Enseigner


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Enseigner selon Cage











































Artwiki s'insère dans une volonté de réformer le système éducatif obsolète pyramidal issu du Taylorisme pour élaborer des formes d'apprentissage de l'ère numérique, horizontaux, participatifs et démocratiques: apprendre à apprendre.

Cette démarche de pédagogie participative poursuit les utopies de pédagogie ouverte et alternative entamées par Steiner, Montessori, Freinet... qui trouvent par internet puis les outils collaboratifs de nouvelles formes.


Liens vers la pédagogie ouverte

A vous de vous faire votre idée en explorant ces sites : le plus remarquable me semble être celui de Montessori

Ecoles Montessori http://blog.montessori.fr/

Ecoles Steiner http://www.steiner-waldorf.org/

Educations alternatives http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89ducation_alternative

Ecole Inversée http://www.classeinversee.com/presentation/

http://fr.wikipedia.org/wiki/Classe_invers%C3%A9e

Un pédagogue historique : https://fr.wikipedia.org/wiki/Johann_Heinrich_Pestalozzi

Autres pédagogies alternatives :

Ecoles Freinet http://www.freinet.org/


Pédagogies en ligne MOOC
http://www.france-universite-numerique.fr/moocs-18.html

Coursera : https://www.coursera.org/

Kahn Academy https://www.khanacademy.org/




Enseigner


(extrait du livre de Stéphan Barron - Technoromantisme)

http://www.technoromanticism.com/theorie/index.html


À l’heure des nouvelles technologies de l’information, la pédagogie formelle est de plus en plus obsolète. Quand nous avons accès à tout instant à une librairie mondiale, nous devons nous poser la question d’une nouvelle pédagogie. Une pédagogie frontale qui consiste à donner un cours magistral, et à demander aux étudiants d’apprendre cette bonne parole, quasi divine, et à en restituer ce qu’ils en ont retenu momentanément, est-elle encore adaptée ? "  Bon, nous savons maintenant que c’est une perte de temps pour tout le monde, parce que c’est de toute façon inutile de se bourrer le crâne ainsi. Et il n’est pas nécessaire que je te donne cette information. Si, pour une raison ou une autre, tu la veux, tu peux l’obtenir ailleurs " dit John Cage qui poursuit cette analyse " Finalement, il faudra fournir à chaque individu, dès l’enfance, une variété d’expériences lui permettant d’utiliser son esprit, non pas pour mémoriser un corpus d’information transmis, mais plutôt pour dialoguer, en tant qu’individu, a)avec lui-même et b) avec les autres comme s’ils étaient lui-même ". Le corpus d’informations techniques et factuelles est laissé aux machines en réseau. Il nous suffit d’apprendre comment y accéder, comment leur donner du sens, et développer d’autres capacités. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas exercer la mémoire : exerçons-là avec la poésie. Développons aussi nos facultés de nous concentrer sur des informations abstraites, mentales, développons nos capacités perceptives…

Où se situe la spécificité de la présence humaine de l’enseignant face à l’étudiant ? Comment cette présence doit-elle être utilisée de la façon la plus utile pour donner aux étudiants la capacité d’organiser cette information et d’exister face à ce nouveau déluge ? Créons une pédagogie contextuelle et situationniste : au lieu d’enseigner un contenu figé, l’enseignement pourrait être la création à la fois collective et individuelle du contenu et du contexte. La pédagogie devrait être une œuvre d’art participative et collective.

L’opposition entre tête bien pleine et tête bien faite est à l’heure d’Internet d’une actualité redoutable. Quand la mémoire mondiale de l’humanité, à laquelle nous ajoutons des morceaux chaque jour, est disponible et sera disponible toujours, il nous faut développer une nouvelle éthique, une nouvelle attitude du corps et de l’esprit. Il faut donner aux étudiants les outils de structuration de la pensée et de l’action pour s’orienter dans les informations, la critiquer, l’organiser et en créer de nouvelles. On assiste actuellement dans nos universités à une dérive inquiétante de l’enseignement où les enseignants, par démission de leur rôle éducatif, se mettent à enseigner des logiciels. Ils renoncent sous la pression de la massification de l’enseignement et sous la pression d’un discours démagogique à leur mission d’éducation. Ces universitaires empêtrés dans un discours marxisant et bien pensant, ou tout simplement dans une vision simpliste de l’entreprise comme degré zéro de la créativité deviennent les employés de Microsoft. L’université devient l’entreprise même. La technique quand elle refuse tout regard créatif, critique et philosophique est la dernière ligne droite avant le totalitarisme.

