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Marcel Duchamp


Biographie

L'artiste français d'origine Henri Robert Marcel Duchamp naît le 28 juillet 1887 à Blainville-Crevon. Il décède le 2 octobre 1968 à Neuilly-sur-Seine. Marcel Duchamp est un peintre, plasticien, homme de lettres français, naturalisé américain en 1955.
Marcel Duchamp rejoint ses frères à Paris en 1904 et suit les cours de l'Académie Julian. Mais son véritable apprentissage de la peinture se fait auprès de ses frères et de leurs amis, réunis sous le nom de Groupe de Puteaux, principalement des artistes d'inspiration cubiste comme Fernand Léger ou Robert Delaunay.

Toutefois, très vite sa peinture s'éloigne de la problématique spatiale des cubistes et s'attache à la décomposition du mouvement, ce qui le rapproche des Futuristes italiens. L'une de ces toiles, Le Nu descendant l'escalier, le fait connaître à la grande exposition américaine de l'Armory Show, en 1913. Ce nu provoque également hilarité et scandale durant l'exposition.
"Somme toute, l’artiste n’est pas seul à accomplir l’acte de création car le spectateur établit le contact de l’œuvre avec le monde extérieur en déchiffrant et en interprétant ses qualifications profondes et par là, ajoute sa propre contribution au processus créatif." Marcel Ducham
En 1915 il se rend aux États-Unis où il retrouve son ami Francis Picabia. Il y rencontre Man Ray. À cette époque, Marcel Duchamp élabore ses œuvres les plus connues, comme le Grand Verre ou la Fontaine, mais se consacre de plus en plus aux échecs, qui deviendront, au milieu des années 20, sa principale activité.

C'est à travers le Surréalisme qu'il renoue avec l'art en organisant de nombreux événements en collaboration avec André Breton.
En 1953 le magazine Life lui consacre un article. C'est le début de la célébrité.
Dans les années 50, une nouvelle génération d'artistes américains qui se qualifient de néo-dadaïstes, tels Jasper Johns et Robert Rauschenberg, le reconnaît comme un précurseur.


L'art performance, l'art conceptuel et Fluxus reprendront cette recherche plastique sur le temps et l'espace


L'invention du Ready-Made
Il s’écarte de la peinture, vers 1913-1915, avec les premiers ready-made, objets « tout faits » qu’il choisit pour leur neutralité esthétique : Roue de bicyclette (1913), Porte bouteilles (1914), Fontaine (1917), un urinoir renversé sur lequel il appose la signature « R. Mutt ». Cet objet est refusé par les organisateurs de l'Armory Show. Il a pris un article ordinaire de la vie la plus prosaïque qui soit et l'a placé de manière à ce que sa signification d’usage disparaisse sous le nouveau titre et le nouveau point de vue.

Le geste du Ready-Made de Duchamp est un geste écologique qui a une double signification : tout est art, tous les hommes sont créateurs.


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Duchamp et le cinéma
Au moment où il travaille sur les esquisses du Nu descendant l'escalier (1911-12), il découvre les expériences protocinématographiques d'Étienne-Jules Marey. Sa Roue de bicyclette (1913) peut également s'inscrire dans les prémices de ses travaux sur le mouvement poético-sculptural, ce ready made est en effet considérée comme à l'origine de l'art cinétique. La phase suivante entretient une rapport entre moteurs électriques, disques transparents ou recouverts de motifs géométriques (1920-1923), et culminera avec les Rotoreliefs, une invention dont il déposera le brevet (1935).

En 1926, il réalise un court-métrage expérimental intitulé Anemic Cinema, d'une durée de 7 minutes et signé Rose Sélavy, avec la complicité de Man Ray et du réalisateur Marc Allégret. Des disques en mouvement sont filmés sur lesquels sont parfois inscrits des phrases — comme par exemple « L'enfant qui tète est un souffleur de chair chaude et n'aime pas le chou-fleur de serre-chaude », où l'absurde, l'humour noir et l'allitération sont de mise. Le film fut projeté en août 1926 en séance privée.

