Anne Cauquelin, L'art contemporain




Anne Cauquelin est une philosophe, romancière, essayiste et plasticienne française. Elle est rédacteur en chef de la Nouvelle revue d'esthétique. Elle est professeur de philosophie à l’université Paris X (Nanterre) et à l’université de Picardie.

Cet ouvrage tiré de la collection encyclopédique Que sais-je ?, publié en 2009 et écrit en 2007 par la philosophe, plasticienne française Anne Cauquelin tente à travers de fameuses théories de nous expliquer en quoi consiste l’art contemporain, avec quoi ne faut-il pas le confondre… C’est ainsi qu’une riche et intéressante lecture s’offre à nous, une intelligente mise en lumière se voulant compréhensive.

INTRODUCTION
L’auteur soulève dans son introduction, la question de la réception de l’art contemporain dans notre société occidentale : comment nous, public, accueillons ce nouvel art ? Le comprenons-nous ? Très vite, Anne Cauquelin relève alors plusieurs points qui font obstacles à cette compréhension tels que
- l’idée prédéfinie que l’on se fait déjà de l’art (à savoir la tension entre une définition classique de l’art et une en continuelle évolution, soit une plus moderne)
- la communicabilité universelle des œuvres basée sur le « sensible » (ou le goût)
- le sens même de l’œuvre qui doit donner à voir la véritable nature des choses
Au delà de ceci, Anne Cauquelin soulève un autre problème autre que celui lié intimement à l’œuvre d’art, celui de l’arrivée brutale de l’art moderne, bousculant tout sur son passage ne facilitant pas ainsi son approbation et sa compréhension (par le public). Pourquoi ? Car
- les systèmes qui transmettent les évènements subissent un bouleversement structurel, ne permettant plus de juger ni des œuvres ni de la réception quelles auront demain (ce demain est sous-entendu « moderne »)
C’est ainsi que l’auteur définit le moderne : le fait de s’attendre à tout et du coup à rien car l’on ne sait pas ce qui sortira demain et si ça plaira. C’est le moderne. C’est le nouveau.

PREMIERE PARTIE – Les régimes de l’art

L’auteur distinguera dans cette partie le moderne du contemporain selon leur mode de production, de diffusion et de réception, selon leur appartenance à une économie différente (l’une de la consommation, l’autre de la communication).



