Philippe Rahm




Première approche

Au contact premier d'avec cet '''artiste architecte''', la réponse innée du public est la perplexité. C'est d'ailleurs ce que Philippe Rahm recherche : provoquer l'interrogation, la réflexion, '''la remise en question'''.. Il est l'un des architectes qui ont fait de leur fief un art à part entière – d'ailleurs, la définition même du mot architecture ne saurait mieux résumer le sentiment qui nous anime face aux oeuvres de Phillipe Rahm : «'' Architecture : Concept de toute œuvre humaine caractérisée par sa dimension complexe à appréhender''» [http://fr.wiktionary.org/wiki/architecture] - mais il se distingue de ses pairs architectes tant dans le fond... que dans la forme. Comment notre curiosité pourrait-elle ne pas être attisée par un artiste qui parle de ses oeuvres comme le ferait un physicien de ses recherches : conduction, radiation, convection, pression, evaporation et même... digestion ! Philippe Rahm sait susciter l'intérêt par une approche qui n'appartient qu'à lui. Son art : pourquoi, comment.

Philippe Rahm, un parcours du corps au climat

C'est à Pully, en Suisse, que Philippe Rahm voit le jour en 1967. Très jeune, il se découvre une passion dévorante pour l'architecture et les problématiques de ce monde. Il passe avec brio le diplôme de l'école Polytechnique de Lausanne, tout près de chez lui, à tout juste 26 ans. Le projet qui le fera plus largement connaître verra le jour six ans après l'obtention de son diplôme, en 1999. La Salle Omnisport de Neuchâtel (Suisse) sera, en son principe, le prémice de toutes les oeuvres qui suivront.

Dans les années qui suivent, le parcours de Philippe Rahm est semé, non pas d'embûches, mais bien de consécrations. En 2002, il représente son pays natal lors de la 8ème Biennale d'architecture de Venise [http://www.labiennale.org/en/architecture]. Six années plus tard, il présente à nouveau son Oeuvre lors de cette exposition d'art contemporain, dont le prestige est à la hauteur de la renommée mondiale. Cette fois, il est l'un des vingt architectes sélectionnés par Aaron Betsky [http://www.decitre.fr/recherche/resultat.aspx?recherche=refine&auteur=Aaron+Betsky], architecte reconnu. En 2007, c'est outre Atlantique que Philippe Rahm connaît la consécration : une exposition lui est entièrement dédiée au Centre Canadien d'Architecture de Montréal. Sa renommée internationale n'est plus à faire. Philippe Rahm fût l'un des architectes classé dans le top dix du prix Chernikov en 2008, prix pour lequel il fût à nouveau nominé en 2010. Il travaille actuellement sur des projets d'architecture en France, en Italie, en Allemagne et en Angleterre.

Un art à vocation de partage


Pour comprendre cette vocation, il faut connaître la définition que fait Philippe Rahm de l'architecture : " ''Un champ philosophique et artistique où il s'agit de construire des bâtiments et planifier des villes en même temps que de réfléchir, d'actualiser les connaissances et l'ordre des priorités en regard des savoirs scientifiques, afin de renouveler les modes de vie contemporains et inventer des formes architecturales nouvelles, esthétiques et sociales.'' "

Transmettre sa passion à la génération future, c'est l'une des valeurs primordiales de Philippe Rahm. Nombreuses sont les universités, plus prestigieuses les unes que les autres, dans lesquelles il a donné conférence : Princeton, Harvard, Cooper, Union, UCLA... De 2005 à 2006, il est enseignant à la AA School de Londres, il sera directeur de Master à l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Paris-Malaquais en 2008 et professeur à la Royal Danish Academy of Fine-Arts de Copenhague, ainsi qu'à l'Académie d'Architecture de Mendrisio en Suisse et bien entendu à l'Ecole Polytechnique de Lausanne, dans laquelle il a fait ses débuts d'architecte. Un retour aux sources qui ne peut qu'être mis en lien direct avec ses thématiques de travail : la nature, ses forces dynamiques, et l'écologie.

Thématique de travail : parce que l'architecture est en lien étroit avec le réchauffement climatique

" ''Le secteur du bâtiment est l'un des principaux responsables du réchauffement climatique car la combustion d'énergies fossiles pour le chauffage ou le rafraîchissement des maisons est à la source de près de 50% des émissions de gaz à effet de serre.'' "

C'est sur la base de ce postulat - toutefois scientifiquement prouvé - que Philippe Rahm a pu mêler son art, l'architecture, et son combat, l'écologie. Et bien que l'ensemble du corps de métier du bâtiment ait fait un pas en avant vers la construction responsable ( meilleure isolation thermique des constructions, acceptation des énergies renouvelables, etc...) Philippe Rahm a souhaité aller plus loin. " ''Au delà de ces objectifs responsables et écologiques, est ce que le climat pourrait constituer un nouveau langage architectural, celui d'une architecture pensée comme météorologie ?'' " Voilà le thème autour duquel gravite le travail de Philippe Rahm : l'architecture comme météorologie.

