Jean-Luc Godard, cinéaste acousticien



Louis-Albert Serrut est un cinéaste français, docteur ès Sciences Humaines et Sciences de l’Art. Dans son ouvrage, il part du constat selon lequel, bien que le cinéma soit un art audiovisuel, l’importance de la matière sonore est minimisée, voire niée par les théoriciens, les chercheurs et les critiques. Il souligne cependant que le son a autant -voire plus- d’importance que la matière iconique. L’auteur, à travers l’écoute des œuvres de Godard, montre l’importance accordée par le cinéaste à la matière sonore, et comment celle-ci témoigne de l’évolution artistique du réalisateur ainsi que de ses prises de position.

Le livre est divisé en trois parties. La première tente de redonner à la matière sonore ses lettres de noblesse en démontrant non seulement sa prévalence en terme de quantité mais aussi concernant son potentiel expressif. L’œuvre cinématographique est composée de cinq matières expressive : la parole, le bruit, la musique, l’écrit et l’image en mouvement. L’écrit étant rattaché à l’oralité, quatre matières sur cinq se rapportent à la matière sonore, qui est donc incontestablement plus importante que la matière iconique. De plus, la matière sonore permet de donner du sens aux images, elle offre des clés d’interprétation que la matière visuelle seule ne permettrait pas au spectateur de saisir.

La seconde partie est dédiée à l’écoute des œuvres et au relevé des procédés sonores employés par Godard. Serrut étudie l’utilisation de la musique, qu’elle soit diégétique ou extra-diégétique, des bruits, réalistes ou non, des paroles, qu’il s’agisse de dialogues ou de monologues, des écrits, mais aussi des silences, très significatifs dans l’œuvre de Godard. Il établie une sorte d’esthétique sonore propre au réalisateur en soulignant des emplois de la matière sonore récurrents dans un ou plusieurs films.

La troisième et dernière partie d’attache à l’analyse de ces procédés sonores, en particuliers ceux qui sont propres à Jean-Luc Godard. L’auto-citation par exemple, permet au réalisateur de créer une forme de cohérence entre ses films en reprenant des phrases des œuvres précédentes comme un écho. L’effet de son pour l’image qui consiste à substituer un son à une image pour l’évoquer montre l’importance de la matière sonore. En effet, dans Le Mépris, la scène de l’accident n’est pas montré, mais l’audio-spectateur se le représente grâce aux coups de klaxons, aux bruits puis au silence qui s’ensuit.

Ce livre de Louis-Albert Serrut montre donc l’importance de la matière sonore dans l’œuvre de Godard, en étudiant les procédés qui la caractérisent, mais il montre aussi par extension la place essentielle du son dans le cinéma en général. La liste précise de toutes les occurrences sonores dans les œuvres étudiées permet de percevoir clairement les procédés propres au réalisateur et l’identité artistique qui se dégage de ses films.