Imaginaire: Mode d'emploi, Art et Energie


« Imaginaire : mode d’emploi, Art et Énergies ,Prendre le monde tel qu’il est et voir ce que les artistes en font. »

C’est une œuvre des éditions Cercle d’Art écrite en 2008 par Lionel Richard. Il a beaucoup écrit sur l’art, surtout en rapport à la Seconde Guerre Mondiale, avec « Nazisme et littérature » en 1971 ; « L’art et la guerre, les artistes confrontés à la Seconde Guerre Mondiale » en 1995; « D’où vient Adolf Hitler ?» en 2006. Il a aussi écrit des œuvres sur certains courants comme « L’Expressionnisme » en 1976 ou encore « Cabaret,cabarets » en 1991.
- Le livre est construit avec des Parties et des sous-parties et la table des matières est au début. Il y a beaucoup d’illustrations, qui prennent souvent des pages entières, c’est très plaisant à voir. De plus, l’auteur nous donne pas mal de définitions. J’aurais aimé qu’il y ai une petite préface de l’auteur afin de comprendre pourquoi il a choisis certains sujets et pas d’autres. Au niveau des Parties qu’il aborde, il commence par « Les énergies en débat » et continu avec « L’histoire de l’Art, miroir des énergies » et il me semble qu’il aurait été plus judicieux pour la compréhension de parler de l’histoire avant les débats.

Les énergies en débat. Nous avons une belle représentation de la destruction progressive du monde par deux photos de la forêt amazonienne séparées de quelques décennies. Le géographe américain Fred Pearce, dans son ouvrage de 2007 « Earth Then and Now », confronte tout le long des photos d’un même paysage afin de nous donner à voir sur la dégradation du monde. Cela introduit les problèmes liés au réchauffement climatique, à la pollution, au gaspillage, aux déchets…etc. Avec ça nous avons deux images, celle de l’œuvre « Énergie froide ou l’Homme sans tête » d’Ordmüd et « Je deviens ce que j’observe » de Marko Velk (image de droite) ; où on peut y voir le réel et l’irréel, la vie et la mort, ou encore une métaphore de l’aliénation de l’homme par la société et lui-même.

Earth Then and Now

Je deviens ce que j'observe

Puis ça continu, on parle de l’énergie en tant que force de création, c’est-à-dire ne pas seulement les représenter mais les utiliser directement à travers différents modèles, comme par exemple des « installations » qui sont à la mode depuis les années 1960 et qui sont des assemblages d’éléments dans un espace définit. On évoque le modernisme avec l’aliénation de l’homme et la destruction du paysage urbain avec le développement industriel, c’est à ce moment que naissent les centres commerciaux ; et la notion de l’art va être bouleversée en réaction de ce modernisme.
Petit dossier sur l’énergie du feu, ses mythes et ses symboles, l’oubli des arts du feu pratiqués par les céramistes ou encore les verriers ; avec la présentation de Pierre-Allain Hubert qui intervient dans des espaces urbains et fait des « opéras de lumières ».

L’histoire de l‘art, miroir des énergies. Nous allons du 19e siècle jusqu’au 21e siècle. L’avènement de la machine à vapeur avec les chemins de fer, les trains et les gares qui l’accompagne constitue une réelle inspiration chez les impressionnistes comme Gustave Caillebotte, Claude Monet, ou encore un réalisme social qui veut montrer les inconvénients du développement industriel avec Maximilien Luce ou Constantin Meunier. S’en suit une grosse critique du poète Filippo Tommaso Marinetti qui publie le « Manifeste futuriste » en 1909 sur la venue de l’électricité, du gaz, des voitures, et donc du confort. Le cubisme et l’expressionnisme rejettent l’idée d’imiter la nature et revendiquent une expression subjective, une vitalité dans certaines couleurs, une puissance créatrice, une confrontation de ses propres forces spirituelles aux forces cosmiques. Au 20e, avec Marcel Duchamps et son œuvre « Optique de précision » par exemple, il y a les premières tentatives de faire passer l’énergie à une mise en œuvre effective. Enfin, la découverte que l’énergie peut-être plus spectaculaire qu’artistique avec la façade animée de la Bibliothèque nationale de France à Paris en 2002 lors des premières « Nuits Blanches ».