Ce concept, qui privilégie l'invisible, le vide, les climats, s'accorde avec la nécessité d'un monde qui change et évolue : alors qu'auparavant, l'on pensait l'architecture - et le monde en général - pour ses aspects visuel et pratique, n'est-il pas temps de s'intéresser à l'invisible, au vide ?

Par cette nouvelle conception de l'architecture comme "art du vide", Philippe Rahm ouvre la voie de son art vers quelque chose de nouveau, de nouvelles dimensions qu'il anticipe comme plus " ''sensuelles et plus variables, dans lesquelles les limites se dissipent et les pleins s'évaporent'' ". L'architecture qui posait là, un bâtiment, simplement quelque chose à voir, n'est plus d'actualité pour Rahm. L'idée qu'il se fait de "la nouvelle architecture" est une architecture à réfléchir, qui impose à chacun sa propre interprétation. Mais n'est-ce pas la base de tout art qui se respecte : laisser à l'autre le libre cours de sa pensée, de sa propre interprétation ?

" ''Entre l'infiniment petit du physiologique et l'infiniment grand du météorologique'' ", Philippe Rahm se pose - et s'impose - comme le concepteur d'une nouvelle dimension de l'architecture qui, en plus d'utiliser des matériaux qui respectent la nature, ouvre la voie de la pensée humaine. La pensée humaine pour la nature, par la nature.

La problématique écologique devient non seulement l'objectif, mais aussi le médium des oeuvres architecturales de Rahm. Un objectif qu'il ne cesse d'atteindre oeuvre après oeuvre, années après années et qui, depuis sa plus ancienne création, reste la thématique centrale de son art.

Une oeuvre comme un phénomène climatique : une typologie météorologique


C'est ainsi que Philippe Rahm envisage ses projets créatifs : le phénomène météorologique, il l'observe, se l'approprie, le conditionne, l'utilise même, pour en faire une oeuvre. Ainsi, ce qu'étudient les chercheurs, les physiciens et autres scientifiques, Philippe Rahm le transpose dans l'art, il en fait son outil comme son objectif. L'art comme un médium pour atteindre la conscience de son public, faire passer des messages et par le biais de son oeuvre, éclairer les lanternes sur la situation climatique, toute aussi urgente que catastrophique.

Philippe Rahm a choisi classifier ses oeuvres selon le phénomène climatique qu'elles utilisent, et qu'elles représentent (c'est d'ailleurs de cette façon qu'il a choisi de présenter son site internet officiel [http://www.philipperahm.com/data/index-f.html http://www.philipperahm.com] )

Le choix de cette approche a un objectif bien déterminé : répondre aux enjeux du développement durable, en modifiant les techniques du bâtiment (chauffage, climatisation...) responsables de l'émission de gaz à effet de serre. Mais là n'est pas le seul but de Philippe Rahm ! Par son approche de l'architecture comme météorologie, il souhaite revenir aux fondamentaux de l'architecture, c'est à dire habiter, englober l'individu, et qui ne se contente pas du visuel et du tactile, en exploitant bien d'autres caractéristiques physiques (l'air, le vide, la lumière...) .

Un phénomène climatique, une oeuvre

Conduction

<big>'''[http://www.philipperahm.com/data/projects/museumkantor/index-f.html Habiter l'entre-deux des double-vitrages]'''</big>

<big>Concours pour le musée Tadeusz Kantor à Cracovie, Pologne, 2006</big>

Avec ce projet, Philippe Rahm a créé une nouvelle notion de la limite entre l'extérieur et l'intérieur. Il n'y a plus de limite claire et précise, mais plutôt une superposition de couches pour jouer ce rôle. Ainsi, la lumière et la chaleur filtrent au travers de cette oeuvre sans qu'on sache quand. Philippe Rahm s'est appuyé sur la réflexion de Tadeusz Kantor [http://fr.wikipedia.org/wiki/Tadeusz_Kantor], qui considérait "la situation de l’artiste comme celle de quelqu’un qui marche sans jamais s’arrêter, qui se retrouve toujours devant de nouvelles portes qui se referment devant lui, sans jamais arriver quelque part". Dans l'oeuvre, il n'y a pas de but, à l'image de la déambulation de l'artiste. Les couches d'air sont les galeries, les lieux de passage, qui font de l'oeuvre tout l'inverse d'une construction statique : elle est mouvante, et laisse libre court à la déambulation, de l'air, de la lumière et de la chaleur, comme de l'homme.

