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HarshNoise
le 07.05.2015 à 00:00:11
de VincentLeCadre?

Harshnoise

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Le mot « Harshnoise » se compose des mots anglais « harsh » (qui veut dire dur, cassant, sévère...) et « noise » (le bruit), c'est donc un bruit qui se veut encore plus violent que le bruit lui-même.

Définition Générale

La harshnoise est un sous-genre musical qui se voit comme l’héritier de la musique bruitiste des années 20, décrite par Luigi Russolo dans son manifeste L'Art des Bruits publié en 1913. La harshnoise est une réinterprétation moderne du mouvement bruitiste. Russolo prônait l'utilisation des bruits de l'environnement de son temps (machines, industries...), la harshnoise suit le même chemin mais utilise ce qui a été inventé depuis lors : l'électronique, les nouvelles technologies, les nouveaux instruments, afin d'ouvrir son champ sonore plus loin encore que Russolo et ses comparses.
Il suit un chemin parallèle aux mouvements industriels, dans sa recherche innovante de nouvelles sonorités, et la prise d’importance du bruit.
La Harsh Noise en général est le pan le plus extrême de la musique bruitiste (la noise), comportant des bruits particulièrement saturés. La Harsh Noise se veut aussi comme une épreuve, un défi lancé au spectateur. La démarcation de la harsh noise d'avec les autres styles de musique expérimentale (comme l'électroacoustique ou le drone par exemple) vient de la saturation extrême, qui donne un son carrément violent, à la limite de l’audible . Il n'y a généralement pas de partie rythmique discernable, de même qu'il n'y a pas réellement de structure pré-établie.
Au niveau des instruments le « performer » peut utiliser à peu près tout ce qui fait du bruit, autant des instruments dits « classiques » (basse, guitare, percussion...) que des pédales d’effets, des machines, des thérémines, et toutes sortes d’objets (caddies, marteau piqueurs, marteau...et bien d'autres).

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La scène pionnière du mouvement : le Japon

De toutes les scènes Harsh Noise, celle du Japon passe pour être la scène mère du mouvement, ayant même donné son nom au sous-genre qu'elle représente : la Japanoise. Elle a rayonné à partir des années 90 partout dans le monde, portée par des groupes fondateurs tels que Hanatarash, Hijokaidan et Incapacitants

"https://www.youtube.com/watch?v=YpSVvVXVySw"

Pour Hiroshige, le frontman/leader de Hijokaidan, la noise est comme du free jazz où le bruit devient musique. Il a tourné en dehors du Japon, sur la plupart des continent. Il différencie ses fans qui ont écouté Hijokaidan chez eux et ceux qui ont assisté aux performances, les live ont une importance toute particulière dans ce sous genre musical, l’improvisation et la présence scénique y prennent une place cruciale, les lives ne se ressemblent pas et sont d’une richesse inégalée. Les performers peuvent se rouler à terre , vomir, ou même uriner, projeter de la nourriture et des projectiles en tout genre (d'ailleurs ont été retrouvées des factures destinées à Hanatarash après qu’ils aient cassé la scène, de lourds dégâts ont été causés et la plupart des salles refusaient de les laisser jouer). A noter que certains groupes sont aussi complètement figés. On remarque donc un lien fort entre performance sonore et performance scénique.

La scène française

On retrouve cependant de la harshnoise partout dans le monde, et en France notamment. La scène française est représentée par des formations comme Vomir, Ecoute la Merde ou encore Clougnioule. Bien sur, en tant que mouvement underground et généralement mal accepté par les médias de masse, la scène française reste discrète pour le commun des mortels, avec assez peu de lieux de représentations et de publicité, mais qui existent tout de même.
Près de Montpellier, outre Vomir qui est un pionnier du mouvement harshnoise en France (le leader a d'ailleurs publié un Manifeste_du_Mur_Bruitiste.pdf?), on retrouve le duo explosif F.A.S.P.

"https://www.youtube.com/watch?v=d_LLBFRx7bI"

Les sous-genres

De plus il y'a des subdivisions au sein même du genre, donc des sous-genres qui ont émergé au fil du temps. Déjà des sous-genres d'origine géographique, et même si cela n'influe pas clairement sur le son, il y'a tout de même une patte reconnaissable, tels la japanoise, la coreanoise, etc... Comme sous-genres, on retrouve aussi le « cut up », qui est de la harshnoise réalisée de manière épileptique, avec des cassures hyper rapide, et aussi on trouve la Harsh Noise Wall (abrégée en HNW) : inventée et popularisée par Vomir (qui est de Montpellier), elle se définit comme un mur sonore indestructible, c'est de la harshnoise statique, il y'a un bruit continu et très peu de variations. D'ailleurs le groupe Vomir a rédigé un Manifeste du Mur Bruitiste, où il explique sa démarche.

L'influence de la harshnoise dans le paysage « musical »

La harshnoise a eu une influence à la fois notable mais difficilement discernable sur certains autres style de musique. Il y'a tout de même eu apparition de genres hybrides : l'exemple le plus parlant est le goregrind-harshnoise (appelé gorenoise ou noisegrind). Ce style mélange les instruments et les structures classiques de la musique grindcore (sous-genre extrême à la croisée du metal et du punk hardcore) et couple ceci à un son volontairement « noisy », ce qui noie l'ensemble dans une violence difficilement supportable. Le représentant le plus emblématique de ce sous-genre reste Last Days Of Humanity, accompagné d'autres formations importantes comme Urine Festival ou encore Biocyst...

"https://www.youtube.com/watch?v=QBP8imm03Mo"

La harshnoise est-elle musique ?