Fulgurances de l’énergie électrique. La dénonciation du « principe statique » continue. En France en 1937, le seul artiste capable d’exprimer l’énergie autrement que la peinture est l’américain Alexander Calder avec son œuvre « Mercury Fountain » où des perches, des plaques et des boules de fil de fer s’agitent sous le simple effet du vent.

Mercury Fountain

À ça se rajoute la notion du temps, avec des installations qui réagissent aux sons, à la lumière et aux couleurs, c’est l’arrivée du cinétisme. Exemples avec l’œuvre de Yaakov Agam « Que la lumière soit ! » en 1961 où les visiteurs sont dans une capsule avec une ampoule qui réagit en fonction de leurs mouvements. Au tour des « Light Machine » de Xavier Veilhan qui surprend et attise les perceptions de celui qui les regardent : tableaux abstraits constitués d’ampoules dont les variations varient et génèrent des images, ainsi selon nos déplacements infimes on peut apercevoir d’apercevoir d’autres images… Ce qui amène à l’évènement de l’ombre avec par exemple «Monuments » de Christian Boltanski qui utilise quelques ampoules à faible intensité (dont les fils sont volontairement apparents) pour créer de grosses zones d’ombre et donner l’effet d’un halo lumineux sur des boîtes à biscuits et des photographies.
Monuments

La découverte du Néon crée aussi une grande inspiration chez certains artistes.

Jeux et Dérisions. Certains poussent à la réflexion et à l’éveil de l’esprit, au temps qui passe, au monde qui nous entoure. C’est le cas de Mariko Mori avec son œuvre « Enlightenment Capsule » de 1998. Sorte d’ampoule traversée de câbles de fibre optique et de verre, elle est reliée au toit et, grâce à des capteurs, va séparer les rayons ultra-violets des rayons infra-rouges, ainsi si le temps est clair, le « lotus » donne une lumière multicolore, qui symbolise la pureté dans le Bouddhisme et l’éveil de l’âme.
Enlightenment Capsule

Mathieu Lehanneur nous invite à réfléchir sur la place de l’homme dans le monde et ses limites, de manière philosophique avec l’installation de lieux où, lorsque l’on passe dans un couloir, avec la diminution progressive de la lumière, on a l’impression de devenir de plus en plus petit, de ne plus rien entendre et de disparaître dans « l’infiniment petit ».
Claude Lévêque, lui va chercher à provoquer l’angoisse et la gêne en créant une rupture avec le présent avec son œuvre « Plus de lumière » où il installe des lumières de couleurs bleues, jaunes ou roses se réfléchissant sur des miroirs et des plaques de métal qui créent une explosion d’images déformées et d’énergies qui font perdre au visiteur sa conscience de l’espace.
Un peu d’humour avec par exemple Wim Delvoye et son « Cloaca Turbo » qui reproduit le système digestif de l’homme, de l’absorbtion de la nourriture jusqu’à la déjection, avec un graphisme du titre imité de celui du logo de « Coca Cola ».

Retrouvailles avec les forces naturelles. L’auteur aborde la crainte de beaucoup d’artistes américains et européens envers la science et sa possible destruction des pouvoirs de l’imaginaire. Il y a le mouvement Fluxus . Exemple avec Nam June Paik qui s’impose comme le virtuose des détournements d’images télévisées, pour contester le pouvoir médiatique. Joseph Beuys parle de l’assimilation des « forces créatives issues de l’inconscient » à un « processus thermique », et il parle d’une impulsion à un matériau qui amènerait à un flux d’énergie permettant le passage du froid au chaud. Après la disparition du mouvement Fluxus, c’est l’Arte Povera ou l’art pauvre qui émerge. Leurs productions sont un « appauvrissement » ou « déculturation » de l’art ; ils utilisent principalement des matériaux naturels comme de la terre ou du charbon. Ils poussent à la réflexion sur la nature, l’énergie, le corps humain… Les Performances se manifestent aussi beaucoup avec par exemple Allan Kaprow qui fut le théoricien des « happenings », ou encore le peintre Yves Klein et ses performances avec des femmes nues.

