pièces traditionnelles,où les changements de décors se font derrière les rideaux ou le plus rapidement possible afin de rester dans l'action dramatique, ici ces déplacements font partie du spectacle . Nous pourrions aborder le lien puissant qui existe dans cette œuvre entre le temps et l'espace. Nous sommes dans une temporalité et un espace différent du quotidien. Et c'est ce qui fait, selon moi, une partie de l'originalité de ce spectacle. En effet la plupart des œuvres cherchent à rester dans le quotidien à reproduire, d'une certaine manière la vie ou une vision de celle ci. Mais ici nous sommes vraiment ailleurs, dans quelque chose de bien plus profond. Les décors font donc partie de la déambulation, ils sont glissés sur le sol comme si ils n'avaient pas de poids. Les costumes des juges sont décalé : deux longues perruques qui apportent humour et décalage temporel. L'un des juges est tout petit, il s’avérera être un enfant, l'autre est un gros homme noir. Les couleurs les taillse et le poids marchent ici en opposé et ajoutent à l'absurde de la situation.
Les autres acteurs sont à jardin, de profils sur des sortes de rampes, ils observent la situation ,le jugement de cette américaine. Deux horloges surplombent l'espace : l'une dont les aiguilles reculent, l'autre faisant du sur place. Le temps est ainsi réutilisé au service du néant, du vide mais surtout de la dérision.

  • Pendant les Knee plays certains parlent de méditation, d'autres racontent qu'ils font des respiration afin de rentrer dans « une sorte de  transe ». Cette œuvre semble toucher dans la profondeur de notre humanité et rendre « conscient de son corps » Je rencontre une américaine au toilette qui explique aux femmes ce que raconte l'accusée. Elle parle de l'émancipation de la femme par l’arrêt de toute relation sexuelle. Mais ce serait « sans importance . » Une autre parle  « d'un tableau expressionniste »Enfin,certaines expliquent le sommeil de certain : « ce serait bien trop fort et le cerveau dirait stop » Toutes ces discussions font partie du temps spectacle
Lorsque je retourne dans la salle, nous sommes face à l'avant d'une maison dont la cheminée fume. Il y a un travail de lumière qui la rend réelle. Cette esthétique me fait penser à un passage Des Naufragés du Fol Espoir de Mnouchkine. Un couple est à l'extérieur de ce décors. Tous leurs gestes sont si détaillés que nous pouvons tout distinguer, les images sont fixes et simples mais laissent notre imagination raconter. Brusquement, la femme sort un pistolet,même si je suis à des centaines de mètres des acteurs et qu'ils ne se disent rien, je sens une tension. Ils incarneraient réellement.

2012


Nous sommes maintenant face à une « chorale », où chacun indiquent la note énoncée sur une multitude d'invisibles partitions. Cette technique est reprise dans le tribunal. «mi, la, mi, la, mi, la, mi sol la... »

Tout marche par répétition, parlons par exemple de celui que j’appellerais « l'étudiant » avec ses mouvement de tête sur son livre. Ce qui rend ces mouvements si marquant c'est la précison et la concentration, on peux ainsi imaginer qu'il tente à chaque fois de lire une ligne. La répétition est aussi musicale. Nous sommes dans une sorte de ressacement artistique, faite d'angoisse et de questionnement, il me semble
Lorsque le tribunal réapparaît,avec l'accusée vétue d'une longue robe blanche, nous sommes, me semble t'il dans un rapport de poids : les décors sont déplacés en roulant sur le sol comme des électrons libres.
  • «  And it was red and yellow and blue » On imagine les interminables partitions et le son s'engloutis dans chacun de nous.

Enfin, nous pouvons aborder les danses mis en scènes par Lucinda Child, envoûtantes, elles aussi. 4Filles et 4 garçons exécutant des spirales. La chorégraphie, elle aussi ne permet pas de parler de temps... Nous ne pouvions pas, me semble t'il calculer et réfléchir à quoi que se soit pendant que ces danseurs s'exécutaient. Je ne parlent pas de léthargie plutôt « d'hypnotisation. »

Cette pièce semble donc agir sur le spectateur, par moment en le rendant conscient de son corps, de ses respirations, et par d'autre moment en l'hypnotisnant. On peut aussi aborder les mandalas lumineux utilisé à plusieurs reprise. Pour certain, ce sont des hommes qui « écrivent sur le temps ». Mais un jeune homme s'est inquiété et m'a dit que c'était peut être des images avec des symboliques dont nous ne serions pas conscient et qui pourraient manipuler le spectateur. Cette idée est à noter.
Cette oeuvre semblent donc ne pas répondre aux règles spatio temporelles de notre quotidien, on peut donc dire qu'elle est “hors du temps”.

La tournée qui suit conduira le spectacle jusqu'à l'Opéra d'Amsterdam en janvier 2013 en passant par Reggio Emilia en Italie en mai prochain, puis Londres également en mai avant d'aller jusqu'à Toronto, New York, Berkeley, Mexico


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