I. CHAPITRE UN : L’art moderne ou le régime de la consommation

Anne Cauquelin nous éclaire sur le concept même de la modernité : tout d’abord, c’est adhérer à « son » époque dans ce qu’elle a de novateur, critiquant les valeurs conventionnelles. La temporalité doit toujours être renouvelée et la création toujours en continue. La modernité oppose alors le passé et le présent. « Plonger dans l’inconnu pour trouver du nouveau ».
De plus, l’artiste explique chronologiquement la naissance de l’art moderne en 1860 qui consistait à un refus des règles académiques, prônant un art modal éphémère et substantionnel éternel et ou le goût est toujours à la pointe de la nouveauté - jusqu’à l’art dit contemporain.
Elle poursuit son développement de l’art moderne évoluant dans un système industriel : l’art est un produit consommable, de ce fait ce produit doit être esthétique ; de plus, l’image de l’art et de l’artiste sont reconnues valables à un moment donné et sont mises en circulation par un mécanisme : c’est ainsi que l’œuvre, son pouvoir de séduction, sa valeur esthétique, économique dépendent de ce qu’une société attribue comme valeur à sa production. C’est dans ce contexte économique que l’art moderne nait, où les intermédiaires, les fabricants de la demande, soit le consommateur et le producteur sont aussi important et nécessaire l’un que l’autre. L’évolution commence, c’est une multiplication de points de vente qui s’opèrent, un nombre croissants d’intermédiaires qui apparaissent tels que les critiques, les marchands… Le marchand par exemple provoque l’achat, il est le médiateur entre le producteur et le consommateur, il crée la demande. L’accès à la consommation s’élargit, devenant beaucoup plus large il attire davantage de consommateurs.
Quels sont les effets de ce régime de la consommation dans le registre de l’art ? L’auteur nous explique qu’en 1860 nait l’art moderne car
- il y a un recul de la domination de l’Académie (même si ce système et son école des Beaux-Arts permet encore de se faire reconnaître) du au développement industriel, à l’enrichissement d’une classe bourgeoise (qui sont des acheteurs potentiels d’art), à la revendication d’un statut moins autoritaire des peintres
même si déjà en 1850 on remarque un accroissement des œuvres d’art. Deux croyances se distingues alors :
- la croyance des peintres dans la nécessité d’une institution officielle au pouvoir de jugement sérieux
- la croyance en un jugement d’un public dont la réputation et la vente dépendent
C’est ainsi l’ouverture d’un marché indépendant dit « système marchands-critiques ».
Anne Cauquelin parle ensuite du critique, elle expose son rôle, qui il est, ce qu’il fait : c’est un professionnel de la médiation auprès d’un large public, il fabrique l’opinion, contribue à la construction d’une image de l’art, de l’artiste, de l’œuvre. De plus, il nomme les mouvements et les constitue comme tels (exemple des « impressionnistes » de LEROY dans Charivari d’avril 1874, à propos de la peinture de Manet), le fait est d’intégrer un artiste à un groupe ou à l’isoler comme un original. Dès 1890, le critique d’art affirme son autonomie et devient un genre à part entière ; il tente de décrypter, de théoriser les nouvelles formes plastiques, il exploite les critères internes à la picturalité. Enfin il suit de près les artistes et tisse un lien entre le monde de l’art et le monde des amateurs. Il contribue donc à la fabrication de l’image de l’artiste moderne.
L’auteur-plasticienne aborde ensuite la notion « d’avant-garde » qui s’inscrit comme étant « la pointe du mouvement de l’art moderne » : il regroupe des artistes éloignés, de différents horizons (comme les réalistes, les peintres de support-surface), tout en représentant ce que l’on fait de plus avancé dans le domaine de l’art. Le terme est utilisé pour la première fois dans le journal Combat par le critique Claude Rivière.
Anne Cauquelin éclaircie ici le rôle non plus du critique mais du producteur, l’artiste : lui aussi subit des transformations concernant le schéma de l’art académique :
- il devient une figure marginale soumis aux fluctuations du marché (due à la concurrence, aux nombres d’artistes croissants) (mais se mettant lui même sous cette dépendance de marchands-critiques)
- le système de la consommation promeut un groupe (dans lequel le consommateur peut faire son choix) auquel l’artiste appartient (pour sortir du lot, l’artiste doit se démarqué)
L’attitude de l’artiste change, il est plus contestataire. L’image de l’artiste s’inverse et cette inversion devient la norme.
Le consommateur lui peut prendre plusieurs formes d’après l’auteur :
- le collectionneur ou « grand » amateur de belles choses et qui a les moyens de se les offrir : il représente alors un trésor public dans le sens où la tradition veut qu’il le lègue à un musée ou à une fondation
C’est donc un agent actif du marché, il échange avec d’autres collectionneurs, fait de la publicité aux peintres et renforce l’activité des médiateurs.
- les peintres, ils s’auto consomment tel un organisme qui se nourrit lui même
- le public qui consomme par le regard : il a un rôle passif mais important car il transforme l’image de l’artiste et donc de l’art (sans lui, pas d’avant garde car il est la cible des provocations)
Le danger est que l’on tend vers un public qui refuse de prendre au sérieux les œuvres avant-garde, qui deviendrait un non plubic qui souhaite rester fidèle aux normes, à l’esthétisme…
Enfin l’artiste trace les traits caractéristiques de l’art moderne :
- il trouve sa source dans sa rupture avec l’académisme sans toutefois abandonner les valeurs de reconnaissance et le désir de sécurité
- en découle l’image de l’artiste « éxilé », appartenant à une sphère à part, à un autre monde étrange (il est ici isolé en temps que simple producteur)
- grande quantité d’intermédiaires entre les producteurs t les consommateurs, l monde de l’art restant tout de même un univers assez clos
- la visibilité sociale du peintre dépend du mouvement auquel il appartient, ou de son engagement ou non dans « l’avant-garde » (paradoxe avec l’image de l’artiste isolé, exilé)
Cet ensemble déstabilise le spectateur qui se désinvesti : l’image véhiculée par les médias contribue à déconsidérer l’art contemporain, nous donnant l’impression de perdre toutes mesures, tout jugement, toutes valeurs.

