Homo zappiens zappiens


Homo zappiens zappiens, (ouvrage collectif comprenant divers auteurs et artistes comme Angela Bulloch, Paul Graham, Bruce Nauman, Pipilotti Rist, Philippe Chatelain, Nam, June Paik...) Collection Métiers de l'exposition, édité par les Presses Universitaires de Rennes, avec le concours du Ministère de la Culture, délégation aux Arts-Plastiques (FIACRE) en 1998.

Introduction générale


  • Homo zappiens zappiens est d'abord une exposition qui s'inscrit dans une analyse globale des rapports que les artistes entretiennent aujourd'hui avec la télévision et la vidéographie. Ces derniers réinvestissent ou détournent les supports traditionnels afin de bâtir une situation inédite, de bouleverser la relation habituelle de l'individu avec l'image animée. Par ces différentes techniques de représentation, le spectateur est sollicité de manière originale par une œuvre où s'incorporent divers champs d'expériences, pour explorer des lieux aux confins de l'univers quotidien et du monde matériel.

L'art vidéo

  • L'art vidéo se situe à la croisée des deux référents que sont respectivement l'art et la télévision. La naissance de ce nouvel espace d'expression est certainement du à une réflexion sur le fonctionnement de média de masse qu'est la télévision. («J'ai eu une enfance à sept chaînes» se plaît à remarquer Bill Viola). Si l'art vidéo découle à première vue du système télévisuel, il est aussi en rupture totale avec lui, et notamment avec son aspect commercial, comme l'explicite F. Huser dans l'article Voir, Entendre, publié dans la Revue d'esthétique n°4, à Paris en 1976 «la télévision ne peut prétendre qu'à une intimité fausse, puisque l'information des mass media coule à sens unique: c'est un discours sans dialogue. La vidéo veut une communication à deux entrées. Elle est l'anti télévision.» Il faudra l'imagination d'artistes particulièrement audacieux et ingénieux pour s'attaquer à celle-ci, symbole de l'accession des ménages à la modernité et objet fétiche de l'environnement domestique. Dès lors que la télévision est accusée de dénaturer tout ce qu'elle diffuse, il devient naturel de la détourner de sa fonction.

Des artistes emblématiques:


Deux figures importantes, d'un groupe d'inspiration dadaïste baptisé Fluxus, lanceront ce qui deviendra rapidement l'art vidéo. Nam June Paik et Wolf Vostell s'ingénieront à utiliser des récepteurs et à les pirater. Dès 1958, Vostell inclut des téléviseurs dans des assemblages. Avec ses Dé-collages, il se tourne vers la manipulation d'images et d'émission de télévision. Il a une vision psychologique et sociologique du médium (l'intermédiaire entre l'image et le spectateur) et s’intéresse à l'impact de ses œuvres sur le public.

Wolf Vostell

Un de ses assemblages intègre un téléviseur, diffusant des reportages dans un décor de tranchées avec des barbelés, et des ossements humains. Reçues hors de leurs contexte habituel, les émissions de télévision -particulièrement quand il s'agit d'images de guerre- ont un puissant effet de dédoublement, de redondance, avec les éléments de la mise en scène que l'artiste a crée.

Paik s’intéresse moins à l'image comme processus plutôt qu'un produit fini. Il remarque la spécificité de l'image électronique: la fréquence du courant alternatif commande la balayage de l'image. L'artiste s'impose dès ses premières expositions en 1963 comme le prospecteur d'une image électronique abstraite et s'intéresse de très près à l'évolution des techniques vidéo.
L'originalité de Buddha's catacomb (ci-contre) réside dans le fait que Paik réussit à équilibrer et à faire coïncider deux mondes différents. La transposition d'un apport occidental et d'une divinité orientale produit un dialogue qui suscite les interrogations. L'artiste crée un lien entre la croyance en l'éternel retour et la reproduction permanente des images. Les interprétations sont multiples: l'Orient face à l'Occident, la modernité et la tradition, une reprise du mythe de la caverne de Platon... Le spectateur lui est exclu de ce circuit fermé, il est en quelque sorte mis à l'écart.

buddha's catacomb