La dichotomie corps-esprit est poussée dans l’impasse par les technologies de l’information. Ces technologies, si on les soumet pas à un projet intellectuel, artistique et humaniste imposent finalement la disparition de la pensée. Le logiciel a pris la place du livre, de la parole, de l’échange.

John Cage souligne aussi qu’il faut en finir avec cette idée très chrétienne de la souffrance dans l’éducation. L’éducation doit être basée sur le plaisir et le désir d’apprendre. " Il faut commencer, très sérieusement, avec l’idée que l’éducation s’opère sans effort ". Il faut souligner la difficulté de sortir d’un enseignement basé sur la sanction, dans un système entièrement basé depuis l’enfance sur la surveillance, la répression, le jugement, et qui se poursuit dans l’entreprise sur le même rapport de domination, et non sur celui de l’échange.

Une méthode pédagogique doit apporter aux étudiants une compréhension du contexte social et technologique, des techniques basiques pour chercher et construire l’information, mais surtout une structuration de l’individu lui permettant d’affirmer ses choix…L’étudiant est unique. L’enseignant est unique. Leur relation interactive permet le dépassement et l’éducation mutuelle. L’enseignement est une œuvre nouvelle à créer à chaque fois en fonction du contexte. Cette œuvre collective et interactive doit faire en sorte que chacun, enseignant et enseigné apporte sa contribution. Une création sonore ou chacun crée des sons, une vidéo où chacun réalise un extrait, une couche d’images, ou une bande s’insérant dans une installation, une intervention collective dans la ville sous la forme d’actions démultipliées, etc… Les nouvelles formes de l’art élargies à la vie et à des supports multiples permettent maintenant des combinaisons infinies. Les supports numériques apportent mêmes cette possibilité infinie de juxtapositions, mixages, collages d’éléments divers. Le rôle de l’enseignant consiste à trouver le concept du jeu global, d’en assurer la cohésion tout en donnant à chacun toutes les libertés et toutes les possibilités créatives, de suivre le travail de chacun, de donner les moyens logistiques et techniques de base, de trouver les moyens d’une présentation de l’œuvre collective qui motive chacun des acteurs du jeu,… Il s’agit là d’une complète redéfinition de l’enseignement, qui n’est plus essentiellement la transmission d’un savoir figé (le passage de l’écrit à l’oral, suivi de sa sanction), mais la création d’un contexte motivant pour la création démultipliée de chacun des enseignés, qui deviennent eux aussi, dans une certaine mesure, des enseignants pour eux et pour les autres. Dans une certaine mesure, c’est-à-dire qu’il ne s’agit pas non plus d’un système démagogique, où les étudiants restent dans leurs acquis antérieurs, et prennent de façon ignorante et totalitaire le contrôle de l’enseignement. L’enseignant reste celui qui étant plus avancé dans la connaissance et l’initiation, invite les enseignés à dépasser sans cesse leurs limites.

Que devient le corps quand nos machines nous imposent des heures d’immobilité ? La pédagogie du retour au corps devient essentielle. Mais il nous faut développer une autre vision du corps que celle du corps-machine. Pourtant on ne voit pas d’alternative éducative dans ce domaine, ce sont toujours les mêmes sports aliénants qui sont enseignés maintenant aux étudiants et après-demain aux enfants.

Nous sommes arrivés en quelque sorte au bout d’une impasse matérialiste de l’enseignement : la théorie quand elle n’est pas basée sur un contenu corporel et émotionnel n’est finalement que de la technique. C’est-à-dire que cette théorie refuse toute intervention de l’émotion, tout compromis avec le corps. Nous juxtaposons un discours philosophique et sociologique sur le corps à des sports prônant l’agression du corps et de l’autre, la domination au lieu de l’écoute, entraînant ainsi une belle schizophrénie impuissante, où l’esprit se sent coupable d’avoir un corps aussi stupide. Il serait peut-être temps d’enseigner systématiquement d’autres relations au corps par la danse, la sophrologie, le yoga. La société arriverait alors à un changement radical en l’espace d’une génération.

Quand nous vivons une révolution technologique tous les dix ans, il nous faut apprendre aux étudiants à apprendre non pas des techniques, dans une absence de pensée, dans un refus de la culture et de la création qui font bon ménage avec tous les totalitarismes, mais la curiosité, le désir de se battre avec les machines. Il faut enseigner le mouvement, l’adaptabilité à des situations inédites, c’est-à-dire la créativité tous azimuts.

À l’heure de la déresponsabilisation, de la passivité télévisuelle, du prêt-à-penser rapide et expéditif, il faut enseigner l’activité, la construction, l’autonomie, la patience. À la passivité alterne l’agressivité, le refus en bloc, la confusion, au lieu de l’apprentissage de la négociation par la parole, par le concept et dans le respect de l’autre.

