Jordi Colomer


Biographie de l'artiste :

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Portrait de Jordi Colomer

Jordi Colomer est né à Barcelone en 1962. L'artiste catalan voyage aujourd'hui principalement entre Paris et Barcelone. Il fréquente dès 1980 l'EINA (Escuela de Arte y Diseño) située dans sa ville natale. L'artiste continue ensuite ses études dans la faculté d'histoire de l'art (Universitat Autònoma). Dans ce lieu, il contribue à la création d'un magazine, intitulé « Artics », en tant que rédacteur et graphiste. Par la suite, Jordi Colomer s'inscrit dans l'école d'architecture (la Escola Tècnica Superior d'Arquitectura) de Barcelone. Il a donc à ce jour plusieurs diplômes et peut mélanger quelques-unes de ses compétences dans une seule et même œuvre.




Un brève regard sur sa carrière artistique :

Jordi Colomer commence à être connu entre autre en 1986 grâce à l'Espai 10, de la Fondation Joan Miró de Barcelone, qui lui offre sa première exposition individuelle, « Prototips Ideals ». Dans cette dernière, Colomer utilise des maquettes d'architecture qu'il transforme en sculptures. Au début des années 1990, il commence à mêler la sculpture, les références architecturales ainsi que des éléments de la scénographie théâtrale dans ses œuvres. Dès l'exposition de « Alta Comèdia » qui a lieu en 1993, à Tarragone, Colomer a recours à ce procédé.

A partir de cette époque l'artiste utilise petit à petit la vidéo comme principal médiateur. En effet, Jordi Colomer a recours à cette dernière pour rendre compte de la relation qu'il entretient avec la performance, la sculpture et le théâtre, notamment dès lors qu'il découvre le cinéma d'avant-garde allemand des années 1930.

En 1997, la première œuvre vidéo de Colomer, qu'il nomme Simo, est présentée dans une salle de projection, située dans le MACBA (Musée d'Art Contemporain de Barcelone). Cette œuvre fait partie de sa période des « films de studio » qui prend fin en 2001 avec Le Dortoir. On peut prénommer cette époque ainsi car pendant les premières années de son œuvre (1997-2001), tous les personnages vivaient dans des espaces fictifs. Après la période des « films de studio » celle des « œuvres-voyages » commence à voir le jour dans les créations de l'artiste. Durant cette dernière, les figurants de ses vidéos évoluaient dans des paysages du monde extérieur. Il entreprend notamment alors une recherche scénographique qui s'ouvre à un espace très important et très convoité de nos jours : l'espace urbain. Cela lui permet de se consacrer à des scénarios de la vie sociale, à des scènes et des endroits de la vie quotidienne.
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Colomer va questionner la manière dont l'urbanisme va influencer la conduite humaine dans bon nombre d'œuvres vidéo. En effet, comme nous apprend David Benassayag, dans son entretient avec Jordi Colomer :

« Les installations vidéos de Jordi Colomer mettent en scène l’architecture et la ville contemporaines comme un décor, imposant et factice. Dans ces espaces ambigus, les personnages répètent des gestes qui expriment autant une tentative d’appropriation intrigante qu’un automatisme quotidien sans issue.»
Par le biais de ses œuvres Jordi Colomer s'interroge sur les différentes possibilités de survie que nous offre la métropole et sur la place du modernisme dans l'environnement. Dans ses réalisations artistiques l'idée de précarité est présente.
Aujourd'hui, on associe le nom Colomer notamment à son œuvre Simo (1998), qui lui a valu sa renommée internationale, mais aussi Fuegogratis (2002) et La Dorure (1998), deux autres œuvres vidéo majeures.

Parcours de son œuvre

Dans son œuvre, Colomer s'inspire de diverses disciplines tel que l'architecture, la photographie, le cinéma, le théâtre et la vidéo. Il attache également de l'importance à l'utilisation du « décor » ainsi qu'à la mise en scène de ses œuvres au sein de leur espace d'exposition. Le spectateur va pouvoir investir complètement ce dernier.
Comme nous venons de le dire l'architecture, les objets et l'espace occupent une place importante dans les œuvres de Colomer. Ces dernières, comme nous l'apprend l'institut d'art contemporain de Villeurbanne, sociologiques, psychologiques mais aussi des questions de la vie de tous les jours et dans les villes contemporaines.

Nous allons dés à présent présenter quelques unes des oeuvres de Jordi Colomer.

