Peter Tscherkassky


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Peter Tscherkassky est un cinéaste d'avant-garde autrichien. Il étudie le journalisme, les sciences politiques à l'Université de Vienne, mais également la philosophie entre Berlin et Vienne. Il découvre, durant ces années, le cinéma d'avant-garde par l'intermédiaire des conférences de P. Adams Sitney au musée du cinéma autrichien. Ces démarches le mèneront vers un cinéma expérimental.
En 1979 il acquiert sa toute première caméra Super 8 et se lance dans le tournage, avec laquelle il réalise son premier film, « Kreuzritter ».
Non seulement il étudie la philosophie mais il s'intéresse également à la musique moderne de Cage, de Xenakis ou encore à la musique électronique de Pierre Henry en passant par Michel Chion.
Tscherkassky est membre fondateur de la Coopérative de cinéastes autrichiens, il en démissionnera en 1993.
Dans les années 1985 – 1986 il réalise une thèse nommée « Film + Art : vers une critique esthétique de la cinématographie » ; qu'il obtiendra en 1986.
C'est en 1984 qu'il débute son activité avec notamment la présentation de « uberBlick – Super-8-Filme aus Osterreich » à Berlin. Son solide engagement engendre plusieurs et divers événements tels que l'organisation des rétrospectives sur l'avant-garde autrichien dans différentes villes européennes ou encore la coédition du livre « Peter KUBELKA » avec Gabrielle Juts.
Sa carrière d'intellectuel-artiste au service de l'art vidéo va lui permettre d'enseigner la réalisation de films à l'Université d'Art et de Design industriel de Linz de 1989 à 2002 et plus récemment de donner des cours de communication audiovisuelle appliquée au film, dans sa ville natale, Vienne.
L'ère étant au numérique, on observe un important contraste entre sa technique de réalisation et les techniques de réalisation modernes, il utilise comme support le film 8, 16 ou 35 mm ; bobines à qui il donne un rôle principal et fait de la récupération avec ces pellicules qui deviennent l'outil premier de ses réalisations.
Peter Tscherkassky se considère comme un réalisateur d'avant-garde, sa fonction étant de disséquer le cinéma et de le reconstruire d'une nouvelle façon, pour de nouveau le rendre visible ; le cinéma est pour lui, je cite : « comme un rituel social qui ne mourra jamais ».

Courts Métrages

Tscherkassky compte à son actif une trentaine de films dont un en cour de réalisation. Ceux qui m'ont particulièrement marqués sont Outer Space et The Exquisite Corpus, découverts sur l'émission Tracks et sur Arte en particulier.

OUTER SPACE

Outer Space est un film en noir et blanc datant de 1999 dans un format original 35 mm/ CinemaScope distribué par Light Cone à Paris et par Canyon Cinema à San Francisco.
Le court métrage se base sur le film des années 80, The Entity, réalisé par Sidney J. Furie, qui relate la manière dont une femme aurait été agressée par un démon invisible.
Dans Outer Space, Tscherkassky met en scène une femme affrontant une sorte d'ennemi violent ; on observe une silhouette qui traverse les images et les plans, qui se retrouve projetée dans un torrent d'images fragmentées, qui se chevauchent, les espaces s'inscrivent les uns dans les autres et donnent un aspect mouvementé tel un film d'horreur angoissant. Tscherkassky joue ici la carte du suspense, celui qui angoisse, notamment grâce à sa technique de montage entre extraction et dissolution des zones de l'image pour la création de nouvelles.
Inspiré du film The Entity, Outer Space propose une expérience filmique différente ; les images sont tirées de ce même film et Tscherkassky va les utiliser d'une manière spécifique. En effet, il travaille directement sur des fragments de pellicules qu'il isole, c'est un travail fait de recyclages et de détériorations. Cette méthode de travail se nomme le found-footage ; cela désigne « la récupération de métrages de pellicules ou de bandes vidéos dans le but de fabriquer un autre film » (Wikipédia). A travers Outer Space, Tscherkassky a voulu mettre en évidence le principe de déconstruction filmographique ; défaire une image pour en créer une nouvelle.



« Outer Space, un shocker sur le dysfonctionnement filmique, un hell-raiser du cinéma avant-garde qui déclenche un enfer et mène la destruction (de la narration, de l‘illusion) avec une beauté rare ». Stefan Grissemann

THE EXQUISITE CORPUS ou Cadavre Exquis

The Exquisite Corpus est un des courts métrages de Peter Tscherkassky, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2015. C'est un court métrage en noir et blanc de 19 minutes, dans un format 35mm, distribué par Sixpack Film (Vienne).
Il est construit à partir de publicités, d'un thriller érotique américain des années 80, d'une comédie britannique des années 60, de séquences de films pornographiques français ou italien ou encore d'un film amateur. L'objectif du réalisateur était de montrer des corps humains nus, de jouer avec le corps en « soulevant le corps du film lui-même » ; un thème qui devient le thème principal de The Exquisite Corpus.
Le court métrage début avec la représentation d'une femme et d'un homme, nus, sur un bateau qui navigue en bord de côte ; s'ensuit la découverte d'une femme endormie sur la plage. De manière inattendue, les personnages et spectateurs sont entraînés dans son rêve ; un rêve ambigu, sensuel, humoristique et à la fois horrible qui tant vers une séduction par un physique « exquis » et une séduction par le film.
Le jeu pleinement affirmé de The Exquisite Corpus relève du travail du rêve et notamment des pulsions scopiques (plaisir de regarder) analysées par Freud. C'est de cette façon que le film va mettre en avant le parallélisme du montage de l'érotisme soft avec l'image de la mode et de la publicité, de manière à créer un système répétitif dont « l'objectif serait de jouer sur les apparences pour mieux les retourner ».
« Ces diverses sources servent de base pour The Exquisite Corpus, donnant lieu à des hétérogénéités. J'ai pleinement embrassé l'esprit de la technique surréaliste du « cadavre exquis » »

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ALLAIS Lisa