Ichi Ikeda


Artiste spécialisé dans le Land Art, son sujet principal est l'eau au cœur de l'écologie et des sociétés. Artiste actif sur la scène mondiale, il est aussi activiste et place le contact avec autrui au centre de toutes ses oeuvres.

Biographie:


IchiIkeda

Ichi Ikeda est un artiste japonais est né à Osaka en 1943. Avant de devenir artiste il a étudié dans le laboratoire de chimie de l'Université de Kyoto sous la tutelle de professionnels du nucléaire, et fait du théâtre à cette même université. Ces deux expériences vont largement influencer ses créations artistique lorsqu'il débute sa carrière d'artiste en 1961, car il se dirigea non seulement vers un art écologique et réagira à l'accident de Fukushima, mais il fera aussi de nombreuses performances.
Débute sa carrière d'artiste en 1961.
En tant qu'artiste, Ichi Ikeda cherche à transmettre ses messages via plusieurs méthodes : activisme communautaire, performances, installations interactives, conférences internationales et la publication d'un catalogue d'art « Earth Art Catalog ». Ses objectifs sont les suivant ; souligner l'importance de l'eau dans les débats écologiques, démontrer que l'eau est au centre des sociétés et des relations humaines, devenir un point focal des échanges d'informations sur le sujet de l'eau. Il est connu principalement comme un artiste du Land Art.

- Artiste principal de la biennal de Sao Paulo (1991).
- 1995 : discourt devant les Nations Unis (à l'occasion de leur 50ème anniversaire).
- 2000 "Big Hands Conference".
- 2001 "Water Happiness Movement", "Okinawa  WaterArt Lesson", "Okinawa Water Channel".
- 2002 "Water Senders Community", "Water's-Eye", "The First Supper for Water Senders".
- 2003 "The Time in Water Village", "80 liters Water Box", "Future Compass".
- 2004 "Transportation from Water Factory", "80,000 liter Water Box".
- 2005 "Water's-Eye" (Shibakawa River), "Water Trunk 2025", "Gosford Water", "Channel Water Ekiden" (Pittsburgh)
- 2006 "Water Trust Kawaguchi", "Big Fingers Conference", "The United Waters" (Sarajevo), "Moving Water Days" (Rivière Kedogawa).
- 2007 "Earth Taps Container", "Water-in-Water" (Rivière Kedogawa).
- 2008 "Water Box Museum", "Shibakawa River Flag Project", "The United Waters" (UN, New York), "48℃- Public.Art.Ecology", "Five Floating Isles" (Rivière Kedogawa).
- 2009 " FutureVesse" (Kawaguchi), "Waterpolis" (Niigata), "Future Compass", "Ikeda Water Art Library".
- 2011 "L-shaped Walks of Peace", "ECO-ART exhibition", "Pori Art Museum Earth Home".

Son site internet :
http://www.ikedawater.org/index.html

Un artiste japonais, profondément influencé par la culture de son pays:

Cette influence se retrouve d'abord dans l'esthétisme de ses œuvres.

Future Compass, (2009)
Future Compass, (2009)
Future Compass, (2009)

Exemples de jardins japonais:
Jardins japonais
Jardins japonais

L'utilisation de matériaux naturels remodelés de manière à la fois pratique et élégante, tout en respectant la forme naturelle du matériaux fait partie intégrante de l'esthétisme japonais traditionnel, et Ichi Ikeda (ainsi que de nombreux autres artistes japonais) n'hésite pas à s'en inspirer.
Inspiré du zen, on retrouve dans de nombreuses œuvres japonaises une économie des matériaux, qui en conséquence force un important travail sur la forme. Cela est d'autant plus vrai pour Ikeda qu'il considère chaque matériaux utilisé comme une ressource qui aurait pu servir à l'avenir, et il se force donc à utiliser des matériaux naturels non polluants et de préférence de récupération.
Il utilise énormément le bambou, la mousse et l'eau. Tout autres matériaux sont récupérés auprès d’artisans locaux.
Sa vision de la nature et de la relation que l'homme a avec elle est aussi très japonaise.
Le Japon est un pays qui connaît éruptions, tremblements de terre, tsunami et typhon, et avec une tradition animiste intégré au shinto d'état, lui même intégré au bouddhisme.

