L'art c'est la vie : Duchamp, Fluxus, etc...

Performances et Happening


Performances et art du vivant

Le corps, l’espace et le temps sont les paramètres essentiels de l’art performance ou performance artistique.

C’est une forme d’art hybride qui englobe diverses préoccupations artistiques ainsi qu’un grand nombre de disciplines et de techniques, parmi elles, la littérature, la poésie, le théâtre, la musique, la photographie, l’architecture, la peinture, la vidéo ou encore des projections de différentes formes et combinaisons.

La performance est un art du mouvement, du vivant, du mouvant, qui a vu le jour au milieu du XXème siècle et durant les années 60.
Il a permis d’aborder des thèmes essentiels de la culture de l'époque en marquant un lien de la pensée à l’action.

La performance est un phénomène tout particulièrement éphémère, ainsi une fois l’œuvre donnée en public, elle tend à devenir mythe et ne subsiste que sur quelques photographies.

L’art performance nous offre une prise directe sur l’imaginaire et la culture visuelle contemporaine mais il doit aussi être envisagé comme une forme d’expression des luttes politiques, sociales, culturelles et intellectuelles voulant aboutir en faveur d’un changement culturel comme cela se déroula dans certaines grandes villes d’Europe, des Etats-Unis ou encore du Japon.

C’est en partie un art contestataire dont les 1ères créations furent portées comme réactions aux séquelles des traumatismes laissés par l’après guerre, et aussi par la nouvelle société de consommation.

Comme les faisaient les dadaïstes en engageant l’art sur la voie de la confrontation publique, par leur démarche artistique, les artistes de performances ont participé aux bouleversements sociaux de l’époque, en endossant tantôt le rôle d’activiste, de chaman ou de provocateur.

L’art du vivant est un art du risque immédiat, présenté en public souvent en interaction avec les membres de celui-ci.

L’histoire de la performance au XX eme siècle a révélé que ce genre avait été un laboratoire expérimental pour différentes formes d’art les plus originales et avant gardistes.

Le Happening

En 1959 suite à la pièce d’Allan Kaprow, « 18 happenings in 6 Parts » organisée à la Ruben Gallery de New York, les medias utilisent le terme ''happening'' pour décrire un genre très diversifié d’évènements et de rassemblements d’artiste.

On peut aussi considérer qu’en 1952, la représentation de ''Theater Piece No. 1'' au Black Mountain College par John Cage, serait un Happening et précéderait donc celui de Kaprow.

Durant la fin des années 1950, un happening était donc une performance,une représentation, un événement ou une situation qui pouvait être considéré comme un art différent cependant de la simple performance par son caractère spontané et le fait qu'il exige la participation active du public.

Ainsi, pour Allan Kaprow : « Structurellement et philosophiquement, c’est la même chose » mais la performance est en réalité un évènement artistique, et il se produit devant un public, contrairement au happening qui lui n'a pas de public, seulement des intervenants, et qui ne comporte pas de référence à la culture artistique, pas de référence à la musique, au théâtre, à la littérature.
C’est donc une « intervention artistique » par laquelle toutes sortes de matériaux, de couleurs, de sens, d’odeurs, d’objets et évènements ordinaires sont orchestrés de façon à se rapprocher du spectacle de la vie moderne de tous les jours.

Selon Giuseppe Chiari, le happening c’est « assumer un acte qui s’accomplit dans la vie quotidienne, habituellement, distraitement, presque sans s’en apercevoir, comme un acte signifiant. »

Le happening peut être simplement nommé théâtre de l’effet.
Il ne possède pas de territoire spécifique ou de philosophie évidente, mais comprend 4 conditions : ''Indetermination'', ''Hasard'' , ''caractère éphémère'' et ''usage de matériaux de récupération''.

Kaprow a également définit 4 niveaux de happening:

* un premier niveau actuel se caractérisant par l’immédiateté physique
* une fantaisie qui derive de la vie
* une structure organisée d’evenements
* mise en œuvre d'un sens suggestif ou symbolique.


D’autres auteurs préférant parler de « mixed- média » distinguent également 4 genres :

-> Les happenings purs qui ne sont pas pratiqués dans des situations théâtrales conventionnelles, mais , par nature ferment un espace et imposent une focalisation sur les actions. Parfois l’environnement est naturel. Certains peuvent être élaborés n’importe où, avec ou sans spectateur.

-> Les environnements cinétiques qui different du happening pur par l’espace qui est spécifiquement défini et par le comportement du public, qui est précisément programmé. Cependant, comme les purs happenings, ils sont structurellement variables ou ouverts dans le temps et dans l’action.

-> Les happening scéniques sont pratiqués sans les espaces définis le plus souvent des sciènes théâtrales. Les actions des performeurs sont indéterminées ou variables. C’est le cas des actions Fluxus, et des events de Cage. Toutefois, selon Kaprow, cette catégorie n’est pas à proprement parler un happening mais une forme non théâtrale scénique. Pour lui un match de football entre dans cette catégorie. Les interpretes usent d’actions indéterminées et le public reste passif.

-> Enfin, les performances scéniques exigent que les actions soient planifiées, ce qui les distingue des actions Fluxus, de conception bien plus minimale, et bien plus aléatoires. Le public observe et les dimensions temporelles et spatiales sont définies par avance. Les performances scéniques sont proches du théâtre conventionnel. Cependant des modes différemment de communication sont utilisés et il n’y a pas de fonction fusionnante. Cela peut être un travail de mime, une danse ou une simple expérience perceptuelle.

Les interprètes ne sont pas programmés comme les comédiens, ils n’incarnent pas une personnalité différente d’eux même. Toute synchronisation ou narration est abandonnée au profit d’un ordre chaotique et les activités tendent à être discontinues dans la structure.

Des happenings, art éphémère, il ne reste que quelques documents d’archives, des photographies et de très rares enregistrements vidéo.