Sa période des « film studio »




Sur cette vidéo vous trouverez à :
- 3 minutes 30 Simo (1997)
- 1 minute 28 Les jumelles (2001)
- 0 minute 50 Les villes (2002)

Simo (1997)
Photo_de_l'oeuvre

Simo dure 12 minutes et, comme toutes les œuvres vidéo de Jordi Colomer, elle sera projetée dans un espace prévu à cet effet. Pour le développement de cette œuvre vidéo, Jordi Colomer demande à une actrice naine (Pilar Rebollar), de jouer le personnage principal de l’œuvre, Simo.
Dans Simo l'actrice évolue dans une chambre de couleur blanche qui est, dans un premier temps, seulement remplie de sacs contenant des boites dans lesquelles des objets étaient disposés. Comme pour combler le vide apparent l'actrice transforme peu à peu sa chambre en un entassement chaotique de boites et d'objets.

Dans cette œuvre vidéo, la caméra, tout en suivant l'actrice, effectue un mouvement de balancier allant de l'extérieur vers l'intérieur de la pièce. De cette façon une mise en relief du contraste espace intime et social est réalisé.

Dans Simo nous retrouvons l'idée selon laquelle, dans nos sociétés occidentales, il existerait chez les êtres humains une figure type de la beauté. Ce « canon », cet humain typique, serait révélé par des systèmes de proportion et de construction conduisant notamment à la fabrication d'objets types. Donc, d'une certaine manière avec cette œuvre vidéo Jordi Colomer s'érige contre cette idée reçue et nous livre son interprétation :

« Entourée d'objets, elle [l'actrice] nous démontre comment le prototype idéal peut devenir un stéréotype. Simo joue sans arrêt de façon convulsive, chargée de fétiches et à travers le mur transparent de sa chambre, elle nous montre combien l'idée d'un modèle universel est en crise ».

Eldorado (1998)
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Eldorado

Dans cette œuvre, nous nous trouvons avec un jeune acteur aveugle qui progresse dans une chambre rouge contenant du mobilier. L'acteur semble chercher quelque chose dans cette pièce. Pour ce faire il ouvre les tiroirs des meubles et fouille tous les endroits. Les objets présents dans la pièce paraissent augmenter en nombre à chaque va et vient dans la pièce.

La vidéo de cette œuvre dure huit minutes. La caméra illumine l'espace avec la lumière qu'elle émet.





A, B, C ETC (1977-1999)
Photos_A, B, C ETC

La vidéo de A, B, C, ETC dure cinq minutes et raconte l'histoire d'un voyage nocturne dans un train à travers la périphérie de ce qui semble être une grande ville. Cette dernière est construite à partir de gâteaux, d'allumettes, de clous, de boîtes à fromage... En réalité, cela semble être une ville réalisée spécifiquement pour les enfants.

Le Pianito (1999)
pianito
Le Pianito est une œuvre vidéo de Jordi Colomer dont la durée est de trois minutes. Le personnage de Pianito, interprété par Carlos Pazos, joue sur un piano, fabriqué en carton, quelques fragments de « El aprendiz de brujo » (« L'apprenti sorcier ») de Paul Dukas. Il fume en formant des volutes, puis nettoie soigneusement le piano plein de poussière. Une poussière, une fumée et une musique, voila ce qui forme le trio essentiel de cette histoire. Ce dernier est éphémère, et fait référence à la notion du temps qui passe.

Alphabet (2000)
Projection_d'Alphabet

Dans cette œuvre Jordi Colomer créé une animation Flash, d'une durée de une minute. Dans un écran comparable à une ardoise animée un visage de profil, celui d'Alfabet , lance un discours en crachant différentes images représentant des objets. Au même moment, Alfabet a une double voix et récite un fragment du roman, La vie mode d'emploi, de Georges Perec. Dans l'extrait choisi par Colomer une description d'objets répandus est réalisée dans un appartement après une fête le jour suivant.

Dans Alphabet, la coïncidence entre l'image et le son coïncident est méticuleuse afin d'obtenir une articulation des mots et un rythme musical. Mais dans cette œuvre le mot et l'objet n'ont pas de lien direct. Alfabet est nostalgique d'un langage dans lequel l'objet et le mot se confondent et se mêlent.