Comme les fenêtres contemporaines additionnent les couches de verre pour parfaire l'isolation, ce projet additionne les strates pour parfaire la variété de températures et de luminosités. C'est une diversité d'atmosphère, de lumière et de chaleur "ouvertes à la transhumance", que l'architecte a voulu créer. Ainsi, Philippe Rahm a ouvert des espaces que l'on peut interpréter, et qui sont enclins à leurs fonctions futures.

Digestion


<big>'''[http://www.philipperahm.com/data/projects/newolduvaigorges/index-f.html Les nouvelles gorges d'Olduvai]'''</big>

<big>Exposition "Climate and Architecture", Copenhague, Danemark, 2009</big>

L'architecture n'est pas autonome : elle est un des moyens de réagir aux fluctuations de température qui assaillent le corps humain en permanence. Mieux, elle en permet la régulation. C'est sur la base de cette logique que Philippe Rahm a créé le lien entre ce phénomène corporel et l'art de l'architecture. " ''L’architecture n’est rien d’autre qu’une forme augmentée des mécanismes thermorégulateurs corporels, une forme augmentée, exogène et artificielle de thermogenèse ou de thermolyse''. "

Pourquoi la digestion ? Parce que le fait de manger est analogue, d'une façon microscopique et interne, au fait de construire des habitations, ces deux comportements n'ayant pour but que de réguler la température corporelle. Avec ce projet, Philippe Rahm a souhaité developper une architecture écologique à plus petite échelle que celle qui est sur le devant de la scène depuis quelques années. Une architecture plus économique, mais surtout plus près du corps, plus près de l'humain.

Ainsi, l'architecte a bâtit son projet sur la base des besoins du corps. Le lieu de l'exposition est primordial dans la construction de l'idée, le but étant de pallier aux problématiques qui touchent cette zone nordique de la planète : le manque de lumière solaire, le froid, la durée du jour et la chaleur trop élevée par moment. Philippe Rahm a construit l'espace de ce projet pour pallier à ces problèmes.

Quelques exemples


Pour plus de jour, il a entre autre intégré à son installation un champ de carottes, légume qui de part sa haute teneur en vitamine A [http://fr.wikipedia.org/wiki/Vitamine_A] améliore la vision nocturne.

Pour plus de chaleur, Philippe Rahm a installé un appareil qui produit du thé au piment, le piment réchauffant l'organisme à son ingestion, comme chacun le sait.

Pour plus de froid, un ventilateur a été intégré au projet, ainsi qu'une dose de sel à disposition pour favoriser la transpiration.


Évaporation


'''<big>[http://www.philipperahm.com/data/projects/deterritorializedmilieus/index-f.html Terroirs déterritorialisés]</big>'''

<big>Lauréat de la carte de blanche du VIA, Paris, 2009</big>

Avec ce projet, Philippe Rahm a souhaité déplacer la nature au sein de l'architecture et ainsi faire bénéficier son intérieur de toutes les caractéristiques olfactives, gustatives et visuelles dont elle dispose, toujours vers un même objectif : le développement durable et la réduction de l'émission de gaz à effet de serre.

L'espace ainsi créé reconstitue l'ambiance climatique d'un " ''beau jour de printemps à Paris en 1832'' ". Non sans nostalgie, c'est l'époque d'avant la pollution massive Parisienne qui est ainsi régénérée. L'odeur, le vent, l'air, les couleurs, les couches calcaires, le climat traversent le temps pour s'insérer au coeur de l'architecture de cette oeuvre.


Convection


'''<big>[http://www.philipperahm.com/data/projects/convectiveapartments/index-f.html Appartements convectifs]</big>'''

<big>Projet lauréat de l'IBA-Hamburg, Allemagne, 2010</big>

Entre deux appartements l'un au-dessus de l'autre dans un même immeuble, un phénomène de différence de température entre le plafond de l'un et le sol de l'autre se déroule naturellement, du fait de la convection thermique (l'air chaud monte, l'air froid redescend).

Pour ces appartements commandés par l'IBA dans le but de la création d'un nouveau quartier éco-durable à Hambourg, Philippe Rahm a accrue ces variations de température par le biais d'une variation de la hauteur de la dalle. Ainsi, l'habitant de l'appartement en question pourra se placer à l'endroit où la température est la plus favorable et à son activité, et à son habillement. Pour faire varier au mieux les températures aux différents endroits de l'appartement, Philippe Rahm a notamment utilisé les propriétés de la menthe (qui rafraîchit) et a disposé les prises d'air de sorte à ce qu'elle capte au mieux la lumière et la chaleur, pour chauffer le lieu.

Le but est simple et ambitieux : réduire la consommation d'énergie dû au chauffage toujours excessif - et souvent inutile - de nos maisons.