II. CHAPITRE DEUX : Le régime de la communication ou l’art contemporain

Rappelons nous qu’Anne Cauquelin traita dans ce premier chapitre de l’art moderne et de son économie de la consommation. Ici, l’auteur poursuivra sur la notion, la définition de l’art contemporain s’inscrivant dans une économie de la communication, économie qui nous régit aujourd’hui. C’est ainsi qu’elle traitera dans ce nouveau chapitre de la manière dont l’économie de la communication se manifeste dans les pratiques artistiques contemporaines. Effectivement, la transformation du domaine artistique n’est pas simplement et totalement expliqué par la précédente économie (théorie vue plus haut), du moins, ce n’est pas le seul facteur.
L’auteur tentera dans un premier temps de repérer, d’identifier les mécanismes induits par le régime de la communication dans notre société, puis comment nous sommes passés d’une économie à l’autre, enfin, les conséquences sur le monde de l’art.
L’idéologie de la communication dans la société du même nom : Anne Cauquelin explique le réseau de relation de notre nouvelle société de communication par des dispositifs qui rentrent dans le cadre d’une compétition internationale et par une nécessité sociale. C’est ainsi qu’ils doivent assurer le niveau technologique et le développement d’unité des groupes sociaux. Deux grands principes sont ici mis en avant, le progrès et l’identité.
Le réseau étant une sphère très vaste (le réseau se répétant indéfiniment lui même), les conséquences sont telles que l’auteur se retrouve ne plus être original, tandis que l’événement lui n’est plus nouveau car tout contenu du réseau est sur le même plan, dans une même circularité. Pour créer une différence, il y a la nomination, et donc un classement dans les différentes entrées connectées.
La communication en elle même transcrit l’importance du rôle du langage (c’est par le langage que se structure les groupes sociaux, la vision du monde, sa perception…) La réalité n’est plus formée par les sens car la communication en forme une autre au second degré, créant alors « des réalités ». C’est le développement de langages artificiels et leurs usages qui changent notre vision de la réalité et construisent peu à peu un autre monde. Ces transformations touchent l’art :
- dans sa mise en circulation ( le contenant)
- dans son registre intra artistique (le contenu)
  • La commande : le plus souvent elle provient des institutions comme les musées, les départements d’arts contemporains, des fonds régionaux d’arts contemporains (FRAC). Leur fonction étant de désigner au public ce qu’est l’art contemporain.
L’auteur définit plus tard les artistes-créateurs : elle les replace dans le réseau communicationnel, qui d’après elle les traite
- comme un simple élément constitutif (sans eux, le réseau n’a pas lieu d’être)
- comme produit du réseau (sans le réseau, l’œuvre et l’artiste ne sont pas visible)
Ces éléments constituent le principe même de la communication soit bouclage, saturation, nomination. Cela donne le statut « contemporain ». De ce fait, tout comme une œuvre d’art contemporaine retranscrit l’art contemporain en lui même, ce dernier se met en vue dans son propre processus de production « comme totalité, et totalité bouclée » . Le principe de la communication étant de « tout dire » , « tout rendre public » , jouer ainsi la transparence, seule la vitesse de transmission peut tenir un rôle discriminatoire. L’artiste doit alors être international ou ne pas être, prendre part au réseau ou en être exclus, « in ou out , un choix difficile à assumer ». L’artiste, en entrant dans ce réseau est obligé d’en suivre les règles s’il désir y rester, soit
- se renouveler
- s’individuer en permanence
- se répéter pour qu’on le reconnaisse (la répétition d’un signe identitaire)
alors il se sera montré partout et saturera le réseau. Le danger étant qu’une fois trop à découvert, l’artiste n’est plus protégé de la communication « qui l’a déjà digéré ». Pour rester dans le réseau l’artiste va chercher le scoop, de nouveaux espaces artistiques, des réorientation.
Enfin Anne Cauquelin aborde le rôle du consommateur de ce réseau :
- les producteurs sont les professionnels de la mise en circulation
- les œuvres d’art, les artistes sont les objets-pretextes de cette transmission
- les destinataires sont les gestionnaires du réseau car dans le système de l’art contemporain, le fabricant-producteur de la mise en réseau d’une information la destine à lui-même, et la consomme après l’avoir fabriquée.
- Le public, citoyens ordinaires sont contraint par ce système de se rendre compte que c’est de l’art contemporain indépendamment de leur jugement esthétique car le prix et la présence de ces œuvres dans les musées assurent la valeur du spectacle.
Ainsi le contenant l’emporte sur le contenu : c’est la mise en vue qui donne la signification « Voici le monde de l’art contemporain ». Le réseau affiche son propre message, ainsi le public consomme le réseau et le réseau se consomme lui-même. C’est le dispositif de l’autoconsommation, et de l’autoexhibition.

