Luis Garay


Luis Garay

Luis Garay est né en 1981 en Colombie. Il suit une formation en danse et en théâtre en Finlande, en Colombie et en France. Depuis 2000 l'artiste est installé en Argentine. Dès l'âge de 21 ans, et après avoir été interprète de plusieurs chorégraphes, il présente sa première pièce. Depuis 2011 il dirige le Litoral National University Dance Compagny et les programmes de résidence Outras Danças, Funarte à Porte Alegre et LOTE1 à Sao Paulo. Il est l'auteur de onze pièces et régulièrement invité pas plusieurs festivals et théâtres en Europe, Amérique Latine et Asie.
Le travail de Luis Garay s'oriente autour du mélange des langages scéniques en plaçant la question des limites, des extensions et les définitions du corps au centre de ses préoccupations. Chacune de ses créations sera pour lui l'occasion de se questionner et de questionner son public : que peut imaginer un corps ? Avec Maneries, 2010, où est-ce que l'on médite ? Avec Actividad mental en 2012, que peut être un musée du présent ? Avec Under de si en 2013 comment imaginer l'origine d'un mouvement lorsqu'on n'en connaît que des copies de copies ? Avec Ciencia y Friccion en 2014.
Ses pièces s'articulent autour de mêmes intérêts tels que la conscience, l'imagination, la fiction et le rapport avec l'effort et l'exercice.

Son spectacle Maneries créé en 2010 a été remarqué par Rodrigo Garcia, directeur du CDN de Montpellier depuis 2014, lors du festival « Malta Poznan » en Pologne. Rodrigo Garcia depuis son arrivé au CDN de Montpellier, nouvellement nommé HtH & co a établi une étroite collaboration avec Montpellier Danse. Jean-Paul Montanari, directeur du festival a alors proposé à Rodrigo Garcia d'organiser un projet pour la 35è édition du festival en 2015, de là est né Cocooning. Cette création rassemble la troupe permanente de HtH & co, mais aussi plusieurs étudiants en danse et théâtre avec un artiste invité, Luis Garay.

Cocooning, 2015


A travers Cocooning, Luis Garay tente d'observer le présent à la façon d'une fouille archéologique et donc de faire du futur une fiction. Il aborde aussi le problème environnemental de façon littéraire et métaphorique. Sa recherche porte également sur la conversation, activité humaine s'il en est. Pourtant, les conversations telles qu'on les connaît ne seront bientôt plus que des ruines dans l'univers inventé par Luis Garay. Cette pièce apparaît alors comme une fiction, une proposition du futur ou un état vers lequel nous aimerions revenir.

Dans cette pièce le public tient une place particulière. Lors des représentations ayant eu lieu durant le festival Montpellier Danse, les spectateurs étaient séparés en deux groupes et accédaient à la salle de spectacle par deux espaces différents. Un premier groupe accède à la salle de façon traditionnelle mais dès l'entrée, l'expérience de Cocooning débute. Des fauteuils du théâtre (La Vignette) sont renversés, une partie du décor semble avoir été projeté dans les rangées de fauteuils rouges. Le second groupe quant à lui vit un autre type d'expérience. L'accès à la salle est plus difficile, le corps est contraint, obligé de marcher sur des appuis plus ou moins stables, le tout dans une atmosphère sombre, pour finalement se retrouver sur le plateau, au sein même d'un décor bien particulier.

Luis Garay plonge tous les spectateurs dans l'univers qu'il a lui-même créé. Le spectateur devient alors acteur, voyeur d'un monde qui lui est autant familier qu'étranger. La scénographie est composée de divers objets récupérés sur la plage comme des troncs, des branches de bois flotté, des sacs plastiques, des jambes de mannequins, une carcasse de voiture, des casques audio, des téléphones portables, le tout baignant sur un sol partiellement recouvert de glaise. Les corps des performeurs eux, sont contraints, dans un rapport physique forcé avec et par des éléments technologiques comme les téléphones portables, perches à selfie, claviers d'ordinateur et autres écrans.
Luis Garay essaie de pousser le lien entre l'homme et l'objet technologique à un haut niveau. Cette relation est déjà tactile dans notre vie quotidienne mais le metteur en scène va la rendre encore plus forte voire même sexuelle. L'artiste donne alors aux objets une place prépondérante, ils deviennent la continuité de l'homme et deviennent ainsi comme biologiques, vivants. On ne peut plus vivre sans ces objets, on leur prête la même attention que celle qui pourrait être portée à son propre corps. Ces objets peuvent alors devenir des êtres qui nous affectent et qui parfois même nous manquent.

Le but de cette pièce est d'habiter une fiction, d'y vivre une expérience. L'espace apocalyptique créé par l'artiste permet au public de se frayer un chemin au milieu d'un univers lui faisant perdre tout repère d'espace et de temps. Le spectateur peut d'ailleurs se servir du medium créé par les performeurs pour vivre l'expérience complète de cette création. Les corps apparaissent et disparaissent, certains d'entre eux se comportent comme des machines, certains nous renvoient à notre propre expérience des objets technologiques, d'autres se trouvent dans des positions presque inhumaines, surhumaines. Chacun des corps se démène avec son handicap, des claviers accrochés aux pieds, un discours qui ne cesse de sortir d'une bouche, des bâtons attachés aux corps de façon à leur donner une position contraignante, mais tout le monde communique et pourtant personne n'est ensemble.

L'univers de Cocooning s'apparente à un avenir pour l'homme, lent et douloureux où hommes et machines ne constitueraient plus qu'un seul être vivant. Les corps sont soumis à l'environnement dans lequel ils essaient d'évoluer, les différent éléments de cet environnement, bois flotté, glaise, voiture ne faisant à leur tour plus qu'un. Les différents éléments, naturels, corporels et technologiques se mêlent finalement pour créer une immense machine vivante dont le spectateur fait partie intégrante, entre fiction et réalité.


Sources :
Lien youtube vers une interview de Luis Garay durant la création de //Cocooning// 
Lien vers des photos de la mise en place de la performance
Site de HtH 
Livret de présentation du Festival Montpellier Danse #35
Feuille de salle du spectacle