L'art des bruits

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L'Art des bruits (L'arte dei Rumori) est un manifeste futuriste écrit en 1913 par Luigi Russolo, peintre et musicien fondateur de la musique bruitiste. Le Dadaïsme s'est reconnu dans le bruitisme, mouvement précurseur de la musique électronique.

Ce texte considéré comme l'un des plus innovateurs et influents de l’esthétique musicale du 20e siècle.
Écrit lors d'une correspondance avec son ami le compositeur futuriste Francesco Balilla Pratella en réponse au manifeste Musica Futurista de celui-ci, ce manifeste expose sa théorie des bruits.

Luigi Russolo débute sa lettre en évoquant la musique de son ami Francesco Balilla Pratella représentée par son orchestre futuriste au théâtre Costanzi de Rome quelques jours plus tôt. Cette représentation lui a donné l'idée d'un nouvel art : L'art des bruits.
Selon lui, les humains ont longtemps vécu dans le silence puis se sont émerveillés au simple bruit d'un roseau. Au Moyen-Age la musique évoluait avec le tétracorde grec mais « l'accord n’existait pas encore ».
L'art musical a d'abord été la recherche d'une « pureté limpide et douce du son ».
Dans cette correspondance, l’auteur redéfinit l'art musical comme une recherche amalgamant des sons dissonants et étranges.
C’est ainsi qu'avec la multiplication des machines le « son-bruit » apparaît». Les émotions provoquées par les sons ont été remplacées par le bruit des machines.
Russolo utilise même le terme d'ennui pour qualifier la monotonie de la musique entendue jusqu'alors. Pourtant le bruit, lui, nous ramène à la vie avec des émotions nouvelles.
La solution pour contrer cet ennui réside donc vraisemblablement dans les bruits. L'art des bruits tirera sa principale faculté d'émotion du plaisir acoustique spécial que l'inspiration de l'artiste obtiendra par des combinaisons auditives multiples.
S'ensuivent les six catégories de bruits de l'orchestre futuriste qu’il proposera de réaliser mécaniquement (les autres étant simplement des combinaisons) :

1. Grondements / Éclats / Bruits d’eau tombante / Bruits de plongeon / Mugissements
2. Sifflements / Ronflements / Renâclements
3. Murmures / Marmonnements / Bruissements / Grommellements / Grognements / Glouglous
4. Stridences / Craquements / Bourdonnements / Cliquetis / Piétinements
5. Bruits de percussion sur métal, bois, peau, pierre, terre-cuite, etc.
6. Voix d'hommes et d'animaux ; cris, gémissements, hurlements, rires, râles, sanglots.

Au terme de sa lettre, Luigi Russolo parvient à une série de huit conclusions qui lui permettront de créer un nouvel orchestre futuriste :

Le domaine des sons doit être élargi et les compositeurs doivent tendre au son-bruit. Les musiciens doivent s'efforcer de sortir du carcan trop étroit des sons de l'orchestre et tenter de reproduire l'infinie variété des bruits au moyen de mécanismes appropriés. Puisque les bruits « nous offrent l’union des rythmes les plus divers », les musiciens verront leur sensibilité se renouveler. L'étendue des timbres des bruits sera augmentée si l'on construit des instruments qui imitent les tons prédominant des bruits. Afin de pouvoir construire ces instruments, il faut préalablement trouver « le principe  mécanique qui donne un certain bruit » et ensuite graduer le ton obtenu. Le fait de pouvoir graduer le ton de chaque instrument fera de cet orchestre une émotion sonore. « La variété des bruits est infinie » : avec la multiplication des machines, il est possible de combiner des millions de bruits différents. Enfin, Luigi Russolo écrit qu'il veut donner la possibilité à des musiciens talentueux d'obtenir ce goût du bruit afin que des « oreilles futuristes » voient le jour.