Allan Kaprow


Allan Kaprow, né en 1927 à Atlantic City dans le New Jersey et mort le 5 avril 2006, est considéré comme l’une des figures les plus influentes de l'art américain contemporain.
Il a été tout d'abord peintre lyrique abstrait puis a suivi des cours à la New School for Social Research en 1957.
C’est lors de cours dispensés par John Cage qu’il s’est familiarisé à la pensée de Marcel Duchamp qui aura une importance décisive dans son propre cheminement intellectuel.

A l'image de John Cage, Allan Kaprow rejette tous les préconçus sur l'art et ses objectifs, et cherche à abolir la frontière sacrée entre l’art et le non art, entre l’art et la vie.
Il contribue avec Jim Dine, Claes Oldenburg, Robert Whitman et Red Grooms à créer le «Happening» qu'il définit comme étant:
"Un assemblage d'événements joués ou perçus en plusieurs temps et lieux (...), ses activités peuvent être inventées ou tout à fait ordinaires (...). Le Happening se déroule selon un plan mais sans répétition, ni public. C'est de l'Art mais qui paraît plus proche de la vie."

Ainsi Kaprow pourrait être décrit comme un artiste qui fait des œuvres avec la vie.
Pour lui, les contenus de la vie de tous les jours sont plus que simplement le sujet de l’art. C’est le sens de la vie.

Les significations de la vie l’intéressent d’avantage que les significations de l’art, Kaprow se positionne lui-même dans le flux de ce que John Dewey appelait « les évènements de tous les jours, les actes et les souffrances qui sont reconnus universellement comme constitutifs de l’expérience. »

Son premier happening ouvre une réflexion sur la nature éphémère de l'art.
Avec cette forme, il n'y a plus de frontières entre la chose regardée, l'oeuvre de l'artiste, et le sujet qui la regarde. Dans les années 60, il conçoit des « environnements » avec des objets du quotidien dans lequel le public évolue, pour devenir dans les années 70 des « activiés », moments plus intimistes qui mettent en jeu l'intersubjectivité des participants. De 1974 à 1993, il enseigne à l'université de San Diego, au département des Arts visuels.
Allan Kaprow est l'auteur de plusieurs essais dont Assemblages, Environments and Happenings en 1966 et Essays on the Blurring of Art and Life en 1993. (liens)

L’apparition du Happening en Europe


Jean jacques Lebel


Jean-Jacques Lebel est né à Paris en 1936, artiste plasticien, écrivain, créateur de manifestations artistiques, il est le fils de Robert Lebel, critique d'art.

Baigné dans l'art dès sa jeunesse, Jean-Jacques Lebel a fréquenté de nombreux artistes dont Marcel Duchamp. Inlassablement, Lebel a transgressé les pratiques artistiques.
Il réalise sa première exposition en 1955 en Italie ( Galleria Numero – Florence) .
Il a été dans un 1er temps raccroché au courant surréaliste pour certaines des ces œuvres. Puis il a exposé à Milan, à Paris, puis dans de nombreux musées et galeries à travers le monde.
L'itinéraire de l'artiste manifeste dans chacune de ses œuvres une volonté farouche d'échapper aux catégories et aux classifications.

Son œuvre « L’enterrement de la Chose » qu’il réalise, à Venise en 1960, a été considérée comme le premier happening européen.
Dans cette œuvre on enterre une sculpture de Jean Tinguely après une cérémonie funéraire rituelle. Ce happening, répond au désir profond de rendre hommage à l’assassinat d’une de ses amie proche et de protester contre une société asphyxiante.

L’enterrement de la chose s’inscrit principalement, comme tous ses happenings par la suite (il en produit une vingtaine de 1960 à 1967), dans un courant de contestation contre des formes artistiques établies, contre le colonialisme et la violence. Associant l’art et la vie, ces happenings, se trouvent dans le prolongement des actions dadaïstes et du théâtre de la cruauté d'Antonin Artaud.

Par la suite, il publie sur le mouvement des happenings à travers le monde et écrit le premier essai critique en français sur le happening. À partir de cette date, il produit plus de soixante-dix happenings, performances et actions, sur plusieurs continents, parallèlement à ses activités picturales, poétiques et politiques.
Il exprime alors un besoin permanent de montrer que l'art et la vie ne doivent faire qu'un.

Jean-Jacques Lebel étant un ami très proche de l’artiste américain Allan Kaprow, il a joué le rôle, d’un fédérateur d’énergies entre l’Europe et les Etats-Unis.

Il privilégie l’action collective, le mixage et l’hybridation de toutes les formes, ose mélanger les genres et fait exploser les limites entre les différents domaines tout en apportant une dimension politique et érotique forte qui distingue ces œuvres de celles de Kaprow plus liés aux domaine des arts plastiques.

Fluxus

"L'art a estompé la différence entre l'art et la vie. Laissons maintenant la vie estomper la différence entre la vie et l'art", John Cage

Fluxus, qui signifie ''courant, flux'' en latin, est un mouvement d'art contemporain qui prend forme dans les années 1960. Il s'apparenta à toutes sortes d'arts dont les arts visuels, la musique et la littérature.

Inspirés par Dada, la philosophie zen, Marcel Duchamp et John Cage, plusieurs jeunes artistes à la fin des années 1950 se réunissent pour l'amour de l'art quel qu'il soit. Réactionnaires dans une société à l'aube de subir de grands changements, militants pour la liberté d'expression, ils s'opposent aux institutions et à la notion d'œuvre d'art afin de laisser libre champ à leurs inspirations. De nombreux artistes ont contribué au mouvement dont certains grands noms, citons-en quelques uns :

Georges Maciunas, Joseph Beuys, Nam June Paik, Yoko Ono, Dick Higgins, Robert Filliou, Wolf Vostell, Charlotte Moorman, Bazon Brock, Henry Flynt, George Brecht, Marcel Alocco, Serge Oldenbourg, Ben Vautier, Ben Patterson, Jean Dupuy, Daniel Spoerri, Vytautas Landsbergis et bien d'autres.

