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Marshall Mac Luhan : Le medium c'est le message


Luhan

Biographie

Herbert Marshall Mac Luhan Herbert naît le 21 Juillet 1911 à Edmonton, Alberta au Canada. Il passe sa scolarité à Winnipeg, capitale de la province du Manitoba, cinq ans après sa naissance. Il obtient une Maîtrise d'Art en 1933 à l'Université du Manitoba puis poursuit ses études à Cambridge.
Il débute alors une réflexion spirituelle qui l'amènera en 1937 à se convertir au catholicisme et ainsi, à enseigner dans des institutions catholiques.
Il enseigne également dans plusieurs universités, telles que l'Université du Manitoba, l'Université de Saint Louis dans le Missouri, le Collège de l'Assomption de Windsor dans l'Ontario et est membre de l'Ecole de Communication de Toronto.

Mc Luhan devient peu à peu célèbre grâce à des théories sur la communication débutées dans les années 1950 : son premier travail majeur est d'ailleurs publié en 1951 : La mariée mécanique. Il y examine les effets de la publicité sur la société et la culture.
Au début des années 1960, il publie sa thèse du Village global ou Théâtre global: selon lui l'idée que la culture visuelle, individualiste, sera mise à mal par ce qu'il appelle l'«Interdépendance électronique», lorsque les médias électroniques remplacent la culture visuelle par une culture orale.
Ceci aurait pour effet de limiter l'individualisme et de fonder une société avec une identité collective.
En 1964, Marshall Mac Luhan publie son travail le plus connu, Pour comprendre les médias, qui s'avère être une étude pionnière dans la théorie des médias, c'est ici qu'il exprime l'idée que "le médium c'est le message".
En 1967, il publie ce qui sera son plus gros succès commercial, Message et Massage, un inventaire des effets.
Investi dans sa recherche, il ne cessera de publier de nombreux ouvrages déployant ainsi une lucidité toujours plus frappante tout au long de sa vie.



Pour comprendre les médias

Il est considéré comme l'un des plus grands penseurs des médias et des nouvelles technologies qui se prêtent au jeu des ambiguïtés. Nombreuses sont les références dont il fait part dans son ouvrage qui prend alors une porté sociologique, psychologique et philosophique. En effet, Mac Luhan cherche à comprendre les nouvelles formes individuelles et altruistes qu'induisent les technologies dans les rapports socioculturels chez l'Homme : l’homme dans sa forme singulière le lie à son moi, au monde et aux autres.
Comprendre le monde dans lequel nous évoluons : voilà sans nul doute ce que tente de faire Marshall Mac Luhan.

Mais parce que la complexité de l’homme renvoie à une multitude de facettes, de recoins inextricables peu confortables pour la pensée, il faut pour s’en faire une idée plus concise, nous approcher des sciences humaines telles que l’histoire de l’art, la littérature, l’histoire, la psychologie ainsi qu’à la neuropsychologie en s’appuyant sur l’étude du cerveau pour démanteler le mécanisme de la perception.

Ainsi, il y fait une succession d’analogies, de corrélations avec plusieurs domaines où l’homme demeure cet inconnu à dévoiler.
marshall


Démarche

L’intitulé du chapitre qui nous intéresse est celui qui fait écho à la célèbre citation aphoristique où il dit que :« Le médium c’est le message ». Afin d’expliciter ce propos, il nous faut avant toute chose revenir au point fondamental de l’éducation occidentale qui considère que le message c’est le médium.
En effet, le lieu commun voudrait que le moyen utilisé représente quelque chose. Faire d’un fait immatériel une contenance, lui offrir un corps par le biais de la matière du médium. Dans la peinture par exemple, le jeu de la perspective, des ombres et lumières ne font plus du pinceau un simple tracé mais bien l’épiphanie d’un événement vivant.

Cette idée de représentation est fortement attribuée à l’art depuis l’antiquité avec la notion de Mimésis où l’art devait être au service de la nature et où bien souvent Dieu était au centre des préoccupations.
On voit très bien cela chez Michel-Ange lorsqu’il répond à la commande du Pape pour peindre la Chapelle Sixtine en mettant en scène la Bible. On remarque également cet art figuratif dans les natures mortes où les choses prennent la place de sujet. Le sens de l’art est intimement lié à la notion de vraisemblance.
En d'autres termes, le thème de la représentation est associé directement à l’Art depuis que l’on admire le monde, non pour ce qu’il est, mais dans ce que les artistes ont su mettre la lumière sur l’invisible.