~ L'animisme et le shintoïsme:
Tandis que l'animisme présuppose que toute chose a une âme, même des objets s'ils atteignent un certain âge, cela s'est transformé dans le shintoïsme en une myriade de divinités, certaines parfois très mineure, qui pouvaient être le une déesse du soleil, un dieu serpent, ou même des dieux très anodins (souvent ayant des formes animales) qui protégerait une seule forêt ou ruisseau en particulier... Toute forêt avait son ou ses dieux, et la mer ou les rivières également. La nature est donc traditionnellement le domaine des dieux au Japon, et donc pas un environnement que l'on maltraite sans en subir les conséquences.
~ Le bouddhisme:
Le bouddhisme accorde une grande importance à la réincarnation, et plus précisément à la façon dont nos action dans la vie vont influencer notre prochaine réincarnation. Une fourmi n'est rien de plus qu'une âme qui fut peut-être humaine et qui serait descendu dans la chaîne de réincarnation, ou une âme qui a le potentiel de devenir humaine un jour. Chaque actions destructrice, même envers des animaux, des forêts, et la nature de manière générale, vont avoir des conséquences qui vont se répercuter lors de vos prochaine réincarnation. Ajouté au très large panthéon des dieux shinto, un respect profond de la nature s'impose... Et bien que ce ne soit pas le cas pour tous les japonais, cela a un grand impact sur ceux qui sont préoccupés par les problèmes environnementaux, car qu'ils soient croyant ou pas, ils ont été élevé entouré des cet aspect mythologique.
~ Les catastrophes naturelles:
Une grande partie des ces nombreuses croyances en des dieux qui ne sont pas « bon » ou « aimable », mais puissant et imprévisibles à l'image de l'aspect de la nature qu'ils représentent, tire ses racines directement des très nombreuses catastrophes naturelles que le Japon a connu durant son histoire. Par exemple un tremblement de terre comme le séisme de Kanto en 1923 fut interprété comme étant une forme de punition divine.
La nature pour les japonais est à la fois ce qui leur permet de vivre, et quelque chose d’incontrôlable (point sur lequel insiste Ichi Ikeda).
Cela est d'autant plu vrai que l'eau qui cause des inondations, des tsunamis, et de manière indirecte des typhons, est également la source de nourriture principale des japonais grâce à la pèche et les a sauvé par deux fois des invasions mongoles (les kamikaze, littéralement les « vents divins » serait des typhons qui auraient à deux reprises coulé des flottes mongoles entières en 1274 et 1281).

Ichi Ikeda est comme tout artiste japonais préoccupé par l'environnement et de ce fait son travail est coloré par toutes ces références traditionnelles.

Ses concepts:

- "Water's Eye view" et "Water Thinking".

Water's-Eye l'oeuvre,Yogyakarta 2002
« Water's-Eye » l'oeuvre,Yogyakarta (2002)

Inspiré du "bird's eye view" qui est une vu d'au dessus, comme un oiseau en vol. En comparaison "water's eye view" est une perspective en mouvement, qui suit le mouvement de l'eau, et donc si l'on suit la logique et les idéaux d'Ikeda c'est une perspective qui couvre le monde entier. "Water's eye view" permettrai donc de connecter tous les pays (en ignorant les frontières), et nous donnerai une vu d'ensemble de la situation dans le monde.
Qu'un tel concept vienne d'un japonais n'est pas surprenant compte tenu que le Japon est un ensemble d'îles, séparé du reste du monde par l'océan. Le voyage par la mer était donc le moyen principal de communication avec l'extérieur. C'est ainsi que ce qui n'est à la base qu'une perspective artistique ("water's eye view") devient une façon de penser ("water thinking").
Cela est aussi en lien avec deux autres de ses concepts ; "the United Waters" et L'eau comme langage universel. Qu'il présenta lors de son discourt devant les Nations Unies en 1995.
« Nous tous devons réaliser que l'eau, la source de nos vie, est un medium qui peut nous permettre de transcender les frontières, les traditions, les histoires et les cultures, pour enfin nous rendre compte du profond échange entre êtres humains et environnement. »
(Discourt devant les Nations Unies)

- L'eau comme droit fondamental et les 80 litres d'eau.

