ARTE VIDEO NIGHT 3 (2011)

(Frisson)

KASSANDRA (Johanna Reich)

  • KASSANDRA est un court métrage tourné en un plan séquence d’une durée de 4 minutes. Au début du plan, la vidéo d’un visage d’homme maquillé est « posé » en surimpression sur une silhouette masquée par un collant. Ce visage androgyne fait peu de mouvements mais déploie toute son expression à travers son regard semblant fuir l’objectif. Ce personnage très expressif paraît ne pas être en accord avec lui-même: son expression relève de la honte ou du manque d‘assurance. Petit à petit, la silhouette découpe des morceaux du collant qui l’enserre, ou apparait à la place de chaque trou les éléments d’un nouveau visage, celui-ci féminin. La main attrapant cette enveloppe et les ciseaux créent ensemble le mouvement principal de ce court-métrage. Une fois la découpe achevée, le visage d’une jeune femme brune nous apparaît entièrement et vient remplacer celui de l’homme. Contrairement à lui, son regard fixe fièrement l’objectif. Elle enfile alors, à la façon d’une capuche le visage de l’homme précédent. Ce court métrage se termine donc par le même plan que celui du début ce qui amène le spectateur a lui imaginer une suite cyclique.

  • Ce court -métrage semble soulever un grand nombre de questions sur l’apparence, l’identité et le genre. En effet la déstructuration du visage du personnage androgyne créée grâce à l’intervention des ciseaux et l’apparition du vrai visage de la silhouette, mène le spectateur à un état de confusion. Ce dernier peut être troublé par le mélange entre les éléments féminins et masculins à la fois du visage de l’homme et l’apparition progressive d’éléments du visage de la femme à travers les trous.

  • La Piel que habito de Pedro Almodovar pourrait nous renvoyer à ce court métrage. Les questions soulevées au sujet de l’identité des individus, le poids du regard de l’autre (interprété par l‘objectif dans ce court métrage), la quête de soi menée plus ou moins aisément en conscience du genre de chacun peut être l’un des points communs aux deux œuvres.

  • De plus l’image du visage de la femme prenant le dessus sur le personnage du début suite à la réalisation de trous dans le tissus moulant est très similaire à celle du personnage principal de La Piel que habito.

  • Selon moi c’est une vidéo très intéressante. La démarche et le propos qu’elle semble desservir me semble réalisés avec succès. C’est une œuvre à la fois surprenante, troublante et pleine de sens dont l’évolution créer un perpétuel changement dans l’image que l’on a du personnage à l’écran.