Nous avons besoin non d’une pédagogie de l’art, mais d’une pédagogie par l’art.

L’art et la philosophie sont des apprentissages de modèles. L’art parce qu’il organise la pensée et la perception est un modèle exemplaire de pédagogie. Si vous savez concevoir et mettre en œuvre l’art, vous serez à même de construire les modèles les plus abstraits et à les porter dans la réalité. Vous saurez prendre des risques calculés, vous saurez projeter un modèle de l’esprit vers le réel… Vous saurez vous engager dans des réalisations mêlant l’abstrait et le concret, et vous donner les moyens individuels ou collectifs pour les réaliser. Si vous ne créez pas vous-mêmes, jamais vous ne pourrez comprendre une œuvre d’art. Derrière l’histoire de l’art, la sociologie de l’art, la technique de l’art, se cachent la haine de l’art vivant et vécu, c’est-à-dire la haine de l’art tout court.

À l’heure où notre mémoire est libérée du fardeau d’apprendre du texte, et que notre temps devrait se libérer aussi, pourquoi ne pas utiliser ce temps pour nous connaître intimement et ainsi nous structurer par rapport à l’information ? Sommes-nous condamnés à flotter comme des petits bouchons sur les vagues de l’information et de la désinformation ? Comment trouver des repères et pouvoir prendre la distance et le recul nécessaires face à une information fragmentée, sans perspective et en temps réel ? À l’heure du lavage de cerveau conjoint de la télévision et d’Internet, il nous faudrait apprendre à enlever nos couches de conditionnement pour nous révéler à nous-mêmes. La pédagogie existentielle, la pédagogie de la résistance face au déluge informationnel, devrait être celle de l’enseignement public, c’est-à-dire de l’enseignement non commercial. On peut dire que l’enseignement n’a pas compris cela, comme déchiré entre refuser la société de l’information ou la suivre de façon aveugle.

Toute pédagogie devrait se résumer à une question : qui êtes-vous ? L’art est l’accès au bonheur, parce qu’il nous donne les outils pour vivre pleinement notre vie, c’est-à-dire pour créer nous-mêmes notre vie.

À l’heure de l’éclatement généralisé des pratiques artistiques, où toutes les formes d’art se croisent, se mixent (art visuel, art sonore, art corporel et tactile, etc), à l’heure du croisement mondialisé des cultures, enseigner des formes d’art cloisonnées n’a plus de sens, ce qui a du sens, c’est une pédagogie ouverte sur toutes les formes, mais centrée autour des sens, du sens, des sentiments.

Le cloisonnement entre théorie et pratique n’a pas de sens. La séparation entre les Beaux-Arts et l’université est une erreur historique qu’il nous faut corriger en réunissant les deux institutions. Cette hybridation est leur seule chance de répondre aux enjeux d’un art du XXIe siècle, qui n’est plus purement pratique, ni purement théorique.

Pourquoi nos universités cloisonnent-elles les sciences, les lettres, les arts ? Pourquoi cloisonnons-nous les arts du spectacle et les arts plastiques, la littérature et la danse ? Pourquoi cloisonnons-nous dans chaque domaine chaque matière, jusqu’à un fractionnement absurde ? Tout cela n’a pas de sens et est obsolète. Pourtant les enseignants comme les étudiants les plus réactionnaires et les plus revendicatifs sont arc-boutés sur des intitulés de cours les plus délimités et les plus étanches. À l’heure de la société technologique cela n’a plus de sens, c’est l’amorce de notre déclin. L’art actuel se crée dans les universités étrangères et plus dans les universités ni les écoles d’art françaises.

Les œuvres d’art pourraient nous enseigner ce décloisonnement entre les arts, les sciences et la philosophie. Il est d’autre part étonnant que les universités des lettres et des arts se cantonnent à une épistémologie du langage et de l’art, alors que les universités des sciences ne se cantonnent pas à l’épistémologie des sciences, mais créent aussi les sciences. Si elles faisaient comme les universités des lettres, c’est-à-dire s’intéresser uniquement à l’histoire des sciences passées, sans participer à la création des sciences actuelles, il est évident que les universités des sciences perdraient leur sens et leur légitimité en quelques années. Nous devons nous interroger si notre légitimité en tant que porteur des humanités ne serait pas regagnée par la création de l’art actuel, poésie, danse, arts visuels, cinéma, théâtre. Nous avons peut-être d’autres choix pour créer notre identité que ceux qui nous sont imposés : celui que nous impose la pression populiste d’un enseignement technique de bas niveau ou celui d’un enseignement théorique risquant le décalage avec notre temps à l’heure des nouvelles technologies.