Duchamp entretient un rapport complice avec le cinématographe :
  • En 1918, il apparaît comme figurant dans Lafayette, We Come! de Léonce Perret (un homme blessé).
  • En 1924, il participe au tournage d'Entr'acte de René Clair : dans ce court-métrage expérimental et comique, Duchamp apparaît en joueur d'échecs face à Man Ray.
  • En 1944, il est "l'artiste" dans le film expérimental de Maya Deren, Witch's Cradle.
  • En 1947, il participe à la direction artistique du film Rêves à vendre (VO : Dreams That Money Can Buy) d'Hans Richter, pour un épisode sur une musique de John Cage.

Duchamp créé un art d'attitude, qui redonne à l'artiste et à l'homme la prééminence sur l'objet. " Je crois en l'artiste, l'art est un mirage, dit Duchamp, J'espère qu'un jour, on arrivera à vivre sans être obligé de travailler ". Duchamp prend position sur le rapport au temps dans notre société, sur la soumission au travail dans une société industrielle.

L'artiste devient un modèle de comportement: une éthique de la résistance à la mécanisation des individus.

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De l'esthétique à l'éthique
Comme le dit Pierre Restany, ce geste fait basculer d'un seul coup l'art de l'esthétique dans l'éthique. " Voilà que se dévoile l'autre face de l'art. L'art est un problème moral lié à la conscience de celui qui l'assume en tant que tel " . Duchamp fait passer l'art de l'esthétique des objets, à un art d'attitude, faisant de l'emploi de son temps, sa plus grande oeuvre d'art. On pourrait établir entre cet art de la vie qui se poursuivra dans le mouvement Fluxus ou chez John Cage, et son esthétique de l'indifférence, des parallèles avec le zen. Pour Roberto Barbanti, le geste de Duchamp dans le ready-made marque le passage " du descriptif au prescriptif, du représenté au présenté "

Ce geste a une importance considérable pour les artistes qui suivront. Il est le geste fondateur de l'art contemporain : l'artiste présentera l'objet (nouveau réalisme), puis la machine (art technologique).

Ne pas confondre présence et présentation
Mais l'art contemporain et l'art technologique s'engluent dans ce geste. Ce geste au début libérateur devient un geste d'enfermement académique. Présenter des objets ou des machines n'est plus maintenant un geste artistique, mais une référence compassée et dépassée. Que penser d'Ange Leccia qui met deux téléviseurs écran contre écran (et multiplie par vingt le prix de vente des dits téléviseurs), ou de Bertrand Lavier qui met un frigo (Brandt) sur un coffre-fort (Fichet-Bauche) ? Ces gestes se réfèrent au geste de Duchamp, mais n'en ont pas la portée visionnaire et libératrice. La même ombre du ready-made perturbe l'art technologique : présenter une machine, qu'elle soit machine de communication standardisée (télécopieur) ou un prototype élaboré dans un centre de recherche, ne peut suffire à définir de l'art. Le geste de Duchamp peut être réinterprété dans un contexte technologique : l'esthétique de la présentation de l'objet devient une esthétique de la présentation d'une fonctionnalité technologique : mise en relation de sites, temps-réel, etc... Mais le geste de Duchamp pourrait être lu aussi comme celui de la fin du sens, la fin des idées, la fin de l'esprit. Ce geste Zen appelant à la fin du brouillage dualiste de la théorie et des discours, pourrait conduire à une esthétique totalitaire. En ce sens, l'art technologique comme l'art contemporain, doivent se libérer du geste de Duchamp, ou tout au moins cesser de le pervertir.
À cette esthétique du non-sens, doit-on opposer une esthétique du sens et appeler à son retour dans l'art ? Doit-on se contenter d'une esthétique purement sensorielle et perceptive ?


