Futurisme et art vidéo

Futurisme Italien

"Né en Italie autour du poète Filippo Tommaso Marinetti (Manifeste du futurisme, 1909).

Auteurs de deux manifestes en 1910, les premiers peintres du mouvement, Giacomo Balla, Umberto Boccioni, Carlo Carrà, Gino Severini, Luigi Russolo[1] (1885-1947), empruntent à la technique divisionniste et au cubisme pour faire interférer formes, rythmes, couleurs et lumières afin d'exprimer une « sensation dynamique », une simultanéité des états d'âme et des structures multiples du monde visible.

Un mouvement « Valet de Carreau », a existé en Russie (appelé également Cubo-Futurisme) dans les années 1910-1917 (Vladimir Maïakovski, Kasimir Malevitch, Piotr Kontchalovski, Mikhaïl Matiouchine, Machkov, Lentoulov, Gontcharova, Kouprine, Tatline etc.).

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Russolo - Dinamismo di un'automobile, 1912-13.
Oil on canvas, 104cm x 140cm. Musée National d'Art Moderne, Centre Georges Pompidou, Paris.

BRUTISME : Russolo et Pratella, à travers une théorisation de la notion de bruit, vont faire l'apologie du son.

Cette nouvelle approche du phénomène sonore fait son apparition dans L'Art des bruits (L'arte dei Rumori), manifeste contenu dans une lettre que Russolo adresse à Pratella en 1913. Cette analyse du bruit va être reprise par les Dadaïstes mais avec un point de vue différent : pas de notion d'agressivité ; puis ensuite au sein de la musique contemporaine par Edgar Varèse, Pierre Schaeffer et beaucoup d'autres créateurs, et enfin réintroduite dans la musique industrielle au début des années 1980 par Vivenza.

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Russolo - Intonarumori (Joueur de bruits - Machine à bruits) - 1913


S’agissant des rapports entre futurisme et fascisme, l’historien italien Enrico Crispolti, met en garde contre la vision simpliste encore très répandue qui consiste à réduire cette avant-garde au mouvement mussolinien[4]. Cette vision réductrice est contredite par la chronologie puisque la plupart des grandes œuvres associées au mouvement futuriste sont créées entre 1909 et l’entrée en guerre de l’Italie en 1915, soit bien avant la naissance du fascisme. Comme l’a souligné Alfred Barr, le fondateur du MOMA, dès 1949, la position artistique la plus représentative du mouvement mussolinien dans les années 1920 est le Novecento.

Aujourd'hui encore quelques artistes se réclament du Futurisme comme Enzo Benedetto qui publia le manifeste Futurismo-oggi en 1967, Antonio Fiore en Italie, qui proposent de passer à la troisième étape artistique du mouvement : la première était la vitesse, la deuxième la course au ciel, la troisième sera la course à l'espace."

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Giacomo Balla - Dynamisme d'un chien en laisse - 1912
Balla crée l'illusion du mouvement en dessinant une série de minuscules diagonales rayonnantes



Giacomo Balla, Fillette courant sur un balcon, 125x125 cm, 1912, Milan, Galerie d’Art Moderne.
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Giacomo Balla, Le Réverbère, 1909 - MOMA, New York
























































































Balla, //Line of Speed//, 1913





Voir aussi Giacomo Balla, Vertige de la vie (Vertigo of life), 1929 (image introuvable)


FUTURISME ET ART VIDEO

C’est au début des années trente qu’apparaissent les premiers liens entre l’art et la production électronique d’images.

Filippo Tommaso Marinetti, fondateur, théoricien et principal animateur du futurisrne italien publia vers le milieu de l’année 1931 un manifeste intitulé Il teatro futurista aeroradiotelevisivo, où il évoquait pour la première fois l’utilisation d’écrans de télévision dans le contexte de son teatro totale.

Ce texte s’inspire en fait d’un autre manifeste écrit douze ans auparavant par Fedele Azari, et dans lequel il est question d’un théâtre expressionniste utilisant des avions; Marinetti adapte le manifeste d’Azari aux progrès technologiques de son époque, et le complète par des propositions pratiques.

