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La Chair mutante, fabrique d’un posthumain

de Denis Baron


Le posthumain, c’est le futur de l’humain mais sans l’humain.
Paul Ardenne, L’image du corps, 2001







Le livre, La chair mutante de Denis Baron, se place dans une perspective critique vis-à-vis de la société. Il l’expose comme étant à la fois bouleversée par les transformations sociales et artistiques engendrées par les sciences, mais aussi contrainte de suivre une voie qui n’est pas étrangère ni au passé, ni à ce qui est connu ou inconnu du futur de l’espèce humaine.
En effet l’oeuvre de Denis Baron nous expose dès le début le postulat d’un transhumanisme qui ne se fait plus attendre, le corps de l’être humain qui a été un fruit défendu se forge une nouvelle identité dans la génétique, la robotique et la cybernétique. La chair deviendrait un objet malléable et transformable, en recomposition permanente qui briserait le naturel pour s’hybrider et intensifier le sensible perçu, dans le but de s’adapter toujours plus profondément aux changements du monde.

Au travers d’exemples pertinents tels que l’oeuvre de Stelarc ou de Marcel-li-Antunez Roca, La chair Mutante vient dévoiler le changement de paradigme que subissent la société et le corps, qui transgresse toutes les limites qui avaient étaient fixées, pour sauvegarder une certaine pudeur ou peut être l’idée d’une éthique immuable.


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Senseless,  Simon Costin, 1996












La chair mutante au travers de son introspection sociétal et artistique, tente d’expliquer la forme de la chair contemporaine en exploitant tous le champ du possible actuel.
Aussi à l’aide de différentes thématiques posthumanistes, Denis Baron viendra questionner la place de l’humain dans les révolutions passées et futurs.




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Handswritting, 1982, StelarC


La mécanisation de l’Homme est notamment un thème abordé, déjà connu du grand public et même accepté d’une certaine façon, elle a commencée avec l’industrialisation permettant d’accroître la maîtrise du naturel et devient peu à peu une composante intrinsèque du corps.
Cette co-évolution de l’homme et de la machine est très bien décrite, et la métamorphose de la fonction de la mécanisation au sein des cultures humaines (pas toutes), s’effectue subtilement et est rendu visible par des peintures ou des photograhies d’artistes, témoignant de ce glissement thématique, sensitif et perceptif de l’identité conjointe de l’Humain et de la machine.







Dévoilant un parallèle intelligent entre posthumanisme et cyberculture, Denis Baron nous rappelle que l’amélioration des capacités humaines fait amplement partie de l’imaginaire culturel et n’a jamais vraiment quitter les esprits. Des questionnements fondamentaux on depuis longtemps transpercés le voile du corps sanctuaire, à peine occultés par leur transformation en récits ou en mythes, ils martèleraient nos esprits les marquant au fer et s’arrogeraient le droit de faire partie intégrante de notre culture. Frankenstein, les Métamorphoses d’Ovide, Metropolis de Fritz Lang, Blade Runner, Robocop, Terminator, Tetsuo, Ghost in the shell, Neuromancien de William Gibson et bien plus encore, autant d’oeuvres culturelles qui traduisent cette volonté parfois inconsciente de demander où commence le cyborg et où termine l’Homme.


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Metropolis, 1927,  FritzLang















Mais une lutte entre la chair et le fer n’est pas la seule thématique abordée, en effet La Chair mutante met en lumière l’effacement totale du corps humain, au travers du courant dit radical, qu’est l’Extropisme qui considère le développement technologique comme un progrès inévitable. Les limites humaines sont remises en question en contestant notamment l’inéluctabilité de la mort.


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 RayKurzweil
"https://youtu.be/qlRTbl_IB-s"




Dans une optique de dépassement du corps, par le cybercorps ou le corps prothésique, Denis Baron nous expose dans son oeuvre différentes ruptures de la représentation du contrôle du corps. La performance Epizoo de 1994 de Marcel-li corrobore son point à merveille, car elle démontre avec efficacité le rayonnement ou peut être la perte de l’identité de l’individu, qui devient extensible et malléable, au profit d’une volonté curieuse et collective.
Il nous présente aussi les affirmations de Stelarc, un des meilleurs représentant de l’organe-machine fonctionnel. Ces affirmations qui tendent à démontrer qu’il devient nécessaire de suppléer les déficience du corps pour que l’homme s’adapte à son environnement.
La problématique du dépassement du corps, de la survie de l’humain au travers différentes méthamorphoses de l’esprit et de la chair, passe aussi par le questionnement de la réalité virtuelle. Dans son livre Denis baron dévoile une culture cyberpunk qui peut transformer le virtuel en art perceptif, la contemplation passe à l’immersion dans un environnement spatial et temporel d’un nouveau genre. Cette multi-sensorialité brise les règles et les systèmes représentatifs pour amener l’homme sur de nouveaux territoire et l’aider à dépasser sa condition.



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The Morgue (Pneumonia Due To Drowning II),  AndresSerrano






Fabrique d’un posthumain montre que pour penser le futur, l’idée de chair, de corps ne doit plus être séparé du concept d’hybridation. En effet, qu’est ce qu’est, ne serait-ce que la médecine moderne si ce n’est l’hybridation du corps à un niveau génétique, mécanique ou cellulaire ? Denis Baron questionne les limites que les bio-artistes et autres artistes-scientifiques franchissent, quelques fois avec une facilité déconcertante, mais qui marquent pourtant à chaque reprises les esprits. Si notre ADN est à 99% similaire à celui de certains grands singes, la “recette” elle est bien différente, et c’est avec cet encodage que les artistes célèbrent l’exploration du patrimoine génétique. Comme l'exprime l’auteur, c’est l’art du vivant, de la métamorphose et de la mutation.

On y voit des notions de trans-sexualité, de trans-ethnicité, de trans-culture, de transgénique, de trans… et surtout de jouissance de l’état d’hybridité et des identités fluides.
Arts et Biotechnologies, collection Esthétique des arts médiatiques, Presses de l’Université du Québec, 2005, p29


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The young Family,  PatriciaPiccini, 2002











Cette transformation du corps qui passe par l’hybridation questionne la corporéité de l’individu, mais aussi son identité culturelle et propre. Dans son oeuvre, l’auteur met à nue cette émancipation en expliquant le concept approché par les artistes. L’hybridité corporelle devient aussi identitaire, et libère l’Humain des représentations banalisées, elle le restructure pour, tantôt s’adapter à son environnement, tantôt briser les frontières de l’altérité.


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Fictitious Portrait (triple), 1993,  KeithCottingham.







Loin d’expliquer que le posthumanisme est l’histoire du présent et du futur, Denis Baron dans la Chair mutante, fabrique d’un posthumain, tente de nous faire réaliser que l’humain a toujours eu, semblerait-il, un souci constant quant à sa place dans le monde. Divin ou diabolique, corporel ou idéique, quoi qu’il en soit, il apparaîtrait comme certain d’après quelques individus comme Kurzweil, que la réponse viendra d’elle même et au travers de l’hybridation. En attendant, La chair mutante de Denis Baron rend visible la vision peut être éclairé des artistes sur leur temps et sur un futur possible.

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  • Le jardin des délices, 1503-1504, JérômeBosch