Fluxus est né en 1961 par nécessité. Son père était Georges Maciunas, et sa mère le rejet des valeurs et de l'environnement du "grand-art", ainsi que du mercantilisme qui dominait l'art international après la Seconde Guerre Mondiale. L'époque et le chaos avaient obscurci les idéaux et l'espoir de la nouvelle société que les Dada, le LEFT (Left Front of Arts) et les constructivistes du NOVY LEF avaient souhaité - le dada et son rejet du militarisme embrassait une pensée résolument libertaires; ces branches du constructivisme croyaient au fonctionnalisme et à un art qui répondait aux besoin des gens.
Maciunas voyait Fluxus comme le Concret et une sorte "d'anti-nihilisme" qu'il définissait ainsi "l'anti-art c'est la vie, la nature, la vraie réalité, c'est une unité un tout. La pluie est de l'anti-art,un éternuement est de l'anti-art...". Maciunas a rédigé un manifeste à partir de la définition du "flux" trouvée dans le dictionnaire, puis il a choisi dans cette définition les points ayant une connotation de changement, de durcissement, de purge, d'inondation et de fusion. Il a ensuite organisé une série de festivals montrant des œuvres résolument nouvelles avec des non-artistes, des musiciens et les réalisateurs les plus radicaux de différents pays.

Les œuvres Fluxus étaient basée sur un humour non précieux, reproductible, fréquemment drôle ou provocateur, souvent concret et éphémère afin de rester en adéquation avec les idéaux développés dans les différents manifestes Fluxus, dont le plus importants fut rédigé par Maciunas.

Avec une véritable volonté de faire tout explosé Fluxus brisa toutes les barrières pour tenter de faire bouger les consciences et d'éveiller l'art dans tous les esprits. Fluxus s'élève contre l'art officiel et se veut le prolongement de Dada, en détruisant toutes les frontières qui isolent l'art de la vie. Il récuse toute volonté d'asservissement du public entretenue par l'image de l'artiste sur un piédestal du haut duquel il soumettrait et écraserait ses congénères par sa haute pensée créatrice. Fluxus refuse donc les cadres institutionnels et se manifeste le plus souvent par des performances un peu partout en Europe et aux États-Unis . Il s'est constitué comme un réseau insaisissable plus que comme un mouvement structuré.Mais n'en disons pas plus... la suite.

Fluxus : une rencontre avant tout...

Fluxus naît entre l'Europe, notamment en Allemagne, et New-York. John Cage, entre 1951 et 1961, apparaît comme celui qui ouvre la porte à une nouvelle création artistique. En partie inspirés par Marcel Duchamp et ses ''ready-mades'', des objets "trouvés" issus du monde industriel et signé par l'artiste, John Cage en applique le principe aux sons dans le but d'ouvrir le domaine musical à tous les bruits. C'est dans cet optique qu'il crée ''4'33''une composition durant laquelle le musicien présent sur scène reste silmncieux afin de mettre en relief tous les sons environnants. Introduction du bruit dans la musique, ouverture à certaines formes théâtrales, irruption du hasard dans la composition, John Cage instaure une révolution qui bouleverse le champ de la musique contemporaine, soumise alors très largement à la discipline austère du réalisme. Son œuvre interroge autant les musiciens que les artistes et les écrivains. En 1958, il propose un cours à la New School for Social Research quelques-uns des artistes qui feront Fluxus viennent y assister : Jackson Mac Low, Dick Higgins ou Georges Brecht.
Allan Kaprow a aussi fréquenté le cours l'année précédente. Professeur à l'université Rutgers dans le New jersey, il y côtoie Robert Watts et Georges Brecht. Dans un projet qu'ils rédigent en commun, ils affirment déjà la nécessité d'un rapprochement entre l'art et la vie, d'une ouverture au monde environnant et particulièrement aux nouvelles avancées de la science et de la technique.
A cette époque, plusieurs idées commencent à influer sur la pensée artistique : abandon de la suprématie du "moi", interrelation de l'individu avec la société, rapprochement de la science et de l'art...

C'est à ce moment que se développent les happenings. Allan Kaprow, qui en est l'inventeur, les voit comme le développement ultime du collage. Kaprow crée les environnements, où l'œuvre se déploie dans l'espace : se mouvant alors dans celle-ci, le visiteur se fond en elle.

Dès 1959-1960, commence à s'affirmer alors l'orientation particulière des artistes qui ont suivi l'enseignement de John Cage. Dick Higgins et Jackson Mac Low, sans pratiquer vraiment des happenings, travaillent dans leurs œuvres théâtrales à intégrer le hasard et la participation des interprètes.

Georges Brecht présente en 1959 sa première exposition individuelle qui fait suite à ses investigations musicales. Ainsi les ''events'' qu'il commence à écrire se concentrent alors sur quelques mots, quelques objets , sur des situations simples de la vie quotidienne, qui acquièrent un relief nouveau. Disposant en particulier dans l'exposition d'une valise emplie d'objets divers que le public est invité à manipuler, Brecht souhaite inscrire son travail dans un échanges direct avec les visiteurs.

En 1960, La Monte Young commence également à utiliser le langage pour décrire des situations musicales. Lui aussi a été confronté à l'œuvre de John cage; c'était à Darmstadt pendant l'été 1959. Young a travaillé ensuite dans l'atelier de la chorégraphe Ann Halprin, qui explore alors un danse dont la gestuelle s'inspire d'actions de la vie courante. Dans ses compositions, Young vise à élargir le domaine de la musique en posant la question du rôle du compositeur, de l'interprète, de la nature, du son ainsi que du lien entre l'audible et le visible.

Dans les cours de Richard Maxfield, un pionnier de la musique électronique, à la New School for Social Research, La Monte Young rencontre Yoko Ono, une jeune artiste japonaise, dont l'époux, Toshi Ichiyanagi, musicien virtuose, a suivi l'enseignement de John Cage. Yoko Ono ouvre son atelier à La monte Young, pour l'organisation de performances poétiques ou musicales, où différents artistes présentent leur travail, aux confins de tous les arts et de l'action vivante. Entre décembre 1960 et juin 1961, se produisent musiciens, poètes ou artistes comme Terry Jennings, Toshi Ichiyanagi, Henry Flynt, Joseph Byrd, Jackson Mac Low, Ricahrd Maxfield, La Monte Young, Simone Forti et Robert Moris.