80 liters Water Box 80 liters Water Box 80 liters Water Box 80 liters Water Box
(« 80 liters Water Box » utilisé dans diverses œuvres)

À ses yeux l'eau est un droit fondamental. Le droit à une vie saine et sanitaire. Une personne a aujourd'hui besoin de 80 litres d'eau par jour pour bien vivre, en comptant l'eau utilisée pour se laver, celle pour laver son lieu de vie ou sa vaisselle et celle pour boire. Au Etat-Unis (et dans d'autres pays développés) un américain peut aller jusqu'à 1000 litres d'eau utilisé par jour, tandis que dans certains pays une personne doit vivre avec seulement 5 litres d'eau par jours. Et avec la crise environnementale l'eau potable se raréfie rapidement.
Pour Ichi Ikeda, ces 80 litres d'eaux sont un droit fondamental de l'être humain. Ses projets « 80 liters Water Box » (qui est un thème récurent dans nombreuses de ses oeuvre), « Transportation from Water Factory » et « 80,000 liter Water Box » sont en lien direct avec cette idée. Pour Ikeda il s'agit de donner le droit d'accès à l'eau, tout en la préservant pour le futur.

Transportation from Water Factory 80000 liter Water Box 80000 liter Water Box
"Transportation from Water Factory" et "80,000 liter Water Box" (même lieu à Yamaguchi)

- "Primary relation" relation primaire entre l'homme e[[http://www.ikedawater.org/2011Aso/11Process2.jpg ]]t l'environnement.
Ichi Ikeda croit à une relation primaire entre l'homme et son environnement, un lien qui serait intrinsèque et dont on ne pourrait se séparer. Il s'agit là d'un concept qu'il développe depuis 1995. Il insiste qu'à une époque ou nos relations sociales (et notre rapport à la nature) se complexifie il faut nous détacher de ces difficultés que nous nous sommes créé tout seuls pour retourner vers cette relation primaire que nous avons avec la nature.
À ce titre des événements qui forcent une population entière à se déplacer (comme la construction d'un barrage ou l'accident de Fukushima) est à la fois dramatique aux yeux d'Ikeda, car il s'agit vraiment d'un déracinement, et une opportunité unique car elle permet de se libérer des relations complexes créées par la société pour leur redonner une forme communautaire plus naturelle, tout en permettant à ces gens forcés de changer d'environnement de prendre conscience de la relation primaire qu'ils avaient avec un lieu et ainsi de tenter de le recréer dans leur nouveau lieu de vie dans le respect de la nature qui les accueille.

L’œuvre "L-shaped walk of peace" (2011):

"L-shaped walk of peace" est une œuvre que l'artiste a créé en réaction à l'accident de Fukushima, en collaboration avec les nouveaux résident de la région d'Aso qui ont décidé de partir de chez eux et de se relocaliser dans cette région à cause de la radiation.

L-shaped walk of peace
L-shaped walk of peace L-shaped walk of peace

Ces nouveaux résidents sont un pour lui les personnes les plus à même de travailler avec lui sur l'idée d'un relation primaire avec l'environnement car bien qu'ils n'aient pas été directement touché par le tremblement de terre (ils venaient de Tokyo et non de Fukushima), ils se sont déplacés de leur propre chef pour échapper à la radiation et créer un avenir pour leurs enfants, en respectant l'environnement. Ikeda explique qu'il avait l'impression que les gens de cette communauté étaient capables de ressentir de manière très vive "la terre sous leur pieds".
L'accident de Fukushima a, selon ses propres termes, fait « exploser » le mythe de la sécurité du nucléaire, et il insiste sur le fait qu'il faut à présent penser à ce qui est le mieux pour nos enfants et nos petits enfants, comme le font ces nouveaux résidents d'Aso. Son œuvre est une façon de se reconnecter avec l'eau (la même eau qui a causé le tsunami) et la nature, tout en se tournant vers l'avenir, et de préférence un avenir plus sain.

L-shaped walk of peace

L’œuvre est faite avec des matériaux de la régions d'Aso, faisant ainsi travailler la production locale. Les matériaux utilisé sont du bambou, du chaume et de la paille de riz.
En se déplaçant dans l’œuvre, les visiteurs doivent franchir plusieurs « portes » très basse, qui les forcent à se pencher, et sur lesquelles sont accroché des photos en noir et blanc ou l'on voit des pieds dans une eau agitée. Il explique que certains verront dans ces photos le tsunami et la peur qu'il a causé, tandis que d'autres verront une coexistence avec l'élément aquatique. Cette ambiguïté est évidement volontaire.
En plus d'être créé avec la collaboration des résidents de la communauté, elle est également modifiable selon les idées de ces mêmes résidents. Ainsi, fluide comme l'eau qu'il manipule, Ikeda est souple et ouvert d'esprit, et n’hésite pas à changer son œuvre en fonction des suggestions qui lui sont faites. "L-shaped walk of peace" va donc bruler pour marquer la fin de l'exposition après qu'une vieille femme venant voir l’œuvre ait suggéré l'idée.

L-shaped walk of peace L-shaped walk of peace