On peut rapprocher la harshnoise de la musique, dans la mesure ou elle en suit les fonctionnements classiques : ainsi on parle de groupes, ou de formations, qui délivrent des performances, autant dans des concerts (donc des tournées) que sur support physique (avec une préférence pour la réalisation de cassettes, qui suivent le fonctionnement album/démo/single). Ces groupes sont produits par des labels indépendants et généralement très spécialisés (Zombi Attack Records, Décimation Sociale Production...). Il existe même des festivals accueillant des formations harshnoise, on peut penser notamment au « HNW Fest » de Montreuil, au « Bruitisme » à Nancy, au « Zasavje Noisefest » en Slovénie...
Ce microcosme permet aux artistes d’interagir souvent entre eux, généralement l'éthique de non-profit est suivi par tous, et l'échange de cassette est fortement pratiqué, à l'instar des scènes punk et des styles les plus underground du rock et du metal. Mais légitimer la harshnoise en la faisant coller aux conceptions populaires que l’on se fait de la « musique » serait premièrement rabaissant (cette discipline peut très bien s’apprécier sans qu’on ait besoin d’y chercher des parallèles systématique avec des domaines préexistants admis du grand public) et demeurerait également un désaccord idéologique avec de nombreux groupes et protagonistes de la scène harshnoise, qui déclareront volontiers composer du bruit, mais pas de la musique. Il ne peut y avoir une définition claire de ce style, ce serait beaucoup s’avancer.

"https://www.youtube.com/watch?v=L7p_C9OlN40"
MargauxMonin
le 20.10.2013 à 18:26:55
Sommaire de mon Artwiki:
-Sortie du 14 septembre 2013
-Kraftwerk
-Fiche de lecture
-Biographie Joseph Beuys
-sortie du 10 octobre 2013


  • Performance

    (performance du 14.09.2013)


  • La femme en sous-vêtements




Marguerite Bobey
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Elle était jeune, portait des dessous noirs, s'exposait, les yeux rivés non pas sur ses spectateurs, mais dans le vide le plus complet ; devant les vitrines d'un magasin low-cost de lingerie.

Les pieds légèrement élevés, avec moins de grâces dans la position de ses mains que ces mannequins à la plastique irréprochable en second plan.
Un homme est venu s'immiscer dans la performance de la jeune femme, et a poussé à côté de la performeuse une femme aux courbes pratiquement identique à celle de la connue Barbie, peroxydée, maquillée à outrance, vêtue de lingerie fine.

Cette performance artistique semblait dénoncer la société de consommation dans laquelle on vit :
- La publicité véhiculant une image toujours plus provocante de la femme, nous imposant un modèle quasi-unique de canon de beauté, en représentant des clichés retouchés de femmes toujours plus grandes, plus jeunes, plus minces... Entraînant un sentiment constant d'insatisfaction qui nous pousse encore à la consommation.

Un spectacle tape à l'œil et bien pensé.






  • KRAFTWERK



http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=Ve5sXX_2LU0#t=79
http://www.youtube.com/watch?v=KQ_grfKZGtY

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Kraftwerk, c'est d'abord une rencontre entre deux jeunes hommes Allemands en 1968 :
Florian Schneider-Esleben et Ralf Hütter, au conservatoire de Düsseldorf.
Le premier joue de la flûte et du violon, le second du piano et de l'orgue.

Leurs goûts indéniables pour la musique expérimentale électronique donneront naissance à un groupe :
-Kraftwerk.
Leur premier concert aura lieu en 1970, mais n'aura pas encore l'accroche pop et la structure de la dynamique rythmique que connaîtront leurs albums suivants.

Ils sont les précurseurs de la musique électronique :
-Ils ont su combiner basse, rythmique électro à une harmonie et une mélodie répétitive faite à partir de synthétiseurs, de vocodeurs et de chants minimalistes.
La sonorité révolutionnaire du groupe a eu un impact durable sur pratiquement tous les genres de la musique populaire contemporaine, sur la musique new-wave des années 80, et l'art en général.

C est en 1975, lors de leurs concerts pour l'album Autobahn ( quatrième album) qu'ils emporteront un succès mondial.
Florian Schneider-Esleben et Ralf Hütter seront rejoints de manière plus définitive à cette période (après le va-et-vient d'une douzaine de musiciens pendant 4/5 ans) par les percussionnistes Wolfgang Flür et Karl Bartos et formeront ainsi un quatuor inégalable.
David Bowie, à la sortie de l'album Autobahn (autoroute, en Allemand) en 1974, en fera l'éloge, criant à qui veut bien l'entendre qu'il était fan de Kraftwerk, faisant tourner en boucle l'album en question au fond de sa luxueuse Mercedes. Autobahn lui redonnera l'inspiration qu'il avait perdue.

Kraftwerk ce n'est pas que de la musique, c'est aussi de véritables performances :
-Concerts de projections en 3D, robots, lumières, détournements d'images, de logos...
Ce qui donne au groupe un cachet unique.

En bref, ils sont des poètes intemporels, inapprochables, refusant le "star-system" et influencent toujours de leurs divers talents la scène actuelle.





  • FICHE DE LECTURE


  • L'ART CONTEMPORAIN
  • par Christophe Domino



Christophe Domino, né en 1958 à Coutances est un historien, critique et théoricien d'art Français, commissaire d'exposition, auteur, chercher et enseignant.

Ce livre s'articule autour du musée national d'art moderne (MNAM) au centre Pompidou, qui est une institution de première importance, et pas seulement à l'échelle national.
Il contient deux musée en un.

*L'art contemporain, centre Pompidou, édition scala, 1994.
Le contemporain est de nature à toujours être en train de s'échapper, ce serait perdue d'avance que de croire que je peux le résumer dans cette fiche de lecture. Car chaque oeuvre tient son propre monde, figé, sensible et changeant.