C'est alors qu'intervient Georges Maciunas(photographie ci-dessus), qui dispose d'une galerie, la galerie AG, fréquente également la New School Social Research et les cours de Maxfield. Il y rencontre la Monte Young et Yoko Ono. Il désire alors ouvrir son lieu à des manifestations similaires à celles produites chez Yoko Ono. Georges Maciunas est graphiste, en plus d'organiser les concerts, il met son talent à contribution pour la création de programme originaux. Et c'est sur l'un d'eux qu'apparaît pour la première fois la mention de "Fluxus", comme titre de revue à venir.
A cette époque, La Monte Young et Georges Maciunas publient "An Anthology" qui donne la parole à plusieurs artiste présents aux soirées de Yoko Ono et à la galerie AG mais aussi à quelques autres résidants en Europe, Claus Bremer, Emette Williams, ainsi que Nam June Paik et Dieter Roth. Cependant pour des raisons financières, la maquette réalisée en 1961 ne paraîtra qu'en 1963. Le sous titre de l'ouvrage, "Opération de hasard, art concept, anti-art, indéterminé, improvisations, œuvre sans signification, désasres naturels, plans d'actions, histoires, diagrammes, musique, poésie, essais, composition de danse et composition mathématique", reprend en fait chacune des propositions formulées par les artistes participant à l'ouvrage. Regroupant ainsi des interventions d'artistes, danseurs, musiciens ou poètes, l'ensemble s'est trouvé être la première publication Fluxus, même si elle n'en porte pas le nom.

En octobre 1961, Maciunas part pour l'Allemagne à Wiesbedan proche de Cologne et Darsmsadt, qui est , à cette époque, le lieu où l'avant-garde musicale était la plus active en Europe. Darmstadt devient alors le carrefour des rencontres de nombreux partisans du mouvement Fluxus. Nam June Paik, jeune compositeur coréen, installé en Allemagne, sera également très impressionné par l'enseignement de John Cage. D'ailleurs, il fait une conférence en 1958 dans cette citadelle de culture qu'est Darmstadt. D'ailleurs Nam June Paik réalisera un ''Hommage à John cage'', en 1959 à la galerie 22, qui est un des premiers happenings européens. Dans les années à venir se développe alors en Allemagne, comme à New York, une avant-garde musicale où se pratique ce que Paik nomme la "musique action" soit une musique conçue non pas uniquement comme une production sonore, mais ouverte à la vie en intégrant les objets et les actions. Dans cette voie commence également à œuvrer Benjamin Patterson, un contrebassiste virtuose, et Emmet Williams, journaliste et poète américain avec une oeuvre intitulée ''Four Directional Song of Doubt'' [Chanson du doute à quatre directions] composée de cinq mots "you", "just", "never", "quite" et "knows" [on ne sait jamais vraiment]. Cinq personnes doivent énoncer chacune un mot qui leur est confié à chaque fois qu'il apparaît sur le damier qui sert de partition, et où chaque case désigne un temps, battu par un métronome.

Dans cette mosaïque d'artistes, Wolf Vostell joue aussi un rôle important, accueillant dans son atelier des performances comme ''Lemons'' de Patterson. Installés à Cologne en 1959, il s'intéresse de près à la musique d'avant garde, et réalise des actions qu'il intitule "dé-coll/age" qui projettent la violence de l'environnement moderne.

Maciunas qui est rapidement entrer en contact avec eux ambitionne de fédérer toute cette jeunesse d'artistes dans le but de créer un magazine "Fluxus". D'après lui cette dernière ne se divise plus en domaine fermés mais offre un continuum dans le "néo-dada reposant sur du "concret", c'est-à-dire le refus de l'illusionnisme, le rôle donné à l'aléatoire, conduisant à unité de l'art et de la vie.
Quand en septembre 1962, débute à Wiesbedan le "festival international Fluxus de musique la plus nouvelle" il agit comme un prisme à travers Fluxus voit le jour...

Fluxus International Festpiele Nuester Musik ou la genèse d'un mouvement

Fluxus se manifeste pour la première fois en septembre 1962 à Wiesbedan, lors d'une série de concerts de musique "la plus nouvelle", comme l'affirme le titre du festival, ''Fluxus International Festspiele nuester Musik''. Ce sont quatorze concerts, qui ont lieu en fin de semaine dans la salle du musée principal de la ville.
Ces concerts montrent la musique sous un autre regard, de celle qui fait rire à celle qui provoque l'incompréhension. C'est un spectacle ,dans tout l'éclat du terme, qui s'offre aux spectateurs curieux. Dans ''Danger Music # 17'' de Dick Higgins, l'artiste se fait raser la tête sur scène par sa compagne, Alison Knowles. Pour la présentation de ''Drip Music'' [Musique ruisselante]de Georges Brecht, c'est un acteur qui monte sur une échelle pour verser de l'eau dans un broc au sol. Dans ''In memoriam Adriano Olivetti'' de Georges Macinuas, les participants saluent en direction du public, chacun à son rythme, avec un chapeau melon. L'élément le plus marquant du concert réside dans le démantèlement d'un piano, un évènement repris chaque soir jusqu'à la destruction complète de l'instrument.
Cet acte trouble cette société bien rangée des années soixante, il est celui qui marquera le plus profondément les consciences. Il s'agissait de l'interprétation d'œuvre du compositeur Philip Corner, intitulée ''Piano Activities'' [Activités sur piano], qui possède une partition écrite. Ce jour là Goerges Maciunas déclare, lorsqu'un journaliste lui demande pourquoi il a démantelé ce piano :"Nous avions à nous en débarrasser. Il était usé et un piano est difficile à transporter. Ainsi, vous voyez que la composition était belle dans son utilité". Un ses amis affirme même qu'il est absurde de remettre en cause le fait qu'il s'agisse de musique puisque c'est joué sur un instrument de musique, que ça a lieu dans une salle de concert et que lui même est compositeur et joueur expérimenté.

Ainsi ce concert concrétise à sa manière Fluxus, il illustre déjà dans son ensemble les perspectives qui seront celles du mouvement.