Dans sa nouvelle version du manifeste d’Azari, Marinetti intègre toutes les découvertes techniques des années vingt applicables à un théâtre volant, en particulier la nouvelle technique des haut-parleurs ainsi que celle des "écrans pour la télévision".

Il est probable qu’il ait été stimulé par les articles commentant la présentation, par John Logie Baird, en 1930, à la "Scala" de Berlin, d’un écran de télévision de 60 x 180 cm, équipé de 21000 ampoules électriques. Malgré l’utilisation du mot "écran", emprunté au cinéma, Marinetti a d’emblée saisi tous les avantages de la télévision, puisqu’il veut s’en servir pour "montrer à tous les spectateurs... Ia partie la moins visible de la représentation volante". La simultanéité de la transmission permet de réaliser un collage d’images dans l’espace, sur des écrans, qui eux-mêmes produisent de la lumière, et sont donc plus, praticables que des films projetés. En outre, ces écrans sont également, en principe, mobiles pendant la représentation, dès lors que l’image n’est pas transmise par un câble, mais par une antenne.

Deux ans plus tard, Marinetti publie le manifeste La Radia, véritable théorie futuriste des médias. Le titre du manifeste renvoie à la radio, qui représente ici l’ensemble des médias basés sur le principe de l’émission: en italien, le mot radiare signifie en gros "rayonner dans toutes les directions". Dans ce texte, Marinetti formule les perspectives de sa stratégie en matière de médias dans le pur esprit du théâtre total futuriste:

"En attendant l’invention du télé-toucher, du télé-odorat et du télé-goût, nous autres futuristes perfectionnons la radiophonie, appelée à centupler le génie créatif de la race italienne, à abolir le débat ennuyeux sur la distance et à imposer partout la parole libérée comme étant sa forme d’expression logique et naturelle."(note 1)

S’ajoutent à ces phrases, juste après le titre La Radia, des définitions exactes de l’importance des technologies médiatiques. Elles vont entre autres remplacer le cinéma, supprimer le temps et l’espace et donc la notion de public, puisque ce dernier sera lui-même actif au cours de la représentation théâtrale, par exemple en la commentant ou en intervenant directement sur elle.

L’enthousiasme de Marinetti pour la télévision s’explique à partir de sa conception d’une culture et d’un art en permanence à la pointe de la technologie de leur époque, conception qui va même jusqu’à faire de cette adéquation à son temps le contenu de l’art futuriste. Marinetti était fasciné par la télévision au même titre que par n’importe quelle nouveauté technique, comme le char, I’avion à réaction, etc.

Mais en plus, il a clairement entrevu les énormes possibilités que la télévision, comme moyen audiovisuel, allait créer dans l’évolution et la transformation de la situation, de l’art en général. Avec la télévision, Marinetti fêtait joyeusement sa vision d’une société entièrement technologisée, jusque dans le fonctionnement même du corps et des sens de l’homme. (Note 2)

Pourtant, à la même époque, et en se référant également à la radio, Bertold Brecht formulait un certain nombre de critiques à l’encontre des moyens audiovisuels, dénonçant leur côté mécanique, leur homogénéisation et leur mise sous tutelle du public. Pendant quinze ans, ces deux conceptions n’allaient pas connaître d’évolution particulière.


Notes:

1 F.T. Marinetti, La Radia. Manifesto futurista, Caruso, op. cit., n° 256. Le lien entre la radio et la télévision était plus étroit qu'il n'y paraît aujourd'hui, car dès les années vingt s'est développée une technologie télévisuelle sur la base de la radio et, en partie, parallèlement à elle. (Voir Wilhelm Keller, 100 Jabre Fernsehen, Berlin, 1983, p. 3-47, et Albert Abramson, llo Jabre Fernschen, dans: "Decker, Weibel", op. cit., p. I46-207, notamment p.l58, sq.)

2 Le fait que ces technologies aient été essentielles dans ses représentations d'un État autoritaire dirigé par des "aristocrates" (I'Artecrazia, par rapport à l'État des philosophes de Platon) relève de l'évidence. Mais il convient par contre de préciser, au regard de la façon dont le futurisme est encore perçu aujourd'hui, que les idées de Marinetti se distinguent nettement de celles des nazis en matière d’utilisation des technologies médiatiques à des fins de pure propagande d'une politique expansionniste et raciste.