L'on y trouve de l'art cinétique, art de la performance, de la mise en scène, dispositif qui se révèlent que lorsque le spectateur se déplace.

L'art contemporain repose sur la mise en scène de l'oeuvre, l'artiste donne une partie visible de son travail mais laisse l'ombre sur la recherche, la mise en forme, la réalisation...

Sommaire

L'Art et le musée

Introduction à L'art contemporain

La peinture encore et toujours
  • Viallat, Bâche kaki
  • Kelly, Dark blue pannel
  • Richter, Chinon

Mettre en oeuvre sa propre vie
  • Beuys, Plight
  • On Karawa, Date Painting

L'art contre l'ordre établi
  • Buren, Les couleurs: sculptures

Inventer la nature
  • Penone, Soffio 6
  • Long, Cornwall slate cicle

Le manège des objets
  • Baquié, Autrefois, il prenait le train
    • pour travestir son inquiétude en lassitude
  • Tinguely, L'Enfer, un petit début

Des moyens toujours nouveaux
  • Viola, Passage

Analyse guidée
  • Raynaud, Container Zéro

Lexique


Outre l'attrait explicatif, ce livre nous donne l'occasion de découvrir parmi plusieurs 12 artistes contemporains:

*Claude Viallat, né à Nîmes en 1936, peintre contemporain Français.

*Ellsworth Kelly, né en 1923 dans l 'état de New York, est un peintre et sculpteur abstrait dont l'oeuvre peut être apparenté au courant du minimalisme.

*Gerhard Richter, peintre allemand, né en 1932 en République démocratique Allemande. Richter juxtapose ses différents modes de peinture gestuelle, monochromes...

*Joseph Beuys, sculpteur allemand, né à Krefeld en 1921, et mort à Dusseldorf en 1986.
Il travaille avec beaucoup d,artistes, dont les figures du Fluxus, Nam June Paik et Maciunas.

*On Kawara, artiste Japonais de naissance, né en 1932 à Kariya. Autodidacte, il est d'abord peintre jusqu'à son abandon de la peinture pour un travail d'ordre conceptuel.

*Daniel Buren, artiste Français, né à Boulogne-Billancourt en 1938. Il vit et travaille à Paris et sur les lieux d'intervention. Son travail consiste aussi bien à produire des "objets" visuels qu'à prendre des photographies, écrire, donner des conférences, des séminaires, des cours, à faire des films...

*Giusseppe Penone, sculpteur italien né à Garessio en 1947. Son oeuvre est marquée par les années d'enfance passés à la campagne. C'est là qu'il retourne pour faire ses premières interventions dans la nature, décisives pour le reste de son oeuvre. Il travaille à partir des marques de son corps dans des formes naturelles et des formes sculptées.

*Richard Long, sculpteur britannique, né en 1945 à Bristiol.

*Richard Baquié, sculpteur Français, né en 1952 à Marseille, il fait plusieurs métiers, soudeur, camionneurs, avant de suivre des cours aux beaux arts de Marseille.

*Jean Tinguely, né le 22 mai 1925 à Fribourg et mort le 30 août 1991, est un artiste plasticien Suisse.





Enseigner et apprendre, arts vivants, "JosephBeuys"? Teaching and learning as performing arts, "JosephBeuys"

Les maîtres du désordre, "JosephBeuys"?

Performance, l'art en action, "JosephBeuys"

Un art contextuel, "JosephBeuys"


JOSEPH BEUYS



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Joseph Beuys est un artiste allemand, personnage ne quittant jamais son chapeau, né le 12 mai 1921 à Krefeld et mort le 23 janvier 1986 à Düsseldorf.
  • il a produit un nombre de dessins, de sculptures, de performances, fluxus, happening de vidéos, d'installations et de théories, dans un ensemble artistique très engagé politiquement.
En 1941, il débute son service militaire dans la Luftwaffe jusqu'en 1945;
puis en 1942, Joseph Beuys est envoyé sur le front russe dans une unité de bombardier où il y sera blessé grièvement au dessus de la Crimée en 1943 et recueilli par des nomades tatares qui pour le soigner, l'immobilisent dans la graisse et le feutre.
Cet épisode biographique tient autant de l'anecdote que du mythe: il va en tout cas lui dicter les principes de son oeuvre et le choix de ses matériaux (la tragédie de la Seconde Guerre mondiale est un thème récurrent de ses travaux).

En 1946, il devient sculpteur et fait partie d'une association d'artiste locaux, il y rencontrera les frères Van der Grinten.
En 1947, il étudie à la Kunstakademie de Düsseldorf jusqu'à 1951 et commence à travailler pour des commandes privées. La première est un monument au DR Fritz Niehaus, qui sera installée au cimetière du Büderich, en Allemagne.
Cette même année de 1951, les frères Van der Grinten commencent leur collection en achetant un dessin et une gravure sur bois, pour 20 marks la pièce.
Grâce aux frères, Beuys organise sa première exposition personnelle dans leur ferme à Kranenburg.
A partir de 1953, l'artiste traverse une grande période de dépression qui durera 2 anspour cause, sa compagne met fin à leurs fiançailles.
En 1959, il épousera Eva Wurmbach.

Beuys s'investit dans tous les domaines, Artiste, penseur qui fit de ses œuvres un projet de vie , professeur de sculpture monumentale à l’académie des Beaux-Arts de Düsseldorf de 1961 et 1972.
De 1962 à 1964, il se rapproche du mouvement Fluxus.
Puis en 1963, il présente sa première oeuvre importante, Symphonie sibérienne.
La même année, il présente sa première oeuvre où il utilise de la graisse, coffre de graisse.