En Bref

« L’art contemporain », d’Anne Cauquelin traite du lien qu’entretient le public avec l’art contemporain. Celui-ci est confronté à de nombreux éléments troublant sa vision générale de l’art comme la dispersion des lieux de culture, les nombreuses publicités, les œuvres qui prolifèrent en masse …
Cette œuvre parle aussi des différents questionnements qu’a le public envers le marché de l’art, sur ses goûts personnels, son envie d’adopter un jugement esthétique ...
On remarque aussi qu’il y a un intérêt permanent du public pour l’art, son évolution, sa diversité … (En s’intéressant à l’art et à ses œuvres, il se sent « éduqué », ressent une certaine élévation devant la contemplation d’une œuvre).
Anne Cauquelin traite une problématique essentielle : En quoi peut-on définir certain art comme étant « contemporain » ?
Afin de déterminer si une œuvre est contemporaine ou non, on va se référer à des critères, à des distinctions qui identifient l’art en tant que contemporain indépendamment de son inscription dans le temps.
L’art contemporain refuse d’adopter des règles de divisions par genres, périodes, c’est en dehors de la « sphère artistique » que l’on peut chercher les critères de l’art contemporain (thèmes culturels, registres littéraires et philosophiques …).
Anne Cauquelin parlera ensuite de la place que tient l’art contemporain au sein de l’économie jouant un rôle sur le rapport que le public entretient avec l’art contemporain et ses œuvres.
On voit, dès lors, qu’en général les prix du contemporain semblent exagérés, faramineux. Qu’il y a deux personnages jouant un rôle dans cette économie : le producteur et l’acheteur s’entourant de nombreux personnages : les critiques, publicitaires, conservateurs, subversifs, musées …
Cette ouvrage traite ensuite de l’ « art moderne » en tant que régime de la consommation.
Le modernisme se définit par le comportement, l’attitude que l’on adopte vis-à-vis des innovations culturelles et sociales. C’est ainsi que l’art moderne se réfère à une période économique (l’ère industrielle, son développement, son aboutissement dans la société de consommation).
Anne Cauquelin parlera, par la suite, des impacts qu’a le régime de la consommation sur l’art dit « moderne », en relevant toujours cet échange entre le producteur (l’artiste) et le consommateur (l’amateur, collectionneur). L’art contemporain définit en tant que régime de la communication, elle énonce les différents processus de cette communication : organisation sociale, différents systèmes technologiques de transmission de l’information … permettant ainsi la diffusion en masse des œuvres, la découverte d’artistes …
Nous avons alors accès à la vision d’un changement au fil du temps (changement au sein de l’art, de la réceptivité du public …).
Quant aux différents effets de la communication sur le marché de l’art, ils donnent l’impression d’une certaine redondance, d’une saturation envers les œuvres, de nouveautés pas si nouvelles qu’elles en ont l’air …
Anne Cauquelin parlera ensuite de ce qu’elle nomme les « embrayeurs », que l’on pourrait nommer les subversifs, se voulant être l’opposé des conservateurs. Ceux-ci nous amènent vers un mouvement de rupture qui déconcertent et qui annoncent une nouvelle réalité. Ces embrayeurs sont sollicités pour servir de référents dans un contexte donné.
Anne Cauquelin donnera des exemples d’embrayeurs : Marcel Duchamp, Andy Warhol et Léo Castelli (marchand-galeriste-collectionneur). Ces trois personnages exercent une activité s’intégrant au sein du régime de communication faisant référence à l’art contemporain. Ils ont bouleversé le champ de l’activité artistique, ont chacun un côté subversif reniant les règles pré-établies, traditionnelles de l’art s’opposant aux conservateurs (art des musées…)
Elle traitera ensuite dans son ouvrage de l’actualité et nous dévoilera les différentes formes d’art d’aujourd’hui, comme par exemple l’art conceptuel, le minimalisme, le land art … Elle nous montrera le lien qu’entretient l’art avec le numérique et qu’il devient de plus en plus cognitif, porte l’intérêt des gens …