Georges Brecht


I - La vidéo de l’art conceptuel

La première œuvre connue faisant appel à la vidéo, qui n’a en fait jamais été représentée, est de George Brecht.

Dans son cahier de notes, à la date du 25 juin 1959, on trouve l’ébauche d’une television piece, assemblage de neuf téléviseurs en marche, formant ce qu’on appellerait aujourd’hui un mur vidéo.

Ce mur devait être recouvert par une bâche en plastique. D’une manière caractéristique chez lui, Brecht définit un cadre formel, à l’intérieur duquel existe toute une série de possibilités de déroulement.

Dans ses event cards, qui datent à peu près de la même époque (et qui seront publiées plus tard en collections dans diverses éditions intitulées Water Yam Box), Brecht décrit à chaque fois une situation initiale, en vue de laquelle il définit un choix de possibilités d’intervention, ou plutôt d’expériences. Une carte intitulée Three Aqueous Events, datant de 1962, énumère les trois états de l’élément liquide: la glace, I’eau et la vapeur.

De la même manière, dans les notes relatives à sa Television Piece, il énumère en détail les situations sur lesquelles on peut intervenir:

"Picture and Horizontal adj. (ustment); Sound; Volume; Tuning depends on pic. (ture)" (note).

C’est la rigueur du concept qui fait de la pièce de Brecht un véritable travail de vidéo.

Il y affirme le caractère d’objet réel du téléviseur, alors que l’aspect de produit industriel est souligné par l’alignement en bloc. Pourtant, il est possible de modifier l’image et le son de la même manière que le ferait n’importe quel possesseur de poste de télévision, c’est-à-dire en manipulant des boutons préinstallés par le fabricant.

Apparemment, le bouton de sélection des chaînes manque chez Brecht. Pour lui, les images concrètes, qui sont émises par le téléviseur, ne jouent manifestement aucun rôle. Son intérêt va plutôt à l’objet lui-même et aux possibilités d’intervention sur lui.



Note :

Dieter Daniels (éd.), George Brecht, Notobooks I, Il, Ill, Cologne, 1991, ici  NoteLook III, p. 69. Voir aussi: idem, "From George Brechts Notebooks of 1959", dans Mediamatic, /K 1/2, p. 53, sq, Amsterdam, 1989.