Résumé de :
Philippe Langlois, Les Cloches d'Atlantis: Musique électroacoustique et cinéma, archéologie et histoire d'un art sonore, 2012


Par Tom Levreux

  • Ce livre est une histoire de la création sonore au XXe siècle et des ses auteurs, précurseurs d'’une pensée sonore nouvelle et fondateurs d’une nouvelle manière d' ’« organiser » et de composer les sons. Cette étude porte sur un pan tout entier de la création sonore dans les grands genres cinématographiques (fiction, animation, documentaire, expérimental) ; de la période qui précède l’avènement du cinéma sonore, en 1926, en passant par la naissance du design sonore, le service de la recherche de l’ORTF et le cinéma d’'auteur à la fin du XXe siècle. L’ouvrage est illustré par un grand nombre d'’images.
  • Philippe Langlois établit d’abord une sorte de pré-histoire des musiques électroacoustiques : des précurseurs tels que Luigi Russolo, Dziga Vertov, les frères Whitney, Pierre Schaeffer… et leurs inventions, décisives pour la sonorisation de l’image, comme la synthèse optique ou la musique concrète. Puis il étudie comment, après les années 50, les musiques électroacoustiques ne cessent de gagner une place de plus en plus importante jusqu’à se fondre totalement au sein du dispositif cinématographique et irriguer les principaux courants artistiques du cinéma expérimental et du cinéma d’auteur.
  • L’étude de Philippe Langlois décloisonne les disciplines : septième art ; musique ; histoire des techniques, et étudie leur perméabilité. Langlois étudie par exemple les transferts culturels qui s’opèrent entre le Futurisme italien et le cinéma russe, en particulier entre L’Art des bruits de Luigi Russolo et le “ciné-œil” de Dziga Vertov, lequel avait d’ailleurs une formation musicale et s’intéressa très tôt à l’élaboration d’une “radio-oreille”. Un “Laboratoire de l’ouïe” fut en ce sens créé par Dziga Vertov dès 1916, et P. Langlois montre comment ce travail sur le son a pu avoir une influence directe sur sa conception du montage cinématographique. Il s’attarde évidemment sur Bells of Atlantis (1951) de Ian Hugo, qui donne son titre à l’ouvrage : sorte de “ciné-poème” où pour la première fois est fait usage une musique de film électronique, composée par les époux Louis et Bebe Barron et où “le caractère abstrait des sonorités électroniques se substitue à l’expression imaginaire des cloches de la cité antique engloutie”. Philippe Langlois propose en outre des analyses de séquences filmiques, où il examine par exemple la résurgence de la musique symphonique dans 2001, l’Odyssée de l’espace de Kubrick ou la manière dont cohabitent dans le générique de Mulholland Drive de David Lynch un ensemble orchestral et une série de “filtrage” et de “réverbération” qui rendent si hypnotique son générique de début.