Maryanne Amacher

L’environnement sonore : entre recherche et art créateur


Amacher.jpg

« My interest is not in sampling sound effects, but in creating a sense of the hidden, interior places within the city : patterns of harmony, dimension, obscured in daytime, clearly heard, existing most magically at night. »

Maryanne Amacher, l’être & le don


  • Maryanne Amacher, née le 25 février 1938 en Pennsylvanie dans la ville de Kane, est une compositrice Américaine. Elle quitte sa ville natale pour étudier à l'Université de Pennsylvanie de laquelle elle ressortira diplômée en 1964. Là-bas elle apprendra de figures telles que George Rochberg (compositeur Américain de musique classique contemporaine reconnu) ou encore Karlheinz Stockhausen (compositeur Allemand d’avant-garde ayant travaillé la musique électronique avec des procédés de créations aléatoire).
  • En addition à sa formation artistique, Maryanne Amacher part étudier les sciences acoustiques et informatiques à l’Université de l’Illinois. Elle décède le 29 octobre 2009.

Quelques détails biographiques

Maryanne Amacher reçut de nombreuses récompenses pour son travail:
- En 1968 elle reçoit une subvention de la FCA de New York (Fondation pour les Arts Contemporains)
- En 2005 elle reçoit le Prix Ars Electronica dans la catégorie "musiques électroniques" pour son projet "TEO! A sonic sculpture"
Les dix dernières années avant sa mort, elle enseigna au Bard College, à Annandale-on-Hudson situé dans l'état de New York.



Son apport à la recherche scientifique

  • En parallèle de son travail artistique, Maryanne Amacher a également travaillé sur une forme d’acoustique nouvelle, pensée une première fois en 1948 par Thomas Gold, puis démontrée en 1978 par David Kemp*, un physicien.
  • L'oto-émission acoustique est un phénomène physiologique. Ce sont des petites vibrations de nature sonore créées par le mouvement de nos propres cellules externes situées sur la membrane basilaire. Dés qu’un son atteint notre oreille, il finit dans la « cochlée » qui l’amplifie. Mais les cellules qui y sont alors stimulées par cette même onde génèrent en plus un son, serte très faible, mais existant, qui sort alors de notre oreille. C’est ainsi que se produisent les « oto-émissions acoustiques ».

*David Kemp, « Stimulated acoustic emissions from within the human auditory system », Journal of the Acoustical Society of America, vol. 64, 1978, p. 1386–1391


Maryanne Amacher, la création


L’étude créatrice d’environnements sonores urbains

  • City-Links, entre Boston et New York

  • City Links est une série d’oeuvres sonores créées et développées par Maryanne Amacher durant sa carrière. Dés 1967, elle débuta par une diffusion longue de 28 heures, composée d’un mélange de bruits récoltés via 8 canaux placés sur diverses endroits à Buffalo, aux Etats Unis.
Cette première oeuvre est symbolique de ce qui suivra puisqu’elle décrit son propre travail comme des « spectacles », nécessitant des installations particulières. Ces installations impliquent de rapporter directement des sons de deux ou plusieurs sites éloignées (des villes différentes ou à travers une même ville si celle-ci est assez grande pour capter des environnements sonores différents, comme à New York ou Boston qui furent ses deux plus grandes installations).
Ensuite, grâce à des liens électroniques, une « musique » est composée, en transcendant ce qui sépare les lieux et les espaces pour ne former qu’une superposition de sons distincts.
  • Boston et New York furent les installations les plus impressionnantes en taille. Maryanne Amacher utilisa les lignes téléphoniques ouvertes comme canaux pour transmettre les sons (dans des zones portuaires par exemple). Ces sons ainsi récoltés, elle pu durant des mois voir des années, les étudier et en tirer des extraits. Elle eu ainsi la matière nourricière de plusieurs de ses oeuvres. A cette matière, elle ajouta des sons enregistrés dans des oeuvres ultérieurs, comme ceux provenant de sa collaboration avec l’artiste John Cage intitulée « Lectures on the Weather » de 1976.

AmacherCage.jpg



La perception comme un processus social

  • Les oeuvres sonores de Maryanne Amacher se focalisaient sur l’espace et nos organes perceptifs humains dans ces espaces. Le corps et la résonance par exemple la passionnaient. Pour elle la perception de notre environnement formait le processus social, tant par les résultats que par les outils de perception que l’homme utilisait.
  • Ayant eu un intérêt pour la dimension physique du son et la recherche scientifique et technologique, les oeuvres de la série City Links sont des enquêtes, des essais de recherches portées sur la relation entre la musique et les espaces. Elle a ainsi démontré l’intérêt des caractéristiques architecturales des bâtiments présents dans ces espaces, la météo, les heures de la journée durant lesquelles les sons ont été récoltés… Ce sont peut être des critères de recherche subtiles, mais nécessaires pour percevoir la dimension humaine et sensorielle de son travail, et être plus proche de la réalité humaine. Comprendre le « pourquoi » du fait social à travers le détail, le minime, l’invisible presque - cette même recherche du « petit » qui l’avait passionné dans le phénomène de l’oto-émission acoustique.

  • Big City on the Beach, ou la nouvelle musique by « America Miami »

Ce travail est l’un des plus créateurs, de par sa dimension multiscalaire et de par un interventionnisme de l’artiste encore plus prononcé (si on part du principe que ce sont les choix de l’artiste tout comme ses non-choix qui sont nécessaires pour comprendre ses oeuvres).
  • Jon Nordheimer a écrit en 1988 dans le New York Times « The reality of metropolitan Miami exists somewhat tentatively between the old myth of a carefree seaside resort and the new television driven myth of a dangerous sinister city ».
Les outils de création ont été les mêmes que pour les oeuvres antérieures : des canaux de sondage installés dans des espaces distanciés, ici dans le sud de la Floride et notamment quelques uns à Miami. L’artiste a d’abord fait le choix d’accepter cette ambiguïté constitutive de la vie citadine de Miami pour le choix de ces espaces. Elle a ensuite voulu intégrer l’élément direct, le « Live » pour tendre un peu plus vers la réalité de la perception. Pour finir, grâce à des tables de mixages, elle a fait interagir et se faire rencontrer les différents lieux à travers les sons qu’ils ont émis. Maryanne Amacher a ainsi atteint des atmosphère purement imaginaires à partir de matériaux de la réalité. Elle a pu créer une nouvelle dimension musicale, non pas en modifiant l’essence du monde sonore qui nous entoure, mais en modifiant les aspects de sa perception (le temps, l’espace, l’arbitraire…)

Amacher2.jpg



Écoutes




Sources
https://en.wikipedia.org/wiki/Maryanne_Amacher
https://cestunesortedepanel.wordpress.com/2013/08/17/maryanne-amacher-city-links/
http://www.ludlow38.org/files/mabooklet.pdf
http://www.nytimes.com/2009/10/28/arts/music/28amacher.html
https://en.wikipedia.org/wiki/George_Rochberg
https://en.wikipedia.org/wiki/Karlheinz_Stockhausen
http://www.cochlea.eu/exploration-fonctionnelle/methodes-objectives/oto-emissions

Pour en savoir plus, beaucoup plus
 Cliquez ici