Musique et postmodernité

Édition Que sais-je, 1998 Béatrice Ramaut-Chevassus


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Première partie Un cadre théorique
1. Pour une définition de la notion ambiguë de postmodernité
- Le paradoxe du mot postmoderne. Ainsi le moderne aurait une fin ? Le moderne est défini à la manière de Kandinsky dans Du spirituel dans l'art. C'est-à-dire qu'un homme ou une minorité est à la pointe de la nouveauté et qu'ils seront un jour compris par les masses. Alors que le postmoderne ne cherche pas toujours du nouveau, de l'inouïe ou de l'inédit. Le postmoderne est selon l'auteur en accord avec le passé, il ne cherche pas à créer de hiérarchie et accepte la pluralité des styles.
2. Pour une analyse de la postmodernité
- La nouvelle attitude vers le passé, ne pas faire table rase. « Le scandale ou l'incompréhension ne sont plus la preuve de la validité d'une œuvre. » Il y a plus de « régionalisme » qui se développe que de tendance à un style international informe et artificiel. C'est un « va et vient entre la tradition et l'innovation », un dialogue dans le temps et l'espace.
3. Les applications possibles dans le champ musical
- Les avant-gardes cherchent à aller jusqu'aux bouts d'un matériau même si cela mène au silence. Mais dans les années 60 on voit selon elle une sorte de nostalgie qui permet à la mémoire d'être réutilisable, la citation devient possible.

Deuxième partie Techniques, fonctions, enjeux
1 Techniques
- Les techniques tendent à « récréer les conditions d'une continuité pour la perception », qu'une forme soit saisissable pour l'auditeur. C'est le retour à la mélodie, à la tonalité, à la modalité. Il y a une hiérarchisation pour la perception.
- Entre simplicité et complexité, le minimalisme musical. ( Philip Glass, Steve Reich). Ils ne cherchent pas le scandale. Ils mixent différentes techniques de composition, où la perception est privilégiée avec des changements audibles. Car le processus est plus perceptible par la production centrée sur la dimension acoustique du son. Chaque section d'un morceau est basée sur un processus qui lorsqu'il arrive à épuisement se termine. La musique répétitive est là en partie grâce aux bandes magnétiques. Les années 70 sont un nouveau souffle c'est alors le postminimalisme.
- Dans les années soixante, le néoromantisme s'opposant au minimalisme, des compositeurs, tel B. Ferneyhough, avaient une écriture d'une densité très complexe mais aussi très difficile à écouter.
- La citation est très prisée dans le postmodernisme. Elle nécessite une interprétation. Elle est un personnage à part entière qui permet un dialogue entre les âges.
- Le collage est un autre cas de réécriture. Il a tendance à abolir toutes les limites entre les époques. C'est un geste allégorique basé sur un foisonnement d'évocations. Kagel a développé une manière plastique de composition avec des partitions collées sur des objets qui sont prises en photos afin d'écrire la nouvelle partition.
- Retour au vernaculaire, c'est-à-dire les spécificités d'une région, en opposition à une autre. Toutefois, dans le postmodernisme ce n'est jamais exclusif, et il y a toujours des dialogues.

2 Fonctions
- Erik Satie, un ancêtre dont la simplification de l'écriture défie toutes les lois de la composition. Entre le savant et le populaire, mélange des genres. Le postmodernisme aime le mélange des genres et des cultures.
- Le postmodernisme se recompose lui-même un héritage.
- La mémoire est toujours active, plus encore elle est sans cesse réactivée, les enregistrements étant désormais de plus en plus nombreux.
- Le processus est important, sur le fait qu'il soit audible. Par exemples les effets harmoniques sont efficaces s'ils sont perceptibles.

3 Enjeux
- Une caractéristique dominante dans la musique postmoderne est la volonté d'une musique esthésico-centré, c'est-à-dire, avoir un public contemporain. C'est remettre au centre à la fois l'interprète et l'auditeur.
- L'hybridité, plus qu'un mélange de genre, garde la tonalité en vie. La musique ne veut pas être une chose composite mais quelque chose de nouveau et de complexe. L'hétérogénéité des styles peut être un élément fertilisant.
- Les emprunts, les collages et autres procédés ont une signification sémantique. Leur utilisation même à du sens.
- L'utilisation de plusieurs traditions afin de créer une tradition postmoderne ?

Troisième partie De multiples facettes
- Il n'y a pas une tradition postmoderne mais une extrême diversité. Et il y a aussi des courants qui se développent toujours aujourd'hui sans être touché par le postmodernisme.
- Le postmodernisme s'enferme-t-il dans la réécriture qui finit par devenir stérile ? Pourtant à observer l’œuvre de compositeurs postmodernes, on voit qu'elle est très prolixe. Ainsi le postmodernisme a de nombreuses facettes qui sont chacune des aventures.

Édité dans une collection de référence, Béatrice Ramaut-Chevassus définit la postmodernité et ses rapports avec la musique, en étayant son propos de nombreuses références.