Le cinématographe selon Godard


  • Frédéric Hardouin, dans cet ouvrage Le cinématographe selon Godard, propose d'en expliciter les mécanismes en abordant l'une des œuvres essentielles de l'artiste, à savoir Les Histoires du Cinéma. Considérer le cinématographe comme un art après un siècle de débat n'est pas forcément une chose acquise. A l'exception des initiés, qui oserait mettre le nom d'Hitchcock, Chaplin à côté des noms comme Hugo ou Mozart ? Tel est bien l'enjeu des Histoire(s) du cinéma de Jean-Luc Godard. L'idée même est d'égaler voire de surpasser les autres arts. Pour ce faire, Godard propose d'utiliser la comparaison entre le cinéma et les autres arts. Dans ses Histoires, Jean-Luc Godard met en scène une façon très spécifique de raconter l'histoire du cinéma. Mettant en parallèle le cinéma avec les autres arts comme la peinture, la littérature et des figures emblématiques comme Malraux, Proust ou encore Nietzsche.
Ces trois parties s'articulent les unes avec les autres, Frédéric Hardouin tente alors d'expliciter les pensées de Godard. Nous pencherons notre réflexion au cours d'un premier axe sur le temps du réel, puis le temps du sacré enfin nous conclurons par le temps du mythe.

I. Le temps du réel.
  • Etant pleinement humain, le temps du réel recouvre par conséquent la notion du "je". C'est à la fois le "je" du cinéaste Godard et le "je" du cinématographe dont le regard est porté sur le réel. Dans les deux cas, il y a une tentative de "cinématographisation du réel" : montrer l'apparence du réel, via le cinéma. Dans Le cinématographe selon Godard, il s'agit de s'intéresser à cette vision sombre du monde que Godard livre à son spectateur. Dans la catégorie "le temps du réel", il s'agira pour Godard d'établir un constat sur la guerre qui couvre tout le XXème siècle, sur ce qu'elle laisse derrière elle, et sur ce qui définit le XXème siècle pour lui ; c'est à dire la barbarie. Cet ouvrage nous livre différents thèmes concernant la séquence liée "au temps du réel", Frédéric Hardouin commence par présenter le "néoréalisme, puis Histoire de la photographie, Le Noir et le Blanc ou le deuil du passé, Mort d'un personnage, Des souvenirs, Les défunts du mythe, Du "spectacle" cinématographique", De Hollywood, De la pornographie, La souffrance et de l'Horreur, Le règne de l'Absurde, et enfin Le temps de la prière.

II. Le temps du sacré
  • Le temps du réel est celui où l'on a vu et où l'on a pu constater la mort. Désormais le temps du sacré se pose comme le temps de la rédemption, celle de la mort du réel et celle du cinématographe. Ce temps du sacré pour Godard est inspiré par plusieurs figures notamment celle de Langlois Henri et
de Marcel Proust. La seconde partie dédiée au "temps du sacré", présente treize thèmes. Cette séquence commence par le thème De la musique, puis Images d'Horreur : la Rédemption, Le corps, Edouard Manet, La beauté, La femme, Le cinéma : "Un mystère". Vint ensuite Proust et la face cachée du cinéma, La Nouvelle Vague, La cinéphilie, Des ruines et de la trace, Alfred Hitchcock, et enfin Morale du cinématographe.


III. Le temps du mythe
  • Le mythe part du réel pour aller vers autre chose dans une perspective de le transcender.
Le temps du mythe entraîne aussi la mort du cinématographe. Le mythe est un récit mettant en scène l'histoire, on est dans la sphère de la théologie et du langage des Dieux Le mythe malgré son caractère d'éternité, implique aussi une évolution temporelle.
  • L'ultime partie consacrée à l'ouvrage Le cinématographe selon Godard, aborde comme dernière séquence " le temps du mythe", comprenant douze thèmes. Le temps du mythe commence par aborder le thème Mythe de l'histoire du cinéma, puis Fabrication du mythe, Raconter des histoires, Le mythe : "croire", Mythe du Christ, Hollywood, Le Mythe russe. Puis vint le Mythe allemand, De la projection, Des fantômes et les monstres, Les masques et l'industrie du cosmétique, et enfin Du cinématographe : une puissance.

Conclusion :
  • Le temps du réel s'attache à cette dimension documentaire qu'a le cinématographe. Le temps du réel appartient aux hommes, avant qu'ils ne deviennent des demi-dieux (le temps du sacré), ou des dieux (le temps du mythe). Le temps du réel est un constat lourdement porté sur la société contemporaine dans un contexte ou le cinéma embrasse la réalité. Le temps du sacré est entièrement un temps de la trace, on rapproche cette œuvre de celle de Proust, La Recherche du temps perdu. Il s'agit d'un accomplissement dans le temps. On constate ainsi une séparation avec le réel. Les Histoires du cinéma tentent de mettre à jour les mythes produits par le cinématographe. Pour Godard l'enjeu du temps du mythe est qu'ils servent l'avenir, il s'agit de les questionner pour comprendre le réel, il est donc bien un moyen d'appréhension du monde. Frédéric Hardouin, dans son ouvrage Le cinématographe selon Godard fait un constat de ses Histoires et affirme qu'elles sont submergées de sentiments mélancoliques et nostalgiques. Godard fait ainsi le constat sur l'Histoire du XXème siècle, il s'agit aussi de retrouver un monde perdu, face à cela, les mythes surpassent le réel.