''Piano Activities'' de Philip Corner, une performance réalisée en 1962 à Wiesbedan par Emmett Williams, Wolf Vostell, Nam June Paik, Dick Higgins, Benjamin Patterson et George Maciunas

"Manifeste Fluxus" de Georges Maciunas 1962

Dans cet ouvrage Maciunas expose l'art et l'art jeu de Fluxus comme des antagonistes affirmant non pas l'identité du mouvement mais ses perspectives de vision désireuses de sortir des cadres établis. Dans ce manifeste, il déclare vouloir "purger le monde de la maladie bourgeoise, de la culture intellectuelle, professionnelle et commercialisée" afin de "promouvoir un déluge et un courant révolutionnaire dans l'art", et "fondre les cadres culturels, sociaux et politiques de la révolution en un front et une action uniques".


L'ART


"Pour justifier son statut professionnel parasitaire, élitaire dans la société l'artiste doit démontrer qu'il est indispensable et exclusif, que l'auditoire dépend de lui, seul l'artiste peut faire de l'art."

"Par conséquent, l'art doit paraître complexe, prétentieux, profond, intellectuel, inspiré, adroit, théâtral, significatif.
Il doit sembler avoir une valeur marchande afin d'être, pour l'artiste une source de revenus. Pour accroître sa valeur (revenus de l'artiste est profit des se patrons), l'art doit apparaître comme chose rare, quantitativement limitée, donc accessible seulement à l'élite et aux institutions d'une société".

L'ART JEU DE FLUXUS


"Pour établir son statut non-professionnel dans la société l'artiste doit démontrer qu'il n'est pas indispensable ni exclusif, que l'auditoire peut se suffire à soi-même que tout peut être art, qu'importe qui peut faire de l'art."

"Par conséquent l'art-jeu doit être simple, amusant, sans prétentions, s'intéressant aux choses insignifiantes, ne demandant ni habilité particulière ni répétitions innombrables et n'ayant aucune valeur marchande ni institutionnelle.
La valeur de l'art-jeu sera réduite parce qu'il sera quantitativement illimité, en production de masse accessible à tous et éventuellement produits par tous.
L'art-jeu de Fluxus est une arrière-garde sans prétention ni besoin de s'opposer à l'avant-garde dans la lutte de la suprématie. Il se contente des propriétés monostructurelles non-théâtrales d'un fait naturel simple, d'un jeu ou d'un gag. C'est un mélange de vaudeville, de gag, de jeu d'enfant, de Spike Jones et de Duchamp."

"Georges Maciunas, une révolution furtive" par Bertrand Clavez
Bertrand Clavez, historien de l'art, et président de 4T FluXus rédigea l’ouvrage "Georges Maciunas une révolution furtive" en 2009.
Accompagné de tracts, de manifestes et de journaux Fluxus de l'artiste, le manuscrit inédit de la mère du fondateur du mouvement d'avant-garde constitue une précieuse entrée dans le monde privé de Maciunas, et l'occasion d'une réévaluation de ses choix artistiques et stratégiques

Dans une première partie, « Derrière le miroir », Bertrand Clavez présente l’artiste reconnu qu’est Georges Maciunas, ses nombreux choix artistiques et la création du mouvement Fluxus. Dans une seconde partie, « Mon fils », la mère de George Maciunas, Leokadija Maciunas, développe l’homme qu’était Maciunas dans sa vie la plus intime. Ainsi deux approches permettent d’établir un parallèle entre Mr Fluxus et George Maciunas.

"Georges Maciunas né : 1931, Kaunas, RSLT, URSS. N° de sécurité soc. : 106-24-6003. N° de permis de conduire : MO 1088 14198 837093 (7996134). N° de Passeport : B 665003. Certificat de revente : 707 7139. Compte bancaire 0210-0012 : 086-015036 dernier solde : 1 $. Type sanguin 0, WBC 9000 ; hémoglobine 16mg ; pouls 110 ; pression artérielle 120/80 ; tête – normo céphalique ; yeux – sclarée claire ; fundus – bénin ; oreilles – cérumineuses ; coeur – sinus tachycardie ; culture du nez et de la gorge – flore normale ; culture de l’antrum droit – groupe klebsielaaerobactérien. Adénoïdectomie – 1938. Appendicectomie – 1940."

Cette biographie est bien à l’image de la pensée et de la pratique de Maciunas : se définissant par une série de statistiques et de coordonnées, il expose des données qui sont absolument personnelles et le situent précisément au niveau des fichiers administratifs, mais ne révèlent rien de son intimité, de ce qui l’anime, de son horizon artistique, bref, de ce qu’il est. Designer invité du Aspen Magazine numéro 8, il aurait pu profiter de ces quelques lignes pour expliciter ses choix de mise en page, présenter son travail, ce que firent d’ailleurs les autres participants. Pourtant, alors que toute la maquette de la revue, sa sobre complexité, démontre combien ses choix sont construits sur des certitudes typographiques, il préfère faire un gag, reposant sur l’interprétation littérale du mot « biographie », bien dans la veine de l’humour pince-sans-rire de Fluxus qu’il contribua à créer dans les années 60. Ce trait explicitement impersonnel est sans doute le traitement le plus personnel de l’ensemble de l’ouvrage, il en est l’aspect le plus spécifiquement « Fluxus » par la connivence implicite qu’il requiert : brièveté, intensité, dépersonnalisation, discrétion, efficacité ; c’est net et sans bavure et ne se révèle qu’à ceux qui veulent le voir, déployant « l’importance de sa non-importance » pour reprendre l’expression d’Allan Kaprow à propos de Fluxus.
Plutôt que de présenter une sélection de ses textes, qui n’offrirait que des éclats par trop fragmentaires, ce manuscrit, "George Maciunas une révolution furtive", particulièrement émouvant, présente ce que rédigea sa mère peu après la mort de George Maciunas, à la demande d’une de ses premières collectionneuses, Jean Brown. Ce texte est capital, car il permet de restituer à George Maciunas sa dimension humaine, de fils aimant et d’enfant prodige, grâce à une perspective où toute la légende avant-gardiste qui le nimbe habituellement est réduite à néant par le regard impitoyable que portait sa mère sur ses activités. Si cette incompréhension fondamentale peut nous amuser aujourd’hui, elle n’en constitue pas moins une brèche de taille dans l’armure du personnage, et une entrée dans son intimité, dans sa souffrance, dans le chaos de sa vie, à nulle autre pareille : subitement, Maciunas n’est plus seulement ce pourfendeur rigide et risible des compromis, mais aussi un enfant qui a dû se forger des armes pour survivre dans un environnement aussi changeant qu’hostile, armes au premier rang desquelles figurent l’humour cinglant et le rire sardonique dont tous ceux qui l’ont connu conservent la mémoire vivante, et dont l’observateur attentif de ses œuvres constatera combien ils se sont faits chaque année plus mordants.

