La chambre claire: Note sur la photographie

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Roland Barthes (R.B), 1915- 1980, critique littéraire et sémiologue français est l’auteur de La chambre claire, 1980.
L’auteur découvre le véritable sens de la photographie comme une chose qui « répète mécaniquement ce qui ne pourra jamais plus se répéter existentiellement ». Les photos qui intéressent R.B sont celles qui font ressentir une émotion, un plaisir. N’étant pas photographe, il axe son travail sur le point de vue du sujet regardé et du sujet regardant.
Selon l’auteur, les photographies peuvent être analysées selon trois points de vue :
- Celui de l’Operator (que l’auteur ne considérera pas beaucoup)
- Celui du Spectator (celui qui regarde la photo)
- Celui du Spectrum (celui qui pose pour la photo) (il l’appelle ainsi « parce que ce mot garde à travers sa racine un rapport au « spectacle » et y ajoute cette chose un peu terrible qu’il y a dans toute photographie : le retour du mort. » p.23)
Il se lance fermement dans l’explication de ce que signifie le Spectrum et en dégage une idée générale qui est que lorsque l’on est pris en photo et qu’on le sait, on se façonne une image de nous-même que l’on veut montrer aux autres « je me constitue en train de « poser », je me fabrique instantanément un autre corps, je me métamorphose à l’avance en image. » p.25), parce qu’on est en quête de ce que le Spectator va ressentir et penser à la vue de notre photo « une image –mon image- va naître : va-t-on m’accouder d’un individu antipathique ou d’un « type bien » ? »p.25).
Il s’attaque ensuite à celui du Spectator et le relie directement à l’affect, il évoque ses émotions ressenties ou non, à la vue d’une photo et se questionne sur ce qui en est responsable.
Il dégage deux caractéristiques d’une photographie qui amène à ressentir une émotion.
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- Le Studium, qui lui amène à penser qu’une photo lui plaît moyennement, mais qu’il n’est pas indifférent à celle-ci, causé par l’attrait pour la personne sur la photo, ou le contexte général « je n’ai pas besoin d’interroger mon émoi pour énumérer les différentes raisons qu’on a de s’intéresser à une photo : on peut : soit désigner l’objet, le paysage, le corps qu’elle représente : soit aimer ou avoir aimé l’être qu’elle nous donne à reconnaître : soit s’étonner de ce qu’on voit : soit admirer ou discuter la performance du photographe. » p.37-38.
Il dit « soit admirer ou discuter la performance du photographe », on comprend ensuite pourquoi lorsqu’il reprend «par « reconnaître le studium, c’est fatalement rencontrer les intentions du photographe. […] car la culture (dont relève le studium) est un contrat passé entre les créateurs et les consommateurs. » p.50-51. Le studium est donc « l’intérêt divers » (p.50) pour une photographie, que l’on ressent en liaison avec celle-ci.
Il existe dans la photographie unaire « La photographie unaire a tout pour être banale […] Dans ces images, pas de punctum : du choc – la lettre peut traumatiser -, mais pas de trouble : la photo peut « crier », non blesser. » p.70. On peut classer dans ce type de photographie les photographies de reportages ou encore la pornographie.
- Le Punctum, est donc le détail d’une photo qui attire, il existe parfois grâce à une dualité comme une photo ou sont présents deux soldats au premiers plans et deux bonnes-sœurs en arrière-plan, le mélange de ces quatre personnes qui n’ont rien à faire ensemble et qui créent un paradoxe total créent le punctum car c’est une photographie de temps de guerre et que l’Operator a peut-être simplement voulu relater les faits en image en ne pensant pas que cela provoquerait une émotion pareille à la vue d’autrui. Le punctum est ressenti, c’est pourquoi si il y a mise en scène, si on peut parler de « punctum artificiel », R.B nous dit qu’il n’est pas touché par l’image. Le Punctum est donc relatif au Spectator et n’est pas dépendant du photographe.
Au fil du récit, il s’affaire à retrouver une photo de sa mère qui serait bien elle et qui la représenterait, qu’il finit par trouver, une photo de sa mère enfant.
Il déclare alors la photographie comme essence même de la chose. Elle a fonction d’avoir été, tout ce qui est sur une photo « a été », c’est une constatation indéniable. Elle provoque l’arrêt-même du temps.
Tout au long de son œuvre il cherche à clarifier la photographie et finit par le faire en la décrivant comme « une nouvelle forme d’hallucination : fausse au niveau de la perception, vraie au niveau du temps ».