CAGE John, Je n'ai jamais écouté aucun son sans l'aimer: le seul problème avec les sons, c'est la musique suivi de
Daniel Charles, Esthétique du silence: la sémiotique existentielle “du silence” chez John Cage.

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CAGE John, Je n'ai jamais écouté aucun son sans l'aimer: le seul problème avec les sons, c'est la musique

  • John Cage (1912-1992), compositeur, théoricien musical et écrivain, ou encore philosophe est une figure fondante de la musique contemporaine. Ses expérimentations sur le bruit, le silence, ses provocations sur la soi-disante inviolabilité des instruments “classiques” amènent sa refléxion bien au-delà de l'autoreferencialité, rejoignant des refléxions à nature purement orientale voire buddhiste (Yi Jing; La Transformation de la nature en art1). Il commence donc à remettre en question la position occidentale de l'artiste et la notion de génie.
Appréhender la casualité, l'imprévu: insérer dans la composition les mouvements du hasard qui la rendent vivante.


  • En juin 1992, John Cage pris part, à Pérouse, aux manifestations organisées par les Quaderni Perugini di Musica Contemporanea sur le thème “John Cage e l'Europa”, et déstinées à fêter, deux mois à l'avance, le quatre-vingtième anniversaire du compositeur.
Le livre retranscrit ainsi une des ultimes interventions publiques de celui qui avait “réculé les frontières de l'art des sons”; il intègre aussi un bref essai philosophico-sémiotique signé par Daniel Charles, autre figure d'exception, liée à Cage par une longue proximité intellectuelle et amicale.
Le livre croise dans sa structure des extraits des conférences prononcées par Cage à une sélection de ses réponses à des questions du public: les uns font écho à l'autre.

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  • Selon le modèle oriental, l'opposition entre art et vie est totalement illusoire: puisque la nature s'incarne et se transfe en art, l'artiste doit l'imiter de la manière dont elle agit. En effet, tout comme la nature, l'art est intéressée par des phénomènes (ir)réguliers d'évolution et des métamorphoses «en fonction de la conscience que nous prenons de la façon dont la nature opère». Cette initiation artistique, mais plus particulièrement musicale, à la manière d'œuvrer de la nature inclue par nécessité certains éléments:
- le recours au hasard,
- l'introduction du thème du chaos, voire la recherche d'indétermination,
- une certaine flexibilité.

  • Ainsi, la recherche de Cage se situe et s'affine au sein de parenthèses temporelles où il renonce à l'idéal d'objet et lui substitue celui de procès. Voilà le sens du titre: «J'aime la musique, mais avant cela j'aime les sons.[...] Je choisis les sons à l'aide d'opération de hasard.». Les notions de hasard, de procès, de chaos sont l'objet d'un intéret contemporain susceptible de modifier notre pratique à l'art.

  • Premièrement, la teneur actuelle des problèmes sociaux et du comportement individuel (les bouleversements démographiques) va certainement évoluer notre conscience du chaos moderne et par la suite notre pratique artistique y attachée. De plus en plus, faute de la confrontation à une multiplication exponentielle d'humains et de goûts artistiques, l'art peut mieux être vue sous le prisme de son ontologie. C'est-à-dire, le sens de ses contradictions: plus de structuration dans les pièces musicales, mais cette nouvelle liberté autorisera une meilleure compréhension des opérations de la nature et «un meilleur modèle pour les relations sociales se fera jour si on autorise cette flexibilité». Rendre ou non mobile la sonorité, revéler l'immense variété et richesse d'un son unique5.

  • Ce sont les interrogations que Cage se pose chaque fois qu'il écrit une nouvelle pièce et a des decisions à prendre. Par exemple, de la refléxion sur les rapports politiques au désordre: comment composer pour grande orchestre sans besoin d'un chef?
Dans ce poétique exercice de la démocratie, il a pensé à un chronomètre sur grand écran - video clock- , mais comment le mettre au point? Quelles contraintes pratiques?
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Daniel Charles, Esthétique du silence: la sémiotique existentielle “du silence” chez John Cage


  • «Les sons que nous entendons sont la musique»: cette definition de Cage place sa pratique musicale à l'intérieur du processus de libération de l'histoire et des traditions de l'art. Renoncer à celle-ci signifie reconnaître, finalement, la signification de l'esthétique (en tant que sensation) et le déplacement d'optique du compositeur à l'expérience de l'auditeur6.
Puisant dans le livre de Conde, Charles explore le concept cagien d'indétermination comme:
questionnement sur la notion de limite, dans les objets comme dans le langage ET
état de suspension de signification précise de l'objet, au dehors du contexte dans lequel il est inscrit.

  • Or, qu'est-ce que le cadre dans le travail artistique? Comment l'art est contextualisé?


  • Chez Cage, il y a quelque chose de la stratégie oblique de Nigarjium et Wittgenstein. On assiste à un processus de déconstruction construite ou construction déconstruite: le cadre est l'objet de refléxion dans la mésure où il franchit et constuit des images et sons dits bifaciaux. Le son refléchit sur soi-même comme l'image refléchit sur ses (im)potentialités représentatives ou expressives:
- le cadre sépare le travail d'un contexte;
- le cadre sépare le travail du cadre lui-même;
- le cadre est ornamental, contingent;
- le cadre est en même temps constitutif, nécessaire;
  • («il définit le travail en le limitant»).


La vie et l'art n'existent pas séparemment et il se rencontrent, le cadre disparaît; mais cela ne signifie pas qu'il n'existe pas: il doit plutôt être appellé SILENCE.