A travers cet ouvrage, cet avant-gardiste des années 60 propose une définition de l’évènement pour le moins en lien direct avec le mouvement fluxus:
« L’évènement est ce qu’il est en raison de l’unification en son sien d’une multiplicité de relation ». L’évènement est alors la forme spécifiquement « fluxus » de l’Art action.
A l’origine il s’agit d’un concept musical élaboré par Henry Cowell et repris par John Cage. Les artistes fluxus, et en particulier George Brecht, se sont saisis de cette notion pour élaborer une forme spécifique de l’Art action, issu du domaine musical plutôt que théâtral ou pictural comme dans le cas du Happening ou de la Performance, faite de pièces brèves ou interminables, mais resserrées sur une action singulière.
Les buts de Fluxus deviennent donc sociaux et non esthétiques et sont concernés par une élimination progressive des beaux-arts, ceci est motivé par le désir de stopper les ressources matérielles et humaines pour les convertir en des fins socialement constructives. Ainsi, Fluxus est complètement opposé à l’objet d’art comme marchandise non fonctionnelle, Fluxus est donc anti-professionnel.
Plusieurs approches sont à distinguer dans ce qu’appelle Maciunas le mouvement fluxus, on trouve entre autre le concrétisme, le réalisme et le collectivisme.
Au début des années 70, les œuvres de Maciunas étant subversives, agissent sur le réel et le transforment ; agissant sur le réel, elles modifient les conditions de leur réception et, ce faisant, se ré esthétisent au second degré pour devenir ce « méta-art » dont se réclamait Jean Claude Moineau dans les années 1968/1970, à l’époque où il désirait intégrer ses réalisations dans Fluxus.
L'artiste s'engage sur une voie néodadaïste et prône un rapprochement entre l'art et la vie.
Des artistes venus d'Europe comme Joseph Beuys et Nam June Paik s'engageront dans le mouvement Fluxus.
A la fin des années 70, il crée des coopératives d'immeubles pour des artistes New-Yorkais.
Dès 1975, il envisage la création d'un nouveau Bauhaus dans le Massachusetts.
En 1977, a lieu le festival Fluxus de Seattle, le dernier dirigé par George Maciunas lui-même.
Fluxus qui avait toujours agi à la marge, jouait alors peu à peu à guichets fermés et de ce fait, devenait un puissant aimant pour artiste en rupture et les institutions en mal de légitimité avant-gardiste. Fluxus caché, c’était la porte ouverte aux interprétations les plus fantaisistes, aux explorations les plus surprenantes, bref, au mythe dans toute sa puissance, que la mort de George Maciunas, le 9 mai 1978 libérait de ses dernières entraves au moment précis où le fluxus des années 70 basculait dans le patrimonial.

Fluxus entre fusion et discorde

Si Fluxus ne peut réellement se définir comme une entité précise cela est du en partie au très grand nombre d'artistes qui ont contribué au mouvement. Et dans toute diversité les perspectives peuvent être différentes aussi certaines grandes figures du groupe se détachèrent peu à peu. En effet, tous ne partageait pas la pensée de Maciunas. A ce propos Georges Brecht déclare "avec Fluxus, il n'y a jamais eu aucune tentative d'accord sur des buts ou des méthodes; des individus avec quelque chose d'indescriptible en commun se sont simplement et naturellement réunis pour publier et jouer leur œuvres". Beaucoup approuvait l'avis de Brecht.

Certains membres importants ont ainsi quitté le groupe tel que Joseph Beuys ou également Nam June Paik, même s'il garde des liens avec Georges Maciunas, il écrit au milieu des années 1960 "je ne suis pas l'esclave de quelque organe que ce soit. Je me suis totalement retiré de l'administration de Fluxus et j'ai tout transmis à Yoko". De même Dick Higgins, ne pouvant attendre la publication des écrits de Maciunas se décide à éditer les siens, occasionnant ainsi leur séparation.

Si finalement certains artistes entrent dans Fluxus d'autres en sortent, comme on adhère une pensée ou comme on s'en écarte; c'est car Fluxus est en fait comme le déclare Brecht ''"un état d'esprit"'', un mouvement éclaté et à la fois unifié, insaisissable, bouleversant les certitudes de l'art. L'histoire du mouvement est à son image, un "flux" où se tout se mélange, se confronte...Fluxus s'étend sur deux grands continents comme un réseau où chacune unité et chaque pensée forment un flou, un tout. Un réseau d'interconnexions à contre courant... D'après Fluxus, il n'y a plus de centre de l'art mais l'art est là où on le produit. De même il n'y a plus de réelle notion d'œuvre d'art puisque tout est art et rien art. C'est "l'Anti-art" dans toute sa splendeur. On peut reconnaître que ce courant artistique a contribué à développer l'art conceptuel. Il a notamment le mérite d'avoir bousculé les consciences sur une question qui reste toujours aussi pertinente : "Qu'est-ce que réellement l'art?"

Wolf Vostell


Wolf Vostell était un artiste plasticien allemand connu comme étant l’un des principaux représentants de la peinture, de la sculpture et de l’art du happening dans la deuxième moitié du XXe siècle.

Il est considéré comme un des pionniers de "l’Environment", de l’art video, de l’Happening et du mouvement Fluxus.
Vostell met en avant différentes techniques qui sont caractéristiques de ces œuvres tel que l’estompage, le décollage ou encore l’encastrement dans le bêton.

