Nam June Paik



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Nam June Paik est considéré comme le premier véritable artiste de l’Art Vidéo. Il combine à la fois sculpture, mise en scène de ses œuvres vidéos et intègre au tout les technologies les plus avancées de son époque.

Naissance de l’artiste

Né à Séoul le 20 Juillet 1932 sous la période coloniale, il est le cinquième enfant d’une famille possédant une grande manufacture textile. Il a été initié dès son enfance à la musique, notamment par l’apprentissage du piano.

En 1950, il est contraint, avec sa famille, de fuir la Corée suite à la guerre qui ravage le pays. Il s’installe d’abord à Hong-Kong, puis à Tokyo où il décrochera en 1956 un diplôme sur l’Histoire des Arts et l’Histoire de la Musique avec sa thèse sur Arnold Schonberg. Il déménage ensuite en Allemagne, où il poursuivra des études sur l’Histoire de la Musique à l’Université de Munich et des études de Composition au conservatoire de Fribourg. C’est à cette période qu’il rencontrera des compositeurs mais aussi des artistes conceptuels comme Joseph Beuys ou Wolf Vostell , véritable inspirateur pour l’art électronique.

Vie artistique
En 1963, Nam June Paik commence son travail d’artiste dans un groupe Néo-Dada connu sous le nom de L'art vidéo de Fluxus au sein duquel il va travailler la musique mais aussi l’art vidéo. Il est inspiré notamment par John Cage, un ami qu’il rencontra lors de ses études en Allemagne.

Premières expositions


Après un travail artistique sur l’instrument de musique et plus précisément sur le piano, qui reste pour lui un symbole de la culture occidentale, Nam June Paik, détourne la télévision de sa place conventionnelle. Pour les performances et installations, le cadre du téléviseur est détruit, démythifié et privé de ses associations et connotations traditionnelles.

Il réalise sa première exposition en solitaire ''Exposition of Music-Electronic Television'' en combinant des téléviseurs et des aimants afin de distordre l’image. Elle a été exposée dans la Galerie Parnass à Wuppertal, en Allemagne.
Suite à un passage rapide au Japon en 1964 où il rencontre Shuya Abe, il part pour les Etats-Unis, plus précisément à New-York, où il rencontre Charlotte Moorman avec qui il collaborera.

L'avènement de l'enregistrement audio et vidéo portatif


La commercialisation en 1965 par Sony du CV-2400 Video Rover, un ancêtre du caméscope permettant à une seule personne de filmer et d’enregistrer du son et de l’image, va accélérer l’affirmation de Nam June Paik en tant qu’artiste du Video-Art.

Au cours de la même année, il réalise et expose à la Galerie Bonino de New-York l’œuvre ''Electronic Art'' (Art Electronique). Encore une fois il utilise des aimants pour déformer et distordre l’image du téléviseur. Il créera en 1968 ''Electronic Art II"

WGBH et la collaboration avec Charlotte Moorman


En 1968, Nam June Paik collabore avec des techniciens de WGBH, une station locale de télévision, et aussi cinq autres artistes pour laquelle il réalise ''Electronic Opera No. 1''. Dans cette œuvre, les images d’un danseur et trois hippies sont déformées à l’aide d’aimants, ainsi que des figues emblématiques comme celle de Richard Nixon. Il ajoute en plus un doublage, donnant ainsi des instructions au spectateur. On y retrouve aussi le piano, en feu, rappel de son initiation aux arts.

La rencontre avec Charlotte Moorman engendre en 1969 ''TV Bra for Living Sculpture'', un soutien-gorge réalisé avec des écrans de télévision portée par Moorman et qui diffuse des images des premiers pas de l’Homme sur la Lune. La vitesse à laquelle elle joue du violon va influer sur la vitesse de défilement des images retransmises par le "soutien-gorge". Leur collaboration continue en 1971 avec ''TV Cello'', un assemblage de trois télévisions montées les unes sur les autres formant l’ossature d’un violoncelle. L’installation se veut telle que lorsque Charlotte Moorman utilise son archet sur le "violoncelle", son image, ainsi que celle d’autres violoncellistes se voient projetées sur les écrans. Il réalise aussi avec elle ''Opera Sextronic'' qui vaudra à Moorman d'être arrêtée, montrant bien que cette œuvre peut déranger.

L'invention du coloriseur et les communications électroniques


Dans son désir d’aller plus loin dans l’utilisation et l’exploitation d’image, il construit, avec l’aide de Shuya Abe qui travaille chez Sony, un coloriseur permettant de dissocier la forme de son contenu ou de créer des images en couleur sans avoir besoin de caméra. Avec le coloriseur, Nam June Paik laissera son empreinte dans l'Art Vidéo : les formes et les couleurs changent rapidement, et donnent une impression de mouvement à ses œuvres.