Il est également fondateur d'associations, de groupes politiques: fondateur du parti Etudiant allemand en 1967.
En 1968, Beuys a participé au mouvement Fluxus, qui doit son nom à la phrase d'Héraclite " Toute l'existence passe par le flux de la création et de la destruction ". Pour Beuys comme pour les protagonistes de ce mouvement, l'art c'est la vie. L'acte, l'art en action est plus important que l'oeuvre d'art .
En 1970 fonde l'Organisation des non-électeurs,
Il se présentera aux élections en 1979, dans le parti écologistes, des "Verts" au Parlement Européen.
En somme l'artiste et l'homme ne font qu'un.

Ses sculptures, ses "installations" comme Plight, ses "actions" ou "happening" relèvent dirait-on de l'anti-art.
Joseph Beuys préfère parler d'un "art élargi" fait d'engagement de chacun dans la vie en communauté.




Joseph Beuys Infiltration homogène pour piano à queue (1966)+ La Peau (1984 mnam)

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infiltration homogène pour un piano à queue (1966)
Piano à queue entièrement recouvert de feutre gris, croix rouge en tissu 100/152/240 cm
Infiltration homogène... est apparu pendant une "action" de Beuys, en 1966. Il a été conçu, explique Beuys "pour encourager la discussion, et en aucun cas comme produit esthétique".

exposé à côté La peau (1984)
Ce manteau habillait le piano de Infiltration homogène.
Les mains des visiteurs ayant usé l'oeuvre, elle fut restaurée, et Beuys fit accrocher sa dépouille.

Ces deux œuvres sont en relation directes, avec son anecdotes citée plus haut.




Beuys consacre son art à transcrire les énergies matérielles et spirituelles, à mettre en lumière la relation que l'homme entretient avec elles et, au bout du compte, la conscience qu'il a des choses et de lui-même.
Pour cela, il va emprunter des voies à l'écart des pratiques artistiques reconnues.

MIEL, CUIVRE, GRAISSE, ET MARGARINE

Les matériaux et les formes que Beuys utilise doivent trouver leur origine dans la vie vécue, leur signification est dans leurs qualités concrètes, autant de physique et de symboliques.
Ainsi s'il choisit le cuivre, c'est parce qu'il est le conducteur de chaleur et d'électricité,
le feutre, parce qu'il isole, le miel, la margarine ou la graisse, parce que ce sont des matériaux riches d'origine naturelle, nutritifs et aux qualités plastiques. Matières issues de la vie, elles sont en plus parfaitement malléables dans les mains du sculpteur et peuvent même se tranformer avec la chaleur ambiante.

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Installation: deux salles en enfilade, presque vides. Contre les murs, des colonnes de feutre gris. Sur le plancher, seul, solennel, noir et brillant: un piano, muet. Dessus, un tableau noir et un thermomètre...

Dans la salle l'air est étouffant, le son amorti, la lumière froide.
Une odeur de poussière et d'abandon imprègne le tissu et le lieu. L'ambiance est faite pour faire réagir le spectateur.

Chaleur: voilà la clé du Plight. Chaleur ambiante ou chaleur intérieur, le thermomètre la symbolise. Beuys ici, traite la chaleur comme un véritable matériau, pour lui la chaleur est le principe essentiel de la vie, une énergie formidable et naturelle, capable de transformer la matière.
L'électricité, le pensée, toutes formes d'énergies agissent sur le monde, dès lors tout devient échange de sensations physique et psychique entre l'installation et le spectateur.


Beuys expose des objets déconcertants, des formes modelées, taillées, des matériaux sans forme.
Aucun souci d'élégance chez l'artiste, seulement une attention à la force des choses.


Chaise de graisse (1964)

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Chaise de cuisine, graisse, fil de fer. Hessisches Landesmuseum Darmstadt.
La graisse occupe la place du corps assis, pour Beuys, elle est à la fois invitation et interdiction.




Beuys réalise Bog Action, en 1971 une de ses premières actions écologiques, il s'aventure avec son légendaire chapeau dans les marécages pour protester contre l'assèchement du Zuider Zee.


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Joseph Beuys débute cette action alors qu’une exposition est annoncée à New York, en mai 1974, dans la galerie René Block.
Une ambulance se présente au domicile de l’artiste à Düsseldorf, en Allemagne.
Il est alors pris en charge sur une civière, emmitouflé dans une couverture de feutre. Il va alors accomplir un voyage en avion à destination des États-Unis, toujours isolé dans son étoffe. À son arrivée à l’aéroport Kennedy de New York, une autre ambulance l’attend. Surmontée d'un gyrophare et escortée par les autorités américaines, elle le transporte jusqu’au lieu d’exposition. De cette façon, Beuys ne foulera jamais le sol américain à part celui de la galerie : il avait en effet refusé de poser le pied aux Etats-Unis tant que durerait la guerre du Viet-Nam.

Il coexiste ensuite pendant trois jours avec un coyote sauvage, capturé dans le désert du Texas, qui attend derrière un grillage. Avec lui, Beuys joue de sa canne, de son triangle et de sa lampe torche. Il porte son habituel chapeau de feutre et se recouvre d’étoffes, elles aussi en feutre, que le coyote s’amuse à déchirer. Chaque jour, des exemplaires du Wall Street Journal, sur lesquels le coyote urine, sont livrés dans la cage. Filmés et observés par les visiteurs derrière un grillage, l’homme et l’animal partageront ensemble le feutre, la paille et le territoire de la galerie avant que l’artiste ne reparte comme il était venu.

Sources: http://www.husgallery.com/19-dates-BEUYS_Joseph.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Beuys#La_sculpture_sociale
http://stephan.barron.free.fr/1/dupuy_sarah/pages/chronologie.html
Livre: Art contemporain par Christophe Domino, édition Scala




Sortie du 10 octobre 2013


FRAC: Alain Bublex, "une nuit sans sommeil", a pour particularité de produire des œuvres essentiellement articulée autour de deux thématiques:
les moyens de transport et l'architecture.