Cette pédagogie par l’art est basée sur la conviction profonde de la valeur de chaque être humain. Cette pédagogie du respect crée des espaces de possibles, des espaces de réflexion, des espaces d’action, des espaces de responsabilité et de liberté, des espaces de rencontre avec soi et avec les autres pour avancer un peu ensemble. Laissez faire les enfants, donnez leur des papiers sublimes, des couleurs splendides, des artistes pour les faire rêver… Arrêtez avec " vos couchés de soleil horribles à hurler ", vos " idées de ressemblance ". Créer un espace dans lequel chacun peut accéder au meilleur de soi-même, aux valeurs profondes de l’être humain et à sa possibilité de création inaliénable. Ceci s’oppose à la pédagogie de la domination, de l’infantilisation, de la négation des identités dont l’autre face est la démagogie pour donner à chacun la possibilité d’ouvrir en soi la petite porte pleine de doute et de fragilité qui mène à sa véritable identité. Cette pédagogie est basée sur l’expérimentation, sur la création permanente, sur l’essai et la réflexion. Elle esquisse des pistes, pose des questions, plus qu’elle ne donne des réponses définitives.

Dans le cadre d’un suivi de travail individuel, l’enseignant doit donner la stimulation pour créer, être à l’écoute de l’œuvre et de la personne et ensuite proposer des hypothèses : poser des questions plus que d’apporter des réponses. L’enseignement se résume trop souvent, à cause de l’arrogance et de l’intolérance de certains enseignants, dans l’application de recettes systématiques conduisant à un véritable clonage. Les étudiants qui acceptent cette mainmise sur leur créativité produisent un travail artificiel et sans épaisseur. Ils ne créeront souvent rien de fort, metteront au mieux plusieurs années à trouver leur propre identité, ou en général abandonneront l’art car c’est une pratique trop extérieure à ce qu’ils sont vraiment. L’enseignement ne devrait pas être prescriptif et donner des définitions étroites de l’art, mais finalement être capable de se remettre en question à chaque fois. L’exercice de la pédagogie de l’art, quand il tend à cette humilité, à cette disparition des certitudes, est particulièrement difficile, car il est dans un contexte où les étudiants veulent qu’on leur apporte des recettes faciles, et où celui qui leur apporte des réponses, plus que des questionnements a leur écoute. Créer une telle pédagogie est très inconfortable. C’est une pédagogie paradoxale qui confine parfois au presque rien tant le bruit de fond permanent de cette société est grand, tant nous sommes dans une société de la fabrication, de l’apparence et non de l’existence. Comment enlever du bruit pour révéler à soi ? Comment créer une pédagogie qui donne des éléments de construction, d’une véritable sculpture de soi, sans imposer un modèle ? C’est une pédagogie qui ressemble à la marche : un déséquilibre dynamique, marcher doucement ensemble comme dans le Buto. C’est une pédagogie qui est basée plus sur des incertitudes partagées que sur des certitudes imposées. C’est mon éthique de la pédagogie. Une pédagogie qui conduit chacun vers lui-même.

Aussi cette pédagogie de l’esprit et de l’action, n’est pas une pédagogie qui privilégie soit l’accumulation de savoirs théoriques ou artistiques, soit un savoir technique, mais qui donne des fragments pour une élaboration personnelle centrée autour de la personne.

Il faut repenser la façon d’apprendre l’art à l’école, qui ne devrait pas être basée sur l’ingurgitation et la répétition de modèles. Le système de l’enseignement basé sur la " note ", la répression, le jugement, le modèle est inadapté à l’art. Enseigner dans une boite avec des chaises où l’on écoute passivement la bonne parole, dans un temps restreint, avec des matériaux limités, font aussi que la marge de liberté de l’éducation à l’art est trop faible. Ceci dans un contexte où " les arts plastiques ", terme déjà obsolète, ne valent rien face aux " maths " et autres " matières ". Pourtant l’art conceptuel est une forme d’abstraction, de modelisation peut-être encore plus subtile et complexe que celle des sciences. Baser l’éducation sur l’art, même que quelques heures par jour serait le début d’une nouvelle ère humaine.

