La Harpe à Nuages

Nicolas Reeves


La Harpe à Nuages du Canadien Nicolas Reeves vice-président de la SAT et professeur de design à l'UQAM,est une installation qui transforme en temps réel la structure de nuages qui passent au-dessus d’elle en sons.
Les nuages ont été préférés à d’autres phénomènes naturels ou artificiels (vagues de la mer, signaux landsat, mouvements des feuilles dans les arbres...) car ils offrent de grandes variations d’amplitude et de mouvement, ainsi qu’une grande variété d’échelles. Un faisceau laser infrarouge pointé vers l'atmosphère décode l'altitude et la densité des nuages; un logiciel traduit ensuite ces données « architecturales » en sons et en silences, bref, en musique.
La Harpe, une installation de taille modeste composée de cubes de différentes dimensions, peut être installée de manière à faire de la musique dans la plupart des lieux publics : elle a ainsi « interprété » les nuages passant au-dessus du Canada, des États-Unis, la France, de l'Allemagne et de la Pologne. Le dispositif reconstitue la forme, et la structure du nuage. Les informations sont ensuite converties en séquences sonores par l’intermédiaire d’une interface informatique entre les nuages et la musique développée spécifiquement pour le projet, baptisée " Midilidar ". Cette interface graphique et très intuitive permet à tout compositeur connaissant les bases de la musique informatique (système MIDI) de se familiariser avec le fonctionnement de l’instrument, de dialoguer avec le nuage, et de produire sa propre musique. Les orchestrations changent automatiquement selon l’heure du jour et en fonction des grandes conditions de ciel (ciel clair, une couche de nuages, deux couches de nuages, pluie ou neige, brume).
La Harpe à Nuages est aussi appelée Harpe Keplerienne car avant toute transformation, le son produit par la Harpe est arrangé selon une orchestration dite " Keplerienne ", par analogie avec l’harmonie des sphères telle que Kepler l’a établie au XVIe siècle, et dont elle reprend les principes de base.
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- Un " harmoniseur climatique ", dispositif basé sur un capteur proche d’une caméra vidéo, permet de donner à la Harpe des informations complémentaires sur l’état du ciel. Il permet de définir sept états différents du ciel : ciel clair, ciel couvert mais nuages hors de portée, une couche de nuages, deux couches de nuages, trois couches de nuages, précipitations (pluie, grêle, neige), ciel bouché (brume, brouillard) ce qui permet de régler la sensibilité de la Harpe afin d’éviter qu'elle soit d'une trop grande monotonie, soit d'avoir des sons ultra-aigus incontrôlables en l’absence d’un " pianiste à nuage ".

La Harpe à Nuages est une installation qui peut être utilisée pour des performances ou des concerts, mais est surtout conçue comme une " fontaine sonore " fonctionnant vingt-quatre heures sur vingt-quatre, par tous les temps et toutes les températures, sans jamais répéter les mêmes séquences. Ses sonorités varient en fonction des conditions ambiantes.
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- La Harpe n’est pas seulement une " installation sonore ", Nicolas Reeves insiste sur sa dimension architecturale. Les équipements technologiques sont en effet insérés dans un caisson, " le buffet de la Harpe ", de taille importante. Nicolas Reeves se réfère au concept d’" architectone " (une forme d'organisation dont peuvent naître les architectures). Ce terme " architectone ", a été forgé par Malevitch dans les années 20. La morphologie du buffet de la Harpe est déterminée d’une part par l’évolution d’un système informatique de vie artificielle, une sorte de bioculture virtuelle ensemencée par un fragment de nuage, et d’autre part par les caractéristiques architecturales et spatiales du lieu d’implantation. Le laboratoire Gestatio de design et d’architecture, que dirige Nicolas Reeves à l’université du Québec à Montréal, s’intéresse à la parenté entre les résultats obtenus par l’évolution de systèmes informatiques dits " de vie artificielle " et les formes des villes traditionnelles, ainsi que celles des bidonvilles, souvent qualifiés " d’organiques ". Depuis peu de temps, on réalise que ces formes obéissent à un ordre parfois très sophistiqué, plus proche d’une croissance biologique que d’une planification géométrique.