Cette exposition fut organisée pour commémorer les trente ans des FRACS.
Alain Bublex a monté cette exposition lui-même, et a décidé de nous faire découvrir chaque recoins progressivement:
en entrant l'on découvre seulement la partie gauche grâce à des cloisons qui représentaient une partie architecturale en décidant de dissimuler le reste.

BOB JOB (2000-2012):
Prototype de motos exposé tout au long du mur droit, pour l'anecdote, la véritable moto lui appartient, il l'avait acheté en 1969.

Bublex travaille essentiellement sur son ordinateur pour imaginer des transformations qui n'aboutiront jamais, selon son choix.

PLUG IN CITY 2000:
"Photo" complètement créée de toute pièce par Bublex, représentant la Tour Effeil étant visitée par les fameux blocs chambres, pour un nouveau système de logement étudiant cool et pas cher.

Puis il y a une photographie prise par Bublex d'entrepôts, où il a simplement photoshopé ses blocs en plein milieu de celui-ci, en les faisant porter par les hélicoptères de l'armée américaine, ainsi l'armée américaine amènerait le vie et non plus, la mort.


Eglise Saint-Anne:

L'artiste Chiharu Shiota nous a offert un spectacle digne de ce nom:
Une réalisation de tissage époustouflante de fils noirs qui prenaient en otage tout l'établissement, du plafond au sol et qui emprisonnaient quatre robes blanches. Cette oeuvre est véritablement, à mes yeux touchante, prenante, époustouflante, elle ne peut en aucun cas laisser indifférent.


La Panacée:

Les artistes ont mis en scène, ont créé une conversation et lui ont donné de nouveaux lieux.
Véritable paysage sonore, il y a trois plans sonores. L'artiste a installé des hauts parleurs un peu partout dans l'espace afin d'amplifier le son, et créer ainsi un effet d'écho lorsque quelqu'un s'aventure près du micro.

Le transmetteur polyphonique de rêve (2002) coup de coeur
On entend ici, plusieurs personnes, les unes après les autres, parler d'histoire, on les entend comme si ce n'était qu'un songe.
Tout repose pour que l'oeuvre existe, qu'il y ait des oreilles de passage et des volontaires, pour qu'elle en dégage leur rêve.


Exposition Bernard Plossu,
Bernard Plossu, né le 26 février 1945 à Đà Lạt, au sud du Viêt Nam, est un photographe français. La plus grande partie de son travail est constituée de reportages de voyages.
Il y avait donc à cette exposition photographique, des photos venant de tous les coins de la planète, des voyages touchants, magnifiques, qui m'ont transporté à mille lieux de Montpellier

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OlegKulik
le 31.05.2020 à 16:22:10
de JuliettePolice?

Oleg Kulik


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Oleg Kulik


Oleg Kulik est un artiste plasticien et performeur russe. On peut dire qu’il fait partie d’un mouvement d’actionnisme russe qui prend place dans les 90’s, directement héritier du mouvement de l’actionnisme viennois développé dans les années 60 et qui avait pour dynamique de développer l’art de la performance. L’actionnisme russe a donc été une transposition de ce mouvement, mais appliqué à la Russie de l’ère post-soviétique, qui ne dispose à l’époque d’aucune institution artistique. Ces artistes actionnistes russes mettent donc en place des performances artistiques radicales, violentes et subversives.
Oleg Kulik est un artiste qui revendique la ‘’zoophrenie’’, un concept artistique développé par lui-même, qui lui permet d’explorer les rapports entre hommes et animaux. Cette proximité ou confusion entre l’homme et l’animal, se trouve appuyée par une radicalité de ces œuvres, tant dans la performance qui est souvent extrême, que dans le message qui peut souvent être d’ordre politique.
L’artiste garde des traces de ses performances grâce à des photos et vidéos qui sont ensuite présentées dans des expositions partout dans le monde.


Différentes œuvres réalisées par Oleg Kulik


« New sermon » 1994

Il s’agit d’une performance où Oleg Kulik, déguisé en Jésus Christ mais avec des bras en patte de porcs, porte un porcelet et se rend sur un marché porcin de Moscou afin d’imiter le cri de cet animal, pour attirer l’attention sur la cause animale. Il fait donc une comparaison entre le martyr du Christ et la souffrance des animaux liée à la production et à la vente de viande. Nous sommes donc à la fois dans une œuvre politique, pour la cause animale, et blasphématoire car reprenant des codes sacrés.

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New Sermon

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Capture d’écran de la vidéo de la performance de New Sermon


« Two Kuliks », 1998

Il s’agit d’une performance réalisée à Riga en Lettonie, où Oleg Kulik se trouve nu face à un portrait de lui-même. Affublé d’un bec pinceau, il incarne un oiseau, et peint par dessus son propre portrait. Il incarne à la fois « Kulik l’artiste » et « Kulik l’animal », d’où le nom de l’œuvre. Cette double incarnation provoque un conflit intérieur qui va mener à la fin violente de cette performance. Il peint d’abord calmement, puis donne des coups dans son portrait à l’aide son ‘’bec’’, et finit par entrer dans une folie destructrice, donnant un coup de poing dans celui-ci, qui se brise, le blessant gravement à la main. Cela provoque donc la fin de la performance et son évacuation par les secours afin de l’emmener à l’hôpital.

