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Le cent-troisième numéro de la revue trimestrielle Revue et Corrigée fut consacré aux arts sonores expérimentaux. Ainsi, le thème se décompose en dix articles divers qu'il sera ici question de présenter brièvement.
Un tout premier article est destiné au « compositeur iconoclaste et musicien, poète et plasticien, improvisateur de mots et écrivain, performeur dadaïste aux confins du théâtre musical » (R&C, 103, 2015: 11), Sven-Åke Johansson. Et ce, en l'honneur de l'édition de The 80's Selected Concert, un petit coffret CD regroupant le travail de nombreux artiste parmi lequels l'artiste suédois figure. Selon Revue et Corrigée, ce coffret est « une constellation de merveilles » (ibid: 11), et il serait difficile d'en douter. Ainsi, les travaux de Johansson ont fait de lui un des modèles les plus influents pour les nouvelles générations d'improvisateurs de la scène berlinoise, et ce, depuis les années 60.
Puis, les pages suivantes sont consacrées à un interview du batteur Jean-Noël Cognard. L'entretien se déroule comme un feed-back général sur la carrière du batteur, ayant aujourd'hui décidé de créer son propre label afin de promouvoir des artistes tels du free jazz, ou de n'importe quel autre « objet sonore non identifié » qui serait à l'image de ses goûts. Cognard, en tant que passionné par le support vinyle, crée le label Bloc Thyristors en s'inspirant des créations de Joe Mc Phee, Jimmy Lyons, etc... ou de trois labels d'émergence Hanson ou No Fun Productions. En d'autres termes, le batteur travaille dans « un souci de cohérence globale, avec des allusions au milieu industriel et au cinéma » (ibid : 15).1
Suite à cela, un entretien est réservé à Jean-Claude Eloy et son orchestre virtuel. Il est l'un des rares compositeurs français avoir composé et œuvré pour le cinéma. Une de ces dernières créations date de 2010 où l'on peut écouter son travail dans le film de Gaspar Noé, Enter the Void. Le but du compositeur étant de se servir de l'orchestre comme source et non de le copier. Ainsi le concept d'orchestre virtuel correspond à « la reprodu[ction] par échantillonnage, pupitre par pupitre, [de] l'étendue des notes et des principaux modes de jeux des instruments acoustiques de l'orchestre symphonique classique. » (ibid : 16). Ce type d'orchestre permet ainsi de laisser libre cours à l'imagination du compositeur, et de réaliser virtuellement l'irréalisable dans le réel.
Ensuite, une dizaine de pages sont consacrées à la musique polonaise aujourd'hui, et notamment à la musicienne Anna Zaradny. Porteur de contradictions au travers des frontières culturelles et esthétiques, le travail de la musicienne semble constituer un autre part. Bien que son travail soit souvent perçu comme de l'improvisation libre, l'artiste qualifie ses créations saxophonico-électroniques en terme de compositions. Enfin, l'artiste ne peut apparenter ses productions musicales à quelque scène que ce soit et préfère se tenir à distance de l'académisme polonais. Il est d'ailleurs possible de consulter son oeuvre Octopus réalisée en 2012.
Un article de Benoît Cancoin est ensuite consacré au handicap et à la musique. En collaboration avec Paule Bonnet, le musicien décida de « travailler avec un groupe d'adultes en situation de handicap mental pour créer des événements scénaristiques » (ibid : 30). Les deux artistes choisirent alors de travailler le thème des quatre éléments sur une durée de quatre ans. Dans l'article, Benoît Cancoin raconte son expérience et livre sa conception. Ainsi, pour lui, cette création artistique ne « doit pas être le résultat d'un calcul (…). L'artifice ne peut-être là que pour souligner, pour mettre en forme, sinon on ne voit que lui. En cela, je trouve le contexte que j'apprécie tant dans la performance et l'improvisation : il s'agit de sublimer ce qui est là, ni plus ni moins, avec tout ce que la technique et la connaissance peuvent amener, mais aussi détruire. » (ibid : 31). Il est possible de consulter le site de l'artiste pour plus d'informations sur le projet.
Dans un thème relativement proche, Olivier Brisson réalise un article sur la musicothérapie, ou plutôt sur « l'expérimentation sonore comme paradigme d'une certaine justesse d'intervention. » au près de patients atteints d'autisme (ibid : 32). Le but serait alors de faire manipuler des sons et bruits du monde aux patients, ou de leur donner la possibilité d'aborder librement et expérimentalement « des phénomènes acoustiques » (ibid). Dans sa rédaction, Brisson fait ainsi référence aux travaux de l'éducateur-bricoleur sonore Antoine Capet. Le site de son atelier est d'ailleurs disponible sur ce lien
Ensuite, plusieurs pages sont consacrées à la présentation d'une vingtaine d'albums.2
Puis, en continuité à un article réalisé dans le numéro précédent de la revue , quelque pages sont destinées à la « brève histoire des destructions musicales » (ibid : 44), plus précisément centrée sur le spectacle de la destruction du spectacle. Ainsi, il est question de l'incendie, qui serait la cause de destruction des lieux liés à la musique la plus répandue. De là, l'article montre comment ce phénomène a inspiré de nombreux artistes sonores des années 60 à aujourd'hui.
Enfin, Kaspert T Toeplitz clos le numéro avec un article sur la ring-modulation, ou les rapports qu'entretiennent la musique produite par un instrument et le musicien à qui il appartient. Il s'agit ici de montrer comment ont évolué les techniques de l'organologie musicales en passant d'une époque ou des manuels détaillaient les diverses techniques et fonctions instrumentales possibles, à une conception bien diverse. En effet, le but est à présent de « faire de la musique, l'imaginer en dehors de toute restrictions qu'un instrument peut amener, (…) utiliser son instrument pour la produire. » (ibid : 48) Dörner serait ainsi à la base de ce changement en déployant l'idée simple qu'un musicien est la personne qui possède et joue d'un instrument, peu importe l'instrument et peu importe la technique...


Notes:
1: Nouvel album du label avec Jean-François Pauvros et Patrick Müller : Le passé du futur est toujours présent, Bloc Thyristors 0180 – Dist. Metamkine
2: Exemple d'albums présentés : No is No de Linda Sharrock associée au mouvement du Free Jazz, Man of War de TIT : Total improvisation Troop étant une troupe de 16 musiciens improvisateurs associées à divers mouvements comme l'électroacoustique, l'électronique ou le Free Jazz.