Les Jumelles (2001)
Photo_des_Jumelle

(Vous pouvez voir un extrait de cette œuvre dans la première vidéo de cette page)

Pour Les Jumelles, Jordi Colomer a réalisé un film de quatre minutes vingt. Deux sœurs jumelles occupent le lieu qui se situe entre les sièges et la scène d'un théâtre. Devant d'énormes miroirs, elles s'habillent et se déshabillent, avec des vêtements oubliés au théâtre par des spectateurs, et ce pendant que ces derniers prennent place dans la salle en attendant le début de la représentation. Les personnes présentent dans le public ne s'aperçoivent de rien ne pouvant voir ce que font les jumelles. Quand les spectateurs disparaissent, l'une des sœurs va chercher tous les vêtements qui ont été oubliés sur les sièges d'opéra. Avec cette œuvre Jordi Colomer montre en même temps deux mondes qui se côtoient à savoir la scène, lieu des acteurs et l'espace dédié au public. Par ce fait avec la vidéo de cette œuvre les personnes qui la visionne peuvent avoir une vue de l'intérieur du théâtre.

Les Villes (2002)
Photo_Les_villes

(L'extrait de la vidéo correspondante peut être vue dans la première vidéo de cette page)

Dans cette œuvre, de deux minutes, le personnage principal est une femme qui se trouve pendue en pyjama à la corniche d'une fenêtre d'un grand édifice. La fille représente une héroïne moderne, qui lutte contre la ville. La ville, comme fond d'écran, se transforme à grande vitesse, tel un personnage aux différentes facettes.

Dans l'espace de projection de cette vidéo, tout se situe dans un même plan fixe et projeté en parallèle sur deux écrans qui semblent identiques. Cependant, l'un nous montre la fille réussissant à entrer dans l'immeuble tandis que l'autre écran propose une version opposée : la fille tombe dans le vide, échouant alors sa tentative.

Le Dortoir (2002)


Le Dortoir est une œuvre vidéo de dix minutes, qui nous transporte dans un immeuble à la périphérie d'une grande ville. Toutes les personnes à l'intérieur dorment après avoir fait la fête la veille. La caméra nous emmène visiter, dans un mouvement ascendant, les 12 étages de ce bâtiment sur 24 heures en passant de la nuit au jour. Tous les acteurs sont immobiles, feignant de dormir, le seul mouvement est celui de la caméra. Tout est en désordre dans les pièces visitées, des objets sont éparpillés sur le sol. L'architecture du bâtiment a été spécialement réalisée pour les besoins de l'œuvre. Avec cette dernière Jordi Colomer donne la trace d'un événement intense et momentané. C'est notamment pour cette raison que Jordi Colomer a fabriqué beaucoup de choses à partir du carton.

Le Dortoir est gravé dans un unique plan séquence, accompagné par une bande son de la Dreamall Orchestra. La vidéo est projetée dans une petite salle de projection comportant des matelas noirs empilés.



Sa période des « œuvres voyages »


Père Coco et quelques objets perdus en 2001 (2002)
Photo_de_l'oeuvre_vidéo

Père Coco et quelques objets perdus en 2001 est une œuvre de cinq minutes de l'artiste catalan construite à partir de séquences d'images fixes enchaînées. Dans cette vidéo un homme, Père Coco, erre dans la ville de Saint-Nazaire. Cet homme tout de noir vêtu, possède un grand sac, lui permettant de transporter des objets perdus l’année passée. A l'instar du Père Fouettard, Père Coco fait parti de la lignée des personnages effrayant les enfants.

Grâce à la découverte d'objets trouvés, Père Coco dérange le développement linéaire du temps, créant par la même occasion un espace où le principe de la propriété privée est remis en question

Fuegogratis (2002)
Fuegogratis

Dans cette œuvre de cinq minutes un couple de jeunes voyage la nuit dans une voiture de couleur dorée. A un moment ils voyent un énorme panneau qui indique « fuegogratis » qui signifie « feu gratuit ». Les deux protagonistes se dirigent alors vers un feu de taille imposante qui produit des objets de consommation à savoir par exemple des lits, des glacières, des tables et des machines à laver. La jeune fille remplie la voiture d'objets et tous deux repartent dans l'obscurité de leur voyage.

Les objets qui apparaissent dans Fuegogratis sont les meubles utilisés dans l’œuvre précédente de Jordi Colomer, Le Dortoir. Par ailleurs, l'ensemble des scènes de cette vidéo où le feu est présent ont été tournées à l'envers, d'avant en arrière.