S’intéressant aussi bien aux technologies qu'aux communications, Nam June Paik emploie le terme de « super higway » (autoroute) face à l’accélération grandissante de la propagation de l’information. Visionnaire, il va définir en 1974, dans son ''Media Planning for the Postindustrial Society — The 21st Century is now only 26 years away'' (Planification des Médias pour la Société Postindustrielle — Le XXIe Siècle n’est plus que dans 26 ans)pour le Rockfeller Center ce que sera la technologie du XXI° siècle.


« La construction de nouvelles autoroutes électroniques deviendra une entreprise encore plus gigantesque. Supposons que l’on connecte New York avec Los Angeles au moyen d'un réseau de télécommunication électronique qui fonctionne dans des gammes de transmission fortes, aussi bien avec des satellites continentaux, des câble coaxiaux et plus tard via la fibre optique de rayon laser : la dépense serait la même qu’un alunissage, sauf que les avantages en terme de sous-produits seraient plus grands. »


Féru de ces technologies, il développe la diffusion d’images par satellites. Son travail se concrétisera notamment avec ''Good Morning, Mr. Orwell'', liaison satellite entre le Centre George Pompidou à Paris et le studio WNET-TV de New-York mais aussi avec la Corée du Sud. Symbole d’échanges intercontinentaux, cette liaison satellite et artistique sera vu par près de 25 millions de téléspectateurs le 1er Janvier 1984. Dans cette œuvre, Nam June Paik utilise à la fois des images précédentes de ses œuvres et des effets graphiques. Charlotte Moorman réinstalle ''TV Cello'', combinée à une musique de John Cage. Quelques problèmes techniques ont compliquées la transmission de cette œuvre vivante et directe, mais, selon l’artiste, ils enrichissent la vitalité de l’œuvre.

Les œuvres robotiques et les créations gigantesques


Nam June Paik va peu à peu ériger des robots gigantesques composés de téléviseurs, comme notamment ceux de ''Family of Robots'', assemblages humanoïdes montrant l’évolution des technologies : les robots plus âgés, assimilés aux grands-parents sont composés d’écrans et de radios anciens, tandis que plus les générations avancent et plus le matériel utilisé suit l’évolution de la technologie pour aboutir au high-tech de l’époque.

La "Famille Robot" va être le début d’une phase de travail de l’artiste, avec une multiplication des familles : La Famille Paik, la Famille Antiquité ou encore la Famille Révolution dont l’une des créations sera commandée par la ville de Paris pour fêter le bicentenaire de la Révolution Française : ''Olympe de Gouge''. Elle sera exposée au Musée d’Art Moderne de Paris en 1989. Il continue ainsi de diffuser l’esprit ''Fluxus'' de ses débuts.

En 1988, il érige l’installation ''The More The Better'', gigantesque fresque de 1003 télévisions empilées. Cette œuvre a été réalisée en vue des Jeux Olympiques de Séoul.

Créé en 1995, ''Electronic Superhigway'', Continental U.S., Alaska, Hawaii est une critique de "la culture de la société américaine, focalisée sur la télévision, les images mouvantes et le superficiel". L’œuvre est en exposition permanente à la ''Lincoln Gallery of Smithsonian American Art Museum''.

L’artiste fera l’objet de nombreuses rétrospectives, bien avant sa disparition en 2006, dès les années 70 à Cologne ou encore en 1982 au ''Withney Museum of American Art'' de New-York. La plus impressionnante a été celle du Musée Guggenheim de New-York : l’ensemble de l’espace disponible au musée a été utilisé pour l’exposition des œuvres de Nam June Paik en 2000.

Œuvres vivantes

La plupart des œuvres de Nam June Paik font appel à l’intervention du spectateur alors considéré comme acteur et artiste ou provoquent chez lui des réactions grâce à des évènements aléatoires. L’utilisation des aimants par exemple et la déformation de l’image en déplaçant l’objet autour du téléviseur montre bien que le spectateur n'est plus considéré comme tel mais qu'il est bien artiste sinon acteur de l'œuvre.

Certaines de ses œuvres sont aussi réalisées de telle sorte que l'utilisation d'un objet externe, comme le violon dans ''TV Bra for Living Sculpture'' ou encore en changeant le volume du poste de télévision pour certaines de ses œuvres, modifient la vitesse de diffusion des images. Là où la peinture ne peut être que regardée et interprétée, les œuvres de Nam June Paik sont mobiles et interactives.

Influences sur le monde

Nam June Paik a influencé le monde, notamment le monte artistique : ses œuvres, en particuliers celles qui font défiler des images rapidement, comme dans Venus, ont influencé la création des clips musicaux et le business musical des années 1980. Certains verront aussi en lui un artiste qui remet en cause les codes de communication d'une société rompue au discours télévisuel institutionnel. Il propose à ces artistes vidéastes une télévision alternative.