En 1958 il participe à l’un des premiers happening européen à Paris, "Deutscher Ausblick" , il produit ainsi ses premiers objets avec téléviseurs et composants de voitures. Il fut d’ailleurs le premier artiste de l’histoire de l’art qui intégra un téléviseur dans une œuvre d’art. Cet assemblage avec un téléviseur brouillé était en avance sur les manipulations artistiques propres au médium et à la vidéo. Cet objet était aussi très représentatif de l'action-intervention de dé-coll/age qui vise à inclure dans l'objet d'art la production et les démarches d'autres personnes, en l'occurrence un documentaire « live » produit par la télé.

C’est également l’un des premiers artistes à se réfère dans ses installations à l'histoire du Troisième Reich, nommant Auschwitz et Treblinka, et ce dès la fin des années 1950.

Dans les années 60, Vostell devient donc activiste de l’Happening et de l’art vidéo. Son engagement dans le mouvement Fluxus date de cette période, il en devient le co-fondateur au début des années 60.

De ce fait pendant les années 60 et 70 les « archives Vostell » sont une énorme source d’information pour auteurs, éditeurs et organisateurs d’expositions partout dans le monde. En effet, il collectionne photos, textes artistiques, correspondance personnelle avec des compagnons de route comme Nam June Paik, Joseph Beuys, Dick Higgins et bien d’autres, articles de presse, invitations à expositions et événements ou aussi des livres et des catalogues, qui documentent la création de Vostell et des artistes de sa génération.

Il crée ses œuvres à partir de l'actualité, à savoir, la guerre froide, le mur de Berlin, la guerre du Vietnam, la prospérité économique, la montée en puissance des médias de masse. Le montage permet cette actualisation permanente de la satire.

Vostell touche à tout : à la poésie, la musique, au cinéma et à la vidéo, au dessin et à la peinture enfin. Wolf Vostell brasse et mélange tous les genres, devenant en quelque sorte le premier artiste réellement multimédia.
Il réalise en 1963 "Sun in your head", où il filme en 16mm des téléviseurs déréglés dont l'image saute, vacille, et fait douter du réel et de sa stabilité.

Benjamin Vautier, dit Ben

Petit historique:

Ben est un artiste français, né à Naples le 18 juillet 1935. Né Benjamin Vautier, Ben passe son enfance entre la Turquie, l’Égypte et la Grèce, avant de s’installer avec ses parents à Nice en 1949. À 16 ans, il arrête ses études. En 1957, il commence à peindre des formes de bananes puis des tâches. Très vite, le langage entre dans sa pratique artistique, avec des sculptures d’objets et des peintures à mots. Il tient alors un magasin-galerie intitulé Laboratoire 32, puis Ben Doute de Tout, qui est aussi un lieu de rencontres et de débats. Inspiré par les artistes du Nouveau Réalisme, il s’attache à l’appropriation artistique ; en 1959, il présente des sculptures vivantes et en 1961, il signe littéralement « Tout ». Sans avoir suivi de cursus artistiques, Ben multiplie les performances et les provocations en s’appropriant des « Parties du Tout à Ben », ainsi que des machines, des objets banals, voire même des œuvres d’autres artistes. Il multiplie les gestes artistiques provocateurs et les revendications esthétiques. S’exposant lui-même, il passe deux semaines de l’année 1962 dans la galerie One de Londres, crie à tue-tête dans la performance Hurler (1964), en 1969, se tape la tête contre un mur, en 1971, fait couler de la morve de son nez dans Nez qui coule, et en 1972 expose Urine, un verre contenant quelques centilitres de son urine. La même année, l’artiste démonte sa boutique et l’expose comme une œuvre d’art total : deux ans plus tard, elle est acquise par le musée national d’Art moderne.
C’est en 1962 que Ben rencontre George Maciunas, avec lequel il s’entend tout de suite très bien. Il organise alors le Fluxus Festival of Total Art à Nice avec lui en juillet 1963. En 1964, il séjourne à New York, puis organise de nombreux festivals Fluxus à Nice et dans sa région. La même année, le Festival Fluxus de Aix la Chapelle structure le mouvement. En font partie : Joseph BEUYS,Tomas SCHMIT, Wolf VOSTELL, le coréen NAM-JUNE-PAIK et les français BEN et Robert FILLIOU qui l’introduisent en France.

Parallèlement, Ben est un joueur de mots, des mots qui, écrits dans une écriture enfantine, tiennent une grande place dans son œuvre et ont fait son succès, jusqu’à intégrer un véritable marketing. Ben commence à recouvrir les murs de sa boutique, puis ceux de Nice, de phrases où il assène des vérités sur tout et n’importe quoi, avant de les déplacer dans le contexte de l’art en les inscrivant sur des panneaux, des toiles ou des objets.

Agitateur public, héritier de Marcel Duchamp, Ben est le dernier artiste d'avant-garde. Il a une règle : douter de tout et même de lui-même. Il a aussi des certitudes : pas d'avant-garde sans nouveauté, pas de richesse sans multiculturalisme.
C'est l'un des artistes contemporains les plus populaires. Il a fait de sont égo la source, la base, le fondement de son œuvre. L'omniprésence du langage, des messages lapidaires à l'emporte pièce ne doivent pas occulter son travail de portraitiste déjanté, ses montages insensés et les fouillis organisés de ses installations.