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Capture d’écran de la vidéo de la performance « Two Kuliks »

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Capture d’écran de la vidéo de la performance « Two Kuliks »

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Capture d’écran de la vidéo de la performance « Two Kuliks »


Ses œuvres « chien »

Oleg Kulik a notamment développé sa notoriété sur ses performances où il incarne un chien, expérience qu’il a réitérée à de nombreuses reprises comme dans les œuvres qui vont suivre.
A partir de 1994, Oleg Kulik se concentre sur des performances où il se met dans la peau du chien spécifiquement, car cet animal qu’il incarne d’une manière agressive, lui permet de transcrire la politique russe de l’époque. C’est pour cette raison que ses performances sont, le plus souvent, extrêmes et brutale.
Il réalise certaines de ses performances de chien dans des institutions artistiques, où il est attendu, et où tout est donc planifié à l’avance, mais il réalise aussi parfois ses performances dans l’espace public ne prévenant personne avant.


« Mad Dog », 1994

Il s’agit de la première performance où il se met dans la peau d’un chien. Cette performance se déroule dans l’espace public, dans une rue, à Moscou.
Kulik incarne un chien devant la « Marat Guelman Gallery », galerie d’art. Il symbolise le fait d’être le chien de garde des « valeurs obsolètes ». Cette performance est réalisée en signe de protestation contre la répression du gouvernement sur les artistes, notamment à cause de la fermeture d’un squat d’artiste par les autorités.
Oleg Kulik est nu, tenu en laisse dans la rue par Alexander Brener, un autre actionniste. Lors de cette performance, il aboie, attaque les passants et se jette sur des voitures.

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Photographie réalisée lors de la performance « Mad Dog »

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Photographie réalisée lors de la performance « Mad Dog »

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Photographie réalisée lors de la performance « Mad Dog »



« Dog House », 1996

Oleg Kulik réalise cette performance à l’occasion de l’exposition « Interpol ». C’est cette exposition qui le propulse sur la scène internationale. Elle réunit des artistes des 2 anciens blocs, de l’est et de l’ouest, en une seule exposition. Cette exposition a pour thématique les problèmes de communication, sur teinte de marque laissée par la guerre froide.
Pour cette performance réalisée dans une salle d’exposition, Oleg Kulik est toujours nu, affublé d’une laisse et attaché à un poteau. Une maison miniature pour chien est également présente, il rentre dedans de temps à autre. Il incarne un chien agressif. Le public est prévenu de ne pas franchir les marques délimitées au sol car il s’agit du territoire du « chien ». Or, un spectateur passe outre à cette règle, c’est alors que Kulik le mord. Lors de cette performance, il détruit également des œuvres des autres artistes présents à cette exposition, de la même manière que pourrait le faire l’animal qu’il incarne.
Il est arrêté par la police, à cause de la morsure. Des policiers viennent le chercher au sein même de l’espace d’exposition.
A la suite de cette exposition qui fait polémique, il écrit 2 lettres expliquant sa démarche, se nommant ‘’Why have I bitten a man’’ : pourquoi j’ai mordu un homme et ‘’To bite or to lick’’ : mordre ou lécher.

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Photographie de la performance « Dog House »

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Photographie de l’arrestation d’Oleg Kulik durant la performance « Dog House », durant l’exposition



« I bite America and America bite me », 1997

Cette œuvre est une citation faite à une autre performance, de Joseph Beuys, « I like America and America like me » datant de 1974.
Dans la performance d’origine, Joseph Beuys passe plusieurs jours dans une salle de galerie en compagnie d’un coyote, cohabitant avec celui-ci.
L’oeuvre d’Oleg Kulik ‘’I bite America and America bite me’’, reprend cette même idée, de cohabitation homme/animal dans un même espace fermé, mais l’animal est ici en fait Oleg Kulik réalisant sa performance de chien. Il reste enfermé durant 2 semaines sans sortir. Le dispositif se constitue d’une sorte de cellule dans laquelle se trouve l’artiste. Celui-ci porte un collier de chien au cou, et est toujours nu. Les spectateurs observent par des vitres, et peuvent le rejoindre dans la cage dans laquelle il se trouve, mais après avoir signé une décharge et s’être protégés préalablement.

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Photographie de la performance « I bite America and America bite me »


Retour sur les polémiques suscitées par ses œuvres

Oleg Kulik a à de nombreuses reprises, eu à faire avec la police, car ses performances extrêmes peuvent choquer de par leur image, mais également du fait que Kulik mord parfois les spectateurs sans simulation.
Prenons pour exemple, « Reservoir dog » réalisé en 1995 : lors d’une exposition à Zurich à laquelle il est invité, il réalise sa performance de chien devant la « Swiss Bank of Art » aboyant sur les passants et les attaquant lorsque certains d’entre eux tentent de rentrer à l’intérieur. Il finit arrêté par les autorités. Il passe une nuit en prison. Cette performance avait pour but de protester contre la transformation de la vie des artistes en valeur matérielle, soit contre la marchandisation de l’art réalisée sur le dos des artistes.

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Photographie de la performance « Reservoir dog »

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Oleg Kulik arrêté par la police lors de sa performance « Reservoir dog »


Plus récemment, en 2008, son travail a été exposé à la FIAC en France. Certaines de ces photographies interrogeant les rapports entre l’homme et l’animal ont été décrochées sur ordre de la police car celles-ci avaient été qualifiées comme pouvant heurter la sensibilité d’un public mineur, par le caractère pornographique et zoophile de celles-ci.

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Sergey Khripun, galeriste, décrochant des photographies d’Oleg Kulik sur ordre de la police durant la FIAC à Paris



Le travail d’Oleg Kulik s’axe notamment des performances mais pas que. La question animale est fortement présente, et peut servir à la fois d’engagement propre, ou de support métaphorique à des questions sociales et politiques. Celui-ci réalise systématiquement des performances extrêmes, qui provoquent la polémique et la controverse, et qui lui ont permis d’acquérir une notoriété mondiale dans le domaine de la performance.
On pourrait presque dire que cet artiste est en quelque sorte rentré dans la « pop culture » : une citation à son travail a été faite notamment dans une scène du film ‘’The Square’’, film sur la thématique de l’art contemporain.