L'art comme l'a affirmé Marcel Duchamp a une " mission para-religieuse à remplir : maintenir la flamme d'une vision intérieure " . Le propos de Duchamp est une invitation à une autre perception. Il met en cause la peinture rétinienne et au-delà la tyrannie du visuel. Comme le souligne Lyotard, " L'oeil a besoin de croire, d'unifier, d'être intelligent. Il aime le point, comme son vis-à-vis dans un miroir qu'il nomme le monde " . Duchamp cherche l'invisibilité de l’œuvre d'art déjà dans le grand verre, qui est un retard, une projection de l’œuvre elle-même qui se situe dans une " quatrième dimension ".

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Le Grand Verre - "figure l'infigurable, il porte l'empreinte inscrite, ou l'ombre portée, sur son plan, d'une figure qui ne saurait être qu'intuitionnée".









Contrairement aux apparences, la peinture de Caspar David Friedrich se situe dans la même logique. Les paysages de Friedrich sont comme l'explique Catherine Lepront, " Des paysages les yeux fermés ", c'est-à-dire des images mentales et symboliques, plus que des peintures de paysage .
Duchamp introduit l'idée et le processus dans le champ de l'art. La pratique des échecs a sans doute influencé cette évolution. " Une partie d'échecs est une chose visuelle et plastique, et si ce n'est pas géométrique dans le sens statique du mot, c'est une mécanique puisque cela bouge... C'est l'imagination du mouvement qui fait la beauté, dans ce cas-là. C'est complètement dans la matière grise " .


Duchamp et l'art-temps

  • Élevage de poussière de Man Ray et Marcel Duchamp
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Man Ray et Marcel Duchamp ont pratiqué l'accumulation de poussière. Marcel Duchamp laissa ainsi s'accumuler sur son œuvre le grand verre une couche de poussière suffisamment épaisse pour qu'il puisse peindre, à l'aide d'un pinceau, par élimination de couches successives. Aujourd'hui, la photographie Élevage de poussière de Man Ray donne un aperçu de cette expérience.









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  • Il introduit le temps comme facteur lié au hasard pour choisir ses ready-mades : Ready Made peigne en acier, 17 février 1916, 11h, l'heure était ainsi inscrite sur l'objet.










Il n'y avait pas d'émotion liée à l'objet, pas de choix de l'objet, mais un lien avec le temps . Il faut aussi souligner les élevages de poussières qui sont intimement liés au concept du temps qui s'écoule. " Notons enfin que la chute de poussière est un motif très important dans la pensée chinoise bouddhiste (Zen) - ce qui n'a rien d'étonnant, le Bouddhisme tendant en fin de comptes à la maîtrise du temps " .

La Mariée mise à nu par ses célibataires mêmes ou Grand Verre est qualifié par Duchamp de Retard en Verre. " La Mariée est une projection d'un objet à quatre dimensions " .

La notion d'espace-temps passe ainsi avec Duchamp du champ scientifique au champ artistique. Fait particulièrement important préfigurant l'art technologique qui est un art de l'espace-temps en osmose avec la science.

  • Œuvres
* Roue de bicyclette
* Les joueurs d'échecs, 1911
* Neuf Moules Mâlic, 1914-1915
* Fontaine, 1917/1964
* Fresh Widow, 1920/1964
* Rotoreliefs n° 11-n° 12, 1935
* La boîte-en-valise, 1936-1941/1968
* Prière de toucher, 1947
* LHOOQ, 1919

Textes de référence
* Marcel Duchamp, entretien avec James Johnson Sweeney (extrait), 1955 entretien avec James Johnson Sweeney
* Marcel Duchamp, « L'artiste doit-il aller à l'université ? », allocution (extrait) à l'université d'Hofstra, New York, 1960 l'artiste doit-il aller à l'université?
* Marcel Duchamp, discours au Musée d'Art moderne de New York, 1961, dans le cadre de l'exposition Art of assemblage discours au musée d'art moderne de New York