Dans le cas qui nous intéresse, il s’agit de voir ce qui est vu comme si la mystique du Monde s’évanouissait avec la médiatisation.
Pour reprendre un exemple cité dans l’ouvrage de Marshall Mac Luhan lui-même: «L’électricité ne contient en lui aucun message sauf quand il est utilisé dans des panneaux publicitaires.» L’électricité ne parle pas, elle ne dit rien mais elle permet tant de possibilités dans le quotidien qu’elle devient quasi-impossible de faire sans.
Les connexions internet, la lumière dans les habitats, l’éclairage des rues, le TGV, sonoriser et illuminer des concerts, conférences radiophoniques… en cela, il est un excellent médium. Le médium qui ne dit rien est celui qui est rependu, dont l’échelle diversifie les modalités et les activités humaines. Le médium qui ne dit rien est transparent tant il fait partie de notre mode de vie.
Autrement dit, il constitue un véritable écosystème où les notions d'espace, de lieu et d'environnement sont sans cesse modifiées. La télévision est un mode de communication qui crée débats, discussions, accords, partages, il est intéressant car il module nos relations sociales : car ce n’est pas tant ce que l’on y voit qui importe dit Mac Luhan mais que ce que l’on voit : l’écran de télévision.

Internet crée aujourd’hui des «buzz», des blogs, des t’chats, et maintenant Facebook. Cette manie de l’accessibilité, du gratuit, de la transparence, cette perte de frontière en dit long sur la nouvelle norme sociale : faire partie de la masse.
L’on proclame le « tous ensemble à l’unisson ». La perte de l’authenticité n’est pas perceptible car les valeurs défendues aujourd’hui ressemblent à un nouveau fascisme où la collectivité prime sur l’individu. Sans l’effet de groupe on ne peut que vivre loin du monde et il ne le faut pas.
Le regard panoptique du penseur est à étouffer par le regard coller au verre des vitrines

Du livre perdu

L’idée qui traversait autrefois les esprits était que tout passait par le médium universel communément appelé « discours ». Voilà l’idée principale que Marshall Mac Luhan défend dans son ouvrage consacré à la parole et au support livre, intitulé "La Galaxie Gutenberg" : «Le discours n’est pas la pensée, ni même une parole exprimant une idée, mais bien l’association de ces deux dans une nécessité où l’un et l’autre s’abreuvent mutuellement.»
Pour cela il fait référence à la parole du Théâtre Antique où les monologues déclamés faisaient sens et ainsi mettaient en exergue l’exclamation massive des sensibleries de l’âme humaine. Aujourd’hui les médias s’affublent du médium universel qui est le discours, en y incorporant une dialectique propre : chaque moyen technique suivant l’usage a son propre langage.
En effet, la parole est elle aussi devenue uniformisée. La diffusion a annulé la place du livre où le mot renvoyait à notre hémisphère droit, lieu où il était senti, vécu, interprété, brisé, reformulé. Les médias ont mené à une trans-valuation des notions où le mot se glisse dans l’hémisphère gauche, sans jamais être remis en question, car assimilé à grande vitesse.
La perte de valeurs est fortement ressentie dans une perte de contenu, stérilisant tout intérêt et désintérêt et validant la transmission de l’information comme chose acquise et non réfutable.
Les mots sont bariolés par ces effusions de néons offrant à la lumière un rythme, une cadence, un tempo résonnant comme décompte dans la perte de la parole écrite pour l’oralité. La nuit n’est plus noire et profonde mais colorés et en pleine ivresse où les affichages crient de tout leur poids leur pleine présence au monde.
L’individu ne dit mot, il avance avec ce regard feutré qui regarde sans voir, sans penser, sans comprendre. Le paysage s’achève comme le dit si bien Ben Lewis dans son documentaire intitulé L’art s’explose où il dit que le monde avance dans un imminent fracas, tel le Titanic face à l’iceberg, où les hommes continuent cependant de danser sur la musique de l’orchestre, sans ne jamais prendre conscience du danger qui s’opère.
Même sous les paupières, les mouvements désignés sous le sigle M.O.R (Mouvement Oculaire Rapide : mouvements que font nos yeux lors du sommeil profond) le silence n’est jamais atteint.
L’écran noir de l’installation d’Anna Chlokovitch qui se voulait dépasser les représentations pour transparaitre l’imaginaire du spectateur et dire que finalement « il y a toujours à voir », n’est pas si loin de notre désir de ne plus être contraint par cette société d’images.
Car lors du sommeil le cerveau réorganise ce qu’il a vu, appris, comme retraçant l’itinéraire d’une errance, cheminement de l’œil, durant la journée. Que serait ce spectacle si nous pouvions y avoir un accès direct? La société est-elle devenue une inconsciente perception?

