Gilbert et George


Article en cours de rédaction par Clementine Martal

Né à Saint Martin de Thurn en Italie le 11 septembre 1943, Gilbert Prousch entame des études d’art, d’abord dans deux écoles autrichiennes, la Wolkenstein School of Art et la Hallein School of Art, puis intègre l’Akademie der Kunst de Munich, avant de finir par s’installer en Angleterre pour suivre les cours de la prestigieuse St Martins School of Art de Londres.

George Passmore, quant à lui natif de Plymouth en Angleterre où il voit le jour le 8 janvier 1942, a fréquenté le Dartington Hall College of Art et la Oxford School of Art avant de lui aussi intégrer la St Martins School of Art.

C'est en cours de sculpture en 1967 que se sont rencontrés les deux jeunes étudiants qui devinrent plus tard un des duos les plus connus de Grande-Bretagne: Gilbert & George. Ce fut un véritable "coup de foudre" entre les deux jeunes artistes. Ils déclarent s'être rencontrés parce que George était le seul a comprendre le pauvre anglais de Gilbert... Quoi qu'il en soit, depuis ce jour ils devinrent inséparables et forment aujourd'hui encore une des figures emblématiques de l’art contemporain britannique. Ce couple d'artiste hors du commun s'est fixé pour mission morale la "libération de l'être humain" et pour ce, ils emploient des procédés provocateurs, ironiques et contradictoires.

Ils débutent dans la performance en 1969, alors qu'ils étaient encore étudiants ; ils s'autoproclament: "sculptures vivantes". Leurs débuts en tant qu'artiste Performer ne furent pas simples : la rue, le coin des bouches de métro ou les entrées de musées furent leurs premières scènes. «La rue fut notre premier studio, racontent-ils. Nous avons d'abord posé avec des objets, puis sans, et c'était beaucoup plus intéressant sans les objets. De là nous est venue l'idée que l'œuvre d'art, c'était nous!». Dans un petit fascicule publié en 1971, ils écrivent : " Etre des sculptures vivantes, tel est notre sang et notre destin, notre passion et notre malheur, notre lumière et notre vie ". A partir de là, leurs performances font office de vie quotidienne, leurs moindres faits et gestes se rapportent à de l'art, dans leur démarche de réconciliation entre l'art et la vie. Le succès ne tarda pas à les rattraper. Ils seront plus tard représentés dans les hauts lieux de l'art contemporain notamment la Sonnabend Gallery de New York, la Galerie Konrad Fischer de Düsseldorf, ou encore The Anthony d’Offay Gallery de Londres. Gilbert et George se font alors sculptures parlantes, sculptures chantantes, sculptures postales... ils exploitent leur don de sculptures vivantes sous différentes formes de dialogue, décors, supports et mises en scène tout aussi étonnantes et originales que peuvent l'être leurs personnages. Leur toute première mise en scène en tant que sculpture vivante, également la plus représentée, les "Singing Sculptures" (1970) les deux artistes debout sur une table, le visage enduit d'une peinture métallique dorée, ils commencent leur show immobile en costume trois pièces -leur véritable uniforme de travail- avec l'expression la plus sérieuse du monde. Puis leurs deux corps s'animent peu a peu jusqu'à ce qu'ils en viennent à danser et chanter en imitant des gestes d'automates sur un air populaire anglais. L’ambiguïté de l’œuvre réside dans la confusion entre l’art et la vie, le paradoxe de la sculpture vivante est en premier lieu ce qui rend la performance pertinente.

Rapidement, les deux acolytes se tournent vers d'autres moyens d'exprimer leur art afin de produire des œuvres plus abondantes et multiples où se côtoient dessins, peintures, collages, photos et films dont ils demeurent, bien sûr, le thème principal. Au début des années 1970, le couple partage son amour pour le Gin 'Gondon' dans une vidéo qui les met en scène ivres répétant sans cesse la phrase 'Gondon's Makes Us Drunk' accompagné d'une série de photos les montrant ivres 'Smashed' (1973). Les deux inséparables ont également publié un film intitulé 'The World of Gilbert and George' en 1981.
A la peinture, qu'ils jugent dépassée, ils vont vite préférer de grands montages photographiques composés de panneaux assemblés, cernés de noir, à la manière des vitraux du Moyen Age, sur lesquels on retrouve toujours la même charte de couleurs : noir, blanc et rouge.
Dans le contexte de l'art de la performance, ils n’hésitent pas à défier les conventions sociales et les tabous culturels.
En 1971 ils présentent leur première série de photos "photo-pieces" qui traitent de nombreux sujets problématiques de l'époque tel que la religion ('Jack Freak Pictures'), les classes sociales ('V.I.P. Only', 2005), la royauté ('Life Straight' 2011), le sexe ('Bloody Shit House' 1996), la nationalité ('Bleeding Medals' 2008), l'identité ('Dirty Words Pictures'), la politique ('Spit law' 2002), l'espoir ('Hope'), la peur ('Fear') ou la mort ('Dead Heads' 1989). Il s'en suivra de nombreuses autres séries de photos du même style qui feront parler d'elles de par leur contenu provocant parfois même décalé, mélangeant des sujets opposés par des moyens souvent contradictoires.
Ce n'est qu'en 1985 qu'apparaîtront d'autres couleurs nettement plus violentes et contrastées (Mob Law, 1990) des croix, sexes masculins, visage du Christ, excréments et, toujours, une sexualité omniprésente : «Notre art prend sa source dans la vie, et non dans l'histoire de l'art», se défendent-ils.
En 1986, les deux artistes choquent l’Angleterre en créant une série de photos sur des figures stéréotypées des habitants du quartier du East End londonien, parmi lesquels des skinheads. La même année, ils reçoivent le prestigieux prix Turner.
En 1993, ils remportent un énorme succès avec Cosmological Pictures. A peine deux ans plus tard, ils créent encore une fois une frénésie médiatique avec la série de photos Naked Shit Pictures, qui les met en scène nus avec des excréments, censés représenter la matière dont est faite l’être humain. Toujours dans la même lancée ils exposent les New Testamental Pictures et d'autres travaux du même genre jusqu'en 2000.
En 2005, les Sculptures Vivantes font leur grand retour sur scène avec leur style des années 70.
En 2007, alors que le couple entre dans la légende une grande exposition en leur honneur est mise en place a la Tate Modern de Londres qui entamera plus tard une tournée européenne très médiatisé.


Gilbert et George n'hésitent pas à aborder les sujets les plus tabous, sulfureux et provocateurs, alors que leur vie au quotidien est d'un conformisme délibéré à mille lieues du cliché de l'artiste maudit, voyou et subversif qu'ils affichent lors de leurs expositions aux quatre coins du globe. Gilbert et George font désormais partie des artistes contemporains incontournables, ils imposent leur style artistique au monde depuis plus d'un demi siècle. Leur style est ainsi devenu si immédiatement identifiable qu'il n'a jamais été copié...




1967 leur rencontre
1969 1ere représentation de leurs 'Singing Sculptures' à Bruxelle
1973 1ere série de photo 'Smashed'
1981 leur film 'The World of Gilbert and George'
1986 Prix Turner
1993 'Cosmological Pictures'
1995 'Naked Shit Pictures'
1998 'New Testamental Pictures'
2005 retour des 'Singing sculptures'
2007 rétrospective a la Tate Modern de Londres
depuis les œuvres du duo Londonien sont en tournée Européenne