Nadav Kander


Dust par Nadav Kander : portrait des ruines de l’ambition nucléaire soviétique


Biographie :

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Nadav Kander

Nadav Kander est un photographe Israélien né en Décembre 1961 à Tel Aviv. Il commença à prendre des photographies pendant son adolescence, en tant que simple amateur, puis se décida à devenir photographe professionnel suite à son passage dans l’armée de l’air Sud Africaine où il était en charge d’imprimer des photographies de reconnaissances aériennes. Il réside depuis lors à Londres où il expose régulièrement ses créations, ainsi que dans le reste du Royaume-Uni, en Europe (Paris, Berlin, Zurich…), aux Etats-Unis, en Chine ou encore en Israël, sa patrie d’origine. Il est réputé pour plusieurs de ses créations, notamment Yangtze - The Long River series, une série de photos prises lors de son voyage suivant le cours du Yangtze en Chine, depuis son embouchure en Mer de Chine jusqu’à sa source située à plus de six milles kilomètres de là. Des clichés saisissants, avec le fleuve pour fil conducteur et témoin de son périple. Un témoignage en grand format de la Chine actuelle, en plein essor, et de sa relation singulière avec la nature. Les personnages sont bien souvent dominés, voir écrasés par les éléments du paysage, qu’ils soient naturels ou artificiels (barrages, ponts en construction, barres d’immeubles). Un portrait d’une Chine nouvelle, bien loin de l’image exotique et quelque peu médiévale que l’on peut encore avoir en mémoire. Il est par ailleurs récompensé pour son oeuvre en 2009 par le Prix Pictet.

Dust

Dust est une autre de ses créations, exposée à la Flowers Gallery de Londre en 2014. Dans cette série de photos l’artiste démontre une fois de plus son intérêt pour “the aesthetics of the destruction”(l’esthétique de la destruction), selon ses propres mots. Ses clichés ont été pris à la frontière entre le Kazakhstan et la Russie, à Kurchatov et Priozersk, deux villes oubliées, rayées des cartes, dont les ruines renferment un lourd passé, autrefois secret. Là se trouvaient respectivement deux sites, une zone d'essais pour ogives nucléaires et une usine de missiles, à l’époque où l’URSS sortant à peine de la 2nde guerre mondiale cherchait à rattraper son retard sur les Etats-Unis. C’est à Kurchatov que les soviétiques ont testés leur première bombe nucléaire, à l’insu des populations proches, les scientifiques notant avec minutie l’impact des radiations sur les sols, les cultures, les animaux, ainsi que les humains alentours. Ces sites sont désormais réduits à l’état de ruines, ayant été démantelés après la chute de l’Union Soviétique, mais gardent des traces de leur passé qui somme toute, n’est pas si lointain.

Les oeuvres de Nadav Kander affichent toute leur étrange beauté en grand format, où les ruines surplombent l’observateur et miniaturisent l’humain, comme The Polygon, un simple bloc de béton noirci par l’explosion, se dressant dans la steppe tel un monolithe. Avec ces objets simples, ce style minimaliste, renforcés par des arrières plan laiteux, faits de nuances de gris et de sépia, ces paysages semblent issus d’un songe, d’un passé irréel, où la beauté n’est jamais dénuée d’une once d’étrange, il y a toujours une impression de noirceur, de peur, qui plane au sein de ces clichés.
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(Priozersk I, (Military Housing), 2011)
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(The Polygon Nuclear Test Site, 2011)



























Comme cette photographie intitulée Priozersk XIV, et cette statue doucement illuminée par le soleil couchant, dominant un lac qui se confond, tel un miroir, avec la pâleur du ciel. La ligne d’horizon se distingue à peine au centre, comme transpercée par la statue. L’ensemble donne une illusion de perfection, tout semble paisible et bien proportionné, en harmonie avec la nature. Pourtant la statue est en piteux état quand on y regarde de plus près, l’une de ses jambes est absente, remplacée par une simple barre de métal, telle une prothèse grossière. Avec ses bras absents elle n’est pas sans rappeler la Vénus de Milo, et partage avec elle un passé tumultueux. Ainsi, avec ce qui semble au premier coup d’oeil n’être que des paysages anodins, Nadav Kander nous dévoile en grand format des ruines radioactives, des paysages toxiques, dangereux néanmoins esthétiques, où la nature reprend ses droits sur l’humain, tissant un lien entre le passé et le présent. Minimaliste de par son style, l’artiste se rapproche pourtant du Sublime, touchant son observateur avec une grande force, mêlant esthétisme, étrangeté et émotions contraires.

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(Priozersk XIV, 2011)


Par J.Boudeau, 2017.