"Suicide d’artiste", Ben Vautie:

Membre du groupe Fluxus et de l’École de Nice, avec le sculpteur César Arman, Martial Raysse, Sosno, Yves Klein, Ben est un artiste majeur de l’avant-garde artistique français.
Connu du grand public pour ses « pensées » écrites blanc sur noir.
Il définit son art comme un « art d’appropriation ». Pour lui Fluxus est un état d’esprit.
Dès 1960 , Ben a « signé la mort » en montrant par des actes emblématiques combien cette interrogation était présente dans son œuvre. Le texte poème "La mort est partout" en témoigne, reprenant des écrits de 1974. Il compose la première partie de l’ouvrage.
(Rechercher les affiches pour illustrer : « mourir est une œuvre d’art », « mort de rire », « la mort est éternelle ».)
« Ne pas perdre le sens de l’humour : la population humaine dépasse les 6 330 018 690 individus, plus un toutes les secondes ! Il est temps de freiner le compte par un de moins avec moi. »
« Mais il ne faut pas vous faire des idées, je ne veux pas me suicider. Je tourne autour comme un papillon autour d’une lampe. Bien sûr, il y en a qui se brûlent. »
La seconde du l‘ouvrage se nomme : In memoriam, dans laquelle il énumère des personnages qui se sont suicidés.
« Bernard Loiseau, cuisinier, perfectionniste et stressé, se suicide après sa rétrogradation de 19/20 à 17/20 au Gault et Millau. »
« Dalida disparut par absorption de barbituriques et de whisky le 3 mai 1987, dans sa maison de Montmartre.»
« Robert Malaval, harcelé par les impôts, 22 long rifle dans le palais, le 20 août 1980, seul dans ce qu’il appelait son atelier-bunker. »

Ben Vautier, "Le summum du luxe Fluxus"

*Le vrai luxe c’est Fluxus
Ma mère me disait toujours :
le luxe des puissants c’est de pouvoir porter sur les Champs Elysées un pot de chambre sur la tête et ne pas être ridicule
*Le Luxe Fluxus c’est n'importe quoi ramassé à vos pieds mais exposé au Musée des Arts Premiers
*Le Luxe Fluxus c’est de se servir de Mr Propre comme parfum à la garden party de l'Elysée
*Le Luxe Fluxus c'est de pouvoir dire "je porte les pantoufles de Ben que j'ai acheté à la galerie Lara Vincy"
*Le Luxe Fluxus c’est de s’habiller chez l’Abbé Pierre
*Le Luxe Fluxus c’est de se servir de son Garouste pour remplacer un carreau cassé
*Le Luxe Fluxus c'est de se servir de son pull cashmere comme serpillière pour laver la galerie
*Le Luxe Fluxus c’est de considérer Guy Lux plus intello que BHL
*Le Luxe Fluxus c'est de dire je préfère cette oeuvre Fluxus que j'ai acheté à Liliane 2000 euros à mon Giacometti
*Le Luxe Fluxus c'est d'acheter aux enchères sous la baguette de Cornette de Saint-Cyr une nuit à l'hôtel La Louisiane avec Ben
*Le Luxe Fluxus c’est inviter BHL et Glucksmann à danser le tango avec Madame Irma
*Le Luxe Fluxus c’est de réclamer un verre d’eau du robinet de chez Bocuse
*Le Luxe Fluxus c'est de réserver une chambre au Bristol et de passer la nuit au poste
*Le Luxe Fluxus c'est se faire trousser dans la cave de la galerie Vincy sur un matelas Dunlopillo
*Le Luxe Fluxus c'est de s'en foutre et d'ouvrir un compte à la Fortis
*Le Luxe Fluxus c'est un seul son répété mille fois
*Le Luxe Fluxus c’est d'être unique en devenant très ordinaire
*Le Luxe Fluxus c’est le journal de Wall Street servant de papier toilette
*Le Luxe Fluxus c’est de porter au Conseil des ministres un collier fait au bureau réalisé avec des trombones
*Le Luxe Fluxus c’est d'inviter Mugabe à dîner au Secours Populaire
*Le Luxe Fluxus c'est de dire merde au monde entier en traversant l'Atlantique à la nage
*Le Luxe Fluxus c'est de se luxer le bras pour pouvoir dire "je luxe"
*Le Luxe Fluxus c'est de se dire tout le monde peut acheter un Buren ou du Roche Bobois mais moi je préfère les œufs des poules d'Annie. Ceci étant le Luxe de Fluxus vous pouvez le faire vous-même mais rappelez-vous que comme pour l'œuf de Christophe Colomb il faut du courage
*Vive Fluxus le superluxe du superflux
*DEVENEZ FLUXUS LUXE
Ben, 2009

Coup de pub :

Quel meilleur exemple que celui de Ben dont l’écriture, preuve de l’attachement des artistes Fluxus au langage et la signature sont devenus de purs produits de consommation? Agendas, t-shirts, sac-à-mains, stylos, trousses, pubs pour du poisson pané et bons-cadeaux FNAC… Celui qui crachait dans la soupe et écrivait « le monde est à vendre » est devenu une star de la pub…
Comme nombre d’autres groupes (surréalisme, dada), Fluxus est devenu une aubaine pour les musées, galeries, biennales… La boutique niçoise de Ben a été « pieusement » reconstituée dans une salle du musée national d’Art moderne au Centre Georges-Pompidou, mais les créations de Fillioud et ses amis perdent tout leur sens tels qu’elles sont présentées aujourd’hui. C’est le cas du  PoiPoidrome de Filiou qui, exposé, devient un objet de contemplation alors que son auteur refusait cette non-relation au profit de l’idée de participation et d’échange.

Œuvres majeures :

*Dieu (cadre et balle de ping-pong, 1962, Paris, musée national d’Art moderne)
*Performance Hurler (1964)
*Performance Nez qui coule (1971)
*Urine (1972)
*Le Magasin de Ben (1972, Paris, musée national d’Art moderne)
*Mourir, c’est facile (1979, Paris, musée national d’Art moderne)
*Exposition « la fin d'un monde à cent mètres du centre monde » (2005)

« Je vais peindre n’importe quoi, je vais peindre avec le cul, je vais peindre pour leur plaire, je ne vais pas peindre de tout et leur dire que c’est ma peinture. »

Bibliographie


* "Fluxus Révolution textes essentiels", Textes traduits de l'anglais (États-Unis) par Laeticia Devaux et Lucy Edwards, édition l'Esprit du Temps, 2009.


* "Fluxus Dixit, Une Anthologie volume.1 (Textes réunis et présentés par Nicolas Feuillie)", édition Les presses duréel, 2002.


* http://www.4t.fluxus.net/


* http://www.ben-vautier.com/fluxus/