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Capture d’écran de la scène du film « The Square » faisant référence au travail d’Oleg Kulik

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Affiche du film


Article réalisé par Juliette Police.
VoinA
le 21.05.2020 à 17:35:33
de JuliettePolice?

Voïna


Voïna, un artivisme russe


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  • Le terme « Voïna » signifie « la guerre » en russe.
Voïna est un collectif russe d’artistes activistes réalisant des performances à dimension politique, à mi-chemin entre l’art et le militantisme par l’action. Ils mettent en place des performances radicales, semblables à des happenings politiques.
Le collectif communique sur ses actions par des vidéos réalisées par les membres lors de leur réalisation, et diffusées par eux-mêmes. Dès leurs débuts, leurs actions sont beaucoup reprises par les médias, à la fois en Russie et à l’étranger, à cause des polémiques et débats qu’elles suscitent.
Les thématiques de leurs performances sont le plus souvent la lutte contre les autorités, contre la toute-puissance du pouvoir politique, contre la répression et la censure, par des actions très provocantes, en utilisant des symboles forts, désacralisant et souvent obscènes. La pratique de ce collectif peut se résumer simplement en un mot : la provocation. Les idées du groupe sont très proches de l’anarchisme, de par leurs idées, leurs actions et leur organisation.

Le collectif a une structure atypique. Comme leurs performances mènent presque systématiquement à des problèmes judiciaires, le nombre exact de membres est inconnu, et beaucoup choisissent l’anonymat. Le collectif réalise ses actions notamment dans plusieurs grandes villes de Russie, mais affirme être présent sur tout le territoire.

article0_large.jpg? 220pxNatalya_Sokol.jpg? Parmi les membres fondateurs du groupe, les plus connus sont notamment Oleg Vorotnikov et Natalia Sokol (photos ci-contre) qui sont les plus médiatisés. Ils prennent une place importante dans la plupart des actions, de la conception à la réalisation, même s’il faut noter une place importante de l’aspect collectif à ces niveaux. C’est souvent eux qui s’adressent aux journalistes lors d’interviews liées aux actions de Voïna.








Un contexte russe

  • Les actions du collectif se déroulent quasi exclusivement en Russie. Une compréhension du contexte russe est nécessaire pour saisir toute la dimension des performances de Voïna.
  • En Russie depuis de nombreuses années, on assiste à une répression politique des opposants. Il y a très peu de place pour la liberté d’expression pour ce qui n’est pas conforme au régime. Ce manque de liberté s’applique également au domaine de l’art. On peut aussi observer depuis de nombreuses années, un maintien continu du même pouvoir politique. C’est dans ce contexte spécifique que va naître le collectif Voïna.


Leurs œuvres

Le collectif est actif depuis 2005. Nous allons présenter quelques-unes de leurs performances représentatives de leur pratique, même si de nombreuses autres ont été réalisées.

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En 2008, le collectif réalise une performance s’intitulant « Fuck for the heir Puppy Bear ! », se déroulant au musée des sciences naturelles de Moscou.
Une dizaine de membres du collectif réalisent des relations sexuelles en public, simultanément, dans une des salles du musée, afin de protester contre l’élection présidentielle de Dmitri Medvedev.
Derrière eux une grande banderole noire est affichée sur laquelle est inscrit en russe le slogan qui donne son nom à la performance. Celui-ci signifie « Baiser pour l’ourson héritier », qui dénonce « l’héritage » du pouvoir par Dmitri Medvedev (car très proche de son prédécesseur Vladimir Poutine), désigné comme « l’ourson » par un jeu de mots car son nom de famille est un dérivé du mot « ours » en russe.
Cette action atypique est réalisée car selon eux « tout le monde encule tout le monde » dans cette campagne présidentielle, ce qu’indiquera Alexeï Ploutser-Sarno, ayant participé à cette performance, lors d’une interview.
Cette action fait grand bruit dans les médias russes et étrangers.


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Traces photographiques de la performance « En mémoire aux Décembristes ».

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La même année, le collectif organise une performance nommée «En mémoire aux Décembristes » dans un hypermarché de Moscou : ils organisent une mise en scène de pendaisons fictives d’hommes gays et de travailleurs immigrés d’Asie centrale, afin de dénoncer les propos racistes et homophobes du maire de la ville de l’époque.
Le titre de la performance fait référence à insurrection décembriste ayant eu lieu en 1825, une tentative de coup d’État contre l’empereur Nicolas 1er, qui fut sévèrement réprimée par le pouvoir. Par ce titre, Voïna rend donc une sorte d’hommage à ceux qui se sont révoltés contre le pouvoir, faisant ainsi par le même coup un parallèle entre ces révolutionnaires, et eux-mêmes, artistes révoltés contre le pouvoir.