- Au départ, la démarche de ce groupe de recherche consistait à faire construire des structures virtuelles à des " animalcules " numériques (animalcule, signifiant petit animal que l'on ne peut voir qu'au microscope). Une expérience typique consistait à ensemencer une bio-culture virtuelle au moyen d’un gène numérique qui représentait la géométrie d’un stratus, ou d’un opéra de Monteverdi, ou des règles d’un jeu tribal africain ; puis ce gène évoluait, se multipliait, et les animalcules produits construisaient de petites structures très complexes, dans un processus analogue à la construction d’une termitière ou d’un récif de corail ". La transposition de ces modèles au domaine musical, s’est fait en collaboration avec le groupe de recherches musicales GRAME, de Lyon.

- Selon Reeves, l’architecture et la musique sont deux domaines analogues. La musique jouerait par rapport au temps le rôle que l’architecture joue par rapport à l’espace. " Là où l’architecture organise, distribue et répartit les formes dans l’espace et les espaces dans la matière, la musique organise, distribue et répartit les sons dans le silence et les silences à l’intérieur des masses sonores. Dans les deux cas, il y a une tentative de conjurer le désordre apparent du monde, de fabriquer une petite cellule d’ordre dans laquelle chaque élément trouve une place ". Nicolas Reeves s’intéresse aux rapports entre l’ordre et le désordre. Pour lui, un désordre ancien peut devenir par l’évolution des connaissances un système décrit, subtilement organisé, pour une époque humaine ultérieure. " Les théories de la complexité ont révélé des images saisissantes de ces nouvelles familles d’ordre, dont les fractales sont les plus illustres représentantes ; les morphologies produites par les techniques informatiques dites de " vie artificielle " atteignent des degrés de complexité et de sophistication que l’on croyait inaccessibles aux objets d’origine humaine, et irréductibles à une forme quelconque d’organisation. Mais nous croyons que l’impact de ces nouvelles formes d’ordre est beaucoup plus profond, du fait qu’elles viennent enrichir le patrimoine des outils disponibles à l’ensemble des artistes et des concepteurs, des musiciens et des architectes ".

- Les nuages qui sont les acteurs de cette œuvre technologique, sont devenus des objets organisés, pouvant s’inscrire dans notre nouvelle géométrie fractale. Une géométrie du tout dans l’un, de l’infiniment grand relié à l’infiniment petit. La forme des nuages peut alors être utilisée pour générer de nouveaux modèles qu’ils soient musicaux, architecturaux ou tout autres. François Terrasson, écrit dans la Civilisation anti-nature, " Regardez nos villes, laissez-vous imprégner de leur dureté émotionnelle, et pensez à ce que serait le ciel, si nous avions le pouvoir de modeler la forme des nuages " . Nicolas Reeves nous invite à repenser nos modèles en fonction de la nature, et non à vouloir soumettre la nature à d’anciens modèles précipitant l’homme vers sa perte. L’utilisation de la technologie, son détournement par certains artistes, est une invitation à un réenchantement du monde. Ce nouveau regard écologique sur le monde, inspiré des modèles de la biologie, ne se limite pas à la protection de l’environnement, mais nous permet d’actualiser en profondeur tous nos modèles esthétiques, éthiques, mais aussi sociaux, économiques...

-Plus précisément, la harpe à nuage a été réalisée par :
  • Nicolas Reeves (Conception, réalisation, programmation informatique)
  • David St-Onge (Programmation informatique, diffusion web, streaming audio et vidéo)
  • Pierre Georges, Atelier Dédale, Montréal (Ébénisterie)

Sources


- http://www.erudit.org/culture/espace1041666/espace1048437/9607ac.pdf
- http://www.fondation-langlois.org/html/f/page.php?NumPage=101
- http://www.secondenature.org/Nicolas-Reeves-Harpe-a-nuages.html
- http://132.208.171.26/PROJETS/CLOUDHARP/live/harp-feed.php?lg=fr