L'art contemporain et la télévision


art et TV

Ce livre est très imagé, on retrouvé des photos de nombreuses performances et œuvres d’art. Il y a même des jeux avec les lettres de début de paragraphe : elles sont comme des chiffres numériques.

« On peut être dans ou devant la télévision sans lui appartenir »

La télévision nous montre beaucoup de choses mais toujours de loin, d’où son nom : télé-vision. Les politiques et publicitaires s’en servent pour leurs stratégies de communication, mais les arts plastiques sont très peu diffusés, ce qui n’empêche pas pour autant les artistes de s’y intéresser de très près. En effet, ils s’en servent en vue la transformer, de lui faire dire autre chose, comme David Douglas qui demande aux spectateurs de ses performances télévisées de toucher l’écran de leur poste avec leurs mains.
Dès 1930, la télévision devient plus accessible aux artistes : certains d'entre-eux essayent d’en faire un objet d’aide sociale pour tous, comme Nicolas Schuffer avec la création d’œuvres cybernétiques.
Aussi, les producteurs cherchent des expériences pour animer leur plateau : Jean-Christophe Averty se distingue avec les raisins verts qui scandalisent l'opinion public.

Si il y une date à retenir, c'est bien l'année 1971, durant laquelle une télévision autrichienne propose à des artistes contemporains de participer à un programme sur l'art. Weiber et Export y participent et montrent au public quels effets peut avoir la télévision sur nous. Toutefois, en cherchant à montrer ces effets, grand nombre d’artistes finit par se heurter au problème de la censure.

L’un des grands changements fût le jour où Gerry Schum décida de mettre en plus une demi-heure d'exposition télévisuelle d’œuvres d'arts. Certains artistes en viennent même à créer leur propre média avec une télévision alternative. C’est grâce à leur militantisme que certains artistes se font connaître comme ANT TARM de Media Burn.

Puis, les artistes commencent à s’intéresser à la programmation, tel Fabrice Hyber qui transforme la Biennale de Venise en studio pour réaliser la « télé désirée » en y associant une exposition.
Aussi, Olivier Bardin se joue des émissions télévisuelles existantes et rend compte de l'audace féconde de la télévision.
D'autres artistes dénoncent, quant à eux, par leurs œuvres la manipulation et toutes les mauvaises choses que peut apporter la télévision, en se passant d'image pour jouer sur le fait qu’elle ne nous montre en réalité rien de concret.
Ceux-ci en arrivent à vouloir « dynamiter la télévision » : Bill Vola, pendant les publicités, montre, par exemple, des portraits de téléspectateurs renvoyant au réel téléspectateur leur image. Chris Burden, quant à lui, veut choquer : entre deux réclamations il présente sa performance Through the Night Softy.

Cependant, d’autres artistes comme Danier Buren s’immiscent plus discrètement pour démontrer les mêmes effets néfastes du monde télévisuel.
Ainsi, les artistes participent à des shows télévisés comme Kyupi Kyupi ou encore Andy Warhol, cherchant à montrer une indifférence anesthésique : ils mettent en avant qu’ils n'ont rien à faire là à l'instar du téléspectateur n’a pas à regarder cela.
D'autre part, certains réalisateurs de clips prennent parti pour l'art à la télévision, et font appel à des artistes contemporains comme Tony Oursley travaillant avec New Order.

Des artistes se servent de la télévision d’une nouvelle façon : ils s’en servent en jouant avec son fonctionnement interne : ses branchements, ses circuits,…
« Les médias deviennent les medium artistiques » : démystification de la télévision en la démontant et en montrant son fonctionnement, cassant cette idée de magie.

Nam June Paik joue avec le téléviseur pour faire afficher sur les écrans des choses inhabituels comme dans zen for TV ; le poste de télévision devient le lieu de diffusion de la bande des artistes.
Wolf Vostell dénonce aussi l’impacte de la télévision en la mettant dans du béton tout en la laissant fonctionner et Wang remet en question le cirque médiatique avec son tunnel d’espace temps.

La naissance d’une nouvelle façon de dénoncer arrive : filmer la caméra qui filme ou encore filmer sur toutes les prises de vue en même temps. En voyant cela, on ne se reconnaît plus et cela nous donne l’impression que notre propre corps devient étranger.
La télé intéressent aussi les artistes de performance qui vont vouloir s’en servir comme Marina Abramovic et Ulay lors de AAA-AAA. Vito Accuci joue sur la fausse proximité de la télévision dans Theme Song.
Plus tard, des films sur des télévisions prenant vie commencent à apparaître et révèlent l’impacte de la télévision sur notre imaginaire. En effet, la télé profite des grands événements pour être de plus en plus envahissante mais les artistes, malgré le programme, continuent de vouloir la sauver.

Aussi, les pratiques amateurs de films deviennent une nouvelle forme de modèle pour les artistes voulant montrer des choses banales, comme un journal intime vidéo. Miko Kelley avec Domestic scene met en avant les côtés sombres de la télévision avec suicide, viole, etc, nous disant que les scénarii de la télévision marchent comme souvenir-écran, nous donnant à réfléchir sur la représentation de nos propres vies.

Par ailleurs, la télévision est devenue la source incontournable d’informations en tout domaine. Le groupe General artists explique que la télévision remet en jeu la place de l’artiste dans la société, et qu’il doit faire ses preuves face à celle-ci. Ils ne se laissent pas faire et se servent de la télévision contre elle-même grâce aux informations qu’elle donne.
Les règles de la télé sont de satisfaire de téléspectateur, de le captiver; les artistes s’en jouent en renvoyant leur bêtise comme William Wegma avec Product (Reel 2). Fillou se sert de la télé pour montrer que tout le monde peut expliquer son talent avec Sans titre-Sans tête.

L’analogique va peu à peu faire place au numérique : c'est une important avancée car il ouvre la porte aux images de synthèse. Ensuite, le poste de télévision fait place à l’ordinateur. Les artistes se servent donc de l’informatique pour faire une nouvelle forme d’art comme Jeffrey Shaw.
Les artistes nous indiquent d’autres manières de regarder la télévision et nous incitent à ne pas trop nous laisser nous faire hypnotiser, sans pour autant la proscrire. Avec la naissance d’internet naît l’espoir que l’art soit accessible pour tous.

La télévision garde cependant une importance : elle nous fait part des couvertures médiatiques, elle arrive avec la télé-réalité à transformer des faits divers en choses extraordinaires, des athlètes peuvent être transformés en légendes vivantes, etc. De tout cela, il faut retenir une chose importante : l’image télévisuelle est l’affaire de ceux qui la regarde comme de ceux qui la font.