La Nature Dans L'Art


La nature dans l'art

La Nature Dans L'art est un ouvrage écrit par Gilles A. Tiberghien publié en 2005 et édité par Le Centre National de La Photographie.

Résumé de l'ouvrage :

"Pour les artistes contemporains qui travaillent dans la nature et avec elle, la photographie joue un rôle dont l'importance est variable. Pour certains, il s'agit de témoigner d'un travail éphémère que les intempéries vont détruire plus ou moins rapidement, la dégradation pouvant être considérée comme partie prenante de l'œuvre, tout comme sa croissance et son évolution. Pour d'autres, il s'agit de rendre visibles des œuvres très difficiles d'accès sans pour autant se substituer à elles ou à l'expérience sur le terrain quelles requièrent afin d'être pleinement appréciées. Pour d'autres, enfin, la photographie nous restitue l'équivalent d'une démarche à laquelle nous n'avons accès que grâce à cette, trace : il en va ainsi, par exemple, pour les artistes dont l'art tout entier consiste à marcher. Ce livre essaie de rendre compte de la diversité de ces pratiques chez des artistes dont aucun ne se prétend photographe mais dont tous ont un rapport singulier à la photographie."

Explications

Depuis longtemps, Gilles A. Tiberghien traque les relations que l’art entretient avec la nature. Ce qui est nouveau, ici, c’est une vision de la nature qui excède la définition du simple paysage. Avec l’objet « cabane », la nature est captée dans son déroulé diachronique. Elle n’est plus seulement une étendue ou un réseau offert à la traversée des regards, elle devient ce qui, sous la culture, travaillerait le mythe de la naissance de l’humanité. La nature comme enfance de la culture renvoie à une expérience personnelle par laquelle le sujet s’éprouve d’abord comme l’origine de l’homme et, plus précisément, de l’adulte en lequel il attend et redoute de s’accomplir un jour.

Voilà pourquoi la petite enfance de l’auteur dessine la matrice de ses Notes. Tiberghien est un kid américain, un Indien d’avant les cowboys, un descendant de Walt Whitman. L’été 1999 passé dans une cabane du Vermont le ressource à ses premières années vécues dans l’Etat de Rhode Island au milieu des bois. L’alliance que l’adulte sur le retour contracte avec sa propre enfance produit cette construction très particulière qu’est la cabane, maison ouverte sur le monde, en prise directe sur la nature environnante, provisoire et précaire, fabriquée de bric et de broc, refuge d’anachorète, de hors-la-loi ou de homeless. La figure tutélaire de Henry David Thoreau est logiquement convoquée parce qu’elle s’inscrit presque « naturellement » dans une telle quête mais aussi parce que la cabane située tout près de Walden Pond ne se trouvait pas bien loin, imaginairement et symboliquement non plus, de celle occupée par Tiberghien lui-même.

La Cabane et quelques autres choses3 est peut-être davantage une réflexion sur la pensée et les territoires qu’elle défriche et emprunte que sur les conditions de vie particulières induites par un mode d’habitat singulier. Des cabanes, il y en a plein la tête et plein les livres (il y a même des cabanes-livres ou bibliothèques-cabanes, comme celle de Matej Kren) et elles déplacent les lignes et les frontières pour se tenir en lisière, en bordure, à la frontière, bref, dans un entre-deux, entre nature et culture, enfance et maturité, état sauvage et civilisation, dualités que la cabane distingue et associe sans cesse.

N’ayant pas prétention à la noble histoire de l’architecture, elle donne lieu à des images composées d’autant de souvenirs que de trucages, de reconstructions qui ne sont jamais des réhabilitations, de fabrications à cheval sur le dedans et le dehors. Les photographies qui viennent illustrer ce statut incertain dégagent ainsi un puissant parfum de paradis perdu. Par ce biais, elles se font l’écho de celles qui, dans l’album de La Nature dans l’art, en général plus élaborées que les premières, ont néanmoins conservé cette vulnérabilité d’un instant. Décalant la formule de Hamish Fulton, elles rappellent qu’ « an image cannot compete with an experience », ce qu’à sa manière Antonin Artaud exprimait ainsi : « Tristesse exquise d’un vrai jour de printemps ».

L'auteur