Le modèle des Beaux-Arts a su dans une certaine mesure, par l’introduction d’artistes professionnels depuis les années 70, et par une respiration du système, créer des espaces de vie et de liberté, fragiles car sans cesse menacés, mais qui ont éduqués, révélés à eux-mêmes de nombreuses personnes. Une autre expérience, celle de l’Artecole, basée sur la même idée de liberté et d’art pour tous a été formidable. Dans les années 80, à Hérouville-Saint-Clair, une école désaffectée accueillait tous les jours un artiste et une classe d’enfants de primaire de la région. Ils élaboraient là un projet commun sans contrainte de forme ou de matériaux. L’expérience tant pour les plasticiens que pour les enfants et pour les enseignants était extraordinaire, une véritable révélation. Pourtant cette école, malgré tout le sérieux et la rigueur dont elle a fait preuve a été rapidement supprimée par l’éducation nationale. Certains enseignants les plus rétrogrades acceptent mal l’intervention des artistes ans l’éducation nationale, car elles y voient une remise en question de leurs modèles dépassés. Ces enseignants n’étant pas épanouis par une vie créative, ont du mal à s’accorder à eux-même comme aux autres cette possibilité de liberté de l’esprit. Ils posent comme postulat de leur existence que l’art ne sert à rien et ne mène à rien, et donc il leur est difficile d’accorder du crédit et des crédits aux artistes... Ces esprits bornés n’ont rien compris à l’art, ni même à la société en mouvement à l’extérieur de l’école dont ils ne sont jamais sortis.

Il nous faut des poètes et des artistes dans les écoles et les universités guidant les autres vers leur propre créativité. L’artiste peut initier à la liberté parce qu’il est lui-même libéré. L’art est une forme de réalisation spirituelle. Il permet de vivre pleinement son existence, d’accéder à l’esprit vaste. L’art support de révolutions intérieures , peut changer le monde. " L’art est la seule force " évolutionnaire ", dit Beuys, Cela veut dire que c’est seulement à partir des forces créatives de l’homme, que l’état des choses peut changer... Je ne commence pas mon combat politique dans les changements et la déconstruction du système économique, je commence ce changement dans le système éducatif. On arrive au résultat que le changement de la situation ne peut se réaliser par la volonté humaine. Si je relie ceci avec l’idée de démocratie, cela veut dire : si l’homme prend conscience de sa puissance d’autodétermination, à ce moment-là il va créer un jour, à cause de cette volonté, cette démocratie ".

" L'homme est un artiste, la créativité n'est pas limitée à ceux qui font profession de l'art et même chez ceux-là, elle n'est pas limitée à l'exercice de l'art…Il y a chez tout le monde un potentiel de créativité qui est caché par l'agression de la concurrence et du succès. Rechercher ce potentiel et le développer est le devoir de l'école. Développer la liberté et la créativité, l'école ne peut le faire que si elle est elle-même libre et créative, si y enseignent des hommes libres et créatifs à la place de fonctionnaires fournisseurs de cours ". Pour Robert Filliou " L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art ", cette idée de l’art comme modèle de libération et d’éducation est une utopie réalisable partagée par des artistes et des libertaires. Cette idée est aussi présente dans l’éducation spirituelle des bouddhistes zen ou des bouddhistes tibétains : on ne peut se libérer et comprendre que par soi-même, même si une aide, un accompagnement par des personnes plus avancées mais aussi par une communauté est nécessaire. Il s’agit d’une pédagogie du contexte et du contenu. Rappelons que Filliou a fini sa vie dans un centre tibétain pendant la retraite des " 3 ans, 3 mois, 3 jours ". " Notre programme : échange insouciant d’information et d’expérience ; ni élève, ni maître ; parfaite licence, parfois parler, parfois se taire ".

Ceci est développé par Robert Filliou et ses interlocuteurs dans Enseigner et apprendre, arts vivants . Dans ce livre l’artiste Fluxus Ben Patterson dit : " Le professeur devrait agir comme un guide, pas toujours comme un superviseur ; il devrait donner l’impulsion, stimuler et guider… Je crois que cette idée de participation du public est une chose qui s’infiltre graduellement à tous les niveaux de l’éducation, dans des proportions variables. Il est de plus en plus admis que c’est le seul moyen pour que l’apprentissage soit efficace sur le plan personnel et tribal. La participation doit intervenir dans tous ces domaines. Mais tout le monde a peur que si la participation gagnait autant de niveaux dans le processus pédagogique, on ne saurait plus vraiment ce qui est enseigné ". C’est finalement le mode d’apprentissage qui est maintenant répandu aux Beaux-Arts, avec un succès formidable, ou aussi dans les écoles alternatives comme Steiner, Fresney, Montessori et qui se fait cruellement attendre dans l’éducation nationale.

L’art peut-être au centre de nos existences, et il est alors l’énergie qui mène nos vies. Que cette énergie nous ouvre toutes les portes ! Par l’art, nous vivons les moments intenses de notre existence, des graines que nous emmenons avec nous. C’est cela un véritable enseignement.