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En 2009, le collectif perturbe l’ouverture d’un procès à Moscou, avec une performance nommée « Cock in the Ass – Punk Concert in the Courtroom ».
Il s’agit du procès d’Iouri Samodourov et Andreï Erofeev, un directeur de musée et un commissaire d’exposition. Ils sont poursuivis pour avoir organisé une exposition d’art d’œuvres jugées non conformes car trop subversives. Ils sont poursuivis pour les motifs d’incitation à la haine, et de dénigrement de la dignité humaine. Ils risquent alors jusqu’à 3 ans d’emprisonnement dans des camps de travail forcé. Il s’agit en fait d’une énième action de censure, passant par l’appareil judiciaire, motivé par des groupes d’extrême droite et l’Église orthodoxe russe, qui est très proche de l’appareil d’État en Russie.
À l’ouverture de ce procès, les membres du collectif s’introduisent dans la salle avec des micros et guitares électriques, et entament une performance de musique punk de quelques minutes, avant d’être arrêtés et évacués par les services de sécurité.
Les paroles scandées sont notamment « Tous les flics sont des salauds, ne l’oubliez pas ! ». On peut voir cet événement comme un moyen de protester contre la censure et répression par les autorités sur le domaine de l’art.
On peut noter que c’est Andreï Erofeev, conservateur, et un des 2 prévenus, qui constituera une grande collection d’art subversif russe, qui fut en partie présentée au MO.CO. à Montpellier dans l’exposition « Les non-conformistes. Histoire d’une collection russe » de novembre 2019 à février 2020.
On peut également noter qu’on reconnaît dans la vidéo de cette performance, les visages de Maria Alekhina, Ekaterina Samoutsevitch et Nadejda Tolokonnikova. Elles réaliseront 3 ans plus tard en 2012, une performance musicale du même esprit, qui fut bien plus médiatisée, cette fois en faisant partie du collectif « Pussy Riot », mais nous y reviendrons plus tard.


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Voïna réalise en 2009 une action nommée « La Révolution de Palais », à Saint-Pétersbourg.
5 membres du collectif soulèvent 7 voitures de police afin de les renverser sur le dos, devant la place du palais à Saint-Pétersbourg.
Il s’agit de protester contre le statut arbitraire des forces de l’ordre et la corruption dans la police, et de renverser symboliquement l’appareil répressif d’état, représenté par les voitures de police.Cette performance est réalisée dans un contexte de manifestations conséquentes contre le gouvernement à l’époque en Russie, et qui sont beaucoup réprimées par la police.
Deux des artistes sont poursuivis par la justice suite à cette action.


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En 2010, la performance nommée « La Bite prisonnière du FSB », est réalisée à Saint-Pétersbourg.
Cette action prend place sur le pont Liteïni, situé en face du siège du FSB (anciennement « KGB »), les services de renseignements russes.
Il s’agit d’un gigantesque pont qui se relève afin de pouvoir laisser passer les bateaux. Les membres du collectif, alors que le pont est vidé afin de pouvoir se relever dans les minutes qui suivent, s’empressent de répandre sur la chaussée de la peinture blanche, poursuivis par des agents de sécurité. Certains n’ayant pas réussi à s’enfuir sont arrêtés. Tandis que le pont se relève, les passants découvrent le dessin créé par la peinture : un gigantesque phallus relevé, et qui fait donc face aux bureaux du FSB.
Paradoxalement, cette performance permet au collectif de gagner un prix du ministère de la culture russe, ainsi qu’une somme de 10000 euros, argent que le collectif destinera à aider les prisonniers politiques russes.

Continuité

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Le collectif Voïna a réalisé de très nombreuses actions jusqu’au début des années 2010.
Dans la continuité des performances du collectif, on peut noter notamment le collectif Pussy Riot, ayant un statut étrange, tout comme Voïna. A mi-chemin entre le collectif artistique (car réalise des performances), l’action politique et le groupe de musique, ce groupe est connu pour avoir réalisé une performance sous forme de « prière punk » provocatrice et blasphématoire dans une cathédrale de Moscou en 2012. Les paroles de la chanson que les jeunes femmes ont performé sont hostile à Vladimir Poutine, président russe, demandant à « Marie mère de Dieu » de le chasser.
On peut voir dans cette performance, de fortes similarités, à la fois sur le fond et la forme, avec les performances de Voïna, de par le « happening », le caractère provocant et politique.
Cette prière punk conduit à l’arrestation et l’emprisonnement de 3 des jeunes femmes ayant participé à cette action. Le procès, extrêmement médiatique, est suivi à l’international. Les 3 femmes poursuivies sont, Maria Alekhina, Ekaterina Samoutsevitch et Nadejda Tolokonnikova. Elles ont à plusieurs reprises, participé aux actions du groupe Voïna. Elles sont condamnées à 2 ans de détention en camp de travail sur les motifs de vandalisme et d’incitation à la haine religieuse.



Entre art et activisme politique radical

La période moderne du champ de l’art, a permis d’inclure ce qui relève de la performance, du happening, dans le champ artistique. Néanmoins, on peut légitimement se demander ce qui sépare ce collectif à vocation artistique de groupes d’action strictement politiques. Voïna n’a pas de programme politique. Le collectif, à travers ses performances, joue de la provocation systématique à l’égard du pouvoir de son pays. Leur radicalité les pousse dans des ennuis plutôt graves avec la justice. Plusieurs des membres du groupe ont d’ailleurs demandé l’asile politique à des pays étrangers.

On observe que ce groupe est très proche de l’idéologie anarchiste : refus des lois, refus des formes d’autorité (par la police, l’état, la justice). Certains de ses membres incarnent également cette logique jusque dans leur mode de vie, par exemple en vivant dans des squats.
Voïna puise son inspiration artistique dans l’Actionnisme Viennois, un mouvement autrichien de la performance actif dans les années 1960, dont la radicalité avait pour objectif de choquer la société de l’époque.
Le collectif s’inspire également de l’art révolutionnaire russe des années 1920, art qui était alors réprimé par le régime autoritaire de l’URSS. Malgré la chute du bloc soviétique, on observe que la répression continue en Russie sur le champ artistique, et que la liberté n’est toujours pas acquise.
Voïna s’oppose également à l’art traditionnel, l’art des musées, que les membres du collectif jugent comme étant libéral et stérile, toujours en conservant la logique anarchiste de refus des institutions.
Des membres du collectif ont résumé assez synthétiquement le projet du groupe comme étant la création d’« un art nouveau, honnête, héroïque et monumental »



Article réalisé par Juliette Police.
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