Périls et congré

Cette fascination que développe Marshall Mac Luhan dans son analyse parle du monde de l’évolution du monde, de l’engrenage dans lequel nous sommes, dans cette servitude que l’on ne perçoit même pas, tant « les objets nous possèdent ».
L’homme ne demeure pas perdant dans cette machination car il y développe des savoirs faire, les emploie, le progrès est devenu un fait populaire, il n’est pas un effet de classe mais de masse.

Le langage a évolué et lorsque le langage évolue c’est bien que la société change, comme il le dit si bien dans sa préface. Les mots perdent peu à peu leur sens initial et d'autres, nouveaux, nous viennent bien souvent du monde anglophone.
Comme si ce rapport interactif ou intersubjectif qui se vit entre l’homme et la machine n’avait pour autre téléologie que la création d’un seul est même groupe humain et par là même d’une seule sorte d’individu.
Comme une sorte de solidarité physiologique à n’être qu’une entité à l’image de l’unité.

Conclusion

En somme, ce que réussit à faire Marshall Mac Luhan dans son chapitre Le médium c’est le message, est de mettre en évidence que les technologies nouvelles ne développent pas de nouvelles idées, seulement de nouveaux supports qui induisent une réappropriation du langage avec une dialectique innovante, un changement interne par l’appropriation de la subjectivité par la modification de nos sens et perceptions.
A la façon de Blake ou de Psalmiste, dont Mac Luhan confère un respect pour leurs travaux, nous pourrions clore par l’expression suivante: « '''Nous devenons ce que nous apercevons''' ».
Comment peut-on se targuer d’être impassible aux matraquages médiatiques sur la minceur, la beauté? Car enfin, nous évoquions l'Art plus haut, mais il s’agit notamment de faire partager par le plus grand nombre une nouvelle « esthétique ». Dans ce cas l'on comprend mieux l’impact fait à notre cerveau par les images.

Nous pourrions citer l’anorexie mentale et physique comme conséquence de la médiatisation, où la représentation de notre corps devient elle-même une image déconstruite. Ce qui semble nous appartenir sensiblement, affublé par une mauvaise appréciation perceptible, nous dépossède de nous-même.

Sa démarche sociologique, philosophique et psychologique renvoie finalement à celle de Pasteur lorsqu’il s’adresse aux médecins leur conférant un conseil majeur au sujet de la Médecine, à savoir que leurs plus grands ennemis sont à peu près invisibles.
Le médium média est d'autant plus puissant qu’il sait à merveille allier plusieurs média dans un seul. L’exemple donné dans le chapitre Le médium c’est le message est de souligner qu’un film a bien souvent, pour source originale, un roman, une pièce de théâtre, un opéra…
La prison dorée que l’homme s’est offert comme garantie d’une plus grande liberté, au nom d’une Utopie progressiste où les informations portées par les technologies de communications s’assimilent au mouvement Cubiste dévoilant toutes les facettes d’une même surface dans un même temps donné. La fragmentation de l’information est connue non plus dans une succession mais dans un instantané : un présent omniprésent.

A ce titre le psychologue C.J.Jung qui clôt le texte de Marshall Mac Luhan reprend cette idée que la machination induit forcément un comportement chez l’homme novateur, conduisant à l’établissement d’un nouveau genre humain.
L’homme s’identifie à son entourage dans une parfaite amnésie opérante. Il est asservi par une volonté que déploie son extérieur vital, devenant au fur et à mesure une intériorité en mutation: «Chaque Romain était entouré d’esclaves. L’esclave et sa psychologie noyaient l’Italie Antique.
De sorte, que chaque Romain est devenu à son tour esclave sans s’en rendre compte, la psychologie de l’esclave les a inconsciemment atteints. Personne ne peut se protéger d’une influence comme celle là. »
Par les nouvelles technologies et le contrôle inconscient qu'elles entretiennent sur lui, l’homme est devenu son propre ennemi en se faisant ami avec la machine.

Oeuvres majeures

* ''Mariée Mécanique''.By Marshall Mcluhan 1951
* ''Village Global''. By Marshall Mclhuan 1960
* ''Pour Comprendre les Média''. By Marshall Mcluhan 1964
* ''Message et Massage''. By Marshall Mcluhan 1967

Notes et références


Filmographie
* ''Fahrenheit 451''. By Ray Bradbury
* '' Brazil.'' By Terry Guilliam
* '' 1984'' By Orson Welles
* '' Le procès de Kafka'' By Orson Welles

Livres
* ''L'Oeil et l'Esprit'' By Merleau-Ponty
* ''Le Rire'' By Bergson
* ''The Human Age'' By Wyndhiam Lewis
* ''The Childermass'' By Wyndhiam Lewis
* ''Finnegans Wake'' By James Joyce