Nouvelles énergies pour de nouveaux rêves. En réaction face à la destruction massive des ressources mondiales en combustibles, l’entreprise Entreprise de France a voulu encourager des artistes à participer à une « recherche exploratoire » des « enjeux humains environnementaux ». Ils ont pu mettre en place l’atelier Open Source pendant lequel sont nés des projets urbains tels que des générateurs à accès libre qui seraient installés en ville et permettraient de recharger les portables par une pédale qui serait actionnée grâce à un mouvement du pied ; ou la récupération de l’énergie dépensée par des enfants en tourniquets et balançoires qui produirait l’éclairage du parc en question, projet de Morgane Demoreuille. S’en est découlé l’installation d’éolienne suivie de la sensibilisation des enfants aux énergies renouvelables avec la mise en place d’Académie et de coopérative. Certains architectes réfléchissent à des maisons écologiques. C’est le cas d’Alain Ricaud qui a fabriqué une Maison Zen en 2007 en Savoie. Beaucoup de « designers » réfléchissent à des appareils qui fonctionnent grâce à l’eau, au soleil, des ordures ou encore des déjections animales. Il a notamment été créé les cuiseurs à énergie solaires.

L’énergie vitale en mutation. Eduardo Kac tente de faire le lien entre l’être vivant, la science et l’art. En 1997, il s’implante un microcircuit qui est normalement utilisé pour dépister les animaux perdus, ainsi il est immatriculé en tant que « animal et propriétaire d’animal », « où un être humain et un robot sont en contact physique direct ». Il crée des créatures « transgéniques » grâce à des protéines vertes fluorescente qu’il ingère dans des poissons, des souris ou encore des lapins…


- Les sujets sont assez variés. Cependant, On s'attend à voir un développement beaucoup plus poussé sur les énergies naturelles comme par exemple l‘eau, le vent ou encore le soleil ; surtout en lisant le titre. Dans sa partie « Retrouvailles avec les forces naturelles » il parle du mouvement Fluxus, de Joseph Beuys, de l’Arte povera en Italie, ainsi que d’Emmanuel Saulnier. Il n’y a pas d’art concret avec une énergie, seulement des concepts qui poussent à la réflexion sur la nature et le monde. En fait, dans son œuvre l’auteur parle surtout de la lumière, des énergies mécaniques, des artistes dont les œuvres font références aux énergies naturelles et à la nature, mais pas assez d’œuvres qui utilisent ces énergies naturelles pour créer justement une œuvre d’art qui EST une énergie naturelle et qui donne à réfléchir sur le monde et ses énergies. Aussi, dans la sous partie « L’énergie vitale en mutation » de la partie « Nouvelles énergies pour de nouveaux rêves », il y a des performances sur l’être humain avec par exemple la performance « Time Capsule » d’Eduardo Kac qui s’implante un microcircuit sous l’épiderme. Cette capsule, qui sert normalement à dépister les animaux perdus et sera aussitôt lu dans un centre où il est doublement immatriculé : « à a foi comme animal et comme propriétaire d’animal.» ; ce même homme rendre des lapins et des souris « transgéniques »à l’aide de protéines vertes fluorescentes. Ici j’aurais aimé plus d’exemple sur les expériences de l’Homme avec la science et ce qu’il considère artistique là où d’autres pensent à de l’abus ; pour pouvoir se questionner un peu plus sur les limites de l’art.