Citations
"''Tout comme la technique du collage a remplacé la peinture à l'huile, le tube cathodique remplacera la toile''"
"''Le futur c'est maintenant''"
"''La peau est devenue inadéquate dans l'affrontement avec la réalité. La Technologie est devenue la nouvelle membrane du corps de l'existence.''"
"''Notre vie est à demi naturelle et à demi technologique.''"
"''Je rends la technologie ridicule''"
"''Il y a un cercle. C'est l'art. Il y a un autre cercle. C'est la communication. Ils se chevauchent et forment une graine de jujube. C'est l'art vidéo. L'art vidéo est aussi solide qu'une graine de jujube.''"


Œuvres

*'''1961'''
:*''Simple, Zen for Head and Étude Platonique No. 3''


*'''1963'''
:*''Exposition of Music-Electronic Television''
:*''Zen for TV'' : l’image transmise par la télévision est réduite à une simple ligne
:*''Kuba TV'' : rétrecissement de l’image ou agrandissement en fonction du changement de volume.


*'''1964'''
:*''Robot Opera''


*'''1965'''
:*''Electronic Art''
:*''Magnet TV''


*'''1967'''
:*''Opera Sextronic''


*'''1968'''
:*''Electronic Opera No. 1'''


*'''1969'''
:*''TV Bra for Living Sculpture'' : soutien-gorge fait d’écran de télévision.'''
:*''9/23/69 Experiment with David Atwood'' : huit minutes de manipulation d’images dans un processus de révélation ou de transformation.'''


*'''1971'''
:*''TV Cello''''


*'''1973'''
:*''Global Groove'' : Nam June Paik associe de manière débridée et chaotique des spots publicitaires, programmes de musique et des programmes de danse à fragments de créations antérieures (telle « TV Cello », 1973) et y mêle des hommages faits à l'avant-garde.


*'''1974'''
:*''TV Buddha'' : Une statue de Bouddha est placée face à un écran de télévision avec une caméra située au dessus de l’écran, le tout formant un circuit fermé. Bouddha s’observe silencieusement dans l’écran, formant ainsi une boucle temporelle infinie.
:*''TV Garden'' : des plantes de différentes tailles grandissent parmi écrans de télévision.


*'''1975'''
:*''Video Fish'' : une rangée de 20 écrans positionnés derrière 20 aquariums. Les écrans diffusent des images d’avions, d’aigles, de poissons ou encore du danseur Merce Cunningham.


*'''1984'''
:*''Good Morning, Mr. Orwell''


*'''1986'''
:*''Bye Bye Kipling''
:*''Family of Robots''


*'''1987'''
:*''Merce''


*'''1988'''
:*''The More The Better''


*'''1990'''
:*''Venus''


1993 : Catherine the Great


1995 : Electronic Superhigway, Continental U.S., Alaska, Hawaii


2000 : Tiger is Alive


2004 : Global Groove 2004

Reconnaissances et récompenses
Artiste reconnu, il obtient en 1979 une chaire à la Staatliche Kunstakademie (Académie Publique des Beaux-Arts) de Düsseldorf où il enseignera jusqu’en 1996.

1979 : Chaire à l’Académie Publique des Beaux-Arts de Düsseldorf où il restera professeur jusqu’en 1996

1987 : Membre de l’Académie des Beaux-arts de Berlin

1992: Kaiserring (Anneau impérial), récompense décernée par l’Académie d’Art Moderne de Goslar

1998 : Kyoto Award

2000 : National Art Club Award

Il reçu aussi d’autres récompenses comme la Médaille Picasso de l’UNESCO ou le Will Grohmann
Award. Son ''Olympe de Gouge'', a été un sujet du baccalauréat d'Arts Plastiques de 2006 à 2008 en France.

Sources


Vidéos


Photos
*''[http://www.medienkunstnetz.de/assets/img/data/2448/bild.jpg TV Magnet]''
*''[http://www.paikstudios.com/images/TV%20Cello.jpg TV Cello]''
*''[http://stephan.barron.free.fr/art_video/images/paik_tvbra_for_living_sculp.jpg TV Bra for Living Sculptures]''
*''[http://www.arts-electric.org/images/stories/streamingmuseum2.jpg Good Morning, Mr. Orwell]''
*''[http://www.paikstudios.com/images/more%20the%20better.jpg The More The Better]''
*''[http://artsuqam.net/etudiants/AVM1310-20/BourdonG/cgi-bin/us%20map1%20copy.jpg Electronic Superhigway]''

Liens externes
*[http://www.paikstudios.com/ Site officiel de Nam June Paik]
*[http://www.artvideo.free.fr/musee/biographie/paik.html Biographie de Nam June Paik]
*[http://en.wikipedia.org/wiki/Nam_June_Paik Wikipedia]