Anarchitekton (2002-2004)
Anarchitekton

Cette oeuvre regroupe plusieurs vidéos dont Barcelona(2002), Bucarest(2003), Brasilia(2003) et Osaka(2004). Sur son site Jordi Colomer nous apprend que « chaque ville est présentée sur un écran au sein d'une multiprojection simultanée.»

Dans Anarchitekton le personnage, interprété par Idroj Sanicne, parcourt la ville en faisant de la rue une fiction. Ce dernier, tout en courant à un rythme saccadé dû à l’enchaînement des images fixes dans la vidéo, arbore des maquettes d’édifices tel une provocations utopiques.

Un crime (2004) :


Vidéo d'environ quatre minutes, un crime, tournée à Cherbourg. L'œuvre de Jordi Colomer relate une histoire vraie. Dans Un crime, l'artiste catalan propose non pas de reconstituer les faits mais de présenter une narration « littérale ». En effet, douze acteurs portent, sur tous les plans, des lettres faites en trois dimensions pour former les mots du texte de l'article.

« Un crime poursuit la recherche dans laquelle je me suis engagé depuis longtemps : essayer de définir les rapports complexes qui existent entre l'objet et le mot, entre la narration et le décor. »

Arabian Stars (2005)
Arabian Stars

Jordi Colomer a tourné cette vidéo en 2005 au Yémen. Dans Arabian Stars nous pouvons voir des habitants du Yémen que Jordi Colomer a croisé durant son séjour dans ce pays. Dans cette œuvre, les personnes portent des pancartes colorées. Sur ces dernières, des noms de personnes célèbres (réelles, fictives, internationales et locales) sont inscrits en arabe. En grande partie dans cette vidéo, les personnes marchent face à la caméra, à travers les villes de Sana'a, Shibam, Aden ou dans le désert.

En la pampa (2008)
Cette oeuvre de Jordi Colomer est composée de cinq vidéos différentes : Ciao ciao en Maria Elena ; Cementerio santa isabel ; Christmas ; Vagar en campa raso es… ; Southamerican rockers. Ces cinq œuvres montrent le voyage de deux personnes, un homme et une femme, à travers le désert. Jordi prénomme la jeune femme Maria Elena en rapport à la ville Chilienne portant le même nom dans laquelle Ciao cioa en Maria Elena, a été tournée. Cette œuvre vidéo n'est pas s'en rappeler les road movies.



Dans Ciao ciao en Maria Elena, première vidéo de la série, Jordi Colomer montre un groupe de femmes qui font leurs adieux à Maria Elena. Puis cette dernière sort de la ville pour entrer dans le désert. Dès que la jeune femme pénètre en ces lieux, le désert se transforme pour Colomer en pampa, « un désert habité ». De ce fait, l'artiste s'interroge sur les manières réalisables d'habiter, dans la précarité, la fiction.



Dans Vagar en campo raso es… les deux protagonistes marchent dans le dessert tout en répétant inlassablement la même phrase. Cette dernière est en réalité une citation écrite par Guy Debord dans la Théorie de la dérive 1954 :

"L’errance en rase campagne est évidemment déprimante, et les interventions du hasard y sont plus pauvres que jamais"

Avenida Ixtapaluca (Houses for Mexico) (2009)


L'œuvre vidéo de Jordi Colomer prend place dans la ville Ixtapaluca près de Mexico DF. Dans ce lieu, l'urbanisation a fait son apparition. Les habitants résident dans des petites maisons pratiquement identiques. Pour lutter contre ces contraintes géométriques les personnes n'hésitent pas à apporter des modifications. Cette œuvre expose donc le mélange d'improvisation, de misère et d’auto-construction des résidents érodant ainsi le modèle de vie métropolitain qui leur a été imposé. Ce dernier est symbolisé par un élément qui semble être transporté par les personnages : une grande pignata de Buzz Lightyear (Buzz l'Eclair) (protagoniste et cosmonaute dans le film d'animation américain Toy Story). Jordi Colomer a choisi ce personnage car c'était un des plus populaires utilisé pour servir de modèle aux pignatas. Pour tout ceci, la vidéo semble critiquer les forces du mimétisme et de la distorsion définie par l'esthétique du modernisme.

Ses expositions :

Vous pourrez trouvez les noms de toutes les expositions individuelles et collectives de l'artiste sur cette page de son site personnel.

Sitographie :


Interview de Jordi Colomer