Pression


'''<big>[http://www.philipperahm.com/data/projects/windtrap/index-f.html Piège à vent]</big>'''

<big>Concours pour une salle de sport en Slovénie, 2009</big>

Avec Piège à vent, Philippe Rahm a souhaité changer le statut du climat : d'objectif de l'architecture, il en devient moyen.

Cette construction en bois se glisse dans le sillon du vent (sa forme étant adéquate et joue l'inflexion en son sens) pour en capter la chaleur venant du sud et le rejeter vers le nord dénué de sa chaleur. D'un point de vue technique, le bâtiment est totalement isolé et utilise le système de la ventilation double-flux [http://www.climamaison.com/vmc-double-flux.php?choix=&K=578&subk=197] , à une plus grande échelle (d'appareil à bâtiment).

Comme pour le projet des appartements convectifs, Philippe Rahm a distribué la chaleur au fil des pièces selon leur fonction. Ainsi, il fait plus chaud dans les douches (22°C) et plus froid dans les salles où est entreposé le matériel de sport (12°C).


Radiation

<big>'''[http://www.philipperahm.com/data/projects/whitegeology/index-f.html Géologie blanche]'''</big>

Pour cette oeuvre, Phillipe Rahm n'a pas travaillé en tant qu'artiste, mais pour les artistes, comme il le fait souvent. Ainsi, en créant l'espace qui allait acceuillir les oeuvres de l'exposition de la deuxième triennale d'art Contemporain du Grand Palais à Paris, il faisait de l'espace une oeuvre d'art.

Une oeuvre d'art destinée à mettre en valeur toutes les autres oeuvres d'art qui y seront installées. L'art dans l'oeuvre, et dans l'espace. Pour Géologie Blanche, Philippe Rahm est partit d'une donnée : c'est à un taux de 80% de réverbération que s'homogénéise la lumière, la réverbération de la neige la plus pure qui soit. Le blanc éclatant de l'espace permet de valoriser au mieux les couleurs des oeuvres de l'exposition, et l'absence de toute géométrie (pas d'horizontalité ni de verticalité) laisse à ces mêmes oeuvres toute leur liberté dans l'espace. Elles l'occupent, s'y étendent, et notre oeil ne voit plus qu'elles.

Philippe Rahm est partit d'un cube blanc, et l'a déformé comme la terre se forme et se déforme sous l'effet des évènements climatiques : creux, courbes, fossés, pressions... Pour chaque oeuvre, Phillipe Rahm a définit la taille de l'oeuvre, la luminosité de l'espace, et la distance entre elle et son public. Ainsi, chaque oeuvre aura son espace dimensionnel propre, à l'image des continents qui bougent et se déforment sur la base de leurs caractéristiques propres.

Et si l'on demande à Philippe Rahm si cette Géologie Blanche impose ou conseille au spectateur un chemin déterminé, un parcours à suivre, il répond : " ''Il n'y a pas de parcours. Le seul parcours conseillé serait une balade, comme à la campagne où on peut se perdre un peu, aller où on en a envie. Tout est ouvert''. " Une vision des plus naturalistes, à l'image de l'oeuvre Géologie Blanche, et de toutes celles de l'architecte.


PUBLICATION

[http://www.amazon.fr/Architecture-m%C3%A9t%C3%A9orologique-Philippe-Rahm/dp/235733049X Architecture météorologique], Philippe Rahm, 2009

[http://www.amazon.com/Environ-ne-ment-Approaches-Tomorrow/dp/8876249591/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=books&qid=1269355032&sr=8-1 Environ(ne)ment : manière d'agir pour demain], Philippe Rahm et Gilles Clément, 2006

[http://www.cca-kitakyushu.org/english/publication/dr_pub.shtml Ghost flat], Décosterd et Rahm, 2005

[http://www.editions-hyx.com/boutique_us/fiche_produit.cfm?type=6&ref=ISBN291038540X&code_lg=lg_us&pag=1&num=0&tri=0&marq=0 Distortions], Décosterd & Rahm, 2005

[http://www.amazon.com/D%C3%A9costerd-Rahm-Physiologische-Architektur-architettura/dp/3764369450/ref=sr_1_2?ie=UTF8&s=books&qid=1269355032&sr=8-2 Architecture physiologique], Décosterd et Rahm, 2002

SOURCES

http://www.grandpalais.fr/fr/Lettre-d-information/p-728-n-11-avril-2009.htm

http://www.youtube.com/watch?v=OW2Trcdj2_s

http://head.hesge.ch/alpes/index.php?id=82

http://www.philipperahm.com/data/index-f.html

http://www.laforcedelart.fr/02/index.php/La-geologie-blanche/La-Geologie-Blanche.html

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